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P

Article paru dans les numéros 86 (septembre 1996) et 87 (décembre 1996) de LMDP Mise à jour 08.2017

© LMDP Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source

 

Andromaque, de Jean Racine, ou la problématique du deuil

par Jean van der Hoeden

 

Introduits à la sociologie, à la Nouvelle critique et à la psychanalyse en tant qu'elles permettent, à leur manière, des approches nouvelles d'œuvres classiques, les élèves des 6E et 6G de l'Institut Saint-Louis de Bruxelles ont relevé un défi: celui de montrer, avec leur professeur de français, qu'ANDROMAQUE de Jean RACINE est peut-être bien d'abord une traduction exceptionnelle de tout ce qui fait la problématique du deuil, et que, si ANDROMAQUE est "une oeuvre où il n'y a pas de place pour deux" (Jean-Paul SARTRE), c'est dans la mesure où le oui qu'Andromaque ne peut se résoudre à dire à Pyrrhus est d'abord le non qu'elle ne peut dire au Hector mort que son fils Astyanax est chargé par elle de ressusciter; le mort se trouverait ainsi à la fois en amont et en aval du personnage de l'héroïne racinienne.

Chaque élève a analysé l'œuvre en fonction de cette perspective; leurs conclusions confirment qu'elle convenait parfaitement. Relevant au cours de son travail de correction la ou les phrases des travaux de ses élèves susceptible(s) de permettre une synthèse qui se tienne vraiment, le professeur a ensuite élaboré soigneusement cette dernière; les phrases des élèves retenues y figurent, fidèlement reproduites, entre guillemets et en italique.

*

"Comment la mort peut-elle accoucher de la vie? Quels sont les droits de l'une sur l'autre? La plupart des réponses à ces questions sont enfouies dans le texte d'Andromaque et constituent son secret".

Nombreuses et de visages différents, les perturbations qu'entraîne chez l'endeuillé la perte d'un être cher peuvent altérer profondément son comportement et le toucher, profondément aussi, dans l'intimité de son psychisme. "Chercher à ne pas couper les ponts avec le passé" en allant jusqu'à "imiter les gestes ou les attitudes du défunt et à essayer d'aimer davantage ce qu'il aimait" est ici une manière de faire fréquente qui, si elle interfère avec le "travail du deuil", peut "réouvrir constamment une plaie censée se refermer avec le temps": "se détacher progressivement de l'être perdu" est un "processus délicat"; "digérer la perte et reconstruire son Moi à partir d'elle" est toute une entreprise. Dans le cas d'Andromaque, si c'est la "torture" qui "interroge", ce pourrait bien être la "douleur" seulement qui "répond".

a) Le poids du passé

Le passé pèse lourdement sur les personnages de Racine, passé qui "vaut essentiellement par son antériorité". L'"ordre ancien", "ordre de la fidélité" mais aussi "cercle formaliste dont on ne peut sortir", est tellement jaloux qu'il installe dans la culpabilité celui qui en viendrait à le remettre en question: "Si Andromaque rompt sa fidélité, cela revient pour elle à rejeter à la fois le Père, le Passé, la Patrie et la Religion". Il est à remarquer que si Andromaque, Pyrrhus, Hermione et Oreste sont aux prises dans Andromaque, ils le sont d'abord comme, respectivement, la "veuve d'Hector", le "fils d'Achille", la "fille d'Hélène" et le "fils d'Agamemnon".

Lorsque Pyrrhus, en "enfant rebelle", tente d'amener Andromaque à lui répondre favorablement, il sait nécessairement bien de quel "serment" il rompt pour elle les "chaînes". Le poids du passé est si lourd que, chaque fois qu'Andromaque veut aller de l'"avant", le passé, telle une "prison aliénante" et avec ce et ceux qu'il représente, l'attire en "arrière" pour la rappeler à l'ordre.

Bien davantage que la "veuve pleurante" du "cliché" dans lequel elle "préférerait rester", Andromaque est "comme une esclave étouffée, enfermée par ce qui l'empêche d'aller en avant et peut-être vers le bonheur, paralysée par une absence qui lui inflige une sorte d'interminable pénitence". Dans une grande confusion où s'entremêlent fidélité au défunt et fidélité à la vie - le passé chez Racine semble toujours vouloir résumer la seconde dans la première -, Andromaque ne peut voir dans un "amour nouveau" qu'un "ennemi qui empêcherait le travail du deuil" et irait jusqu'à nier le deuil lui-même. S'épuisant, sous l'action de forces obscures, à "demeurer l'Andromaque qu'elle a été dans le passé", se définissant presque par "un temps circulaire et restreint au présent et au passé" où le passé entend l'emporter sur le présent ou du moins "se refait continuellement dans le présent", Andromaque entretient avec Hector la relation qu'entretiennent un "vivant mort" et un "mort vivant".

b) Des fonctions à l'identité

Si le personnage d'Andromaque, avec tout ce qui a fait pour lui Troie ravagée, est au centre de l'oeuvre qui a son nom pour titre, il y est, en absence d'identité propre, comme "seulement la veuve d'Hector et la mère d'Astyanax": Andromaque s'est toujours définie par "les fonctions et les rôles d'épouse et de mère" qui, s'ils supposent bien sûr la féminité, ne l'épuisent cependant pas, même si Andromaque a le sentiment de "n'être plus qu'une mère et plus une femme"; si Pyrrhus la séduit autant qu'il lui fait peur, c'est bien parce qu'il lui propose un espace où s'aimer elle-même et être aimée pour elle-même, pour autant qu'elle dise d'abord oui à la vie: c'est parce qu'il a fait irruption dans le couple mère-enfant - en d'autres termes, parce qu'il a confirmé qu'Hector est mort et qu'Astyanax n'est pas que le fils de son père et de sa mère confondus avec lui dans un trio mortel - qu'il est perçu par Andromaque comme un meurtrier.

Voulant malgré tout n'exister que comme veuve et comme mère, Andromaque ne peut, dans son acharnement à y parvenir, que rendre Hector et Astyanax responsables de ses malheurs: "invisibles mais omniprésents", "axes autour desquels gravite la tragédie", "présents moralement en permanence", ils se voient imputer l'impossibilité pour Andromaque d'un nouvel amour et semblent retenir un oui "difficile à leur arracher" qu'on ne pourrait d'ailleurs prononcer qu'avec leur consentement. Seule leur disparition définitive, c'est-à-dire d'abord une autre manière de concevoir et de vivre les rapports avec eux - elle est intimement liée au travail du deuil -, créerait l'espace d'un "amour possible entre Pyrrhus et Andromaque parce qu'elle ne serait plus "attachée" à qui que ce soit".

Dans son analyse du théâtre racinien, Roland Barthes a relevé un certain nombre de constantes que l'on retrouverait dans toutes les oeuvres de l'auteur d'Andromaque: ainsi, ce qu'il appelle les lieux tragiques, lesquels sont la Chambre - elle est le lieu, par exemple, de la "Puissance tapie" et peut avoir pour substitut "l'exil du Roi, menaçant parce qu'on ne sait si le Roi est vivant ou mort"-, l'Antichambre - elle est le lieu par excellence de la tragédie - et l'Extérieur, ensemble d'espaces dont ceux de la mort et de l'Evénement; à y bien regarder, ces lieux se confondent, dans l'oeuvre qui nous occupe, avec, respectivement, Hector, Andromaque et Astyanax, le premier et le troisième de ces personnages engloutissant d'autant plus le deuxième absorbé dans ses fonctions que, de par ce qu'il représente pour Andromaque et ce dont elle l'investit, Astyanax n'est pas Astyanax: qu'"Andromaque s'accroche à tout prix à son passé comme à la "Chambre" plutôt que d'aller de l'avant comme vers l'"Extérieur" veut dire aussi que, confondu par Andromaque avec son père défunt dans l'effort désespéré qu'elle fait pour ressusciter le père en tuant le fils, Astyanax ne peut incarner l'Extérieur barthien que comme lieu de mort.

Si l'endeuillé vit la perte de l'être cher comme, selon une certaine psychanalyse, l'"objet perdu du sujet", dans Andromaque, "la perte de l'objet est compensée: Astyanax devient l'objet nouveau". Œuvre centrée sur l'amour impossible parce que lié à un oui impossible aussi, Andromaque n'aurait pas en son centre le personnage d'Andromaque seulement, elle y aurait, tout autant sinon davantage, ceux d'Hector et d'Astyanax.

c) Astyanax n'est pas Astyanax

1) Un arrière-fond

Si Andromaque se sent "condamnée" par Pyrrhus à des "pleurs éternels", c'est assurément parce qu'elle "refuse la mort de son époux": "Tout le drame d'Andromaque réside dans le refus de la mort et celui de se détacher d'un être aimé". Andromaque n'accepte pas l'"absurdité de cette mort" - le fait qu'elle soit, étymologiquement et donc d'abord, hors de tout ordre, sinon naturel. Hector n'était-il donc pas "immortel"? La mort d'Hector n'est-elle donc pas un démenti aux prétentions de l'ordre ancien à s'imposer absolument en dépit des oeuvres du temps? Andromaque ne peut pas ne pas percevoir ce que la mort d'Hector fragilise de cet ordre, et son tourment en est grand.

2) Astyanax, "empêcheur de vivre et de mourir"

Condamnée à des "pleurs éternels", Andromaque l'est peut-être surtout en raison de tout ce dont elle investit Astyanax au point de l'absorber entièrement dans son époux défunt. Astyanax défie d'abord Andromaque: "Andromaque reproche à son fils de vouloir la vie alors qu'elle souhaiterait qu'elle-même, son fils et Hector se rejoignent dans la mort". "Culpabilisant son fils de vivre" - il est aussi la part jeune de son être profond -, "allant jusqu'à reprocher à son fils d'être pour elle une occasion de vivre", "en voulant à son fils de représenter l'espoir et de la pousser à vivre et à croire en la vie", Andromaque en vient presque à souhaiter la mort d'Astyanax. Si l'idée l'effleure parfois, comme mère voulant sauver son enfant, que "son fils pourrait être l'excuse idéale pour épouser Pyrrhus sans avoir à trop s'en culpabiliser", le désir lui vient plus souvent de le voir disparaître à défaut de pouvoir le faire disparaître en installant, activement elle-même, entre elle et lui, la distance susceptible de dénouer la confusion qui les soude étroitement.

Ce n'est d'ailleurs pas Astyanax qu'Andromaque accepterait alors de voir livré aux Grecs, mais bien le "fils d'Hector": "Il arrive à Andromaque de penser que si son fils mourrait, tous ses ennuis s'évanouiraient parce qu'elle ne reverrait plus Hector dans son fils". C'est parce que ce fils est Hector dans la mesure où Andromaque le fait être tel, qu'elle voit en lui un "empêcheur de vivre". Astyanax est exactement à la fois un empêcheur de vie et un empêcheur de mort, le premier si la vie se résume pour Andromaque à survivre dans le souvenir de l'époux défunt incarné par le fils, le second si la vie peut être encore pour elle autre chose que vouloir rejoindre au plus tôt cet époux défunt dans la tombe; c'est en tant que "fils d'Hector" qu'Astyanax se voit reprocher par sa mère de contrecarrer son travail du deuil, à moins qu'Hector ne l'invite à vivre.

3) Autre chose que lui-même

Astyanax n'est pas Astyanax, et pour des raisons autres encore que celles déjà esquissées. Avoir à pleurer un jour le fils d'Hector, c'est, pour Andromaque, avoir à pleurer éternellement "Hector, son père, sa famille et tout son peuple"; c'est cette personnalité-là qu'Astyanax est condamné à avoir, "sans aucun caractère propre": "Le futur de ses compatriotes repose entièrement sur lui tout comme repose sur lui le passé de ses aïeux". Andromaque veut vivre avec son fils "en tant qu'il est l'incarnation de son père dans la mesure où il le représente".

Une grande confusion est opérée par Andromaque, qui confond en un même tout - "une même personne" - Astyanax et Hector: "Ne considérant pas Astyanax comme son fils mais comme le "fils d'Hector" ou son image", "considérant souvent son fils comme étant Hector", "attachée à son fils qui représente son mari "défunt" et avec lui l'"espoir" d'une nouvelle Royauté", Andromaque "ne voit, à travers son fils, que son passé" et se condamne ainsi à "retrouver constamment son passé dans son avenir puisque Astyanax incarne son père absent".

La non-acceptation par Andromaque de la mort d'Hector lui fait d'ailleurs confondre, dangereusement, "mort" et "absence", si bien qu'elle enferme dans une même silhouette fantomatique un faux mort et un faux vivant. Condamné à remplacer un absent ne peut que donner à Astyanax un statut aussi évanescent que, paradoxalement mais terriblement, "toujours momentané".

4) Sous couleur d'amour

Il y a lieu de se demander si, en refusant de laisser Pyrrhus livrer Astyanax aux Grecs, Andromaque ne dissimule pas sous cette attitude la volonté de faire en sorte, par là, qu'Hector "continue à vivre par Astyanax" - elle "projette Hector sur son fils, de sorte qu'ainsi elle le "rematérialise". "Amoureuse aussi de son fils comme s'il était Hector", "aimant tellement son mari que son fils est le seul moyen de le rejoindre dans la mort" parce qu'il est l'"incarnation de son mari "défunt", Andromaque ne peut voir dans le fils "qui lui reste" qu'autre chose que ce fils. Aussi, "lorsque Andromaque prend le fils dans ses bras", c'est "comme si elle y prenait le père" puisque, "en voyant Astyanax, elle voit son époux défunt". Astyanax n'est pas Astyanax: il est seulement celui qui est voué à "incarner", "représenter", "ressusciter" et "répéter" son père.

5) Fils et époux

Astyanax, fils "seule joie" d'Andromaque et "image d'Hector" pour elle, fils que "de sa flamme" il lui "laissa pour gage", ne se voit pas seulement réduit à incarner Hector; il se voit aussi délégué à accomplir l'impossible tâche autant qu'à assumer la "lourde responsabilité" de remplir son "rôle d'époux": en croyant devoir choisir entre son époux défunt et son fils en vie, Andromaque, qui choisit plutôt de persister à confondre le père et le fils, "est seulement partagée entre son époux mort, Hector, et son époux vivant, Astyanax". Astyanax aurait ainsi pour seule raison d'être de "représenter l'époux en comblant le vide qu'il a laissé". Il ne peut le faire qu'en enfermant un peu plus Andromaque dans le vide qu'entretient le deuil non fait au travers des faux pleins dont il tente de se remplir. Si "livrer le fils" est "livrer le père", il est aussi "livrer la mère"; en "délivrant" le fils - en faisant qu'Astyanax soit enfin autre chose qu'Hector -, Pyrrhus ne pourrait que "délivrer" Andromaque de n'être pour toujours que la veuve d'Hector et l'"épouse incestueuse d'Astyanax". Comment ne frémirait-il pas en entendant Andromaque, embrassant Astyanax, s'écrier: "C'est Hector! Voilà ses yeux, sa bouche, et déjà son audace. C'est lui-même; c'est toi, cher époux, que j'embrasse"? Comment ne frémirait-il pas aussi en l'entendant dire d'Astyanax, s'il devait être livré aux Grecs: "Il m'aurait tenu lieu d'époux"?

d) Hector n'est pas mort

1) Absence et énigmes

Lorsque, à la fin de l'Acte III de l'œuvre qui porte son nom, Andromaque décide, pour voir plus clair dans son débat-combat intérieur, de se rendre sur la tombe d'Hector, c'est pour l'y "consulter": il ne s'agit pas seulement ici pour Andromaque de se recueillir ou de se souvenir, il s'agit pour elle de demander un avis. De la sorte, elle "agit comme si son mari continuait à vivre", même si, puisqu'il "ne lui répondra jamais", "elle se retrouvera toujours confrontée seule à ses doutes et ses questions, dans l'incertitude de ce qui est bon ou mauvais". Demander éventuellement à Hector s'il consentirait à ce qu'elle épouse Pyrrhus semble être pour Andromaque un devoir incontournable: un oui éventuel d'Hector relève ici d'une sorte d'"autorisation" de sa part; c'est davantage à Hector qu'au "plus profond d'elle-même" qu'Andromaque se sent obligée de s'adresser; pourtant, "c'est elle qu'Andromaque devrait consulter et non l'absent, qu'il soit ici le défunt ou la confidente", puisque d'ailleurs, Hector et Céphise renvoient Andromaque à Andromaque.

Pour ne pas pouvoir faire le deuil d'Hector, Andromaque "pense que quelque part, Hector est toujours vivant" tel qu'elle l'a connu; c'est pourquoi, "elle parle de lui comme si elle avait les moyens de l'entendre et d'échanger des propos avec lui", refusant d'admettre et même parfois d'"imaginer un seul instant qu'Hector l'a quittée": "Tout se déferait alors, rien n'aurait plus alors de sens". Hector mort, c'est-à-dire peut-être seulement absent pour Andromaque, semble bien jouer un rôle plus important que celui qu'il aurait éventuellement pu jouer de son vivant. Si, condensant à sa manière ce qu'Astyanax est voué à condenser aussi - "tout ce que Troie fut" -, si, se prolongeant dans l'Astyanax n'ayant à faire que "représenter tout, le souvenir, l'avenir et le coeur de la fidélité", Hector a aussi "emporté avec lui toutes les réponses aux questions qu'Andromaque se pose après son décès", son absence pèse lourdement sur le comportement de sa veuve et les décisions qu'elle a prises ou aurait à prendre.

Et tout se passe en effet pour celle-ci comme si Hector "observait tous les gestes de celle qui fut son épouse et pouvait être déçu ou fier de ceux-ci", tout se signale pour elle comme si "l'être disparu revenait sans cesse exercer sa pression sur un autre, fragile et vulnérable"; Andromaque "se sent toujours coupable et considère qu'Hector la regarde de l'endroit où il est". "Bourreau" ainsi de la "prison intérieure d'Andromaque" dont il serait à la fois les murs, le gardien et la clé, Hector provoque chez Andromaque "le sentiment que l'esprit du défunt plane sur elle et l'observe"; sa présence aussi muette et invisible que massive et peut-être jalouse la retient d'"avouer son amour à Pyrrhus", puisqu'elle ne "sait pas" - ne saura jamais - "ce qu'Hector penserait d'elle". En l'absence de ce savoir, autant s'évertuer pour Andromaque à refuser qu'elle aime ou même puisse aimer Pyrrhus. Un passé dont elle n'obtiendra jamais l'aval pour ce qu'elle oserait entreprendre ne peut que "paralyser le présent et interdire l'avenir"; conçu ainsi, le passé, via le défunt - Hector - projeté dans l'avenir - Astyanax comme seulement le "fils d'Hector" -, "empêche de vivre". C'est étrangement lorsque Pyrrhus lui adresse des mots amoureux - Pyrrhus est peut-être meurtrier d'Hector au sens proposé plus haut- qu'"Andromaque revient toujours à Hector lorsque, dans la conversation, s'immisce le thème de l'amour". Comment donc Andromaque pourrait-elle "promettre sa foi" à Pyrrhus si cette foi ne lui appartient pas parce qu'elle ne lui appartiendrait plus?

2) La "foi" sacrifiée

"Ma flamme par Hector fut jadis allumée; avec lui dans la tombe elle s'est enfermée": en disparaissant, Hector a - aurait - emporté avec lui la capacité d'aimer d'Andromaque. "Il est mort, elle est morte aussi", ne vivant que comme une survivante - ne voir en Astyanax que l'image d'Hector l'y condamne largement. Ayant "perdu le goût de l'amour à la mort d'Hector" ou du moins ayant enfermé cet amour "dans son mari mort", Andromaque déclare ne "devoir sa flamme" qu'aux "cendres d'un époux"; aussi, "sa capacité de dire "oui" s'est muée en une résignation à dire "non" puisque cette capacité est partie avec quelqu'un qui l'a emportée dans sa tombe".

Ce qu'Andromaque ressentirait encore malgré tout de capacité d'aimer quelqu'un d'autre qu'Hector - aimer Astyanax n'est qu'aimer finalement le "fils d'Hector" et d'abord Hector à travers lui - ne peut que l'amener dès lors à vivre dans l'"obsession de ne pas tromper son mari" et à "se suicider", s'il le fallait, "pour ne pas tomber dans l'infidélité". L'infidélité à laquelle Andromaque aurait pu se laisser aller un jour, réellement ou seulement en imagination, du vivant d'Hector, elle ne l'aurait peut-être pas éprouvée comme telle, c'est-à-dire avec tous les sentiments contradictoires que nourrit la plupart du temps une double vie, si l'intensité de l'amour qui devait souder son couple avait perdu de sa force avec l'usure du temps: là où il n'y a plus d'amour, l'aventure ne s'ajoute pas à un plein mais vient meubler un vide, et tient lieu de vie. Voici pourtant que ce qu'Andromaque aurait pu ne pas éprouver du vivant d'Hector, elle semble ne pouvoir l'éprouver que dès l'instant de sa disparition - il y a là bien signe que, pour elle, Hector n'est pas mort -: Andromaque ne peut se résoudre à oser, après la mort d'Hector qui la laisse seule mais libre, ce qu'elle aurait peut-être rêvé de faire à des moments malheureux de sa vie avec Hector vivant.

3) Hector plus qu'Hector

Ce qui retient Andromaque de dire oui à Pyrrhus, c'est que l'Hector auquel elle prétend rester fidèle ou plutôt devoir rester fidèle, non seulement n'est pas mort, mais n'a soudain plus aucun défaut pour avoir toutes les qualités. Malgré l'éclat de ses armes, Pyrrhus, comparé à Hector, est alors bien pâle, à moins qu'il ne soit, soudain aussi, l'incarnation de tous les défauts qu'Hector aurait d'autant moins eus qu'il n'aurait pu en avoir aucun; c'est lorsqu'elle se sent aimée de Pyrrhus - lorsqu'elle pourrait donc ne plus être seulement la veuve d'Hector - "qu'Andromaque lui trouve tous les défauts du monde". Le curieux mécanisme d'embellissement du défunt et de dénigrement de son rival est ici comme un mécanisme de défense, tout nourri de la culpabilité de vivre et de désirer encore: "Parce que Hector est mort, Andromaque ne voit plus ses défauts et ne se souvient que de ses qualités, exceptionnelles; elle l'idolâtre". Si Andromaque a sincèrement aimé Hector, n'est-ce cependant pas "la mort elle-même" qui "a rendu son amour plus grand qu'il ne l'aurait jamais été si sa moitié n'avait pas été tuée"? "La dernière image qu'Andromaque a conservée d'Hector est une image d'amour"; cette image ayant effacé toutes les autres ou plutôt s'étant étendue à toutes les autres, "c'est à cette image-là qu'Andromaque essaie d'être le plus fidèle possible", jusqu'à y voir quelque chose qui "l'empêche de refaire sa vie avec quelqu'un d'autre".

Si l'Hector vivant n'était peut-être pas réellement "l'Hector qu'Andromaque a enfermé dans son esprit", celui qui semble avoir et exercer encore des droits sur la vie et la capacité d'aimer d'Andromaque est pourtant celui qui "lui fait dire qu'elle n'a pas son destin entre les mains mais qu'il est entre celles de son mari défunt". Celui dont elle a pu peut-être, sous l'effet de la colère et lorsqu'il était vivant, "bien des fois souhaiter la mort", celui-là, mort, devient celui dont l'absence est soudain ce qui met la vie en question parce qu'elle fait oublier ce qui, de son vivant, empêchait parfois de vivre aussi. S'il n'est que le fils d'Hector, Astyanax est voué à incarner, dans le présent et pour l'avenir, outre ce que son père fut, ce que son père ne fut sans doute pas: un être sans défaut; Andromaque met ainsi sur ses épaules le lourd fardeau d'être ce qui conditionne la fidélité de sa mère à son époux défunt, puisqu'il aurait non seulement à être celui qu'il n'est pas, mais encore à l'être en faisant oublier tout ce en quoi celui-ci n'était pas parfait. D'une manière générale, c'est "une absence plus pesante qu'une présence" qui paralyse Andromaque, ou alors une présence d'autant plus pesante qu'elle n'est faite que de ce qui tente vainement de combler une absence.

e) Le drame d'Andromaque

A lire et à prendre le texte de Jean RACINE au premier degré, le drame d'Andromaque tiendrait en un dilemme qu'elle ne parvient pas à résoudre: "Si Andromaque cède aux avances de Pyrrhus, elle sauve son enfant mais trahit ainsi son époux; si elle les refuse, elle reste certes fidèle à Hector, mais elle perd Astyanax". Ce dilemme cruel mérite d'être considéré de près.

Si Andromaque semble prise "entre un homme qu'elle aime (Hector) mais qui n'existe plus, et un homme qu'elle n'aime pas (Pyrrhus) mais qui, lui, existe", il serait peut-être plus exact de dire qu'elle est partagée entre un homme (Hector) qui existe encore mais qu'elle n'aime pas dans la mesure où, parce qu'elle n'accepte pas sa mort, il tyrannise son âme, et un homme (Pyrrhus) dont elle s'acharne à nier l'existence mais qu'elle aime dans la mesure déjà où il lui rappelle constamment qu'Hector est mort; il ne peut que la fasciner, et cela d'autant plus que l'Astyanax auquel elle déclare devoir se consacrer désormais entièrement n'est que le vivant mort ou le mort vivant auquel le réduit de devoir n'être que le fils d'Hector.

Ce ne serait finalement pas entre Hector et Astyanax qu'Andromaque se sentirait obligée de choisir, mais bien plutôt entre le tandem "Hector-le fils d'Hector" et Pyrrhus. Fondamentalement, l'"amour infini" qu'Andromaque prétend avoir pour Hector n'en est pas un si le tandem "Hector mort-le fils d'Hector mort" ne peut retenir, pour l'épuiser en résumant aussi la vie - Andromaque prétend que ce tandem résumerait essentiellement sa vie -, sa capacité de vivre et d'aimer. Son déchirement tiendrait au fait qu'elle sent intimement le contraire - Pyrrhus n'est pas sans charme pour elle-, mais qu'elle s'acharne à ne pas l'admettre.

Andromaque se sent prise entre des forces agissant dans des sens opposés, celles qui l'attirent vers Hector et celles qui la poussent vers Pyrrhus; les premières sont d'autant plus centripètes et les secondes d'autant plus centrifuges que, au centre de leur combat, elle-même a peu de consistance propre. Laisser Pyrrhus livrer Astyanax aux Grecs - ce ne serait peut-être en fait que le laisser livrer, à la Grèce qui a tué Hector, le fils d'Hector et voir ainsi confirmé ce qu'elle refuse d'admettre, à savoir qu'Hector est mort -, cela revient pour Andromaque à se faire complice d'un crime peu commun: elle serait ainsi responsable, à ses yeux, d'une "deuxième mort de son mari", elle le "tuerait une deuxième fois", elle l'"enterrerait en l'oubliant". Une ambiguïté essentielle plane sur sauver Astyanax: sauver Astyanax comme simple enfant Astyanax est autre chose que le sauver comme fils d'Hector; aussi, ce serait en laissant Pyrrhus livrer aux Grecs le fils d'Hector qu'Andromaque sauverait vraiment Astyanax, cela d'ailleurs en épousant Pyrrhus et en cessant par là de n'être elle-même que la veuve d'Hector. Perdre le fils ne peut être perdre deux fois le père que si le fils est le père et ne fait qu'un avec lui; c'est bien la confusion entretenue par Andromaque entre Hector, avec tout ce qu'il représente, et Astyanax, avec tout ce qu'il représente aussi, qui s'exprime dans son cri: "O cendres d'un époux! ô Troyens! ô mon père! O mon fils, que tes jours coûtent cher à ta mère!". Que le fils, "seul reste d'Hector et de Troie", soit tué est d'autant plus douloureux à accepter pour Andromaque que cela l'obligerait enfin à cesser de confondre, réunis seulement comme l'époux défunt et le fils de l'époux défunt, Hector et Astyanax, et que cela l'obligerait aussi, d'une manière ou d'une autre, à redécouvrir ou à conquérir une identité ne s'absorbant pas dans des fonctions ou des rôles. La décision qu'elle semble avoir prise au début de l'Acte IV est d'autant moins une solution à son drame qu'elle ne résout rien - elle veut seulement séparer absolument la mère et l'épouse - et que ce "choix final" n'est qu'un "mélange savant de mort et de vie":

"Je vais donc, puisqu'il faut que je me sacrifie,

Assurer à Pyrrhus le reste de ma vie,

Je vais, en recevant sa foi sur les autels,

L'engager à mon fils par des liens immortels.

Mais aussitôt ma main, à moi seule funeste,

D'une infidèle vie abrégera le reste,

Et, sauvant ma vertu, rendra ce que je dois

A Pyrrhus, à mon fils, à mon époux, à moi.9

f) Pyrrhus sauveur

Tout comme Hector a d'autant plus d'éclat que, mort, il est aussi embelli par Andromaque, Astyanax comme fils d'Hector doit une partie soudaine de l'attachement qu'Andromaque lui manifeste à la menace que Pyrrhus agite de le livrer à Oreste, ambassadeur des Grecs; cette mort imminente lui donne une dimension qu'il n'aurait sans doute pas eue autrement: "Ce n'est qu'à partir du moment où Astyanax est en danger qu'il a soudain un "poids" inouï pour sa mère", "on a l'impression que c'est parce qu'on veut du mal à son fils qu'Andromaque l'aime soudain autant"; Pyrrhus le sent, qui ne serait surtout le meurtrier d'Hector et d'Astyanax que parce qu'il confirme auprès d'Andromaque qu'Hector est mort et qu'Astyanax n'est pas que son fils. C'est cette image-là de Pyrrhus qui semble insupportable à l'Andromaque qui, "si elle épousait Pyrrhus, devrait vivre avec l'assassin de son mari".

L'Andromaque qui confond Astyanax et Hector, et qui croit rejoindre le second en s'attachant incestueusement au premier, demeure prisonnière; "son "deuil non fait" persistera tant que son fils n'aura pas pris ses distances par rapport à elle ou qu'elle n'aura pas pris ses distances par rapport à lui".

Pyrrhus entend précisément ne pas "rendre un fils à sa mère"; par là en effet, il contribuerait à laisser Andromaque dans le noeud mortel qu'est la confusion entre Astyanax et Hector mort.

L'Andromaque qui préférerait rejoindre Hector, et qu'Astyanax et elle-même "soient tous deux morts pour qu'ils soient réunis dans l'au-delà", voit en Pyrrhus quelqu'un qui veut la mort d'Astyanax en le livrant aux Grecs; pourtant, s'il "condamne l'enfant comme un obstacle", c'est seulement dans la mesure où Astyanax, ne faisant que représenter Hector, le met en travers de sa route amoureuse. Astyanax n'est le rival de Pyrrhus que parce que Andromaque le confond avec son père. "Andromaque se sent tirée en arrière, poussée dans le passé en y emportant son fils; c'est par lui que Pyrrhus essaye de l'attirer vers l'avant". Fiancé à Hermione sans avoir eu à se prononcer lui-même ici - la fidélité tient pour Hermione du "devoir austère" et Pyrrhus ne manquera pas de lui laisser entendre que, dans sa relation avec elle, il en allait de même pour lui -, Pyrrhus voit, dans l'amour qu'il porte à Andromaque et auquel elle n'est pas indifférente, une chance de réaliser un "désir de vivre au présent"; Andromaque lui offre cette chance autant qu'il la lui offre. Enfermée dans son deuil et craignant de devoir à Pyrrhus quelque chose d'une autre flamme, Andromaque ne peut concevoir que le passé puisse lui-même la pousser en avant; aussi, elle ne peut que refuser d'entendre sa confidente lorsque celle-ci lui dit:

"Madame, à votre époux c'est être assez fidèle:

Trop de vertu pourrait vous rendre criminelle.

Lui-même il porterait votre âme à la douceur".

Quelque chose qu'ils expriment chacun à leur manière relie étroitement Pyrrhus et Andromaque, le fils d'Achille et la veuve d'Hector - Pyrhus l'exprime sur le mode de la colère, Andromaque sur celui de cette forme de violence retournée contre soi que peut être la douleur -: le désir de faire entendre un accent personnel dans un concert qui aurait voulu se jouer sans eux. Ce désir ne fait qu'un avec celui d'oser "devenir contraire" à un "soi-même" qui ne serait qu'autre chose que ce "soi-même": pour Pyrrhus, "la Grèce" et "son père".

g) L'"enfant": l'"ennemi"

C'est bien Astyanax que Pyrrhus veut sauver en faisant en sorte qu'il ne soit pas seulement l'enfant mort qu'il est en quelque sorte condamné à être s'il ne doit exister que comme le fils d'Hector. C'est à cette œuvre que Pyrrhus travaille, et c'est pour l'avoir voulue que, comme enfant rebelle, il sera puni par la Grèce: il mourra des mains de son ambassadeur. L'enfant rebelle qui avait déclaré ne pas avoir vaincu la Grèce "que pour dépendre d'elle"est essentiellement "l'infidèle", et c'est cette infidélité qui lui vaut d'être tué; si l'ordre ancien semble ici triompher, il n'est cependant dans son triomphe que l'ordre de la mort: la mort de l'enfant rebelle laisse, toujours soudée à Astyanax comme fils d'Hector, Andromaque "seule et sans réponse devant le deuil d'Hector", deuil qui, de difficile ou de non fait, devient impossible à faire. La question de la fidélité est ainsi posée ou reposée: "Que veut donc dire "rester fidèle au défunt?". C'est que "le problème d'Andromaque réside dans la fidélité à la requête que lui a adressée Hector avant de mourir". Quel sens exact pouvaient donc avoir les mots qu'Hector adressait à Andromaque lorsqu'il lui a dit:

"Chère épouse,

J'ignore quel succès le sort garde à mes armes;

Je te laisse mon fils pour gage de ma foi:

S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi.

Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère,

Montre au fils à quel point tu chérissais le père"?

Si Andromaque a vraiment choisi de montrer à Astyanax à quel point elle chérissait Hector en enfermant son fils dans l'image sublimée d'un être dont elle n'accepte pas la disparition, elle se voue, en y vouant son fils avec elle, au "martyre d'une fidélité condamnée à se trahir malgré elle", l'existence ne pouvant se limiter à n'être qu'"une douleur qui durerait toute la vie et qui empêcherait ainsi de vivre": si la Grèce envoie Oreste en ambassade auprès de Pyrrhus pour obtenir qu'il lui livre le fils d'Hector, n'est-ce pas d'ailleurs parce que ce fils incarne toujours pour la Grèce, à travers Hector, le guerrier qui a résisté vaillamment aux Achéens et les a ainsi défiés? N'est-ce pas parce que, pas plus qu'elle n'aime le Pyrrhus enfant rebelle, la Grèce n'aime pas le fils d'Hector en tant que fils de ce que son père a représenté pour elle: la résistance à son ordre?

En voulant sauver Astyanax, Pyrrhus entend sauver non pas le fils d'Hector mort, mais celui d'Hector en tant que ce dernier a tenu tête à la mort comme composante de l'ordre ancien; il le paiera cher. Ce qui fascine Andromaque chez Pyrrhus, c'est peut-être bien que, représentant de l'ordre ancien et de la mort lorsqu'il voulait, lui aussi, imposer le premier par le moyen de la seconde à Troie en feu, il a su passer du côté de la vie pour la vouloir.

Comment donc, épris d'Andromaque, Pyrrhus pourrait-il "retourner à la fille d'Hélène"?

De tous les personnages qu'Andromaque met en scène, Oreste est peut-être celui qui saisit le mieux la métamorphose qui a transformé Pyrrhus; c'est sans doute cette transformation qui pousse longtemps Oreste, quelque part interpellé par elle, à vouloir éviter la mort à Pyrrhus. Lorsqu'il est reçu en audience par Pyrrhus à la scène II de l'Acte I d'Andromaque, Oreste commence par rappeler tous les exploits par lesquels Pyrrhus s'est couvert de gloire: c'est "sous" lui que "Troie expira". Le ton d'Oreste change alors: à travers ses mots, la Grèce déclare le voir "avec douleur" vouloir "du sang troyen relever le malheur"; Pyrrhus se laisserait toucher ainsi d'"une pitié funeste" - que l'on puisse vouloir la vie est nécessairement "funeste" pour l'ordre de la mort.

L'enfant rebelle qu'est ici Pyrrhus pour la Grèce ne fait alors qu'un, dans les propos d'Oreste, avec l'Astyanax à qui, en ne le lui livrant pas, Pyrrhus donne l'occasion de se venger d'elle:

"Et qui sait ce qu'un jour ce fils peut entreprendre?

Peut-être dans nos ports nous le verrons descendre,

Tel qu'on a vu son père, embraser nos vaisseaux

Et, la flamme à la main, les suivre sur les eaux".

L'Astyanax capable de faire payer cher à la Grèce le meurtre de ce qu'il y avait de résistant à son ordre dans son père Hector, c'est cet Astyanax-là que la Grèce, par la bouche d'Oreste, reproche à Pyrrhus de protéger en secret; quelque chose d'intime relie étroitement pour Oreste cet Astyanax-là et Pyrrhus:"Oserai-je, seigneur, dire ce que je pense?

Vous-même de vos soins craignez la récompense,

Et que dans votre sein ce serpent élevé

Ne vous punisse un jour de l'avoir conservé.

Enfin de tous les Grecs satisfaites l'envie,

Assurez leur vengeance, assurez votre vie:

Perdez un ennemi d'autant plus dangereux

Qu'il s'essaiera sur vous à combattre contre eux. 23

L'Astyanax qui s'essaierait sur Pyrrhus à combattre contre la Grèce recouvre mystérieusement le Pyrrhus enfant rebelle en qui l'ordre de cette Grèce ne peut voir qu'un ennemi.

Jean van der Hoeden

Du même auteur:

A la rencontre de Samuel Beckett * 3e degré * "Représenter" au théâtre une lecture du monde... : http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/jeva.html  

Jean Racine ou le droit de vivre, Cerf, 2002, 180 pages

Samuel Beckett et la question de Dieu, Cerf, 1997, 146 pages

 

Autres articles téléchargeables parus dans LMDP :

http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/archives.html 

 

Autre article téléchargeable sur Andromaque :

Jean-Claude Lichtfus, Théâtre et argumentation dans deux scènes d’Andromaque

http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/jcli.html

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