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SOMMAIRE 

numéros parus depuis 1990

 

 

 

Numéro 157 * Juin 2014

 

 

Au sommaire

1. Affiches de la Sécurité routière 

Du présage au souvenir

Une vidéo-choc : assister à ses propres obsèques

« Entrer dans le jeu des messages »

2. Sous les mots et les caricatures : l'opinion

Des Jeux de Poutine à Sotchi aux Jeux de Poutine en Ukraine, en passant par l'annexion de la Crimée.

Trente-cinq titres - Trois éditoriaux - Deux caricatures

3. Autre son, autre sens

Guerre en Syrie : trois ans déjà! Comme le Sang passe !

Captiver le lecteur dans un jeu idéologique

4. Ados critiques littéraires

Dans un lycée classé en prévention violence

Document brut

Édito

...lecteur en liberté surveillée...

Beaucoup de questions se posent à propos de la lecture, mais elles reconduisent toutes au problème crucial du jeu de la liberté et de la contrainte.

Que fait du texte le lecteur quand il lit ? Et que lui fait le texte ? La lecture est-elle active ou passive ? Plus active que passive ? Ou plus passive qu'active ? Se déroule-t-elle comme une conversation, où les interlocuteurs auraient la possibilité de corriger le tir ? Le modèle habituel de la dialectique est-il satisfaisant ? Le lecteur doit-il être conçu comme un ensemble de réactions individuelles, ou plutôt comme l'actualisation d'une conscience collective ? L'image d'un lecteur en liberté surveillée, contrôlé par le texte, est-elle la meilleure ?

Antoine Compagnon, Le démon de la critique, Seuil 1998, p. 156.

Aimer un livre étudié en classe ?

De la 3e à la terminale, le pourcentage d'élèves ayant aimé un livre étudié en classe passe de 36% à 15% chez les garçons; de 53% à 29% chez les filles.

D'après Christine Detrez & Fanny Renard, Le français aujourd'hui, décembre 2008, in Les lectures à l'adolescence, p. 18.

Qu'en pensez-vous ?

 

 

 

Affiches de la Sécurité routière : du présage au souvenir

 

 

Présage : Signe dont l'interprétation permet de prévoir l'avenir, de prédire un événement.

 Présage alarmant, funeste; présage favorable; sinistre présage [...]

(Le Trésor de la Langue française, s. v. présage)

 

Lire, s'exprimer : entrer dans le jeu des messages * L'image pour une conduite citoyenne

 

 

(...) dans cette opération [de découverte du texte ou de l'image], il y a donc dix pour cent "devant l'oeil" et quatre-vingt-dix pour cent "derrière" (c'est-à-dire dans la culture, les expériences antérieures, l'habitude de savoir-faire acquis, et dans la capacité à entrer dans le jeu des messages et de leur langage).

Chantal Dulibine, L'Ecole des Lettres, lycée, 2004-2005, 1, p. 10.

 

Du présage au souvenir...

 

Une affiche de la Sécurité routière ne met pas en scène l'accident lui-même, mais présente ce qui l'annonce ou ce qui le suit : l'avant ou l'après. Forme de narration, elle est aussi forme d'injonction.

 

Avant

 

1.

2.

 

 

 

 

 

 

 

 

Affiche vitesse

 

 

 

 

 

 

 

 

Janvier 2013

Mars 2013

Lire, s'exprimer

Précaution importante : tel(le) ou tel(le) élève aura peut-être vécu le drame d'un accident entraînant la perte d'un parent, d'un proche, d'un condisciple... 

Voir, à ce sujet, Jeunes en danger" , parler de la mort en classe !  (LMDP, décembre 2008)

Lire...

Indices de sécurité :

Ciel bleu, circulation fluide, glissière, voiture très bien garée,  quadra élégant, sapé comme pour une fête, un rendez-vous agréable..., mine détendue, souriante ; apparemment pas de souci, donc pas d'urgence.

Indices de danger :

En rouge (connotation ?) , la troisième ligne, flèche pointée sur le centre de la cible... vivante

Le texte : déclaration (s'arrêter mis en relief par détachement), puis injonction ; toutes deux exclamatives

Lire...

Le regard, dans un visage crispé, figé, marque la peur autant que le reproche, l'accusation : "tu nous mets en danger". Une larme coule...

Le tutoiement : interlocuteur proche, parent, intime, qui devrait se sentir d'autant plus responsable

La question directe (sans "est-ce que"), plus nerveuse, trahit l'insécurité; l'interrogation prend valeur d'injonction

L'arrière-plan sombre : met le texte en relief (au niveau des yeux); avec la connotation de vide, de nuit, de disparition

Le cri de la fragilité

Débattre, échanger, créer

Efficacité de ce message, des messages de sécurité en général ? Souvenirs échangés sur des faits vécus ? Essais de réécriture du slogan (image de gauche), de la question (image de droite) : travailler sur le rythme et sur le son, sur l'opposition de sens (bonheur vs malheur), sur la grammaire (mode, temps du verbe, détachement)...

 

Après

début sécurité routière * sommaire 157

3.

4.

octobre 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

début 1988

Lire

Qui parle à qui ? Quelqu'un de la famille, du milieu de travail, du cercle d'amis, ou hors du groupe ?

Votre vitesse, mis en relief par détachement, comme S'arrêter dans l'affiche 1.

Le lieu : sans doute celui de l'accident. Bande blanche continue : un franchissement fatal, sans doute ?

Association et contraste : votre vitesse vs pas si vite ! L'instant de l'accident vs la durée du souvenir

Campagne Go for zero

Le personnage : cheveux en désordre, poignet serré, regard lointain, épaules repliées, lèvres pincées, regard rivé sur l'interlocuteur, tension dans l'immobilité

Jeu d'ombre et lumière pour le texte et surtout pour le visage.

Récit en deux phrases : la connerie d'un moment, l'immobilité à vie (faire le con, copain : langage jeune)  

 

Débattre, échanger, créer, rencontrer...

Comment sont évoqués (dans l'image, dans le texte) l'avant, l'après; une cause, une conséquence ? Imaginer d'autres façons de représenter ces deux événements - par le texte, par l'image ; et comparer les projets.

Le site belge Parents d'enfants victimes de la route : témoignages, aides, calendrier d'activités et de rencontres. 

En France : le site AVF Association d'aide aux victimes

début sécurité routière * sommaire 157

 

 

« Il est parti trop vite »

Avril 2014, une vidéo-choc diffusée par l'IBSR : assister à ses propres obsèques

L'Institut belge pour la sécurité routière (IBSR) a mis en ligne un petit film de trois minutes pour sensibiliser aux dangers d'une vitesse excessive, dans le cadre de la campagne "Il est parti trop vite".

La vidéo montre des conducteurs venus assister... à leur propre enterrement. L'IBSR lance également une application qui permet d'envoyer un message à ses proches afin qu'ils modèrent leur vitesse.

La vidéo, publiée par l'IBSR met en scène des personnes à qui un proche a fixé rendez-vous et qui, une fois sur place, se rendent compte qu'elles assistent à leurs propres obsèques.

IBSR : Institut belge pour la sécurité routière

Voir :

 

 

Sur le thème de la sécurité routière, articles parus dans LMDP :

 

Image de récit, image d'injonction

Propositions pour la lecture et l'expression (sept affiches) * Premier et deuxième degrés

Affiches de la sécurité routière : moyens de dramatisation et valeur persuasive

As-tu tout lu ? Lire l'allusion dans les messages de la sécurité routière (clins d'oeil intertextuels)

 

 

 

J.O. d'hiver à Sotchi * De Sotchi à Kiev en passant par la Crimée

Les mots de l'opinion dans la presse écrite

 

Dans une situation-problème, comprendre la visée argumentative d'un texte polémique et décoder les intentions de son auteur...

Programme Fésec et Cté fse, 3e degré de transition

Documents bruts pour l'analyse et le débat

 

Jeux de Poutine à Sotchi :

Trente-cinq titres  et deux éditos (Philippe Paquet, La Libre Belgique, et Patrick Apel-Muller, L'Humanité)* propositions pour la lecture

 

De Sotchi à l'annexion de la Crimée : baskets de sport et bottes de guerre

Xavier Delucq : "Moscou" change de pied" et MAN : Que font les Russes en Crimée ? deux dessins satiriques :

 

De l'annexion de la Crimée aux Jeux de Poutine en Ukraine

L'édito de Alla Lazareva dans Oukrainsky Tyiden

 

 

SOTCHI

Inaugurés le vendredi 7 février 2014, les Jeux olympiques d'hiver à Sotchi ont trouvé un large écho dans la presse. Nous y avons relevé trente-cinq titres et deux éditoriaux parus le jour même ou le lendemain de l'inauguration : un matériau de choix pour "lire l'opinion" et "en débattre entre gens de qualité".

 

Trente-cinq titres

Quelle est la fonction d'un titre dans la presse : condenser une information, attirer l'attention, surprendre par une formule originale, susciter le désir de lire... c'est la fonction apéritive du titre.

Le titre a aussi une fonction idéologique : exprimer une opinion, favorable ou non, à propos d'un événement, d'une personne.

Les deux titres surlignés sont ceux des éditoriaux, parus le vendredi 7 février, respectivement de Philippe Paquet (La Libre Belgique) et de Patrick Apel-Muller (L'Humanité)

Propositions pour la lecture et le débat :

Lecture de ces titres chacun pour soi, suivie d'un tour de table "en roue libre", pour relever dans ces titres des avis convergents... ou divergents, et aussi des formes d'écriture (jeu sur le signifiant, rythme et sonorité, insinuation, métaphore, réemploi...). On pourra y revenir après la lecture des deux éditoriaux.

Date Journal Titre

07.02.

L'Avenir

Loin de l'idéal olympique

 

 

Sotchi : où est passé l'idéal olympique ?

 

 

Sotchi, une tribune politique pour Poutine

 

La Libre Belgique

Les Jeux du Tsar

 

 

Le tsar superstar

 

 

Des Jeux d'hiver pas très verts

 

 

L'après-Sotchi s'annonce douloureux

 

 

Que les Jeux de Poutine commencent

 

 

Les Jeux de Poutine [éditorial ci-dessous]

 

Le Soir

JO de Sotchi : Google aux couleurs du drapeau gay

 

 

Le cauchemar des journalistes débarquant à Sotchi

 

Le Figaro

Sotchi 2014: Poutine veut redorer l'image de la Russie

 

Le Monde

La Russie organise des JO controversés

 

Le Post

Les JO d'hiver les plus contestés de l'histoire

 

Le Point

Sotchi : le nouveau rideau de fer

 

Libération

Sotchi à la gloire de Poutine ?

 

L'Express

Sotchi: Poutine sur la première marche du podium

 

Nouvel Observateur

L'ombre de la corruption plane sur les JO

 

 

JO de Sotchi : "Caprices de tsar" ou "Jeux de Poutine" ?

 

 

Sotchi : un très haut niveau d'hystérie homophobe en Russie

 

Courrier international

Les Jeux du “bon Staline”

 

Le Parisien

Poutine va ouvrir « ses » Jeux

La Tribune

Sotchi : "du pain et des Jeux" offerts par Poutine... dans une Russie enlisée

Le Journal du dimanche

JO de Sotchi : Google rend hommage à la communauté gay [logo aux couleurs du drapeau arc-en-ciel]

 

Slate.fr

Pour que les Jeux restent gays

 

 

Agréable surprise pour les athlètes, cauchemar pour les journalistes

 

L'humanité

Bons baisers de Sotchi [éditorial ci-dessous]

 

La Croix

Sotchi, le projet olympien de Poutine

   

Human Rights Watch craint une vague de répression après les Jeux olympiques de Sotchi en Russie

Le Temps (CH)

Vladimir Poutine au grand tremplin

 

RTBF, JT

A Sotchi, l'ouverture des JO lance deux semaines à la gloire de Poutine

08.02

Le Figaro

Les Jeux olympiques célèbrent la Russie éternelle

 

Le Temps

Vladimir Poutine sort conforté de la cérémonie des JO

 

La Libre Belgique

Les Jeux de la démesure sont ouverts

 

Le Monde

La gazette des Jeux : une cérémonie « poutinienne » et quelques accrocs

 

 

A Sotchi, les athlètes sont choyés, les journalistes, moins

Le Point

Les Jeux de Poutine sont ouverts

Libération

Militaires, policiers, Cosaques et espions veillent sur les Jeux

 

Deux éditoriaux

début Sotchi * sommaire et édito 157

L'éditorial - à la différence d'un Libre propos, d'un Billet d'humeur, d'une Carte blanche... -  exprime une opinion qui reflète les grandes orientations politiques, sociales, culturelles... d'un organe de presse: ce qu'on appelle souvent sa ligne ou sa charte éditoriale. Souvent l'éditorialiste est d'ailleurs un membre ou un proche du conseil de rédaction.

Pour en savoir plus :
Sur la "ligne éditoriale" :
Lecture et analyse d'éditoriaux : Le Monde et Le Devoir - comparaison ;  A. Camus, dans Combat

 

Les Jeux de Poutine

Quand débutent les Jeux olympiques, d’hiver ou d’été, personne n’a envie de bouder son plaisir. Et personne n’a envie de blesser la légitime fierté des athlètes qui y prennent part en leur laissant croire que ces années de dure préparation n’en valaient pas la peine. Néanmoins, les Jeux de Sotchi provoquent un profond malaise.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pays hôte entreprend des travaux pharaoniques dont le prix jure démesurément avec la pauvreté de la population locale. Ce n’est pas non plus la première fois, hélas !, que la fête olympique sert à légitimer une dictature.

Il n’empêche qu’on a franchi, à Sotchi, toutes les limites. Jamais Jeux n’ont coûté aussi cher (37 milliards d’euros). Jamais ils n’ont eu un impact humain et écologique aussi dévastateur. Jamais ils n’ont résulté d’un choix géographique aussi incongru (une région subtropicale où il neige moins que partout ailleurs en Russie). Jamais ils n’ont alimenté une telle corruption. Jamais, surtout, des Jeux n’ont à ce point été conçus pour glorifier un seul homme, Vladimir Poutine.

Il est habituel que les lauriers olympiques récompensent une nation, qu’ils célèbrent sa renaissance (le Japon en 1964) ou consacrent sa montée en puissance (la Chine en 2008). Ils ne sont pas censés, en revanche, être tressés en l’honneur d’un de ses dirigeants (dût-il croire incarner le pays qu’il gouverne d’une main de fer). A dire vrai, cela ne s’est produit qu’une fois : à Berlin, en 1936...

C’est peut-être ce qui explique la gêne qui tient à distance de la cérémonie d’ouverture, ce vendredi soir, la plupart des dirigeants du monde démocratique.

Philippe Paquet, La Libre Belgique, 7 février 2014,

Source :


Voir propositions pour lire cet édito

 

 

Philippe Paquet est un journaliste et sinologue belge, né à Namur, le 3 septembre 1960. Au service international du quotidien La Libre Belgique à Bruxelles depuis octobre 1984, il couvre principalement la Chine et les États-Unis. Il a été président de la Société des Rédacteurs de La Libre Belgique de 1997 à 2007.

Licencié en Journalisme et Communication sociale de l'Université libre de Bruxelles (ULB) et titulaire d'une maîtrise en chinois de l'Université des Langues et des Cultures de Pékin (北京语言大学), Philippe Paquet est aussi docteur en Histoire, Histoire de l'Art et Archéologie de l'Université Catholique de Louvain (UCL).

Source : Wikipédia [Lire la suite : ]


* Lire son éditorial

Diplomatie pour les nuls : trois autruches européennes, paru dans la Libre Belgique du 1er avril 2014 :

[Xi Jinping, Président de la Chine, accueilli le 31 mars 2014 par les dirigeants européens. Ceux-ci, en 2012, ont reçu à Oslo le Prix Nobel de la Paix. Une satire où il dénonce l'hypocrisie en politique]

Texte au bas de ce numéro 157.

* Voir, dans LMDP de mars 2012 :

 Révisez votre Molière avec DSK et Claire Chazal sur TF1

... et avec Philippe Paquet (La Libre Belgique, 20 septembre 2011)

 

Bons baisers de Sotchi

La fête olympique commence. Elle sera d’abord la beauté du geste, la force d’âme, le corps libéré de ses lourdeurs. Elle restera la fraternité dans l’effort et la compétition, l’émerveillement, la passion et la vocation qui naissent dans des yeux d’enfants.

L’oublier serait s’aveugler, abandonner au marché et aux entreprises de propagande qui le convoitent l’un des territoires de l’émancipation humaine. Donc, et d’abord, salut aux athlètes et à leur apothéose !
Les sites sont prêts, nous a assuré jeudi Jean-Claude Killy, qui a coordonné pour le Comité international olympique les JO 2014, qui juge que «toutes les promesses qui ont été faites en 2007 ont été tenues de manière spectaculaire», et qui voit en Sotchi «une ville miroir de ce que les Russes appellent eux-mêmes la “nouvelle Russie”». Il y eut les Jeux Coca-Cola; il y a donc les Jeux Poutine, lequel a fait de cette vitrine la proclamation que son pays est de retour sur la scène internationale avec de grandes ambitions. Le président russe a mis le paquet, celui des roubles et de la propagande, pour soigner sa popularité à l’intérieur et démontrer sa crédibilité à l’extérieur. Dans cette Russie où des aventuriers se taillent des fortunes à coups de pétards et de passe-droits, l’argent a coulé à flots selon d’étranges méandres et plus de disparitions que de résurgences. Aucun gant n’a été pris pour mener à bien la tâche monumentale; ce n’est pas l’habitude dans ce régime à la main de fer et au populisme doré sur tranche. Le pouvoir y repose sur un socle où se mêlent les appétits sordides, les nostalgies de grandeur, les racismes flattés, les discriminations encouragées et les conservatismes grand-russes. L’accumulation capitaliste y est brutalement pilotée par le «tsar» et tant pis pour le menu peuple. À lui, seraient distribuées des images pieuses… À Sotchi, la photo sera plus belle, accueillante et fraternelle comme sait l’être aussi la population de ce pays-continent. Elle ne fera pas oublier les pogroms anti-Caucasiens, ni la persécution d’homosexuels, ni le retour des condamnations pour blasphème. Elles les rendra sans doute conjoncturellement inopportuns.

Faisons confiance aux sportifs du monde pour échapper aux conventions rétrogrades et affirmer la liberté d’aimer ou de penser. On trouvera moins de sincérité dans l’attention soudaine que des groupes médiatiques multinationaux prêtent aux droits des hommes quand des manifestations ont lieu à Sotchi ou à Pékin. Les mêmes parlent d’autre chose que du centre de torture géant de Guantanamo, de la longue chaîne des exécutions dans les prisons américaines et de la persécution d’un Snowden, lorsqu’un événement sportif a lieu sur le sol américain. N’y a-t-il pas dans les subits accès de vertu dont nous gratifient les diplomaties occidentales l’intention de gêner cette diplomatie russe qui enraye à nouveau la marche de Washington et de ses alliés? Les JO sont aussi un terrain d’affrontements politiques et depuis longtemps. La neige et la glace ne le masquent pas.

Tout cela, il ne faudra pas l’oublier, mais cependant rester capable d’apprécier les instants suspendus d’un saut à skis, la joie éclatante d’une victoire, la force d’un destin individuel et le pétillement des rencontres comme celle des jeunes étudiants en journalisme de Bordeaux et ceux de Krasnodar, la capitale de la région de Sotchi, qui se sont unis dans nos colonnes pour écrire leurs jeux Olympiques. La beauté des mots ajoutée à la beauté du geste, nous en sommes certains.

Patrick Apel-Muller, L'Humanité, 7 février 2014 Source :


Patrick Apel-Muller, né le à Suresnes, est un journaliste français, directeur de la rédaction de L'Humanité depuis décembre 2008.

Durant ses études d'histoire, il milite à l'Union des étudiants communistes, en devient membre du secrétariat national et rédacteur en chef de Clarté en 1979. Rédacteur en chef de Radio Soleil 94, une radio locale du Val-de-Marne en 1982, il entre à l'Humanité en 1983.

Source : Wikipédia [Lire la suite ]

 Comment se construit un édito : repères et propositions pour la lecture

début Sotchi * sommaire et édito 157

Les Jeux de Poutine

Quand débutent les Jeux olympiques, d’hiver ou d’été, personne n’a envie de bouder son plaisir. Et personne n’a envie de blesser la légitime fierté des athlètes qui y prennent part en leur laissant croire que ces années de dure préparation n’en valaient pas la peine. Néanmoins, les Jeux de Sotchi provoquent un profond malaise.

Ce n’est bien sûr pas la première fois qu’un pays hôte entreprend des travaux pharaoniques dont le prix jure démesurément avec la pauvreté de la population locale. Ce n’est pas non plus la première fois, hélas !, que la fête olympique sert à légitimer une dictature.

Il n’empêche qu’on a franchi, à Sotchi, toutes les limites. Jamais Jeux n’ont coûté aussi cher (37 milliards d’euros). Jamais ils n’ont eu un impact humain et écologique aussi dévastateur. Jamais ils n’ont résulté d’un choix géographique aussi incongru (une région subtropicale où il neige moins que partout ailleurs en Russie). Jamais ils n’ont alimenté une telle corruption. Jamais, surtout, des Jeux n’ont à ce point été conçus pour glorifier un seul homme, Vladimir Poutine.

Il est habituel que les lauriers olympiques récompensent une nation, qu’ils célèbrent sa renaissance (le Japon en 1964) ou consacrent sa montée en puissance (la Chine en 2008). Ils ne sont pas censés, en revanche, être tressés en l’honneur d’un de ses dirigeants (dût-il croire incarner le pays qu’il gouverne d’une main de fer). A dire vrai, cela ne s’est produit qu’une fois : à Berlin, en 1936...

C’est peut-être ce qui explique la gêne qui tient à distance de la cérémonie d’ouverture, ce vendredi soir, la plupart des dirigeants du monde démocratique.

Philippe Paquet, La Libre Belgique, 7 février 2014

Jeux  Le titre donne le ton : Poutine "joue" à quoi ? Polysémie de jeu/jouer ! Parmi les titres ci-dessus, lesquels font écho au titre de cet édito ?

Des connecteurs d'opposition...

 

Néanmoins Ce connecteur s'oppose aux deux affirmations précédentes :

le plaisir des uns, la fierté des autres...

n'empêchent pas le malaise !.

 

Même opposition entre

 Ce n'est (bien sûr) pas... (deux regards vers le passé)

et Il n'empêche que....(ces Jeux actuels de Sotchi)..

Limites franchies...
Ce thème est développé en cinq phrases de syntaxe équivalente : Jamais + Jeux + "limite franchie" en forme de réquisitoire :
le coût, l'impact écologique, le choix du lieu, la corruption, (et surtout) la glorification du chef.

Après "Néanmoins" et  "il n'empêche que", voici un troisième connecteur d'opposition :
"
en revanche" pour distinguer
une pratique acceptable [
Il est habituel...]
d'une inacceptable politique totalitaire

Berlin 1936 : le lecteur expert saisit la force de l'allusion : "Poutine nouveau Hitler", c'est une insinuation très forte ! Mais c'est dit sans le dire clairement.

C’est peut-être ce qui explique : ce connecteur de conséquence introduit la conclusion

le mot "malaise" du début est relayé par le mot "gêne"

début Sotchi * sommaire et édito 157

CRIMÉE

 

Des jeux de Sotchi à l'annexion de la Crimée : « Moscou change de pied. » Baskets de sport et bottes de guerre !

 

1.

 

Dans le Huffington.post du 7 mars 2014, le dessinateur de presse Xavier Deluck publie cette image et ce texte :

Ukraine: Poutine va-t-il chausser les bottes?

Alors que le président russe se posait comme rassembleur des peuples lors des Jeux Olympiques, il est aujourd'hui prêt à faire résonner le bruit des bottes. Le parlement de Crimée a annoncé sa demande de rattachement à la Russie et Poutine est prêt à faire face à la pression d'Obama et de Merkel pour récupérer la région. On ne sait sur quel pied danser...

En savoir plus sur Xavier Deluck

2

Sur midilibre.fr, 04.03.2014, dessin de MAN

 

UKRAINE

L'éditorial d'Alla Lazareva, rédactrice en chef de l'hebdomadaire indépendant Oukraïnsky Tyjden, paru le 12 mars 2014 dans Courrier international.

Auteure, avec Alain Guillemoles, de Gazprom. Le nouvel empire, éd. Les Petits Matins, 193 p. 17€. A publié un Dictionnaire géopolitique à l’usage des journalistes

Ukraine : Nous tiendrons !

début Sotchi * sommaire et édito 157

 

ou autre édito plus récent ?

Drôle de guerre en Crimée, où Poutine déclare qu’il n’a pas envoyé l’armée, mais où des gens sont enlevés et des bâtiments administratifs envahis, l’un après l’autre, par des “inconnus en vert”. Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, propose tranquillement aux diplomates occidentaux des projets énergétiques, en triangle : entre la Russie, l’Occident et… l’Ukraine. Et les Occidentaux l’écoutent, alors que les relations diplomatiques entre Kiev et Moscou sont rompues et qu’une centaine de personnes ont donné leur vie pour un accord d’association avec l’UE.

En cette période floue et opaque, les Ukrainiens restent sur leurs gardes. C’est pourquoi Maïdan ne disparaît pas. Bien au contraire. Il continue de mobiliser.

Nous le savons : la victoire est encore loin. Viktor Ianoukovitch espère revenir avec les chars russes. Pour trois mois, le pouvoir en Ukraine est concentré entre les mains d’un seul parti, le Bloc Ioulia Timochenko, qui a déjà été au pouvoir. Nous savons qu’il faut rester vigilant, exigeant, pour que soient tenues les promesses politiques.

Les activistes resteront à Maïdan jusqu’au 25 mai, date de la présidentielle anticipée. L’AutoMaïdan, mouvement des automobilistes contestataires, se proclame en opposition avec l’ancienne opposition. Et les journalistes ? C’est en écrivant que nous tenons nos barricades. Cette fois en partenariat avec nos confrères de Courrier international, que nous remercions pour leur hospitalité exceptionnelle.

Source :      Alla Lazareva :     Sur Facebook:      Interviewée le 18 mars sur Europe I par Nicolas Pointcarré

début Sotchi * sommaire et édito 157

 


 

Autre son, autre sens :

captiver le lecteur dans un jeu idéologique

 

 Guerre en Syrie : trois ans déjà ! Comme le sang passe !

Canard enchaîné, 19.03.2014

Rendre les élèves sensibles aux mécanismes de l'humour et de l'ironie

Programme Fesec et Cté fse, 3e degré de transition

 

Petit Robert 2014, s. v. captiver :

  Retenir captif; faire prisonnier.  enchaîner.

  Attirer et fixer l'attention de; retenir en séduisant.  charmer, enchanter, ensorceler, gagner, passionner, séduire.

 

 

Séduit... ou enchaîné

 

Le jeu sur le son est très fréquemment pratiqué comme moyen d'expression du texte à portée idéologique. Nous retiendrons ici le procédé de la commutation - un son pour un autre - qui produit un effet de surprise ["attirer et fixer l'attention"] et de plaisir ["retenir en séduisant"].

Un son pour un autre, et voilà qu'une locution usuelle, voire banale, fait place à une autre forme, souvent porteuse d'une charge idéologique.

Cela peut séduire : "Comme c'est bien trouvé !" Cela peut aussi enchaîner : la valeur de vérité ne tient pas à l'originalité, à l'inattendu, à l'habileté de la forme.  

Analysons quelques exemples glanés dans la presse écrite, parlée ou télévisée de ces dernières années. 

 

 

 

1

Cédric Mathiot, Libération, 18 novembre 2010

Après un remaniement ministériel, le Président Sarkozy passe à la télévision. «Il a énoncé une série de contre-vérités, écrit le journaliste.» Qui intitule son article :

Le marchand de fables est passé

 marchand de sable sous-entend endormir... des enfants.

marchand de fables : échapper aux réalités, prendre le citoyen adulte pour un naïf.

Origine de marchand de sable

 

2.

Le Canard enchaîné, 19 juillet 2005

Contexte : la création du "contrat de nouvelle embauche" par Dominique de Villepin est critiquée. Manchette en deux lignes à la une :

Contrat de nouvelle embauche : Villepin multiplie...  les affres d'emploi

 

Valeur positive pour "offre", négative pour "affres"

 

3.

Stéphanie BELPECHE, Le journal du dimanche, 20 janvier 2008

Titre du reportage sur le film de Tim Burton, Sweeney Todd Le Diabolique Barbier de Fleet Street, avec Johnny Depp dans le rôle du barbier londonien :

Johnny Depp, barbier de sévices

Séville vs sévices :

D'une référence littéraire plutôt joyeuse et libre, à une référence sinistre, violente. Cela frise l'humour noir

notice sur le film :

 

4

Le Canard enchaîné, 13 août 2008

Le dalaï-lama en France. Mais par à l'Élysée, ni à Matignon, mais...au Sénat, (par égard pour la Chine?). Titre

Pour l'Elysée et le gouvernement: Le dalaï-lama, c'est l'évité d'honneur!

 

D'un mot à son contraire : la contrainte du réalisme politique et de la complaisance peu courageuse (à l'arrière-plan, des contrats...)

 

5

Renaud Machard, Le Monde, 02 mars 2011

Sous le titre Siegfried à la Bastille, épreuve visuelle visuelle, bonheur musical, il rend compte du spectacle :

Siegfried, un bonhomme Michelin ; L'Oiseau, une randonneuse en treillis qui s'exprime en langage

 des signes ; Erda, en robe de grand deuil ; un rat de bibliothèque au design façon Jean Nouvel. Etc.

Et il conclut :

Une vraie fatralogie

Antonymie épreuve vs bonheur

Le brillant musicologue joue à saccager un vocable distingué du langage musical.

C'est le registre de la dérision, du mépris.

Voir le sens de fatras !

 

6

Véronique Soulé, Libération, 7 avril 2013

Le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim se faisait passer pour agrégé de philosophie. Grosse supercherie révélée par la presse ! Article intitulé :

Bernheim a grugé de philosophie   

Gruger : tricher, tromper... Etymologie : (Larousse)

agrégé dénote prestige, autorité...

L'écart syntaxique (gruger + de + N) retient d'autant plus l'attention et l'intérêt.

 

7

Vincent Noce, Libération, 8 juin 2010

Inauguration à Rome du musée MAXXI, oeuvre de Zaha Hadid architecte anglo-iranienne : «Entourée de gardes du corps sous les flashs, en reine babylonienne vêtue Prada, elle a fait apparition il y a une semaine pour dire qu'elle ne doutait aucunement de son propre succès.» Sous le titre :

MAXXI, le tout à l'ego

Le musée est critiqué : il privilégie l'architecture au détriment de l'accrochage.

Femme autosatisfaite ! Pas galant, pour la reine vêtue Prada, le mot qui se cache sous ego  

Voir photos du MAXXI

 

8

Cécile Bertrand (pseudo : Les Poux), La libre Belgique, 14 juin 2011

Guerre civile en Syrie. Bachar el Assad fait tirer sur le foule révoltée. Le dessin d'une affiche :

WANTED

[portrait]

BACHAR EL ASSAD

TUEUR EN SYRIE

La satire recourt souvent à ce procédé d'imitation de l'affiche policière : wanted + portrait + nom du suspect

Voir exemples :

Ici, encore, humour noir ! (v. 3)

Voir le texte défilant sous le titre de cet article !

 

9

Fernand Denis, La libre Belgique, 8 février 2012

Il présente le film de Christian Rouaud, Tous au Larzac. Titre de l'article :

Faites labour, par la guerre

Lire l'article de F. Denis

Rétrospective des années 70 au Larzac : manifs contre l'expropriation de terrains pour l'Armée

Réécriture d'un slogan pacifiste. Labour et amour : beau couple sonore !

 

10

M. É., Libération, 30 août 2010

Université d'été du PS à la Rochelle. Explication du journaliste : «Le Parti socialiste affiche pour l'instant une harmonie de bon augure. Mais 2012 est dans toutes les têtes et cette entente pourrait rapidement voler en éclats.» Ce qui justifie le titre du reportage :

Primaires : l'union avant les gnons

Bientôt (avril-mai 2012), l'élection présidentielle...

L'union entre gens de qualité avant les gnons entre rivaux; l'entente, l'harmonie avant les éclats.

 

 

11

Bruno Rieth, Marianne, 1er mai 2014

« Le turbulent Maire de Toronto, Rob Ford, est de nouveau mis à l’honneur dans les journaux pour ses problèmes d’addictions. Le journal The Globe and Mail vient de publier une série de captures d’écrans de trois vidéos » (...) Titre de l'article :

Rob Ford à nouveau pris la main dans le crack

Familière et péjorative, la forme d'origine.

Ici, pour un notable, la réécriture et davantage dévalorisante

 

 

 

 

Ados critiques littéraires

 

Dans un lycée classé en prévention violence

 

Document brut

 

Dans Notre musique de Jean-Luc Godard, on voit le pont de Mostar en train d'être reconstruit grâce à l'Unesco. Et l'on entend le réalisateur dire à une jeune fille qui lui demande pourquoi les révolutions ne sont pas faites par des hommes plus humains : "Pourquoi ? Parce que les hommes plus humains ne font pas de révolutions, Mademoiselle. Ils font... des bibliothèques, par exemple."

Michèle Petit, L'art de lire ou comment résister à l'adversité, Belin, 2008, p. 134

 

 

 

Arnaud Gonzague, Le Nouvel Observateur, 31 mars 2014 [source ]

 

Pour faire lire les lycéens, faites-en des critiques littéraires !

Depuis presque 15 ans, le Prix Alfort permet à des lycéens issus de milieux populaires de jouer aux critiques littéraires.

Un réenchantement salutaire de la littérature. 

 

C’est un prix qu’ont reçu Marc Dugain, Marie Desplechin, Amélie Nothomb ou Anna Gavalda (deux fois), mais qui passe inaperçu dans le déferlement des gratifications littéraires remises chaque année. Pourtant, le "prix Alfort" existe depuis 2001 et si ce n’est pas le plus célèbre des prix français, c’est possiblement l’un des plus attachants.

Il permet en effet à quelque 200 élèves de seconde du lycée polyvalent Maximilien-Perret d’Alfortville (Val-de-Marne) de s’essayer au difficile métier de critique littéraire. "Nous sommes un lycée classé en prévention violence, donc a priori, nos élèves ne sont pas immergés dans un univers familial qui lise énormément de littérature", précise Françoise Cahen, 44 ans, agrégée de lettres modernes et cocréatrice du prix avec sa collègue documentaliste Michèle Cartelot.

Critiques acerbes

Leur défi chaque année : faire lire à tous les élèves de seconde cinq romans sélectionnés par l’équipe pédagogique, leur faire rédiger des critiques sur un blog dédié, puis leur faire remettre un prix après les vacances de Pâques. "Ils ont absolument le droit d’écrire qu'un roman ne leur a pas plu, mais se contenter de 'c’est nul' est interdit, soutient la professeure. Nous avons étudié des critiques parues dans la presse et édité un petit 'mode d’emploi' pour qu’ils soient en capacité d’affûter leurs arguments."

Du coup, certains se lâchent comme le plus acerbe des critiques de "Libé". "Une année, un écrivain est même venu rencontrer les lycéens, parce qu’il avait été intrigué par la critique, hyper violente mais incisive, écrite par l’un d’entre eux".

Car oui, le Prix Alfort a mis de côté les "grands classiques" ("qui restent dûment étudiés en classe", insiste Françoise Cahen) pour s’intéresser aux auteurs d'aujourd'hui. Lesquels sont systématiquement invités au lycée (par lettre manuscrite, apparemment, ça fonctionne souvent) afin d’échanger lors d’une discussion. Serge Joncour, Annie Saumont, Alain Monnier ou Leïla Sebbar se sont prêtés au jeu. "Et pour certains, nous avons senti que ce prix était spécialement émouvant, car être récompensé par des lycéens qui ont souvent peu d’habitudes de lire est une belle reconnaissance."

Littérature accessible

Pour les élèves, ces rencontres sont riches notamment parce qu’elles permettent de briser l’image du "grantécrivain" [v. ]à la statue taillée dans le marbre blanc de la Postérité. "Quand il est venu nous visiter, Serge Joncour commençait à peine à percer, après dix ans de galère", se souvient la créatrice du Prix Alfort. "Par son propos tout simple, par sa gentillesse, il a montré aux lycéens un visage de la littérature vraiment très accessible."

Cette proximité peut donner lieu à des moments aussi beaux qu’inattendus. "Je me souviens d’un élève qui, réellement, détestait la lecture. Nous nous battions avec sa mère pour le faire lire, raconte Françoise Cahen. Un jour, après avoir lu 'La petite fille de M. Linh' de Philippe Claudel, il a levé le doigt et dit : 'Mais en fait, on est tous un peu des M. Linh'. Il avait l’air bouleversé." La littérature peut encore ces choses-là dans les lycées d'Alfortville.

Arnaud Gonzague, chargé des questions d'éduction au Nouvel Observateur. Articles parus :


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Annexe à l'article Jeux de Sotchi...

 Xi Jinping, Président de la Chine, accueilli le 31 mars 2014 par les dirigeants européens.

Ceux-ci, en 2012, ont reçu à Oslo le Prix Nobel de la Paix.

Ci-dessous, le commentaire du journaliste, paru le lendemain dans La Libre Belgique 

Diplomatie pour les nuls : trois autruches européennes

Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso et Martin Schulz étaient ivres de bonheur et de fierté, le 10 décembre 2012. Les présidents du Conseil, de la Commission et du Parlement européens recevaient ce jour-là, à Oslo, le prix Nobel de la paix qui avait été décerné à l’UE. Deux ans plus tôt, le même jour, en ce même hôtel de ville de la capitale norvégienne, la cérémonie était nettement moins joyeuse : le fauteuil du lauréat était vide, hormis une photo posée sur le velours. Celle de Liu Xiaobo, emprisonné en Chine pour avoir exercé un de ses droits constitutionnels (Article35), la liberté d’expression.

On a beau être rompu au cynisme qui semble consubstantiel à l’exercice de la politique, on n’en était pas moins gêné, lundi, de voir des prix Nobel de la paix accueillir sans aucune honte apparente le président d’un pays qui maintient en prison un de leurs collègues. Interpellé en décembre2008, Liu a été condamné le jour de Noël, en2009, à onze ans de prison pour "subversion" .

On a connu, en effet, des prix Nobel de la paix plus préoccupés du respect des valeurs qu’ils sont censés partager et promouvoir, même si l’on sait que nos lauréats européens n’ont pas exactement le même profil qu’un Lech Walesa ou un Desmond Tutu. On a même vu des prix Nobel de la paix solidaires, montant ensemble au créneau pour défendre un des leurs en difficulté - combien d’actions n’ont-ils pas menées, par exemple, en faveur d’Aung San Suu Kyi ?

Le tort des dissidents chinois serait-il de ne pas être de frêles et jolies femmes ? On pourrait le penser : alors qu’on déploya des banderoles au Parlement européen pour soutenir Aung San Suu Kyi, on ne fit jamais rien de comparable pour Hu Jia, qui reçut pourtant comme elle le prix Sakharov pour la liberté de pensée. Ou serait-ce plutôt qu’il était bien moins risqué, politiquement et économiquement, de tancer la petite Birmanie que de froisser l’immense Chine ?

Il est rare de voir la tête d’un prix Nobel de la paix enfouie dans le sable. Lundi, à Bruxelles, on en a vu trois d’un coup.

Philippe Paquet

retour à l'éditorial de Philippe Paquet sur les Jeux Olympiques d'hiver à Sotchi * sommaire et édito 157

 

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