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SOMMAIRE 

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Intimité dévoilée :

récit d’un voyage au centre de soi- même

 

Classe de 5e gén. Renforcement - 2 pér./sem. - ISJ St-Hubert

Récit : Anne-Françoise Hansen

Article paru dans le numéro 111 (décembre 2002) de LMDP Mise à jour 08.2017

© LMDP * Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source 

Contexte qui donne du sens, situation problème, exercice de compétences… Ces leitmotive nourrissent les programmes depuis quelques années déjà. Je salue l’initiative de l’atelier de lecture de Montegnée dont le mérite, outre le fait de motiver les jeunes à l’écriture, est de nous offrir à nous, enseignants, le substrat nécessaire au développement d’une séquence d’apprentissage.

 Monsieur Jean-Luc Davagle, [x] instigateur du projet, dévoile le thème support en octobre ; chaque professeur reçoit quelques exemplaires du règlement sur son étagère durant la première quinzaine du mois. L’originalité de ce concours d’écriture réside dans le fait que les élèves seront les arbitres de l’épreuve dans la mesure où ils seront amenés à lire les textes et à leur attribuer une appréciation chiffrée. L’aventure « Stanislas, héros du futur »,  je l’ai vécue à l’aube du millénaire avec des élèves de 4° Générale extrêmement motivés et comblés de recevoir en mains propres des résultats tangibles alors que le concours draine quelque milliers de participants, les textes étant publiés sur Internet (ceci explique sans doute cela).

 [x] L’Atelier de lecture Athénée royal 1, rue Félix Bernard B-4420 Montegnée - Contact par courriel : jld@leaweb.org

Le principe de base est simple : les productions écrites par les élèves sont lues et corrigées par des élèves du même âge que les auteurs - encadrés par leur professeur disposant d’une fiche d’évaluation.

 La consigne succincte :  « Rédige une semaine environ du journal intime d’un personnage que tu inventeras. Par le biais de ce narrateur et de son journal, rédigé parfois ou souvent avec humour, tu amèneras le lecteur à ressentir, avec toi, des sentiments, des émotions. Ce personnage fictif écrira à la personne « je ».

 Pour faciliter son écriture, « je » peut s’adresser à son journal, à un confident imaginaire, en lui disant « tu ». Nous ne te demandons pas d’écrire tout ce qui te passe par la tête sans contrôle. Au contraire, tu seras le maître du personnage et tu « calculeras » ce qu’il écrit pour atteindre les objectifs énoncés dans la consigne. Tu veilleras à ne pas lasser ou choquer inutilement ton lecteur car, contrairement au journal authentique, tu écriras pour de vrais lecteurs. L’auteur écrit régulièrement, date ses moments d’écriture ; étant aussi le narrateur, il rédige à la première personne. Il se trouve dans un endroit où il s’est isolé, comme dans une bulle. Il peut dessiner dans son carnet, agrafer un ticket de cinéma ou coller une lettre de menace. Il parle essentiellement de lui et de son environnement, avec sincérité et sans complaisance. Il n’hésite pas à aborder des grands thèmes comme l’amour, la mort, la vie, la pollution, la solidarité, etc. La langue peut être amicale ou recherchée. »

 L’édition 2001/2002 nous permet de franchir une étape décisive en acceptant de figurer parmi les classes-jurys. Les adolescentes (tiens, 12 filles !) manifestent un enthousiasme délirant… Le journal intime ! Parler de soi ou mettre en scène un personnage fictif ; je crois que l’aventure séduit parce qu’elle cultive l’art du paradoxe : le thème retenu dédramatise l’activité d’écriture ; chacune s’est déjà frottée au genre pour clamer ses coups de gueule, ses coups de cœur, ses doutes… Le journal intime, c’est donc une écriture banale, à la portée de tous ; mais le genre revêt aussi un côté mystérieux : en principe, il n’appelle pas de destinataire ; il présente un aspect « effiloché » dans la mesure où il est rempli… de blancs. La mémoire – consciemment ou pas – dévoile les turbulences d’une identité en pleine gestation.

 Concrètement, l’activité s’est déroulée en trois phases :

1.  Un bain de textes (Gide, Simenon, Baudelaire, Mauriac ont – entre autres - consigné leurs états d’âme ; l’incontournable Journal d’Anne Frank, mais aussi le second volume de la saga Bridget Jones , H. Fielding « L’âge  de raison » et le Horla de Maupassant) sous forme de larges extraits excepté les deux derniers cités, livrés dans leur intégralité.

 2.  La rédaction d’un journal intime conforme aux consignes arrêtées par l’Atelier de lecture. A titre d’exemple, ne pas excéder sept jours.

3.  La lecture et l’évaluation des 80 textes provenant de jeunes belges, français, tunisiens, marocains, irlandais, canadiens, russes… Cette étape prend cours après une interruption de deux mois nécessaires au dépouillement effectué par l’équipe Davagle à Montegnée. Pour eux, il s’agit, concrètement d’encoder les données, d’apprécier la conformité du produit brut, avant même d’envisager la lecture et de dispatcher les textes vers les classes-jurys de Belgique et d’ailleurs. Chaque document reçu passe dans les mains de quatre lecteurs. Nous disposons de quatre périodes de 50 minutes pour apprécier et réexpédier l’ensemble des textes et réexpédier le tout vers d’autres écoles.

 LECTURE

 Le corpus observé suscite une première réflexion : certains textes littéraires ne correspondent pas à la représentation que les élèves se font du journal intime ; la langue, tant au niveau du style qu’au niveau de la syntaxe, « fleure » trop l’écrit, les fondements qui articulent la pensée sont trop «philosophiques», en tout cas pas assez anodins. Un seul document présente les caractéristiques (non définies ; à ce stade la démarche est empirique) du genre : le récit d’Helen Fielding.

Le préambule posé, nous jetons les yeux sur la définition du récit de vie que propose Philippe Lejeune, [xx] le spécialiste de l’introspection : « récit rétrospectif en prose qu’une personne fait de sa propre existence lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité ». Le journal intime, par essence, contredit la notion de rétrospection  : le je qui se dévoile écrit sur le vif. Une seconde notion alimente la réflexion, l’adéquation  « je » mis en scène / narrateur / personnage, autrement dit un pacte fondé sur la transparence, la sincérité. Une fois encore, les textes-ressources infirment la règle… Sans exception, cette fois, car la romancière britannique prend ses distances par rapport au « je », personnage fictif construit de toutes pièces . Enfin, le journal intime n’appelle aucun destinataire public. Pourtant « le journal, même le plus intime, répond toujours à une logique de communication, fût-elle implicite, avec le lecteur ». (P. Lejeune)

[xx] Il a publié au Seuil en 1975 Le pacte autobiographique (rééd. 1996, coll. Points), 382 p., 7,99€. Du même auteur, Les brouillons de soi [analyse littéraire], Seuil 1998, 426 p., 21,90 € ; Le journal d’un coiffeur, Bethy éd., 80 p., 9,03€ ; «Cher écran...» - Journal personnel, ordinateur, Internet, Seuil, 2000, 446 p., env.22€. Signalons aussi le site Internet : http://sitapa.free.fr

Difficile donc de cerner, de chercher à circonscrire le genre…

La lecture des différents récits aboutit à un relevé de traits récurrents et de variantes.

Dénominateur commun à toutes les productions écrites :

-   description / récit / relation d’événements actuels

-  utilisation du pronom personnel je

-  une pensée non figée, d’où le côté éclaté, fragmentaire et des procédés langagiers pro­pres à l’oral  (vocabulaire familier, répéti­tions, parenthèses et incises, interjections, pauses, abréviations, traitement moins aca­démique de la syntaxe et de la ponctuation…)

- un narrateur qui ( ab )use de ses sens, des réactions épidermiques exacerbées

-  des stéréotypes et des vérités générales

-  une chronologie

-  un questionnement « existentiel »

 

Variantes :

-   l’utilisation des temps ( récit / discours )

-   le ton utilisé, tantôt sérieux, tantôt humoristique

-   la présence ou l’absence de mentions concernant le lieu et l’époque

-    la distanciation par rapport au vécu : certains journaux proposent une réflexion sur l’acte d’écriture

-    l’identité du narrateur ( transparence ou ambiguïté )

-  la forme littéraire / non littéraire

-   la chronologie ne constitue pas nécessairement l’élément organisateur. Certaines rubriques juxtaposées évoquent davantage les chroniques

 Cette lecture suscite un questionnement sur les motivations du narrateur / auteur / héros ; les hypothèses fusent de toutes parts. P. Lejeune formule très justement les quatre fonctions cardinales du journal : « l’expression (se délivrer des affects), la délibération (analyser et programmer sa vie), la mémoire (fixer la trace du vécu par de futures relectures par soi- même) et le plaisir de créer (le journal est un atelier d’écriture) ».

 ECRITURE

 L’immersion a probablement canalisé les intuitions ; le premier jet est produit en classe mais très vite les filles rédigent à domicile parce que « ça ne vient pas toujours » dans le contexte des deux périodes de cours. Le climat de confiance au sein du groupe génère tout naturellement l’envie de lire à voix haute…

Certains poncifs éculés n’échappent pas à la « censure » : difficile, pour des jeunes adolescentes de prendre conscience que le personnage peut « ne pas être moi » ; se décentrer de son égocentrisme, de sa sphère relationnelle (pour imaginer le journal d’une mouche, d’un banc public, d’un schizophrène, d’un naufragé ayant perdu la notion du temps…) relève d’une gageure !

Les travaux sont expédiés pour le 28 janvier, date ultime de remise des copies.

 ÉVALUATION

 Deux mois plus tard, le colis nous tombe dans les bras ; nous disposons de deux semaines pour dépouiller, lire et corriger à l’aide de la fiche d’évaluation élaborée par l’Atelier de lecture. Chaque document passe sous les yeux de quatre lecteurs soucieux de la conformité du « produit » : respect de la consigne temporelle (une succession de sept jours), qualité de la langue, originalité du texte, cohérence du projet d’écriture.

La rubrique « maîtrise de la norme » est traitée différemment selon que les textes proviennent de pays francophones ou non. Les textes d’outre-mer suscitent un engouement particulier, un petit avant-goût de vacances ?…

A l’heure où vous lisez ces lignes, nous avons réceptionné les cotes de nos productions écrites. Une élève figure parmi les lauréats avec 87,5%, une quatrième place dont nous ne sommes pas peu fiers compte tenu de la masse des textes récoltés : 5.110 jeunes issus de 29 pays ont couché sur papier leurs petits bonheurs, leurs cris d’angoisse ou tout simplement la monotonie de leur existence.

Cynthia Longueville s’est rendue à la cérémonie de remise des prix le 22 juin dernier pour être « mise à l’honneur » (sic) en présence du Ministre-Président de la Communauté française et du Ministre de l’Enseignement Secondaire, Monsieur Pierre Hazette.

 Les lecteurs que le genre rebute le taxent de nombriliste ou de narcissique, à l’image de notre société individualiste. Au terme de l’aventure, nous avons davantage perçu les mouvances inhérentes à la construction de la personnalité et les décentrements d’un individu qui participe en fin de compte à l’élaboration des rapports sociaux.

*

Pour apaiser les consciences ou les réveiller (c’est selon…), ces extraits du Programme du 3e degré. :

 

Compétences mises en œuvre en lecture / écriture (construire une recherche documentaire et rédiger une synthèse de textes en vue de mieux cerner une problématique littéraire ou non) :

-   planification des données par confrontation des documents

-   mise en page des éléments visuels et écrits propres au genre traité

-   réflexion sur les effets sémantiques générés par les variations syntaxiques 

 

en lecture :

-   mobilisation des acquis pertinents relatifs à la variété des textes, l’acte de communication, la variété des instances énonciatives et de leurs destinataires

- mobilisation des savoirs antérieurs par la comparaison du texte lu avec d’autres lus précédemment 

en écriture :

-   orientation de son écrit en fonction de la situation de communication

-   respect des règles de syntaxe

- maîtrise des règles orthographiques

- gestion de la ponctuation, de la typographie

 

Apprentissages mis en œuvre en lecture (construire un ou plusieurs réseaux de signification pour répondre aux questions suscitées par la lecture d’un texte, porter une appréciation personnelle sur le texte, faire part de son interprétation à travers divers moyens d’expression) :

-  activation de plusieurs catégories de connaissances (stéréotypes)

- insertion de l’œuvre dans son contexte historique

- développement d’une réflexion critique sur sa propre lecture (notamment valeurs personnelles que l’on projette dans le texte)

-   connaissance des caractéristiques des genres comme protocole de lecture

-   réflexion sur les effets sémantiques opérés par les variations syntaxiques 

Apprentissages mis en œuvre pour parler / écouter (prendre part dans une discussion de groupes en intervenant à propos, en adaptant son projet de parole et d’écoute) :

-   identification des aspects spécifiques des codes écrit et oral

-   ajustement aux interlocuteurs de la voix, de l’attitude corporelle et du regard

-          gestion des interactions qui sont le moteur du « débat » : écoute des positions des autres (acceptation ou rejet)

 

 

Autobiographie, un genre à la fois très pratiqué, très fréquenté, et... multiforme

Plus que les anecdotes singulières qui ne satisfont qu'une vague curiosité, c'est la vaste interrogation sur "comment vivre ce que nous avons à vivre" qui alimente à la fois l'écriture et la lecture des autobiographies.

Dominique Viart, La littérature française au présent, Bordas, 2005, p. 52.  

Autre article d’Anne-Françoise Hansen paru dans LMDP:

http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/afha.html

Autres articles parus dans LMDP:

http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/archives.html

 

 

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