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SOMMAIRE 

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Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source

 

Numéro 138 * Septembre 2009 

 

 

 

Sommaire

 

 

Séverine Roumat, S'affirmer comme jeune lecteur dans un défi-lecture... Et la presse en parle!  1er degré

 

 

 

 

Christian Thys, Que dire aux créationnistes? Quelques textes pour le débat, 3e degré

 

 

 

 

Marc Devresse, Propositions autour de l'analyse sémique, 3e degré

 

 

 

Philippe Mathieu, Lecteur en liberté: "Moi, je prends le sens du texte à mon compte" ou encore "A l'encontre du lecteur passif", 2e degré

Édito

Être capable de "se raviser"

Qu'on l'instruise sur tout à se rendre, et à quitter les armes à la verité, tout aussi tost qu'il l'appercevra : soit qu'elle naisse és mains de son adversaire, soit qu'elle naisse en luy-mesmes par quelque ravisement. 

Pierre Magnard et Raphaël Enthoven, commentent tour à tour le chapitre De l'institution des enfants (Montaigne, Essais, I, 23), notamment le passage ci-dessus:

Il faut surtout montrer à l'enfant que nous sommes capables de nous raviser.

Ne commettons pas l'erreur de faire croire à l'enfant que nous sommes infaillibles.

Les Nouveaux chemins de la connaissance, France Culture, 28 mai 2009, avec P. Magnard, professeur en Sorbonne, et  R. Enthoven, animateur.

 

 

S'affirmer comme jeune lecteur dans un défi-lecture... Et la presse en parle!  

Séverine Roumat, CSA, Auvelais & Fosses-la-Ville - 1er degré

 

 

Introduction

 

Cet article est le compte-rendu de l’élaboration d’un défi lecture testé dans deux classes de première commune prêtes à collaborer et ayant le même professeur de français (ceci n’étant pas une obligation).  La démarche est d’autant plus captivante que les deux classes proviennent de deux sites différents (les élèves ne se connaissent pas). 

Habituée à une approche très classique des livres, je désirais l’aborder d’une manière plus ludique.  Cet aspect est intéressant car il se combine harmonieusement avec les compétences de lecture.  Les adolescents apprennent en jouant et jouent en apprenant.  De plus, le défi lecture est un projet qui permet d’allier l’écriture à la lecture et ce, par le biais de divers ateliers. 

Il est donc un moyen exceptionnel pour réconcilier les jeunes avec la lecture, dans une société où l’audiovisuel occupe une place prépondérante, et surtout chez les adolescents.  C’est pour lutter contre cet envahissement, mais aussi pour convaincre les élèves que l’audiovisuel n’est pas la seule source de plaisir et d’informations possible, que j’ai décidé de réaliser ce travail.

Son objectif principal est donc de donner le goût de lire, notamment par des activités d’accroche, de multiples exploitations des livres, et par l’organisation d’une journée défi lecture.

 

Présentation du déroulement du projet.

 

1)    Choix d’un thème.

J’ai choisi le thème de « l’amitié » car j’estime qu’elle est une valeur essentielle aux yeux des adolescents.  Par le choix des livres (voir liste en annexe), j’ai voulu montrer que l’amitié va au-delà des différences (origine sociale, handicap, couleur de peau…).

 

2)    Motivation des élèves.

  La réussite de ce projet tient, en grande partie, à la motivation des élèves.  En effet, plus ils sont motivés, plus ils lisent et s’investissent dans les diverses activités proposées.  Dès lors, il est impératif de les stimuler très tôt dans l’année en leur expliquant concrètement de quoi il s’agit et en réalisant diverses activités d’accroche.

Exemples : jeu d’appariements des couvertures, lectures d’incipit pour imaginer la suite de l’histoire …

   

3)    Déroulement du projet.  

début défi-lecture * sommaire & édito 138

 

-        Le mois de septembre fut consacré à l’acquisition des livres.

-        A partir du mois d’octobre, je les ai présentés grâce à diverses activités d’accroche.

-        D’octobre à février, les élèves ont lu un maximum de livres de la liste.  Ils devaient en avoir lu au minimum six pour la fin du mois de février.  Il est impératif de fixer des échéances pour certains livres afin de pouvoir les exploiter en classe.  Néanmoins, le défi n’est relevé si les dix livres sont lus pour la grande journée défi du mois de mars.

-        Durant le mois de mars, les élèves ont participé à de multiples activités sur les six livres imposés, afin de travailler les quatre axes du cours de français et les compétences de lecture.

-        Fin mars, ce fut le grand jour.

          Cette matinée récréative avait pour but de réinvestir sous une forme ludique le travail de lecture des élèves, réalisé depuis le début du mois de septembre.  Ce défi s’est déroulé sous la forme d’ateliers, dix en tout, auxquels chaque équipe devait participer.                                                                                                                                                                                                                                 

          Ces ateliers étaient très diversifiés.  Cela allait de la pêche aux indices ayant pour but de retrouver le titre d’un livre à la mise en scène d’un extrait de livre.

 

Modalité de contrôle des lectures

 

Il est important de suivre l’évolution des lectures de chaque élève tout au long de l’année afin de féliciter les bons lecteurs et encourager les plus faibles à poursuivre leurs efforts.

J’ai donc déposé une boîte dans chaque classe.  Afin de les rendre plus attrayantes, je les ai décorées et pourvues d’un nom : l’une fut appelée « Voraçolivre » et l’autre « Livre gourmand ».  Ces boîtes avaient pour fonction de récolter les appréciations des élèves sur les livres lus, et de vérifier, plus discrètement, l’état d’avancement des lectures.  Elles étaient vidées de leur contenu une fois par mois.  Les critiques positives étaient affichées en classe pour maintenir la motivation.

 

Témoignages

Voici le point de vue des élèves de 1ère Commune sur le déroulement du défi :

-        Ils ont trouvé enrichissant le mélange au sein des groupes des élèves des 2 sites, même s’ils auraient souhaité disposer davantage de temps pour faire connaissance.

-        Ils ont apprécié l’encadrement et le dynamisme des élèves de 5ème T.Q. qui étaient chargés d’animer certains ateliers et de guider les équipes dans l’école.

-        Ils se sont bien amusés tout en apprenant.

-        Les élèves qui n’avaient pas suffisamment lu ont regretté de ne pas avoir lu davantage de livres.

-        Ils ont aimé la convivialité et la qualité du lunch.

 

Voici quelques témoignages rédigés par les élèves :

-        Cette matinée était vraiment chouette.  Je me suis vraiment bien amusée !

Rencontrer de nouvelles personnes et faire des activités tout en s’amusant, c’est génial !  Je n’oublierai pas cette matinée.  A refaire !       (Estelle, 1ère Ce)

 

- C’était super, on a été bien accueilli par les élèves d’Auvelais.  Je me suis bien amusé.  Les ateliers étaient sympas, c’était très marrant.  J’aimais bien les élèves du groupe qui m’accompagnaient pour cette matinée. En tout cas c’était vraiment super !         (Alain 1ère Ch)

 

Conclusion  

début défi-lecture * sommaire & édito 138

J’ai pris beaucoup de plaisir à mettre sur pied ce projet et j’espère que mon expérience vous donnera des idées fraîches pour les années à venir.

 

Séverine Roumat, professeur de français au collège Saint-André (Auvelais - Fosses-la-Ville) 

Et la presse en parle !   

Dans l'édition de Vers l'Avenir du 23 mars 2009, voici comment se termine la relation de ce défi-lecture.

(...) Durant une matinée, les élèves se sont retrouvés autour de plusieurs jeux de lecture, en partie réalisés par eux. D'atelier en atelier, ils sont testé leurs connaissances des livres, avec à la clé des points accordés en fonction de la difficulté de la question. L'intérêt de cette initiative est évident: inciter les jeunes à lire, d'une part, et y apporter un côté ludique dans les échanges entre groupes, d'autre part. Une expérience enrichissante pour tous, qui n'a livré qu'un seul vainqueur: la lecture. (Th. C.)  

Voir le reportage-phosos sur http://www.collegesaintandre.be/galerie-photos/func,viewcategory/catid,43/ 

 

Liste des livres du défi-lecture

1. Blume J., Trois amies, Edition L’école des loisirs, collection Médium.

2. Branfield, J., Pour une barre de chocolat, Edition Flammarion, collection Castor Poche Junior.

3. Causse, R., Port Bastille, Edition Syros, collection Les uns les autres.

4. Fisher Staples, S., Un ciel d’orage, Edition Gallimard Jeunesse, collection Page Blanche.

5. Moka, L’enfant des ombres, Edition L’école des loisirs, collection Médium.

6. Richter, H.P., Mon ami Frédéric, Edition Hachette Jeunesse, collection Livre de Poche Jeunesse, n°8.

7. Tito, Virginie, Edition Casterman, collection Tendre Banlieue.

8. Touati, C-R., Touati, L-G., Rendez-vous ailleurs, Edition Casterman, collection Travelling, n°73.

9. Uhlman, F., L’ami retrouvé, Edition Gallimard Jeunesse, collection Folio Junior.

10. Vermot, M-S., Le temps d’une averse, Edition L’école des loisirs, collection Médium.  

 

début défi-lecture * sommaire & édito 138

 

Autre article paru dans LMDP sur le défi-lecture: http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/122.0509.html#Arcuri (le Prix Farniente)

 

 

 

Dossier «créationnisme» et « dessein intelligent »

Réflexions et propositions de Christian Thys, HE Léonard de Vinci

Le dossier

 

En guise d'introduction: le témoignage d'une enseignante

 

 

1. Nos cadres mentaux

2. La matière dans sa complexité

3. L'émergence du vivant

4. L'émergence de la matière

5. Le créationnisme

6. Le dessin Intelligent, ses arguments

7. Les réponses des religions

 

 

Annexes

 

1. Les limites de la métaphore de l'ordinateur

 

2. Les conclusions de Anne Dambricourt-Malassé, paléoanthropologue au CNRS

 

Propositions pour la lecture

1. L’avant-big bang

2. La place privilégiée de la Terre  

3. L'émergence de la vie

4. Nos cadres mentaux

5. L’esprit et le cerveau : les grandes théories  

6. L’approche par les pathologies des facultés de haut niveau  

7. Le syndrome de Bonnet  

8. La conscience  sous un angle subjectif  

9. La conscience  sous un angle objectif  

10. Le Premier Moteur  

11. Les preuves (logiques) de l’existence de Dieu  

12. Le vitalisme  

13. Evolution

14. Les textes sacrés  

15. Dieu et l’Evolution  

16. La position du Vatican et des mouvements religieux chrétiens  

17. La position de P. Roux, prêtre catholique  

18.  Réactions des organisations musulmanes  

19. Positionnement de la communauté scientifique internationale  

20. Le créationnisme étend son influence en Europe  

21. De la religion à la spiritualité  

22. Le Scarabée Bombardier fait sauter le mythe de l'Évolution 

Abstract 

Notre cerveau est le produit de l’évolution, mais n’est formaté que pour agir à une échelle qui  est fonction de ses propres capacités déterminées par l’évolution et que nous appelons le monde commun, celui de la physique ordinaire. L’ordinateur digital a permis de mieux comprendre certains aspects de son fonctionnement et d’étudier des mondes aux limites de notre échelle.Des capacités limitées de l’organe cognitif il faudra retenir que  l’explicitation des origines ultimes ou des fins dernières  ne peut être par les moyens de la méthode scientifique  que conjecturale. Si cette idée est admise par la communauté scientifique, elle n’empêche pas les extrapolations dont les scientifiques ne se privent pas.

  L’aspect  controversé des explications données  par les théories scientifiques de l’évolution à l’émergence de l’ordre physico-chimique, à  celle du  vivant  au sein de  cette matière et à la conscience de soi est un terrain favorable aux thèses créationnistes et surtout aux thèses qui défendent un «dessein intelligent». Ces dernières restent des tentations qui excèdent les possibilités des méthodes d’investigation scientifiques et reprennent sous des formes renouvelées des idées transcendantes comme l’Energie créatrice de Bergson ou le Point Oméga de Teilhard de Chardin,  toutes fortement imprégnées d’ un raisonnement logique qui remonte à la scolastique médiévale. Il se trouve que la plupart de leurs défenseurs appartiennent à des courants fondamentalistes qui sont dangereux dans la mesure où ils entravent la recherche scientifique ou veulent supprimer au nom d'une lecture littérale de la Bible l'enseignement du darwinisme.  

 

sommaire 138 * début créationnisme

En guise d'introduction: le témoignage d'une enseignante

Voir lectures n° 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20.  

[Nous renvoyons au choix de textes qui accompagne ce dossier.]   

 

Dans son édition du 29 août 2008, Le Vif / L’Express publie le témoignage d’une enseignante française qui projetait  de visiter le Musée des Sciences Naturelles de Paris : 

 

        «Cette année, des élèves ont boycotté la visite au Musée des sciences naturelles. Ils ont convaincu d’autres d’en faire autant. J’ai fini par jeter l’éponge. Ça ne m’était jamais arrivé!». 

 

Le découragement de cette collègue devrait nous alerter. Car si la théorie de l’évolution, la différence homme/animal, les étapes de la méthode scientifique font partie de la préparation au bac, il est évident qu’en nos murs les programmes de sciences qui font également arrêt sur l’évolution peuvent provoquer des réactions semblables. Et l’Enseignement n’est pas seul atteint par la vague créationniste, mais le politique également.  Dès 1981, L’Etat de l’Arkansas semble avoir été au centre d’une vaste campagne de dénigrement de la théorie de l’évolution en promulguant  une loi autorisant sur pied d’égalité l’enseignement d’une science de la création avec une science de l’évolution. Cette loi fut invalidée, mais derrière le retour de la «science de la création» on trouve de puissantes organisations à visées financières et à visées  idéologiques. L’Europe n’est pas épargnée. La revue Louvain de février-mars 2009 rapporte qu’une ministre de l’Education des Pays-Bas en 2005 suivait également la vague américaine. De son côté, R. Dawkins dresse un portrait sulfureux des inepties scientifiques colportées dans le Royaume-Uni.  Le  bicentenaire de Charles Darwin (1809-1882) et le cent-cinquantenaire de la publication de L’Origine des espèces (1859)  offrent opportunité  au monde scientifique de se mobiliser et de prolonger ses réflexions sur une théorie qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Le  dossier que nous présentons  se propose de  faire le point sur une question qui engage sciences, philosophie et théologie. En effet, d’un côté les sciences nous apportent sur l’origine du monde et l’évolution du vivant des perspectives aussi inespérées qu’inquiétantes ; de l’autre, le monde vivant nous laisse pantois devant la complexité des systèmes les plus élémentaires pour l’explication desquels la raison humaine hésite à se fier au hasard.

Nous laissons aux professeurs de sciences le soin de présenter la théorie de l’évolution, mais nous  cherchons à impliquer  par les informations que nous communiquons  les professeurs des autres disciplines. 

Nous présentons donc   une sorte de mise au point  qui permettrait, au sein d’une littérature très dense, de répondre aux  attentes des élèves.  Car, on le sait, le darwinisme a bouleversé les conceptions philosophiques en vigueur concernant l’histoire de l’humanité et la position de l’homme dans l’univers : l’homme n’est plus situé en dehors des espèces animales, mais en provient. Le monde statique créé par Dieu est remplacé par un monde dynamique qui évolue sans finalité ou dont la finalité est la vie elle-même. Certains y ont vu une  conception dégradante de la condition  humaine parce que risquant de mettre  en danger sa dimension spirituelle.  Les lignes qui suivent mettront en évidence non seulement une autre conception de l’homme et de ses activités supérieures, mais une autre conception de la matière, résolument placée sous l’éclairage de  la physique et des  neurosciences.

L’histoire de la matière peut se décliner en trois grands chapitres qui  serviront à  articuler ce dossier :

1.   L ‘évolution de l’avant-big bang au big bang et l’immédiate expansion de l’univers (- 13,7 milliards d’années).

2.   L ‘évolution des matières minérales aux molécules vivantes (- 3,5 milliards d’années).

3.   L’évolution de la matière vivante vers la conscience et  la culture ((- 3,5 milliards d’années à - 30 000 ans (Sapiens-sapiens))

Ce dernier chapitre pourrait lui-même se décomposer en deux sous-sections : la section consacrée au cerveau et celle consacrée à  l’émergence de la conscience et du langage, conditions premières à l’émergence de la culture.

Pas plus qu’ils ne sont équivalents, ces trois moments ne sont maîtrisés par la science de la même manière. Le premier, l’apparition de la matière,  reste entouré de mystère;  le second, l’apparition de la vie,  est unique et pour ce que nous en savons a eu lieu sur Terre;  le troisième, l’évolution de la vie,  reçoit grâce à Darwin et à ses successeurs, le modèle qui satisfait le mieux la communauté scientifique. Ces trois chapitres  posent  des problèmes de fond qui, tout au long de l’Histoire, ont  donné lieu à  des approches qui font partie de l’histoire de la pensée :  l’approche par les  mythes d’abord, puis par  les disciplines spéculatives comme la théologie ou la métaphysique, enfin par les sciences empiriques. Aujourd’hui,  le plus rassurant est que ces énigmes trouvent des réponses  et surtout des arguments,  parce que  grâce à l’approche scientifique  ils sont en quelque sorte  offerts à la discussion de tous.  

Nous nous proposons de suivre ces progrès en partant de l’être le plus complexe dans l’univers connu, le cerveau,  pour  passer ensuite à la transition entre la matière dite inerte et la matière vivante,  et enfin à l’apparition de la matière elle-même. Nous verrons que,  limitées  par la nature de leur méthode, les théories  explicatives comme celle de l’évolution et celle du big bang laissent une immense place à des zones d’ombre sur lesquelles se jettent  les partisans du créationnisme ou du  «dessein intelligent» pour  invoquer une intervention surnaturelle. Qu’il y ait débat fait évidemment partie de la vie quotidienne du scientifique et ne conduit en rien au scepticisme absolu compte tenu des succès obtenus par les sciences dans ces domaines.  

 

1.      Nos cadres mentaux  

sommaire 138 * début créationnisme

  Voir textes 4, 5.

Spinoza, le philosophe le plus proche sans doute de J.-P. Changeux, déclarait déjà dans son Appendice à l’Ethique, Partie I: 

 

«Tout cela montre assez que chacun a jugé des choses selon la disposition de son cerveau, ou plutôt a considéré comme les choses elles-mêmes les affections de son imagination.» 
Pourquoi  dans notre exposé inverser l’ordre de ces  trois moments de  l’évolution et commencer par le cerveau humain ? Précisément parce que, comme le pressent Spinoza, la configuration de cet organe cognitif détermine les limites mêmes de ses propres possibilités. A ce stade de notre dossier, nous aurions pu nous adosser aux  réflexions philosophiques qui, dès le mythe de la caverne de Platon, ont analysé les limites de nos facultés. Cette référence est évoquée pour les mêmes raisons par un neurobiologiste de la taille de G. Edelman.
«Pour autant, du fait de la nature de l’incarnation, nous restons dans une certaine mesure prisonniers de nos descriptions, presque comme les occupants de la caverne de Platon.» 

(G.M.Edelman et G.Tononi, Comment la matière devient conscience, O.Jacob, 2000, p. 261.)  

Mais nous avons fait le pari d’exploiter les connaissances scientifiques actuelles du cerveau. Or, pour des raisons évidentes qui tiennent  aux dangers d’une expérimentation invasive de cet organe, les découvertes capitales en ce domaine  ne datent que des années 1960 (Wilder Penfield). C’est peu pour une jeune science, mais c’est  suffisant pour induire une pensée qui accompagnera tout notre exposé : dans sa maturation et ses transformations continuelles, le cerveau ne fait que construire sous l’influence du milieu un monde auquel il peut s’adapter et que nous pouvons appeler soit le monde de la  physique, de la logique et de la psychologie ordinaires, soit un monde moyen (Dawkins), soit encore selon l’expression du philosophe finlandais Hintikka, notre niche écologique : celle d’une Terre fixe qui semble posée au centre de l’univers; d’un univers où l’on rencontre  des objets durs comme des cristaux ou fluides comme l’eau ; d’un monde où l’on contemple les couleurs des aurores boréales, les tornades et les éclairs du tonnerre, autant de phénomènes physiques apparemment mystérieux  qui ont  enflammé les imaginations. Et dans nos raisonnements ordinaires, nous manifestons une préférence pour le finalisme et une réticence contre le hasard, deux tentations qui ne se laissent pas facilement éliminer dans la pensée scientifique. C’est dire si le cerveau est également programmé par les croyances et les habitudes.

 Mais s’il est vrai que  nous nous sommes adaptés à l’échelle des besoins de la vie courante, nous ne sommes pas a priori équipés pour évoluer dans le monde où les cristaux s’avèrent  pleins de vide, où l’univers étoilé est  percé par des trous noirs,  où dans l’infiniment petit règnent les quarks et les bosons, et moins encore aptes à  circuler à la vitesse de la lumière. Si nous  parvenions à nous transposer à cette échelle, le monde devrait nous apparaître comme constitué de molécules qui s‘assemblent  de manière si complexe qu’elles sont capables d’agir sur l’environnement, de se communiquer des informations, de se reproduire, de manger d’autres  assemblées  de molécules d’une  aussi grande complexité et même de penser et d’éprouver des sentiments 

(Pour une information plus élargie, voir R. Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Tempus, 2008, p.466 et suiv.

Toutefois,  l’évolution de la  recherche en physique et dans les neurosciences a démontré que le cerveau était, malgré ces obstacles, capable de dépasser les apparences de la physique et de la psychologie ordinaires.

 

2. La matière dans sa complexité  

sommaire 138 * début créationnisme

Voir textes 5, 6, 7, 8, 9.

Ce sont les religions qui, pour répondre aux espérances humaines de salut et de justice (le salut de l’âme, la Justice qui trie les âmes bonnes), inscrites au plus profond du vivant et de la conscience, ont défendu le dualisme corps / esprit, le premier, le corps, étant  mortel ;  le second, l’esprit,  étant immortel. Le  thomisme, par exemple, a repris et modifié le Traité de l'âme (au demeurant assez complexe) d'Aristote en l’associant  à des notions issues du néo-platonisme (Plotin). Mais ce qui est commun à tous les monothéismes sur ce point, c'est l'état relativement élémentaire de leur conception de la matière, et  le recul progressif des positions dogmatiques vis-à-vis des progrès scientifiques. Pour les religions, la matière est une substance corruptible qui porte l'âme destinée, elle, à un mode d’existence supérieur. La nature créative des facultés supérieures d’abstraction semble de prime abord s’opposer à une conception matérialiste.   

Ce qui de manière conséquente change aujourd’hui la donne par rapport à ce qu’ A. Comte appelait l’âge métaphysique et avant lui l’âge théologique, c'est la découverte progressive de la complexité de l’ordre physico-chimique grâce à l'évolution d’un faisceau de sciences qui va de l'astrophysique,  qui démontre que nous sommes faits de la matière des étoiles (Reeves), à la biochimie en passant par les différentes théories physiques, relativiste ( la matière est de l’énergie (Einstein)) ou quantique (la matière apparaît sous forme d’ondes ou de corpuscules (Bohr)).

La matière de la pensée

Rien ne nous autorise à prétendre que la pensée se réduit à ses manifestations matérielles comme les calculs, le langage, les résolutions de problèmes divers, la créativité, les intuitions... Mais si l’on veut répondre à la question «Qu’est ce que penser?», les traces matérielles de la pensée offrent une ouverture à l’analyse.  Nous ne trancherons  donc pas la question épineuse du mind/body problem. Nous nous contenterons d’insister sur le fait que les aspects physiologiques de la pensée ont plus d’importance que supposé avant les neurosciences.  

De son  côté, grâce à  la vision du cerveau en action  entre autres par l’IRMf (imagerie par résonance magnétique fonctionnelle) ou par la stimulation magnétique transcrânienne, la compréhension du fonctionnement cérébral a fait depuis une cinquantaine d’années un progrès considérable. Et on  est déjà en mesure de déceler les différences entre des activités comme lire, parler, écouter, penser, traduire... 

Il est possible également de mettre en évidence les territoires corticaux mobilisés par la vue  de sa propre main en mouvement.

Et bien entendu de repérer les pathologies lourdes qui  affectent  les principales facultés. Sous cet éclairage, le cerveau apparaît comme  une «machine neuronale», un  fabuleux produit de l’évolution qui défie tout ce que l’homme a jamais imaginé et dont il ne peut se faire qu’une pâle représentation au travers de l’ordinateur digital.  Mais la métaphore de machine neuronale doit être corrigée par le poids de l’évolution dans la formation du cerveau. Ce qui nous conduit à rappeler la mise au point judicieuse d’Edelman : «En fait, la dynamique chimique du cerveau ressemble davantage aux sons, aux lumières, aux mouvements et aux phénomènes de croissance qui agitent une forêt vierge qu’aux activités d’une entreprise productrice d’électricité.». 

Et d’ajouter que les interactions au sein de la matière de l’esprit sont dotées de mémoires.  



Voir les croquis de M. Jeannerod, Le cerveau intime, O. Jacob, 2005, p. 132,133. La carte cérébrale la plus connue est celle de K. Brodman.  

J.-P. Changeux, Ce qui nous fait penser, O.Jacob, 1998, p. 100. 

 

 

G.Edelman, Biologie de la conscience, O. Jacob, 2000, p. 48

 

Rappelons  l'extrême complexité structurale de l'encéphale humain. On y trouve de l'ordre de 100 milliards de neurones reliés entre eux par, en moyenne, 10 000 contacts synaptiques dans 1,5 kg de matière cérébrale, ce qui crée, selon le prix Nobel Edelmann, un nombre de combinaisons accessibles au réseau cérébral, estimé sur la base d'une connectivité rigide, nombre "plus élevé que le nombre de particules chargées positivement dans l'univers"[Rappelons  l'extrême complexité structurale de l'encéphale humain. On y trouve de l'ordre de 100 milliards de neurones reliés entre eux par, en moyenne, 10 000 contacts synaptiques dans 1,5 kg de matière cérébrale, ce qui crée, selon le prix Nobel Edelmann, un nombre de combinaisons accessibles au réseau cérébral, estimé sur la base d'une connectivité rigide  "plus élevé que le nombre de particules chargées positivement dans l'univers".  Il n'est actuellement pas possible de décrire à partir d'enregistrements ce à quoi pense une personne.  Mais il ne s'agit là, disent les optimistes,  que d'un problème de technologie de pointe, qui pourra être résolu.   Le cerveau, toujours en relation avec la maturation psychologique qu’il doit à l’environnement social, produit d’une manière encore difficile à décrire  la conscience  de soi et la réflexivité. Dans une certaine mesure, car  il faut reconnaître que le niveau de conscience comporte lui-même des  fluctuations comme le prouvent les distractions, les sommeils, les états comateux... Et qu’il ne sait pas grand chose de sa propre émergence ni de la manière dont fonctionnent ses supports neuronaux.  Il n'est actuellement pas possible de décrire à partir d'enregistrements ce à quoi pense une personne.  Mais il ne s'agit là, disent les optimistes,  que d'un problème de technologie de pointe, qui pourra être résolu.   Le cerveau, toujours en relation avec la maturation psychologique qu’il doit à l’environnement social, produit d’une manière encore difficile à décrire  la conscience  de soi et la réflexivité. Dans une certaine mesure seulement, car  il faut reconnaître que le niveau de conscience comporte lui-même des  fluctuations comme le prouvent les distractions, les sommeils, les états comateux... Et concédons qu’il ne sait pas grand chose de sa propre émergence ni de la manière dont fonctionnent ses supports neuronaux.  

 

 

 

 

 


Cité par J.-P. Changeux, Du vrai, du beau, du bien, O.Jacob, 2008, p. 92.  

Toutefois, si on se penche sur nos réactions spontanées devant ce que nous appelons langage, esprit, conscience,  reconnaissons que l’aspect physique et chimique des bases neuronales de la conscience est lent à être assimilé par le sens commun.   C’est ce qui fait dire à certains que l’approche naturaliste de la conscience est réductrice. Mais peut-être aussi que notre conception de la machine sera  forcée d’ évoluer avec les progrès de la robotique et de ce qu’on appelle déjà les nanosciences. L’ordinateur n’est pas une machine comme une autre. C’est une machine universelle conçue par Turing en prenant l’homme calculateur comme modèle. Les sciences cognitives ont adopté comme thèse centrale le fait que l’esprit se représente les perceptions, les images, les idées et les souvenirs sous forme de symboles, une sorte de digitalisation des signaux, et que ces symboles trouvent un correspondant neuronal.  Le cerveau manipule en interne ces symboles en fonction des relations externes avec le monde et des besoins  exigés par l’action.  Un exemple de ce processus est fourni par la vision qui a fait l’objet des études les plus avancées et  dont les étapes s’enchaînent très  grossièrement  comme suit :

1. La lumière réfléchie par des surfaces physiques contient une grande quantité d’informations.

2. Les surfaces font converger les rayons lumineux sur la rétine.

3. Les cellules nerveuses convertissent l’énergie en symboles ou impulsions nerveuses de nature électrochimique.

     4.    Le cerveau identifie les formes par comparaison avec celles emmagasinées en mémoire à long terme sous forme de symboles. Cette conception rapproche alors le cerveau de  l'ordinateur  qui de son côté  recueille des données et traduit des numéraux binaires   en impulsions électriques. On comprend alors qu’une machine dite intelligente soit capable d’identifier ses cibles.

Le  modèle computationnel de l’esprit

 Nous choisissons de nous appesantir sur ce modèle qui compare la pensée à l’effectuation d’un calcul comme peut le réaliser un ordinateur, mais il peut donner lieu à un débat pouvant intéresser  les élèves du secondaire. Nos préférences s ‘orientent  plutôt vers des modèles qui s’inspirent des pathologies mentales comme celui de Damasio. Notons en passant que Chomsky, bien connu des linguistes, était partisan  du modèle computationnel.  

Le rapprochement entre le cerveau et la machine de Turing a été doté d’une  fécondité opératoire  inddiscutable au début des sciences cognitives, parce qu’il s’ouvre sur une autre manière de concevoir les possibilités de la  matière. Mais il est clair que,  dans la multiplicité de leurs connexions et surtout dans leur flexibilité, les assemblées de neurones sont  infiniment plus performantes que les puces électroniques. Sur le plan strictement expérimental, si les ordinateurs nous dépassent dans les calculs, ils ont de la peine à exécuter des tâches qui nous paraissent évidentes comme la reconnaissance des visages, l’interprétation d’une scène complexe. Ces actes demandent une longue succession d’opérations (plus de 100) en moins d’une seconde. Celles-ci surclassent les appareils existants, mais les progrès sont rapides. Il n’empêche que les philosophes ont une formule pour marquer la distance avec la machine : elle ne comporte qu’une intentionnalité du second degré, ce qui signifie qu’elle est toujours sous la direction d’une volonté humaine qui la programme.   

Pour poursuivre cette discussion, on peut consulter l’annexe 1

L’analogie cerveau–ordinateur rencontre des limites que nous espérons avoir mises  en évidence dans cette Annexe 1.  En fin de compte, l’intérêt de cette comparaison est plutôt de montrer en quoi les ordinateurs et les hommes diffèrent.

 Mais il va de soi que l’histoire et de l’un et de l’autre  étant  loin d’être terminée, les différences que nous avons soulignées demanderont  révisions au moment où apparaîtront les ordinateurs quantiques ou autres machines organiques. C’est le pari des modèles connexionnistes qui visent à construire des machines qui «apprennent». C’est dire si le cerveau  prolonge ses compétences par des machines qui reproduisent des performances analogues ou supérieures  à ses propres capacités, du moins - et la restriction est importante - dans les domaines où dominent des procédures figées.

L’émergence de la conscience  

Alors que le cartésianisme classique confortait le dualisme de la substance pensante et de la substance étendue, la phénoménologie depuis Husserl jusqu’à Merleau-Ponty d’une part, la psychanalyse, de l’autre, n’ont eu de cesse de rapprocher la conscience et les émotions. Ces disciplines ont largement étendu notre connaissance du vécu. Elles éclairent  l’expérience la plus commune qui nous apprend qu’il existe des êtres qui ont un esprit capable de faire référence au monde et  à d’autres êtres, ce que Brentano a dénommé l’intentionnalité, concept  légué aux sciences cognitives.   

Le concept d’/émergence/ désigne le fait que des totalités peuvent avoir des caractères différents des parties qui les composent. Donc que le plus peut provenir du moins. Les propriétés des gaz qui composent l’eau sont différentes des propriétés de l’eau. L’exemple de la transparence de l’eau  apparaît comme une propriété nouvelle émergente dans le sens où elle est complètement étrangère aux propriétés de l’oxygène et de l’hydrogène. On pourrait, en effet, connaître entièrement les propriétés de l’oxygène et de l’hydrogène, mais ne pas savoir que lorsque ces entités se combinent d’une certaine manière, la substance nouvelle possède la propriété de la transparence.

Autre exemple pris dans le règne du vivant :  les actions des fourmis sont limitées, mais à partir d’une interaction commune, elles s’auto-organisent en l’absence de tout contrôle centralisé pour construire le nid. Et la décision du lieu et de la manière dépend de l’entité collective.  

 

Le cerveau, toujours en relation avec la maturation psychologique qu’il doit à l’environnement social, produit d’une manière encore difficile à décrire  la conscience  de soi et la réflexivité. Le plus  paradoxal pour les philosophes qui prennent connaissance des données scientifiques est l’absence au niveau du fonctionnement neuronal d’un superviseur central ou d’un homuncule équivalent au Moi. Cette découverte va à l’encontre de ce que les individus ressentent quand ils décrivent les aspects singuliers d’un acte de conscience ou quand ils tentent de lui donner une définition *

Auto-réflexion, émotion et délibération caractérisent ce qu’on appelle généralement la conscience **, du moins pour les humains.  Dans une conception naturaliste où la conscience  émerge spontanément du haut niveau d’organisation du système  nerveux,  les propriétés psychologiques sont conçues comme des propriétés causales  d'ordre supérieur. Cette conception par niveaux, le psychologique venant se superposer au physiologique, est attrayante à plusieurs égards. D'une part, elle renonce au simple dualisme des substances en reconnaissant que les substrats physiques sont nécessaires  aux propriétés cognitives/psychologiques. Et, d'autre part, elle assure à la psychologie une indépendance et une intégrité disciplinaires comme science autonome,  tout en éliminant dans une certaine mesure les entités métaphysiques douteuses. ***

Notons que cette conception s’accorde avec la théorie de l’évolution dans la mesure où des degrés de conscience seraient partagés par les mammifères supérieurs.  

 * Parmi beaucoup d’autres définitions,  on peut se contenter de celle, lapidaire,  de H.Ey : «Etre conscient, c’est disposer d’un modèle personnel du monde». L’adjectif «personnel» renvoie à un Soi. Les neurosciences voient la conscience comme une aire de travail qui simule, évalue et contrôle la perception, l’imagination, les mémoires.

 ** Les aires dévolues à ces processus et à la subjectivité impliquent les relations complexes entre les thalamus et le cortex. Voir les différentes théories en présences dans Changeux, Du vrai, du beau et du bien, O.Jacob, 2008. C’est à ces mêmes voies qu’Edelman confère l’émergence du Soi, d’une conscience secondaire ou conscience de conscience avec une imposante  mémoire du passé et une capacité de projection dans le futur.  Alors qu’une conscience primaire, comportant un présent remémoré court, serait déjà l’apanage des animaux supérieurs.

 *** Pour une discussion autour du fonctionnalisme, voir entre autres les travaux de J.Kim, philosophe à la Brown University.  

Arrêtons-nous à une conception de ce type proposée par Damasio.  Le neurologue de l’université de l’Iowa distingue trois niveaux de conscience associés à des performances mémorielles de plus en plus étendues. Le proto-soi recouvre les  fonctions propres à  maintenir l’organisme en vie.  Il opère encore  chez les  patients végétatifs  et continue à régler de manière automatique les fonctions qui les maintiennent en vie. Le soi-central ou conscience-noyau est le stade de la reconnaissance du monde extérieur et  de la référence de ce monde à un soi. Il peut être partagé par les animaux supérieurs. En troisième position, venant  coiffer et intégrer les deux autres, émerge  le soi autobiographique conscient qui s’est enrichi d’une dimension sociale grâce au langage, et qui est capable de se  positionner en fonction  du temps, et des  projets. Sous la plume de l’auteur, chacun de ces niveaux est illustré par un cas pathologique.  

Mais l’approche naturaliste devrait se souvenir qu’elle ne fait que visiter les sous-sols et non la compréhension globale du «bâtiment» conscience. Lors de son débat avec J.-P. Changeux, P. Ricoeur rappelle à juste titre la différence entre l’expérience vécue prise dans sa totalité et l’expérimentation * scientifique. Les neurosciences ne sont pas à l’aise avec les significations, les interprétations, les implicitations. Les modèles  tant  de l’émergence  que  du fonctionnement de la conscience ne sont toujours qu’à l’état d’hypothèses. Et certains pourront  toujours librement objecter qu’ intervient dans la  volonté  consciente quelque chose que l'on peut appeler «le spirituel» et qui  est hors de portée de la science.  Toutefois,  invoquer   le spirituel  pour  expliquer  les activités supérieures de l’homme   ne justifie en rien de  négliger   leurs implantations neuronales.

Le débat autour  de la matérialité de l’esprit-cerveau est donc lui-même très ouvert : le monde mental obéit-il à des lois différentes de celles qui régissent le monde physico-chimique, par exemple à des lois de comportement, à des lois propres à la psychologie ? Le monde mental peut-il être intégré totalement dans le monde des processus physico-chimique?  Ou, enfin, solution extrême,   que peut encore la psychologie devant l'avancée des sciences biologiques et physiques?  Rien, répondent  les  «éliminativistes» comme  les  Churchland**, par ailleurs auteurs d’avancées prometteuses en philosophie de l’esprit. De toute façon,  toutes les  hypothèses  y compris les extrêmes doivent être soumises à vérifications. C’est là précisément un point délicat qui engage aussi l’éthique médicale. On peut  travailler sur le cerveau des singes ou des rats par des méthodes invasives comme les implants ***. On ne s’en prive d’ailleurs pas. Mais pour les humains, il faudra, sauf cas extrêmes, se confier à l’imagerie mentale déjà fort utile pour   étudier      les lésions  qui   expliquent les troubles de l'orientation, de la reconnaissance, de la perception, de la parole, du mouvement, de la mémoire, etc.

A l'heure actuelle, c'est cette hypothèse "d'un matérialisme somptueux" **** qui, à la fois, fait progresser les recherches sur Alzheimer, Parkinson, le syndrome de Korsakoff, et permet d'approcher les  pathologies de la conscience. 

* Voir la conversation entre un phénoménologue et un chercheur en sciences cognitives sous le titre Ce qui nous fait penser, O.Jacob, 2000.  

 

 

 

** Paul et Patricia Churchland sont des chercheurs canadiens en neurosciences. La philosophie de l’esprit chez les anglo-saxons n’a rien à voir avec la tradition culturelle continentale issue de la lignée  idéaliste. Elle a pour objectif d’éclairer les relations entre les processus mentaux et les processus corporels. L’esprit est défini comme ensemble des capacités et dispositions du système nerveux en tant que producteur de sensations, de pensées et d’actions.  Il est conçu à un certain niveau de description comme une machine à traiter de l’information.  Voir D. Andler, Philosophie des Sciences, Folio, 2002, pp. 258, 295, 362.   

***Dans ce cas, les électrodes captent les influx électriques échangés entre neurones et les transmettent à un ordinateur qui les décode.  

****L’expression est de Ph. Meyer, Philosophie de la médecine, Grasset, 2000.  

 

 3.   L’émergence du vivant  

sommaire 138 * début créationnisme

Voir texte 1.

Une fausse simplicité  

  L’apparition de la vie sur Terre  suppose des conditions astronomiques très particulières. Si nous simplifions ces conditions, en font partie  : Jupiter qui de sa masse peut intercepter les astéroïdes  menaçant la Terre; la lune qui sert à stabiliser notre axe de rotation ; le soleil qui assure lumière et chaleur ;  une orbite presque circulaire. On évalue approximativement cette apparition  à -4 milliards d’années. Encore un chiffre qui dépasse notre échelle !  

Cette date est déterminée en fonction des fossiles de bactéries les plus anciens découverts en Australie. Ils sont avancés par le Science et Vie hors série de décembre 2008. La Recherche date de - 542 millions d’années la diversification des formes de vie animale (Dossier de Mars 2009.)  

Cela étant, c’est à l’expérience de Miller en 1953 que nous devons une première approche de la chimie des origines du vivant. Miller a porté à ébullition  un ballon à moitié rempli d’eau et surmonté d’un mélange d’hydrogène, de méthane, d’ammoniac, ingrédients supposés de l’atmosphère terrestre primitive, puis il a soumis les gaz résultants à des arcs électriques et a obtenu des acides aminés. Son expérience a pu être affinée et a permis d’avancer dans la connaissance problématique des ingrédients de la soupe prébiotique et des conditions de leurs associations : fer, soufre, sulfure d’hydrogène, acides gras, acides aminés, azote, eau liquide, méthane, ammoniac, dioxyde de carbone. Et pour la  cuisson de cette soupe, des activateurs  : foudre, météorites, soleil (rayons UV) et  sources hydrothermiques pour former les premières molécules organiques.  Cette vision de la création de la vie est sans doute contestable. Il suffit d’en retenir que pour expliquer l’association des «ingrédients» point n’est besoin d’élan vital ou d’une chiquenaude divine, car les composants du vivant peuvent se former dans un milieu sans vie.  Génération spontanée et vitalisme * sont à renvoyer dos à dos. Ainsi  les  chercheurs  ont donc pu constater des réactions chimiques sans intervention d’une «main invisible», dues à l’interaction entre molécules. Ces échanges sont favorisés par des enzymes ou molécules formées d’un grand nombre d’acides aminés. Un de ces acides est l’ARN. Il provient lui-même d’un nucléotide, l’ATP. Les réactions de l’ARN produisent les éléments nécessaires à la vie d’une cellule : sa croissance, ses relations avec le milieu, sa division. L’ADN stocke et réplique les caractères  de la cellule lors de la multiplication cellulaire.    

 

 

 

 

* Pour les vitalistes, la vie ne saurait émerger d’elle-même à partir de matières minérales.  

Or, cette molécule est elle-même non vivante, ce qui constitue bien  un paradoxe pour  toute approche exclusivement  spéculative ! Elle est pourtant ce qui permet l'émergence du vivant.  L'A.D.N. est une sorte de "cristal", un code,  dont la structure permet de stocker une gigantesque information génétique.   Il comprend environ trois milliards de signes.  Il assure la fabrication d'un organisme, envoie sa "copie" dans chaque cellule, se transmet aux descendants par mélange ou recombinaison de séquences de gènes. Le code de cette information est assez semblable au  langage informatique. Et grâce à l'informatique son décodage est à l’heure actuelle terminé. L’intérêt de cette recherche est de repérer dans le génome des éléments sources de maladies héréditaires. Entre le vivant et le physico-chimique, il n’y a pas l’abîme que la pensée métaphysique  y avait  perçu. Chaque être vivant porte en lui un condensé de l’ordre physico-chimique. C’est l’organisation qui  distingue l‘organique de l’inorganique, mais la continuité entre les deux régimes est graduelle. La preuve en est donnée par la structure du  virus. Il comporte quelques caractéristiques du vivant : une enveloppe périphérique, un génome et des enzymes, mais non la possibilité de se répliquer sans introduire son contenu dans une autre cellule et répliquer en elle ses gènes pour éventuellement la tuer. A un degré plus élevé, ce qui étonne, c’est qu’une bactérie bien connue et considérée comme élémentaire comme Escherichia coli comporte entre trois et six mille substances chimiques, vingt-cinq mille ribosomes et est le siège en 20 minutes de millions de réactions chimiques !  

Lors de la réplication des cellules, il peut y avoir des erreurs, des distorsions qui  expliquent les mutations dont on sait la place importante dans la théorie de l’évolution. La sélection naturelle fait le reste et conserve les génomes qui résistent au milieu ou s’adaptent, assurant un progrès permanent.

Si on se permet une comparaison audacieuse, l'âme sensitive d’Aristote serait traduite aujourd'hui par le jeu de l ‘ARN+ ADN. Et l'évolution expliquerait qu'une espèce aurait développé les caractères de l'âme supérieure.  

L‘unité du vivant

L’unité du vivant provient du fait que le code génétique est universel, donc composé des mêmes éléments chez le virus, la bactérie, le protozoaire, l’amibe, la mouche, le singe, l’homme. L’homme possède 46 chromosomes d’ADN. Il partage avec les espèces supérieures 99,4 % de son code génétique. Les êtres vivants sont des usines chimiques qui visent leur reproduction. Il y a une causalité finale dans la nature.

Pour avoir une idée de la complexité d’un génome, prenons celui d’un  bacille quelconque : il se compose de 4 214 820 paires de bases. On comprend à partir de ce chiffre la facilité des mutations. 

 Les caractères du vivant

 

1. Son unité est la cellule, constituant ultime commun à tous les vivants, elle-même constituée d'un noyau et d'un cytoplasme.

2. Echange avec le milieu : irritabilité cellulaire et perméabilité sélective.

3. Assimilation : le rôle du métabolisme est de pouvoir transformer ce qui lui est étranger en sa propre substance.

4. Respiration : consommation d'oxygène et rejet de gaz carbonique, oxydoréduction métabolique.

5. Croissance : la cellule et l'organisme grandissent.

6. Autoréparation : cicatrisation par auto-division des cellules.

7. Reproduction par division des cellules ou procréation sexuée par combinaison des chromosomes ou encore  brassage génétique. Il existe un milliard de possibilités différentes lors de chaque fécondation.

L’arbre de l’évolution devrait se déployer des procaryotes au cerveau sous la conduite de la sélection naturelle. 

   La création de la vie (?)

   Les premières étapes de la création d’une vie artificielle sont franchies par les généticiens qui ont inauguré ce qu’on appelle désormais la biologie synthétique. Ils s’y prennent selon des voies différentes. L’Américain Craig Venter est le premier  à avoir réussi à évider une bactérie de son génome et à l’avoir remplacée par un génome retravaillé préalablement  et réduit aux gènes essentiels pour assurer la vie. D’autres tentent l’expérience à partir de matériaux inorganiques pour arriver à une cellule synthétique en les injectant dans une vésicule artificielle. Outre l’intérêt théorique de vérification des hypothèses à propos du vivant, le but poursuivi serait le traitement de maladies lourdes,  la fabrication des formes de vie bactériennes pour réduire la pollution et celle de nouveaux vaccins. Les conséquences de ces manipulations donnent le vertige et augmentent d’autant la responsabilité des chercheurs :  en cas de réussite, seront créés des  organismes différents de tout ce qui a existé jusqu’à présent. A nous d’en maîtriser la destination.

 

4.  L’émergence de la matière    

sommaire 138 * début créationnisme

Voir texte 1.

 

On se souviendra que pour les Anciens et pour longtemps encore dans l’imagination populaire, la matière fut considérée comme un simple support de la forme. Or, ce l’on appelait autrefois la matière inerte pour l’opposer à la matière vivante est d’une complexité au moins égale à celle du vivant. Il est donc difficile de s'en rendre compte quand  l’on se penche sur les particules élémentaires. Si la théorie du big bang depuis Lemaître a bien résisté au temps, elle est loin d’en éclairer les singularités dans leur totalité. On trouvera d’ailleurs chez des physiciens comme E.Gunzig, et A. Linde l’exposé des problèmes que pose cette théorie et nombre d’alternatives..Et c’est  une difficulté majeure  pour les physiciens de trouver  les recettes pour associer relativité restreinte et mécanique quantique. Les théories récentes ne cessent de postuler, et d’abord sur un terrain mathématique, de nouvelles particules qui constituent  pour le moment  le modèle dit standard (quarks,  nucléons, neutrinos et éléments instables avec les forces qui tissent des liens entre elles). Mais souvent ces particules hypothétiques demandent des confirmations  qui  exigent un haut degré de technicité et des investissements faramineux dont dépend la recherche fondamentale. Songeons par exemple au   LHC, le grand accélérateur de particules du Cern.   

A tous les niveaux, les sciences se présentent donc  comme autant de  filets qui ratissent large dans un réel inépuisable.  Et les  distances entre les filins laissent  ouvertes de nombreuses possibilités à l’imagination scientifique, mais tout autant à la spéculation pure. En un début de siècle où les repères manquent et où ceux qui existent comme les morales laïques ne provoquent aucune attirance émotionnelle, place est laissée à des spéculations plus ou moins mystiques fondatrices de sectes qui concoctent avec les mythes anciens des rites nouveaux. C’est ainsi que les métaphysiciens pourront toujours objecter que la science ne répond pas à la question  de l’ultime pourquoi. Et que les théologiens réaffirmeront ce poncif : la science explique le comment et non le pourquoi.  

 Concédons qu’à notre échelle,  le passage  de l’inorganique à l’organique et du vivant sans conscience à la réflexivité sont  hautement surprenants. Admettons qu’avec de Duve de l’UCL nous accordions à l’émergence de la vie un peu de hasard et beaucoup de nécessité, nous devrions alors accorder à l’émergence des conditions préalables à la vie sur Terre beaucoup de hasard car nous n’avons aucune preuve d’une autre planète dans notre champ de vision comportant des caractéristiques propres à effectuer la même performance. Acceptons quand même la version optimiste de Prigogine et Stengers : la vie est attendue en raison du passage quarks-nucléons, nucléons-atomes, atomes-molécules, puis vitalisation de la matière. Mais pour le prix Nobel et la philosophe des sciences  ni l’apparition des  hommes ni celle des singes ne sont prévisibles !

  C’est  cette imprévisibilité qui ouvre la porte au créationnisme et au «dessein intelligent».

 

5.   Le créationnisme  

sommaire 138 * début créationnisme

   

Voir textes 2, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22.

 

Les partisans de l’intervention d’une instance supérieure trouveront toujours appui sur une exigence inscrite au plus profond du désir humain : persévérer dans son être...  jusque dans l’éternité.   Cette croyance rejoint une aspiration séculaire de recherche de sérénité ; mais reste hautement contestable si elle sert de justification à des  explosions  de violence.  Les textes sacrés répondent à cette espérance d’un futur. Le créationnisme a précisément comme trait spécifique de s’appuyer sur une lecture littérale de la Genèse  sur base de quoi il  conteste tous les spécialistes qui se guident sur des données historiques et sur les temporalités scientifiques.  Il ne tient compte ni de la contamination du texte biblique  par d’autres textes, parfois même étrangers à la tradition juive, ni des formes propres aux  genres littéraires.   On peut  seulement espérer  que la lecture que font les créationnistes de l’Ancien Testament est redressée par une dose de sens critique, tant certains passages de ce livre sont prêts à justifier  ce qui à l’heure actuelle heurte la conscience morale  universelle. Nous songeons à  l'exploitation  de la femme ou aux génocides qui sont parfaitement encouragés au nom d’un  Peuple élu sous couvert de volonté divine.  

 

 

 

 

Pour les créationnistes, l’âge de la Terre est évalué à 6000 ans !  

Si on cherche à extraire du mythe de la Genèse des interprétations rationalisantes, on peut en proposer diverses que nous ne  ferons que survoler : Dieu a donné à l’homme une terre accueillante pour qu’il se multiplie. Mais l’homme pour une raison ou une autre s’est montré mauvais jardinier... ; l’homme placé dans un Paradis s’est laissé séduire par Eve, symbole de la Terre-Mère, et oublie le don divin ; l’homme s’est laissé tenté par son orgueil, etc... Et si l’on suit Lévi-strauss qui considère que les mythes ont pour fonction de résoudre des contradictions, celui de la Genèse chercherait à concilier la Toute Puissance divine  et le caractère imparfait de l’univers  dans lequel on vit en  raison d’une  révolte  de l’homme  contre son Créateur,  au fondement d’un péché originel,etc.

On soulignera que la lecture biblique au pied de la lettre  ne trouve pas d’appui dans la religion catholique. 

 

6. Le «dessein intelligent». Ses arguments  

sommaire 138 * début créationnisme

Comme dit précédemment, l’apparition de la matière suite au big bang,  la spécificité du système solaire et  l’évolution de la première molécule héréditaire jusqu’à l’émergence de la conscience peuvent  effectivement apparaître comme absolument imprévisibles.  Fred Hoyle, astrophysicien britannique et triple prix Nobel de physique,  se plaît à raconter aux incrédules  l’anecdote dite du Boeing 747 :  la probabilité que la vie commence sur la Terre n’est pas plus élevée que  la chance qu’un ouragan balayant une décharge assemble par bonheur un Boeing 747. Il faut savoir que Hoyle est un adversaire de la théorie du big bang.   Si   son récit démontre avec humour   l’argumentation fondée sur l’imprévisibilité, il démontre aussi  que l’histoire de la réception du darwinisme comporte des crises continuelles.    Dans le même sens que Hoyle, se fondant sur l’évolution du crâne des primates et surtout de la partie faciale, Anne Dambricourt-Malassé, paléoanthropologue française, s’inscrit en faux contre l’idée d’une évolution abandonnée au hasard * Il y aurait donc, selon cette chercheuse, un «attracteur harmonique» qu’elle définit elle-même comme  «concept mathématique pour décrire une trajectoire irréversible avec une succession d’effets de seuils et stable dans son principe de l’organisation émergente». Ce concept  donne du sens à l’évolution depuis les quarcks jusqu’à l’apparition de la conscience : «Si la théorie du chaos déterministe est généralisable à tous les processus évolutifs et si nous sommes nés de ce chaos, notre phylogénèse depuis 60 millions d’années doit ressembler à une suite de systèmes sans cesse déviés de leur trajectoire par des aléas, des accidents, des événements qui croisent les trajectoires, et les dévient». Mais là s’arrête la démarche scientifique qui cède la place à l’ordre du pressentiment. Si le raisonnement de cette anthropologue paraît fondé, ses recherches  sont loin  d’être cautionnées, car elle-même appartient à une université tenue pour être le porte-parole d’une mouvance religieuse antidarwinienne.  En tout cas, ses recherches demandent examen et donnent matière à débat.  

 

 

* Le n° 246 Hors Série de Science et vie 2009 consacre un de ses articles aux spécificités du système solaire. Il va de soi que les scientifiques travaillent en pleine conjecture tant que quelque chose comme une Terre jumelle n’a pas été découvert. La conclusion que les vulgarisateurs tirent de cette spécificité est que le système solaire est un véritable coup de chance.  Cette conclusion est-elle convaincante ? Elle ne commencera à poser quelques indices dans ce sens que quand le hasard aura fait lui-même l’objet d’une déconstruction conceptuelle. Peut-être qu’ un début d’orientation dans ce sens se profile si la science admet de se mouvoir dans des hypothèses probabilistes.  

Résumons : les partisans du dessein «intelligent» peuvent s’appuyer sur un désir profond et deux arguments. Le premier argument évoque l’improbabilité de l’apparition du réel et de son évolution sans intervention extérieure ; le second insiste sur les progrès réalisés par l’évolution qui ne connaît apparemment pas de retour en arrière ni de chemins de traverses, mais suit au contraire une trajectoire évolutive stable dans un monde par ailleurs soumis aux catastrophes. Pour le reste, ils colportent des informations fantaisistes.

 Les partisans de l’évolution, eux,  évoquent une combinaison de hasard, de déterminisme et de sélection naturelle. Le hasard, à leurs yeux, parcourt l’arbre de l’évolution lui-même. Prenons le  cas de l’évolution de la vue. Des  pigments photosensibles, récepteurs de lumière, ont donné lieu aux configurations multiples de cet organe chez les insectes, puis chez les oiseaux, pour enfin passer à la complexité de l’oeil  humain, évolution imprévisible. Cette évolution a pu être suivie pas à pas par une simulation assistée par ordinateur. Dan Nilson et S. Pelger disent être parvenus à recomposer les étapes qui mènent à un oeil de vertébré en partant de cellules transparentes et d’une couche pigmentée en 2000 étapes sur 400 000 générations, ce qui représente un temps dérisoire aux yeux de l’évolution [Cité dans F.Comte, Dieu et Darwin, JC Lattès, 2008, p. 218.]. On pourrait de la même manière suivre  l’apparition du cerveau et de son développement  tel que nous pouvons le suivre  depuis les insectes jusqu’au  néo-cortex et jusqu’à l’apparition du langage.   Deuxième  objection possible : s’il y a  haut degré d’improbabilité à l’apparition des conditions de vie, faut-il nécessairement invoquer une cause externe supérieure et créatrice qui intervienne  aux bons moments  pour expliquer l’émergence de l’univers, celle du vivant et encore celle de la conscience ? D’autres théories peuvent entrer en concurrence avec le darwinisme comme précisément l’idée que les éléments du vivant se trouveraient répandus dans l’univers et auraient inséminé la Terre, hypothèse qui, aussi incroyable qu’elle soit, est défendue âprement par le précité  Fred Hoyle.

Les deux camps  donnent l’impression de se mettre à couvert sous des principes transcendants, le Hasard et le Déterminisme pour les uns ; le Grand Horloger ou le Grand Attracteur pour les autres; ces derniers  nous renvoyant  à l’Evolution créatrice de Bergson et au Point Oméga de Teilhard de Chardin.

Dans les deux cas, force est de  revenir à la leçon de Spinoza : les divinisations sont le fait d’une imagination qui prend le relais de la rationalité quand celle-ci atteint ses limites.       

Quoi qu’il en soit,  il s’agit  pour la science de rester dans un cadre fixé par sa méthode.   Le darwinisme reste une doctrine scientifique et, en tant que telle, propose donc une  vérité  «par défaut».  «Par défaut» signifie qu’elle est la théorie qui tient le rang de référence admissible tant qu’une autre théorie ne  vient pas   lui disputer sa place ou l’englober. Au-delà de ces réserves inhérentes à la méthode scientifique, nous entrons dans le monde de la spéculation.

Mais  la spéculation,  objecteront  les partisans du «dessein intelligent», peut être argumentée logiquement ou même scientifiquement à la manière d’Anne Dambricourt. Certes, mais on conviendra que cette argumentation ne fait que reprendre (même s’il s’agit d’un «Attracteur harmonique») la logique des Anciens, cette logique qui a  posé les prémisses de la physique pour être dépassée par elle. Ainsi les partisans du «dessein intelligent»   invoquent-ils une version adaptée de l’argument scolastique par les causes et les effets  qui s’appuie sur  les principes suivants :

            1.      Tout effet a une cause.

                  2.      L’effet ne peut dépasser la cause.

Appliquée à ce que nous savons du  big bang et de  l’évolution,  l’origine de la matière  est l’effet d’une cause et, selon le deuxième  principe, d’une cause supérieure en complexité à son effet, autrement dit, Dieu !

Ce raisonnement est loin de convaincre un darwinien inconditionnel comme Dawkins qui  formule deux objections à son encontre :

1.      Au nom de la même logique nous sommes obligés de postuler un Dieu hyper-complexe qui en raison de cette hyper-complexité n’explique rien ou n’aurait rien à voir avec nous.

2.      Nous sommes obligés de postuler ou que ce dieu est cause de lui-même ou qu’il dépend d’une instance d’une hyper-complexité supérieure qui nous entraîne alors dans une régression à l’infini. Bref, nous sommes renvoyés à Aristote.

Encore une fois, à l’égard de l’argumentation en faveur du «dessein Intelligent», la science doit rester neutre mais empêcher les empiètements.   Ceux qui y adhèrent malgré tout  doivent  concéder que la spéculation qui les inspire appartient à la scolastique médiévale et au souci rationnel d’éviter la régression à l’infini ou d’accorder au hasard un rôle trop important.   Et  puisque le raisonnement se termine par la  reconnaissance d’un principe supérieur et qu’il fait un saut entre le logique et l’ontologique, ils doivent également concéder qu’il s’agit d’une adhésion de l’ordre de la foi  guidée au départ par une conviction profonde dans ce qu’il est convenu d’appeler «le spirituel». 

En lui-même, l’argument des partisans du «dessein intelligent» n’est  dangereux que s’il est utilisé à des fins de persuasion dirigées vers un public crédule, comme c’est le cas dans le creuset fondamentaliste protestant américain.   Malheureusement, les  créationnistes et partisans du dessein intelligent aux USA aggravent leur cas en  ne se contentant  pas d’affirmer leur foi ; ils se retrouvent dans des groupements fondamentalistes qui ont été dénommés  «Talibans américains» par analogie avec  leurs homologues afghans. Ils sont intraitables dans leurs projets de chasse aux sorcières contre les homosexuels, dans l’apologie de la violence et de la peine de mort, dans l’affirmation de la  supériorité de la race blanche, et dans leur volonté d’installer une théocratie. Epinglons cette perle du général William Boykin : «G. Busch n’a pas été élu par une majorité d’électeurs aux Etats-Unis, il a été nommé par Dieu[»   En 2005, l’Institut de Recherche PEW des USA a réalisé un sondage montrant que 64% des Américains sont favorables à l’enseignement du créationnisme ou du "intelligent design" et 38% veulent que l’on n’enseigne plus la théorie de l’évolution dans les écoles publiques... [Cité par R.Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Tempus, 2008, p. 366. L’auteur nous renvoie au site «The American Taliban» qui présente effectivement quelques exemples scandaleux de fondamentalisme et notamment compare le Président Obama à un singe! ]

En Europe, les réactions négatives aux conceptions scientifiques ont amené les savants à s’inquiéter surtout après la diffusion en 2007 d’un luxueux ouvrage illustré, L'Atlas de la création. Edité et imprimé en Turquie, ce maunel prétend démontrer que l'évolution n'est pas une doctrine scientifique mais de la propagande antireligieuse. Son auteur, Harun Yahya  - de son vrai nom Adnan Oktar -, dirige une organisation au financement obscur, dont le principal objectif est de promouvoir la lecture du  Coran.

   

8. Les réponses des religions, la condition humaine dans sa totalité, le salut des individus et la vie après la vie  

sommaire 138 * début créationnisme

Les réponses des religions sont de l'ordre de la Révélation (Nouveau Testament), du témoignage (expérience spirituelle personnelle), de l'ordre de l'histoire (comportement particulièrement altruiste/héroïque de certaines personnalités), de l'ordre de la tradition (on est tel ou tel parce que les ancêtres le sont), de l'ordre de la conversion (tel individu est saisi par le repentir ou la "grâce").... De ce point de vue, certains signes vont dans le sens d'une nouvelle religiosité, d’un réenchantement du monde, notamment dans des milieux assez proches des sectes (terme qui n'est pas défini juridiquement). Les arguments des partisans d'une "nouvelle science" s'appuient   sur les dangers que présente pour le sens de la responsabilité l'extension considérée comme anarchique de la technique. Notre avenir n'est-il que devenir les esclaves des robots que nous venons de créer ? Certains savants "spiritualistes", à la suite du fameux  «supplément d'âme» de Bergson, comme d'Espagnat ou Trinh Xuan Thuan*, envisagent que derrière le réel scientifique il y aurait un surréel ou un réel voilé. Il s'agit de conjectures que d'autres comme Bricmont, professeur de physique théorique à l’UCL fustigent comme atteintes à la méthode scientifique.  

*[Trinh Xuan Thuan défend le principe «anthropique». Ce principe énonce que l’Univers a été conçu dans des conditions très spéciales en vue de l’apparition de la vie et de la conscience.]

L'erreur dans ce conflit consiste toujours à tenter d'intégrer l'objet des sciences dans les préoccupations traditionnelles du  religieux.  Kant écrit la Critique de la Raison pure pour délimiter les pouvoirs de la  connaissance (ses conditions de possibilité autour de la question : Que puis-je connaître ?) ; ce faisant, il délivre la science de sa dépendance à l'égard de la métaphysique et des religions ; il écrit ensuite la Critique de la raison pratique, qui, dans son itinéraire, est plus important que la CRP parce qu'il désire répondre rationnellement à la question : Que dois-je faire ? Il s'agit ici de définir les conditions de la moralité. Le monde de la morale est tout différent du monde de la connaissance. Dans ce monde, la raison est pratique  et fondée sur une expérience holistique de la vie ; elle ne dépend pas des lois de la nature : des  individus sont capables d’actes désintéressés; ils sont capables de faire la différence entre ce qu’ils ont fait et ce qu’ils auraient dû faire.  Nous ressentons quand nous agissons de manière immorale.  C’est ce que nous montrent le sens commun et les préceptes de la religion.  Mais ici encore la rupture avec le monde animal n’est pas abrupte non plus  puisque Fr. de Waal a observé chez des chimpanzés des manifestations d’empathie.[Fr. de Waal, Le Singe en nous, Fayard, 2006, p. 220 et suiv.]

Pour résoudre le problème de la méthode scientifique et des convictions personnelles, les scientifiques catholiques introduisent   une différence subtile entre athéisme méthodologique, postulat de toute science empirique,  et athéisme de conviction. Ils refusent les perspectives purement matérialistes et le caractère réducteur de l’approche scientifique.

Que convient-il de retenir de ce qui précède ? Il ne  faut  pas espérer que la raison scientifique supprime la religion ; il faut espérer que la raison scientifique défende son territoire et sa liberté d'action  quand la religion empiète sur eux ou les freine. Mais  pas davantage.  

Le résultat de ce conflit entre science et religion est le suivant : on ne peut pas dire que la paix perpétuelle soit établie. Le Vatican a finalement admis plus ou moins l’évolution. Le Pape Jean Paul II a déclaré il y a quelques années dans un discours devant des philosophes et des théologiens réunis à Rome le 26 avril 1985: “ La foi bien comprise dans la Création et l'enseignement bien compris de l'évolution ne se contrarient pas: l'évolution présuppose la Création; la Création se présente à la lumière de l'évolution comme un événement étendu dans le temps, à travers lequel Dieu devient visible aux yeux de la foi comme “ Créateur des cieux et de la Terre ” (Documentation  Catholique, numéro 1901, 4 août 1985..   Il reste que, simultanément, cette reconnaissance de l’évolution est limitée au corps humain : l'âme reste d'origine divine et transcende le corps.  Entre la matière et   l'esprit il y a un « saut ontologique » qu'aucune explication scientifique ne saurait combler.   Sur ce point, le dépositaire du dogme  contredit le message complet de Darwin et défend le dualisme métaphysique. Voilà donc que rejaillit une source de conflit. L'argument avancé par les représentants religieux catholiques qui cherchent un rapprochement des points de vue  est que la religion se meut dans l'éternité et que la science évolue dans le relatif ou devrait évoluer en direction des principes du dogme, du moins si on est patient. Mais pratiquement, c’est l’évolution inverse qui se produit et la science qui conquiert des territoires auparavant réservés à la spéculation.

Christian Thys * Haute Ecole Léonard de Vinci  

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Annexes

1. Les limites de la métaphore de l'ordinateur 

2. Les conclusions de Anne Dambricourt-Malassé, paléoanthropologue au CNRS


Annexe 1

Les limites de la métaphore de l’ordinateur   

     Les arguments contre l’identification abusive entre cerveau et ordinateur

  1.      Le cerveau est une structure hautement variable, évolutive et résultat de l’évolution, donc toujours en rapport avec le milieu. Car c’est la relation au milieu qui a sélectionné les réponses comportementales pertinentes sur base de  ce qui est bon pour survivre. D’un autre côté,si certains neurones qui composent le cerveau meurent, les connexions neuronales varient au fur et à mesure du développement de l’individu, et les neurones non activés se recyclent ou meurent de manière irréversible. On a par exemple pu enregistrer par tomographie par émission de positons la différence entre les cerveaux des sujets qui savent lire et des sujets illettrés (Changeux, 2002, 317). Le système est donc différent des liaisons électroniques de l’ordinateur  qui s’assemblent   avec des pièces suivant un plan prédéterminé,  indifférent à l’activation.

2.      Contrairement à l’ordinateur, le cerveau n’est pas un dispositif contenant une unité de traitement unique, mais des unités disséminées qui changent de connexions selon les tâches.

3.      Les comportements-réponses   sont très diversifiés d’un individu à l’autre. Affirmer que les lois du comportement sont du type de celles que l’on peut représenter par un programme d’ordinateur est franchir un pas considérable et injustifiable.

4.      Le monde extérieur est lui aussi extrêmement variable au point de sembler indécomposable en faits et en règles dans sa totalité. Le monde ne se laisse pas facilement analyser en éléments premiers isolables. Dans le monde vécu, les entrées et les sorties ne sont pas   spécifiées par un programmeur.

5.      Le cerveau dépend des états du monde et des interactions sociales. Et ceux-ci sont indéterminés, et relativement indépendants du monde physique . Pour les humains, le rôle de la communauté qui entoure un individu est essentiel   dans la détermination de l’acceptable et de l’inacceptable.

6.      Le fonctionnement de l’ordinateur est purement syntaxique, et la syntaxe ne suffit pas pour obtenir des capacités sémantiques. Les symboles du programme n’ont pas de signification, pas de contenu sémantique. 

7.      L’intentionnalité humaine s’accompagne d’un composant subjectif : le vécu en première personne, irréductible, ce que d’aucuns appellent la manière qualitative dont nous vivons notre existence. Celle-ci intervient dans l’élaboration du concept de /qualia/ cher aux neurosciences.

8.       La signification (Putnam) est interactive et inférentielle, et pas simplement le résultat d’une transmission. Changeux  s’inspire des composants qui interviennent dans le dialogue pour critiquer l’analogie avec l’ordinateur. Or dans la conversation inférentielle interviennent l’instauration d’un cadre commun, des hypothèses, des anticipations, des ajustements, des allusions, un but, celui d’enrichir l’environnement cognitif de l’interlocuteur. À cela s’ajoute encore des processus d’attention    qui ont une importance déterminante pour l’apprentissage par imitation.

9.      Les signaux sensoriels d’un cerveau humain  sont ambigus, gorgés d’implicitations et de sous-entendus.

10.  Les termes que nous appliquons au cerveau et à l’ordinateur  par métaphore risquent de nous leurrer.

11.  Traiter l’information dans un monde humain signifie traiter psychologiquement l’information, c’est-à-dire avec émotion. 

12.  Ce qui manque à l’ordinateur, c’est évidemment un corps humain en relations constantes par toutes ses facultés avec le milieu et le flux d’informations qu'il en reçoit.

13.  Le cerveau construit ses propres programmes, il est capable de développer des stratégies de manière autonome. Mais l’ordinateur qui apprend progresse.

14.  Jeannerod  [La Nature de l’esprit, O. Jacob, 2002], considère que l’analogie entre le cerveau et l’ordinateur est dépassée. Il parle de cognition naturelle et de cognition artificielle. Il insiste sur la relation très spécifique du cerveau et du corps, qui n’est en rien comparable à celle d’un ordinateur, et de son rapport à sa source électrique d’énergie.

15.   Le cerveau est le résultat d’une histoire. Il a contribué à modifier l’environnement en profondeur.

16.  Le paradigme de l’ordinateur peut fonctionner pour tous les processus intellectuels  qui ne font appel qu’à de la reproduction mécanique.

   

Annexe 2  

Les conclusions de Anne Dambricourt-Malassé, paléoanthropologue au CNRS

  «Je formule maintenant ma conclusion :

1° L’existence humaine est un événement local mais non inattendu 2° Elle s’inscrit dans une trajectoire irréversible harmonique non chaotique 3° Tel un cœur dont les cellules ont des trajectoires aléatoires, mais concourent à une même fonction qui les corrèle, prédictible de ce fait, et donc non chaotique, le tissu humain aurait une fonction particulière, que nous devons comprendre, 4° Les personnes humaines sont aléatoires mais elles appartiennent à un système harmonique, ce qui implique que les personnes sont corrélées et interactives dans une même fonction. Cette fonction reste préservée au-delà des aléas individuels et reproductibles. Il apparaît comme un principe de non-séparabilité entre les personnes humaines, mais il peut être rompu. 5° Le fait de parler de Dieu ou d’une entité divine n’est pas un hasard, il est une propriété émergente attendue, 6° Cette propriété participe à l’émergence de la prochaine étape évolutive, vers plus de conscience 7° La logique du processus est celle d’une révélation du Sens de la déchirure germinale, (la fluctuation initiale, la brisure de symétrie) elle a une raison d’être et sa signification passe par les hommes, et elle les outre-passe, car elle dépasse l’entendement humain. Les hommes parmi les plus éveillés parlent de réel voilé, d’incomplétude, 8° Les hommes ne sont pas un but mais un passage, un passage libre de laisser s’activer à nouveau la dynamique de la révélation, libre aussi de la refuser en fuyant la question du Sens 9° Si la Science se met à parler de l’incomplétude, je dirais qu’en effet cette incomplétude se traduit ici par une absence, non pas celle du Sens, mais une incomplétude historique, la révélation du Sens est inachevée, l’incomplétude est un inachèvement, 10° L’homme ne peut saisir le sens qui est en lui sans procéder à une nouvelle brisure de symétrie qui le projette dans un niveau de conscience décuplé ; à ce moment l’abstraction du Sens devient possible, mais voilà la clé-de-voûte, la pierre d’achoppement, qu’est-ce qui dynamise, qu’est-ce qui intègre, qu’est-ce que cette gravitation que l’on n’atteint jamais, qu’est-ce que cet attracteur harmonique dans le réel (car c’est ici un concept mathématique pour décrire une trajectoire irréversible avec une succession d’effets de seuils et stable dans son principe de l’organisation émergente).

Il faut donc une conscience supérieure à la nôtre pour contenir le Sens qui est en nous, il faut une réactualisation de l’hominisation. Mais qui va procéder à cette intégration, à quel niveau se fait-elle ? Il est impossible de saisir le sens de cette déchirure dont nous sommes nés, sans réactualiser cette rupture de symétrie par cet acte même de saisie du Sens.

Plus que la conscience humaine, c’est concevable dans un futur des hommes, en pleine accélération, mais cela suppose aussi une itération accélérée des ruptures de symétries, une accélération des convergences individuelles dans un même bassin d’attraction, une même ouverture pour recevoir une nouvelle dynamisation.

Nous ne voyons pas la complétude si je puis dire, la solution, l’achèvement, mais nous le pressentons.

Voilà donc ce que je propose, un cadre théorique scientifique nouveau, qui intègre la théorie du Chaos, l’imprédictibilité croissante par suite des ruptures de corrélations au sein d’un même plan, ou encore la dispersion des trajectoires initialement dans un même bassin d’attraction dans des bassins attracteurs différents (et donc irréversiblement non convergents). Ce cadre théorique ajoute le concept d’attracteur harmonique, qui intègre celui de chaotique et il rejoint le paradigme du Sens, défendu en particulier par Xavier Sallantin. Les attracteurs harmoniques sont du paradigme du Sens, en devenant chaotiques (pertes des corrélations au sein d’une cohérence première), ils ouvrent le paradigme du Non-Sens.

Il est logique que mon discours s’achève sur des interrogations et non seulement une certitude (scientifique). L’attracteur harmonique existe, c’est une certitude. Où nous entraîne-t-il c’est une question. Qui peut nous répondre ? Si c’est Quelqu’un qui est plus que ce que nous sommes. Qui peut nous dévoiler, au sens propre, notre sens et nos directions d’avenir, si ce n’est un savoir qui nous contient et nous transcende. La logique veut donc que le dévoilement du Sens humain soit donné par une conscience encore plus éveillée que la conscience humaine qui ne peut s’appréhender elle-même, la logique attend donc des révélations dans l’histoire des hommes.

Or nous avons bien des révélations. Alors c’est aux théologiens maintenant de confronter ce que ces révélations nous disent des hommes et de leur condition future avec les données que je viens de vous présenter et qui ne sont pas limitées à la paléontologie humaine.»

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  Bibliographie

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Louvain, «L’Année Darwin», février-mars 2009, n°177.

   

Annexes: Propositions pour la lecture

   

1. L’avant-big bang  (Science et Vie, Janvier 2000).  

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D’après le scénario cosmologique classique, l’Univers est né lors du big bang. il a enflé très rapidement pendant un court instant ( (inflation), puis il a continué à se dilater régulièrement jusqu’à aujourd’hui (expansion). Selon la nouvelle théorie du «pré-big bang», il existait un univers primitif. Le gonflement soudain et tr§s rapide (inflation) d’un point de cet univers primitif a entraîné la naissance de notre univers, qui a ensuite poursuivi sa dilatation régulière (expansion).

Selon Thibault Damour, physicien à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques, l’univers d’avant le big bang était une mare chaotique agitée d’ondes. Deux d’entre elles, en se chevauchant ont formé une «bulle» d’espace-temps microscopique qui a gonflé brusquement jusqu’à atteindre le diamètre d’un cheveu, donnant alors naissance à notre univers.    

2. La place privilégiée de la Terre 5Science et Vie junior, Hors-Série, 2001. Science et Vie, Hors-Série, mars 2009.)

Si l’Univers a 15 milliards d’années, notre système solaire naît sur le tard. Il y a 4,565 milliards d’années, un nuage d’hydrogène se change en étoile. Autour de ce Soleil, neuf planètes formées de grains de poussières agglomérés tracent leur route. Troisième en partant du Soleil, après Mercure et Venus, la Terre est à la bonne place. Ni trop près, ni trop loin des rayons de l’astre-roi, elle pourra conserver de l’eau sous forme liquide- in,dispensable à la vie. Elle n’est pas assez massive pour retenir l’hydrogène et l’hélium dans lesquels elle baigne, et c’est une chance ; car, dans le futur, elle saura conserver des gaz plus lourds (dioxyde de carbone, oxygène)favorisant chacun à sa manière l’apparition de la vie. enfin, la présence de la Lune, née probablement il y a 4,4 milliards d’années, sera plus que bénéfique. Sans ce satellite, qui stabilise l’axe de rotation terrestre, le climat aurait été franchement irrégulier. Et la vie aujourd’hui serait certainement tout autre.

   

 3. L’émergence de la vie (Science et Vie junior, Hors-Série, 2001. )

Une certitude, la vie est là il y a 3,5 milliards d’années : elle n’aura qu’un petit milliard d’années pour apparaître, sans doute moins. Les pionnières sont des bactéries baptisées cyanobactéries (du grec kuanos, bleu sombre, indiquant la couleur). Comment le savons-nous ? Par les stromatolites [structures calcaires formées par les cyanobactéries pour y prospérer] fossiles de Warrawoona, en Australie, datés de cette époque.

L’histoire du vivant fut longtemps affaire de minus. Celle des bactéries, cellules sans noyau dites procaryotes. Mais aussi, et peut-être très tôt, celle d’organismes composés d’un ou plusieurs cellules à noyaux, les eucaryotes - le noyau offrant un blindage à l’ADN. Cette division procaryote-eucaryote est l’une des plus profondes du monde vivant. Comment apparaissent-ils, ces eucaryotes, dix fois plus gros que les cellules sans noyau ? L’hypothèse en vogue est si incroyable que les scientifiques ont longtemps renâclé. Mais l’Américaine Lynn Margulis a fini par l’imposer. Si l’eucaryote est beaucoup plus gros, c’est parce qu’il n’est qu’une... association de procaryotes. Oui, nos fières cellules eucaryotes - celles de l’homme - , ne sont rien d’autre qu’un tas de bactéries transformées par l’évolution. La mitochondrie où se fabrique l’énergie ? Une ex-bactérie. Le chloroplaste, siège de la photosynthèse ? Une ex-bactérie. Et si l’ADN des eucaryotes est plus fourni, c’est probablement parce qu’il a hérité du paquet de gènes de tout ce petit monde.

Des bactéries s’associent pour former un être multicellulaire. L’évolution transforme l’association de bactéries en cellule à noyau. Une hypothèse hardie, mais aujourd’hui acceptée.

  4. Nos cadres mentaux   [A.R.Damasio, L’Erreur de Descartes, O.Jacob, 1995.]

Il se pourrait que l’esprit humain soit d’une telle complexité qu’on ne puisse jamais en rendre compte, étant donné nos limitations intrinsèques. Peut-être même s’agit-il d’une entité qui ne relève pas de l’ordre de l’explicable, mais de celui du mystère, car il faut s’efforcer de distinguer les questions pouvant légitimement être abordées par la science de celles qui nous seront à jamais inaccessibles. Mais quelle que soit ma sympathie pour ceux qui ne pensent pas que l’on pisse éclaircir le mystère (ils ont été baptisés les «mystéristes»), et pour ceux qui pensent qu’on le peut, mais seraient désappointés si l’explication finalement trouvée se fondait sur quelque chose de déjà connu, je crois vraiment, même si j’ai des moments de doute, que nous arriverons à comprendre le fonctionnement mental.(...)  

5. L’esprit et le cerveau : les grandes théories [J.-N.Missa, «De l’esprit au cerveau», dans Le Cerveau et la pensée, Editions Sciences humaines, 1999.]    

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Dualisme spiritualiste  

L’esprit et le cerveau sont de nature différentes. Les mécanismes du cerveau ne déterminent pas la pensée.

 

Matérialisme identité  

Le cerveau et l’esprit sont une seule et même réalité : les productions de l’esprit correspondent à des états physico-chimiques du cerveau.    

     Version stricte : un état cérébral détermine rigoureusement un type d’état mental (matérialisme des types). Chaque fois qu’un homme pense «voiture», un état déterminé, toujours identique, est présent dans son système nerveux.  

     Version souple : les états mentaux varient avec les états cérébraux, mais plusieurs états cérébraux peuvent réaliser le même type d’état mental (matérialisme des exemplaires). lorsqu’un chef de gare prononce le mot «voiture» ou a mal aux pieds, ce qu’il dit ou ce qu’il ressent correspond bien à un état de son cerveau. Mais cet état n’est pas nécessairement identique d’un jour à l’autre ou d’un individu à l’autre (....) chaque fois qu’il se produit un état mental, il existe un rapport d’identité entre cet événement précis et l’état cérébral correspondant, mais il n’y a apas de rapport obligé entre le type de représentation et l’état cérébral.  

 

Matérialisme du double aspect  

L’esprit constitue la face subjective ; le cerveau la face objective d’une même entité, l’esprit-cerveau.

  6. L’approche par les pathologies des facultés de haut niveau [A.R.Damasio, L’Erreur de Descartes, O.Jacob, 1995.

En partant du célèbre cas du XIX e. siècle, Phineas Gage, dont le comportement a pour la première fois mis le rapport existant entre une certaine perturbation de la faculté de raisonnement et une lésion cérébrale spécifique, j’examine les recherches ré&centes menées sur les maladies analogues de notre époque, et je passe en revue les découvertes pertinentes faites récemment  en neuropsychologie humaine et animale. En outre, j’avance l’idée que la faculté de raisonnement dépend de plusieurs systèmes de neurones oeuvrant de concert à de nombreux niveaux de l’organisation cérébrale, et non pas d’un seul centre cérébral. du cortex préfrontal à l’hypothalamus et au tronc cérébral, de nombreux centres cérébraux, de « haut niveau « aussi bien que de « bas niveau «, concourent au fonctionnement de la faculté de raisonnement. (...) Même si Charles Darwin a anticipé cette constatation en affirmant que la structure corporelle de l’homme portait l’empreinte indélébile d’une origine inférieure, il peut paraître curieux de retrouver la trace du passé évolutif de notre espèce au niveau de nos fonctions mentales les plus manifestement humaines. Cependant, ce n’est pas parce que les niveaux inférieurs de l’organisation cérébrale influent sur les décisions rationnelles du plus haut niveau que celles-ci s’en trouvent, de ce fait, dévalorisées.

 

7. Le syndrome de Bonnet   [L.Cohen, L’homme thermomètre, O. Jacob, 2004. ]

«Je connais un homme respectable, plein de santé, de candeur, de jugement et de mémoire, qui en pleine veille, et indépendamment de toute impression du dehors, aperçoit de temps en temps devant lui des figures d’hommes, de femmes, d’oiseaux, de voitures et de bâtiments. Il voit ces figures se donner différents mouvements, s’approcher, s’éloigner, fuir, diminuer at augmenter de grandeur, paraître, disparaître, reparaître : il voit les bâtiments s’élever sous ses yeux et lui offrir toutes les parties qui entrent dans leur construction extérieure. Les tapisseries de ses appartements lui paraissent se changer tout à coup en tapisseries d’un autre goût et plus riche; d’autres fois il voit les tapisseries se couvrir de tableaux qui représentent  différents paysages.(...) Tout cela paraît avoir son siège dans la partie du cerveau qui répond à l’organe de la vue. La personne dont je parle a subi en différent temps et dans un âge très avancé, l’opération de la cataracte des deux yeux. (...) Mais ce qu’il est important de remarquer, c’est que ce vieillard ne prend point, comme les visionnaires, ses visions pour des réalités, il sait juger sainement de toutes ces apparitions et redresser toujours les premiers jugements.»

 (Ce qui précède est le récit du naturaliste et philosophe suisse Charles Bonnet en 1760. Son propre grand-père souffrait de ces hallucinations, NDLR.)  

On n’a pu mettre que récemment en évidence une hyperactivité du cortex visuel en rapport avec les hallucinations. En 1998, Ffytche * et ses collaborateurs ont placé dans une machine IRM des patients souffrant d’un syndrome de Charles Bonnet. Ils leur ont demandé, pendant cinq minutes, d’indiquer à quels instants apparaissaient et disparaissaient les hallucinations, et d’en rapporter le contenu. Ils ont ensuite déterminé quelles étaient les régions cérébrales dont l’activité variait de façon concomitante aux hallucinations. Ces régions n’étaient autres que le cortex occipital et temporal inférieur, dont nous avons vu qu’elles étaient à la base de la perception des objets réels : la survenue d’une hallucination était annoncée et accompagnée par une augmentation locale du débit sanguin.  

* D.H.Ffytche, R.J Howard, M.J.Bramer, A.David, P.Woodruff, S.Williams. The anatomy of conscious vision: an fmRI study of visual hallucinations.Nat Neurosci, 1998.

   

8. La conscience  sous un angle subjectif   [Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, I, 1. ]

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Que l’homme puisse posséder le Je dans sa représentation, cela l’élève infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivant sur la terre. C’est par là qu’il est une personne, et grâce à l'unité de la conscience à travers toutes les transformations qui peuvent lui advenir, il est une seule et même personne, c'est-à-dire un être totalement différent par le rang et par la dignité de choses comme les animaux dépourvus de raison...   

Tout homme a une conscience et se trouve observé, menacé et surtout tenu en respect par un juge intérieur, et cette puissance qui veille en lui sur les lois n’est pas quelque chose qu’il se forge à lui-même arbitrairement, mais elle est inhérente à son être. Sa conscience le suit comme son ombre lorsqu’il pense lui échapper.

Il peut bien s’étourdir ou s’endormir par des plaisirs et des distractions, mais il ne saurait éviter de revenir à lui ou de se réveiller de temps en temps dès lors qu’il en perçoit la voix terrible. Il peut arriver à l’homme de tomber dans l’extrême abjection où il ne se soucie plus de cette voix, mais il ne peut pourtant éviter de l’entendre.

 

 9. La conscience  sous un angle objectif  [J.Delacour, Conscience et cerveau, De Boeck, Université, 2001. ]

  La conscience actuelle est faite d’états intermittents au sein desquels se succèdent des représentations conscientes ou non. Les mécanismes des états conscients sont la condition nécessaire mais non suffisante de représentations conscientes.

Grâce aux avancées de la neurophysiologie des cycles veille-sommeil, les bases cérébrales et les mécanismes cellulaires et moléculaires communs à l’état conscient de veille et au rêve sont en grande partie déterminés, de même que les processus qui les distinguent.

 Les bases de l’unité de l’expérience consciente à l’intérieur d’un même état conscient sont encore mal connues ; par contre, il existe des données neurobiologiques précises sur une forme de mémoire à court terme, la mémoire de travail, impliquée dans la continuité de l’état conscient ainsi que sur la détection de la nouveauté et l’attention, deux des principales origines de l’état conscient et de ses relations avec le conscient potentiel.  

En dehors de celles directement impliquées dans l’état de veille et de sommeil paradoxal, les structures cérébrales de loin les plus fréquemment activées pendant l’état conscient sont préfrontales.  

 

10.  Le Premier Moteur [Aristote, Physique, livre VIII, 256 a, éditions Les Belles Lettres, 1986.  

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 Tout ce qui est mû est mû par quelque chose. Or cela s'entend en deux sens : ou bien le moteur ne meut pas par son propre moyen mais par le moyen d'une autre chose qui meut le moteur ; ou bien il meut par lui-même, et alors il est, ou immédiatement après le terme extrême, ou séparé de lui par plusieurs intermédiaires : tel le bâton qui meut la pierre et est mû par la main, laquelle est mue par l'homme ; mais celui-ci meut sans être à son tour mû par autre chose. Certes nous disons que tous les deux meuvent, et le dernier (le bâton) aussi bien que le premier (l'homme) ; mais c'est principalement le premier, car celui-ci meut le dernier tandis que le dernier ne meut point le premier ; c'est-à-dire que sans celui-ci le dernier ne peut mouvoir, tandis que le premier le peut sans l'autre : ainsi le bâton ne mouvra pas si l'homme ne meut pas.

Si donc tout mû est nécessairement mû par quelque chose, il faut qu'il y ait un premier moteur qui ne soit pas mû par quelque chose ; mais si, d'autre part, on a trouvé un tel premier moteur, il n'est pas besoin d'un autre. En effet, il est impossible que la série des moteurs qui sont eux-mêmes mus par autre chose aille à l'infini, puisque dans les séries infinies il n'y a rien qui soit premier. Si donc tout ce qui est mû l'est par quelque chose, et que le premier moteur, tout en étant mû, ne l'est pas par autre chose, il est nécessaire qu'il soit mû par soi. "

 

11. Les preuves (logiques) de l’existence de Dieu  [J.Chevalier, Histoire de la philosophie, t. II, Saint Thomas d’Aquin et son époque, Flammarion, 1956. ]

S’appuyant sur ce principe premier (que toute existence contingente requiert pour arriver à l’existence une Cause incausée qui est l’Exister même, la raison humaine peut donc atteindre l’existence de dieu en vertu de son pouvoir propre, c’est-à-dire non pas par une démonstration allant de l’essence à ses propriétés ou de la cause à l’effet (...), mais par une démonstration qui procède de l’effet à la cause et détermine celle-ci en fonction de celui-là.

C’est à ce genre de preuves que se réfèrent les cinq voies par lesquelles saint Thomas arrive à démontrer l’existence de Dieu :

1° Par la nature du changement réel qui exige nécessairement l’existence d’un premier moteur immobile, sans quoi, de moteur mü à moteur mû il faudrait procéder à l’infini, ce qui est impossible.

2° par l’enchaînement des causes efficientes, qui est tel que le premier terme est cause du moyen, celui-ci du dernier, en sorte que si, prolongeant la chaîne à l’infini, on nie qu’il y ait une première cause, on supprime du même coup toutes les causes intermédiaires et nie le fait de la causalité.

3° Par la distinction du possible et du nécessaire, en vertu de quoi l’esprit doit nécessairement conclure à l’existence d’un premier être nécessaire absolument en soi, sinon tous les êtres étant simplement possibles ou contingents, nul d’entre eux n’aurait pu commencer  d’exister.

4°Par les degrés des perfections transcendantales (être, bien, vrai, un) dans les êtres finis, degrés qui impliquent nécessairement l’existence d’un Etre qui les possède à l’état suprême, dont tous les autres êtres participent et auquel ils se réfèrent.

5° Par l’ordre du monde auquel les choses diverses et discordantes ne peuvent concourir que par le gouvernement d’un Etre qui assigne à tous et à chacun sa tendance à une fin déterminée.

 

12. Le vitalisme   [H.    Bergson, L’Energie spirituelle, ch. 1, 1919. ]

Sur les deux grandes routes que l'élan vital a trouvées ouvertes devant lui, le long de la série des arthropodes et de celle des vertébrés, se développèrent dans des directions divergentes, disions-nous, l'instinct et l'intelligence, enveloppés d'abord confusément l'un dans l'autre. Au point culminant de la première évolution sont les insectes hyménoptères, à l'extrémité de la seconde est l'homme : de part et d'autre, malgré la différence radicale des formes atteintes et l'écart croissant des chemins parcourus, c'est à la vie sociale que l'évolution aboutit, comme si le besoin s'en était fait sentir dès le début, ou plutôt comme si quelque aspiration originelle et essentielle de la vie ne pouvait trouver que dans la société sa pleine satisfaction. La société, qui est la mise en commun des énergies individuelles, bénéficie des efforts de tous et rend à tous leur effort plus facile. Elle ne peut subsister que si elle se subordonne l'individu, elle ne peut progresser que si elle le laisse faire : exigences opposées, qu'il faudrait réconcilier. Chez l'insecte, la première condition est seule remplie. Les sociétés de fourmis et d'abeilles sont admirablement disciplinées et unies, mais figées dans une immuable routine. Si l'individu s'y oublie lui-même, la société oublie aussi sa destination ; l'un et l'autre, en état de somnambulisme, font et refont indéfiniment le tour du même cercle, au lieu de marcher, droit en avant, à une efficacité sociale plus grande et à une liberté individuelle plus complète. Seules, les sociétés humaines tiennent fixés devant leurs yeux les deux buts à atteindre. En lutte avec elles-mêmes et en guerre les unes avec les autres, elles cherchent visiblement, par le frottement et par le choc, à arrondir des angles, à user des antagonismes, à éliminer des contradictions, à faire que les volontés individuelles s'insèrent sans se déformer dans la volonté sociale et que les diverses sociétés entrent à leur tour, sans perdre leur originalité ni leur indépendance, dans une société plus vaste : spectacle inquiétant et rassurant, qu'on ne peut contempler sans se dire qu'ici encore, à travers des obstacles sans nombre, la vie travaille à individuer et à intégrer pour obtenir la quantité la plus grande, la variété la plus riche, les qualités les plus hautes d'invention et d'effort.

Si maintenant nous abandonnons cette dernière ligne de faits pour revenir à la précédente, si nous tenons compte de ce que l'activité mentale de l'homme déborde son activité cérébrale, de ce que le cerveau emmagasine des habitudes motrices mais non pas des souvenirs, de ce que les autres fonctions de la pensée sont encore plus indépendantes du cerveau que la mémoire, de ce que la conservation et même l'intensification de la personnalité sont dès lors possibles et même probables après la désintégration du corps, ne soupçonnerons-nous pas que, dans son passage à travers la matière qu'elle trouve ici-bas, la conscience se trempe comme de l'acier et se prépare à une action plus efficace, pour une vie plus intense ? Cette vie, je me la représente encore comme une vie de lutte et comme une exigence d'invention, comme une évolution créatrice : chacun de nous y viendrait, par le seul jeu des forces naturelles, prendre place sur celui des plans moraux où le haussaient déjà virtuellement ici-bas la qualité et la quantité de son effort, comme le ballon lâché de terre adopte le niveau que lui assignait sa densité. Ce n'est là, je le reconnais, qu'une hypothèse. Nous étions tout à l'heure dans la région du probable ; nous voici dans celle du simple possible. Avouons notre ignorance, mais ne nous résignons pas à la croire définitive. S'il y a pour les consciences un au-delà, je ne vois pas pourquoi nous ne découvririons, pas le moyen de l'explorer. Rien de ce qui concerne l'homme ne saurait se dérober de parti pris à l'homme. Parfois d'ailleurs le renseignement que nous nous figurons très loin, à l'infini, est à côté de nous, attendant qu'il nous plaise de le cueillir. Rappelez-vous ce qui s'est passé pour un autre au-delà, celui des espaces ultra-planétaires. Auguste Comte déclarait à jamais inconnaissable la composition chimique des corps célestes. Quelques années après, on inventait l'analyse spectrale, et nous savons aujourd'hui, mieux que si nous y étions allés, de quoi sont faites les étoiles.

 

13. Evolution

  A. [Ch. de Duve, A l’écoute du vivant, O.Jacob, 2002. ]

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J’ai défendu dans ce livre la thèse, acceptée par la grande majorité des scientifiques, que la vie est née naturellement, par le seul jeu des lois physiques et chimiques. Cette thèse s’oppose à la croyance, soutenue avec plus ou moins de vigueur par de nombreux groupes religieux, qu’il a fallu une intervention divine spéciale pour «insuffler la vie à la matière». Pour les créationnistes stricts, cette intervention ne fait aucun doute. Pour les religions plus libérales de la tradition judéo-chrétienne, y compris l’Eglise catholique, elle n’est pas vérité de foi, mais elle n’est pas non plus expurgée explicitement du discours courant, qui confond fréquemment animisme et croyance religieuse en un mélange flou que bien peu se donnent la peine d’analyser. Je sais, pour en avoir fait l’expérience, qu’un public non scientifique, même hautement éduqué, accueille souvent la notion d’une origine naturelle de la vie avec un sentiment mixte où l’incompréhension se mêle à l’incrédulité et à la méfiance. On voit dans cette notion une dangereuse dérive matérialiste. Ou encore, on refuse de s’y attarder en la rangeant au placard avec les autres bizarreries incompréhensibles qui occupent les scientifiques mais n’intéressent pas le commun des mortels.

On doit reconnaître que l’origine naturelle de la vie n’a pas été scientifiquement démontrée, dans ce sens que l’on n’a ni observé, ni reproduit expérimentalement le phénomène. Il s’agit simplement d’une notion qui s’inscrit dans tout ce que l’on sait de la nature de la vie qui est étayé par de nombreuses observations et données expérimentales.

  B. [Ch. de Duve, Singularités, O.Jacob, 2005. ]

A l’exception de la frange créationniste- plus qu’une frange, malheureusement, dans certaines parties du monde - qui ajoute plus de foi à des mots écrits il y a quelque trois mille ans qu’à des vestiges fossilisés d’anciennes formes de vie, à des mesures de désintégration isotopique ou à des séquences moléculaires, le fait de l’évolution biologique est admis par tous ceux qui sont informés des données sous-jacentes et par les nombreuses personnes éduquées qui, sans être elles-mêmes spécialistes, accordent de la valeur à la démarche scientifique et sont prêtes à faire confiance à ses conclusions, surtout lorsqu’elles sont unanimement cautionnées par ceux qui ont la compétence d’en apprécier les fondements. (...) Le hasard multiplié par le hasard - le hasard au carré, si l’on peut dire - se trouve à l’origine des millions de bifurcations qui ont dessiné l’arbre de la vie : la conclusion paraît s’imposer d’une manière inéluctable que le cours de l’évolution a suivi des voies imprévisibles, non reproductibles, gouvernées par la contingence. Si l’on devait «rejouer la bande», pour reprendre l’image inoubliable proposée par Gould, le résultat serait nécessairement tout à fait différent.

 

14. Les textes sacrés [Manuel de doctrine chrétienne par le Dr Wilbert Kreiss]

  LA CRÉATION

La création de l'univers tout entier est l'oeuvre du Dieu trinitaire (1), Père, Fils et Saint-Esprit. Selon le témoignage de l'Ecriture Sainte, elle fut accomplie en six jours (2) . Elle manifeste et glorifie la puissance (3), la bonté (4) et la sagesse (5) du Seigneur.

1

"Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre" (Genèse 1:1).

"Les cieux ont été faits par la Parole de l'Eternel, et toute leur armée par le souffle de sa bouche" (Psaume 33:6).

  "Christ est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles" (Colossiens 1:15.16).

"Au commencement était la Parole... Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle" (Jean 1: 1.3).

  "L'Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.. Puis Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance" (Genèse 1:2.26).

  2

"Ainsi, il y eut un soir et il y eut un matin: ce fut le premier jour...Ainsi, il y eut un soir et il y eut un matin : ce fut le sixième jour. Ainsi furent achevés les cieux et la terre et toute leur armée. Dieu acheva au septième jour son oeuvre qu'il avait faite et ils se reposa au septième jour de toute son oeuvre qu'il avait faite" (Genèse 1:5.31; 2:1.2).

  "Tu travailleras six jours et tu feras tout ton ouvrage... Car en six jours l'Eternel a fait les cieux, la terre, la mer et tout ce qui y est contenu" (Exode 20: 9 ..11).

  "En six jours l'Eternel a fait les cieux et la terre, et le septième jour il a cessé son oeuvre et il s'est reposé" (Exode 31:17).  

 

3

  "Voici tu as fait les cieux et la terre par ta grande puissance et par ton bras étendu. Rien n'est étonnant de ta part" (Jérémie 32: 17).

 

4

  "Celui qui a fait les cieux avec intelligence, car sa miséricorde dure à toujours! celui qui a étendu la terre sur les eaux, car sa miséricorde dure à toujours! celui qui a fait les grands luminaires, car sa miséricorde dure à toujours!" (Psaume 136:5-7).

5

  "Que tes oeuvres sont en grand nombre, ô Eternel! Tu les as toutes faites avec sagesse. La terre est remplie de tes biens" (Psaume 104:24).

  "Celui qui a fait les cieux avec intelligence" (Psaume 136:5).

  LA PROVIDENCE

  La providence est l'énergie divine par laquelle le Créateur préserve, protège et fait vivre toutes ses créatures, agit en toutes choses et dirige tout vers le but qui lui est assigné. Tout doit contribuer à l'accomplissement de ses desseins. Elle inclut la préservation (1), par laquelle Dieu maintient tout ce qu'il a créé . Elle inclut également ce qu'on appelle la concurrence par laquelle il met tout, même le mal que commettent les hommes, au service de sa volonté souveraine (2); elle inclut enfin le gouvernement, par lequel il dirige toutes choses de manière à accomplir son plan (3). Préservation, concurrence et gouvernement ne sont pas trois choses distinctes, mais la providence de Dieu envisagée sous des angles différents.

 

1

"Etant le reflet de sa gloire et l'empreinte de sa personne, et soutenant toutes choses par sa parole puissante, il a fait la purification des péchés" (Hébreux 1:3).

"Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui" (Colossiens 1:17).

  "En lui nous avons la vie, le mouvement et l'être" (Actes 17:28).

  Cf. encore Deutéronome 33:11.25-28; 1 Samuel 2:9; Néhémie 9:6; Psaume 107:9; 127:1; 145:14.15; Matthieu 10:29, etc...

2

  "Ne vous affligez pas et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous" (Genèse 45:5).

"Qui a fait la bouche de l'homme? Et qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle? N'est-ce pas moi, l'Eternel? Va donc, je serai avec ta bouche et je t'enseignerai ce que tu auras à dire" (Exode 4:11.12).

  Cf. encore Josué 11:6; Proverbes 21:1; Esdras 6:22; Deutéronome 8:18, etc...  

 

3  

"Dieu est le Seigneur du ciel et de la terre... Il donne à tous la vie, la respiration et toutes choses. Il a fait que tous les hommes, issus d'un seul sang, habitent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure" (Actes 17:24-26).

Cf. tous les textes qui proclament Dieu le Roi de l'univers : 1 Timothée 1:17; 6:15; Apocalypse 1:6; 19:6, etc...

 

LA CONSTITUTION DE L'HOMME

 L'homme possède un corps et une âme, ou plutôt il est corps et âme ou corps et esprit. Cette âme, siège des émotions et des affections, est ce par quoi il survit après la mort.

"Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps, mais qui ne peuvent tuer l'âme, craignez plutôt celui qui peut faire périr le corps et l'âme dans la géhenne" (Matthieu 10:28).  

"Pour moi, absent de corps, mais présent d'esprit, j'ai déjà jugé, comme si j'étais présent, celui qui a commis un tel acte... Qu'un tel homme soit livré à Satan pour la destruction de la chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus" (1 Corinthiens 5:3.5).  

"Il est allé prêcher aux esprits en prison" (1 Pierre 3:19).

  "Vous vous êtes approchés... de l'assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux, du juge qui est le Dieu de tous, des esprits des justes parvenus à la perfection" (Hébreux 12:23).

  "Je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la Parole de Dieu" (Apocalypse 20:4).

"Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit se réjouit en Dieu mon Sauveur" (Luc 1:46.47).

 

Création et Providence

http://www.egliselutherienne.org/bibliotheque/doctrine/mandoctrinechretienne/

 

15. Dieu et l’Evolution [Ch. Darwin, La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, 1871, ch.XXI.]

  La croyance en Dieu a souvent été avancée comme non seulement la plus grande, mais la plus complète de toutes les distinctions entre l’homme et les animaux inférieurs. Il est cependant impossible, comme nous l’avons vu, de soutenir que cette croyance soit innée ou instinctive chez l’homme. D’autre part, la croyance en des forces spirituelles partout répandues semble être universelle ; elle procède apparemment d’un progrès considérable de la raison de l’homme, et d’un progrès encore plus grand de ses facultés d’imagination, de curiosité et d’étonnement. Je n’ignore pas que de nombreuses personnes ont utilisé cette supposée croyance instinctive en Dieu comme un argument en faveur de Son existence. Mais c’est là un argument inconsidéré, car nous serions ainsi obligés de croire en l’existence de maints esprits cruels et malins, lesquels seraient seulement un peu plus puissants que l’homme ; car la croyance dont ils font l’objet est plus générale que celle qui s’adresse à une divinité bienfaisante. L’idée d’un Créateur universel et bienfaisant ne semble pas apparaître dans l’esprit de l’homme avant qu’il n’ait subi l’élévation due à une culture prolongée.

 

16. La position du Vatican et des mouvements religieux chrétiens

La foi bien comprise dans la Création et l'enseignement bien compris de l'évolution ne se contrarient pas : l'évolution présuppose la Création; la Création se présente à la lumière de l'évolution comme un événement étendu dans le temps, à travers lequel Dieu devient visible aux yeux de la foi comme “ Créateur des cieux et de la Terre ” .

Jean Paul II, dans un discours devant des philosophes et des théologiens réunis à Rome le 26 avril 1985 (Documentation Catholique numéro 1901, 4 août 1985) ”.

  Le Pape Benoît XVI a fait paraître  ses positions  en allemand et intitulé "Schöpfung und Evolution", Création et Evolution. Le Pape ne soutient pas la thèse du créationnisme, la position créationniste est basée sur une interprétation de la bible que l’église catholique ne partage pas. Le Pape rejette à la fois un créationnisme qui exclut catégoriquement la science, et une théorie de l’évolution qui dissimule ses propres faiblesses et ne veut pas voir les questions qui se posent au-delà des capacités méthodologiques de la science naturelle. La théorie de l’évolution est considérée trop envahissante par l’Eglise catholique qui semble surtout s’inquiéter de l’influence du darwinisme social et des théories évolutionnistes en matière d’économie et d’éthique médicale.

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17. La position de P.Roux, prêtre catholique [P. Roux,  “ Comment affirmer l'action créatrice de Dieu dans une vision évolutionniste du monde ? ” http://www.astrosurf.com/nitschelm/creationnisme.html ]

Depuis que Dieu a clairement parlé aux hommes à travers Abraham, Moïse, les prophètes et puis en ces “ temps qui sont les derniers ” (He 1 v1) par son Fils Jésus-Christ, nous, les croyants chrétiens, nous savons qu'il est le “ Créateur des Cieux et de la Terre ”.

Cela signifie que le monde n'existe pas par hasard, mais en raison de libre décision de Dieu qui l'a tiré du néant et l'a fait exister par amour afin de le confier à l'Homme.

Nous savons que dans cette Création l'Homme a une place spéciale car il est le seul à être appelé à la vie éternelle, perdue à cause du péché originel, redonnée par la Mort et la Résurrection du Christ. Cela signifie qu'en aucun cas l'Homme ne pourra être purement et simplement assimilé à un animal qui n'a ni vrai langage conceptuel, ni liberté, ni vocation à la vie éternelle.

Ces certitudes communes à tous les chrétiens du monde, quelle que soit leur confession, il nous faut les défendre chaque fois qu'un courant philosophique se réclamant ou non du progrès de la Science paraît les menacer ou même les nier.

La question que nous posons est la suivante:

La théorie moderne de l'évolution, dite Néo-Darwinienne qui affirme qu'il y a passage d'une forme de vie à une autre par mutation et sélection, vient-elle contredire notre foi chrétienne ou non? La majorité des chrétiens dans le monde avec diverses réserves et nuances pense que non.

Cependant un vigoureux courant appelé “ fondamentaliste ” ou improprement “ créationniste ” pense que oui et se manifeste bruyamment surtout aux états-Unis depuis environ cinquante ans.

Comment éclairer brièvement cette question délicate? Certes, on peut écrire des livres sur ce problème. Nous l'avons fait nous même il y a peu de temps dans notre livre: “ Pour lire la Création dans l'évolution ”, 1984, C. Montenat, L. Plateaux & P. Roux, éditions Cerf, Paris.

On peut aussi faire quelques remarques simples: les visions du monde changent, la foi chrétienne ne change pas.(...)

18.  Réactions des organisations musulmanes

Du côté des organisations musulmanes, on dénonce le prosélytisme caricatural pratiqué par Harun Yahya. Interrogé suite à l’envoi massif aux établissements scolaires français du livre de Harun Yahya, l’Atlas de la Création, Dalil Boubakeur, président du Conseil Français du Culte Musulman, a répondu que la théorie de l’évolution "n’est pas contraire au Coran". De plus, il juge "pernicieuse" l’initiative d’Harun Yahya : "il essaie de démontrer que les espèces sont restées fixes, avec des photos à l’appui, mais il n’explique pas les disparitions de certaines espèces ni l’apparition d’autres espèces". Dalil Boubakeur se dit "convaincu que l’évolution est un fait scientifique". Il ajoute que certains versets du Coran évoquent explicitement "une évolution cyclique" de l’homme. Le sociologue Malek Chebel, interrogé par le journal "le Monde" en février 2007 note que "l’islam n’a jamais eu peur de la Science" , "l’islam n’a pas a avoir peur du Darwinisme", "l’islam ne craint pas le récit des évolutions et des mutations de l’espèce humaine". Malek Chebel rappelle que le Coran traite de la création de l’être humain par Dieu mais non des mutations des espèces. Selon lui "l’Atlas de la création est le fruit d’une organisation de type sectaire, proche de l’extrême droite turque, qui assène des "vérités" sur papier glacé qui n’ont rien à voir avec l’Islam". Il s’attend enfin à "des confrontations sur cette question, à l’avenir, entre islam intégriste et l’islam des Lumières". Pour l’association suisse des musulmans pour la Laïcité, fondé par Ali Benouari, "la religion n’a pas à contester la science".

 

 

19. Positionnement de la communauté scientifique internationale

  Le 21 juin 2006, une déclaration de l’InterAcademy Panel (IAP), portant sur l’enseignement de l’évolution, a été signée par les académies des sciences de 67 Etats, dont 27 Etats membres du Conseil de l’Europe. Les différentes académies des sciences demandent instamment aux autorités décisionnelles, aux enseignants et aux parents d’apprendre aux enfants les méthodes et les découvertes de la science et de développer chez eux une bonne compréhension des sciences de la nature. Une connaissance du monde dans lequel nous vivons renforce le désir d’aller au devant des besoins de l’humanité et de protéger notre planète. La communauté scientifique reconnaît qu’il subsiste encore bien des questions ouvertes sur les détails précis des changements évolutifs, mais refuse de voir remis en cause un certain nombre de ses résultats de recherche.

 

20. Le créationnisme étend son influence en Europe [LE MONDE | 17.11.08 | 13h59  •  Mis à jour le 05.02.09 | 17h01]

La France serait-elle partie en guerre contre les créationnistes, dont les idées progressent un peu partout dans le monde ? Chercheurs en sciences de l'évolution, philosophes, professeurs, inspecteurs de collèges et de lycées : à l'initiative du ministère de l'éducation nationale, du Collège de France  et de la Cité des sciences et de l'industrie, ils étaient en tout cas plusieurs centaines à débattre, les 13 et 14 novembre à Paris, de la difficulté croissante à enseigner la théorie de l'évolution. Et ce bien au-delà des Etats-Unis, berceau, depuis Darwin, du créationnisme.

 

  21. De la religion à la spiritualité  

[Philosophie et spiritualité Leçons de philosophie en ligne, fiches techniques, méthodologie, exercices de lucidité, textes, commentaire du cinéma et de la littérature. http://sergecar.club.fr/    -   Leçon 117]   

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  Ce qui est en cause sous nos yeux chaque jour dans les événements de l’actualité, c’est la crispation des religions sur elles-mêmes, crispation qui se traduit par la montée des intégrismes. Ce qui n’a rien de très « spirituel ». La montée des aspirations démocratiques des peuples s’accompagne étrangement d’une résurgence fiévreuse de l’appel au drapeau de Dieu pour justifier toutes les guerres. Comme le rappelle Frédéric Lenoir : « Il y a bien longtemps que Dieu n’avait autant été mis à contribution. Invoqué aux quatre coins de la planète, il sert de prétexte à toutes les dominations politiques, à tous les actes de barbarie perpétrés par les fanatiques. C’est l’aspect le plus hideux de la religion. Même sans tomber dans ces extrémismes, le plus souvent condamnés par les responsables religieux eux-mêmes, la religion est par essence ambiguë, car elle propose un projet collectif, parfois exclusif (on possède l’unique vérité) et reste le plus souvent inféodée à une culture, à une ethnie, à une nation ». Il est possible qu’en fait, ce soit la religion qui ai produit par réaction l’agnosticisme où campent une bonne part de nos élites.

    Nous savons qu’il est possible de différencier la religion, comme institution, et les croyances de chacun d’entre nous et nous savons que la croyance en tant que telle demeure dans l’incertitude. Comment pourrait-elle alors se draper dans une certitude définitive ? Nous ne pouvons plus entretenir d’illusion sur les errances de la religion dans l’histoire. Nous savons que l’Église a joué et joue encore le jeu du pouvoir. Nous savons qu’elle s’est fourvoyée dans l’obscurantisme, qu’elle est entrée souvent en collusion avec les puissances de l’argent, qu’elle a fait preuve d’un fanatisme criminel. Nous ne pouvons plus guère accepter un dogme et une morale qui ne fonctionnent plus dans notre monde actuel. Nous ne pouvons pas plus accepter la soumission à la transcendance d’un Dieu, vindicatif, capricieux, coléreux et vengeur. Nous ne pouvons admettre un destin de malheur imposé à toute existence, au nom du salut dans un arrière-monde. La mortification de l’ici-bas en vue de l’au-delà, l’asservissement de la personne, la haine de la vie et de la liberté choquent toute personne de bon sens. En tant qu’organisation, la religion est liée dans l’Histoire à l’Etat avec lequel elle partage le même caractère de tendre à l’encadrement excessif de l’individualité vivante. L’Histoire nous montre que, dans un cas comme dans l’autre, la puissance d’une idéologie maintient un état de passivité et de dépendance. La critique de la religion a montré sans difficulté que le danger qu’elle comporte est de présenter l’ignorance comme confortable et d’incliner les hommes à la résignation. Le fatalisme se fonde sur des illusions, mais des illusions qui ont la peau dure. Et que la religion peut faire durer. Être libre, c’est être responsable et devoir s’assumer par soi-même et s’il est un reproche que l’on a souvent adressé à la religion, c’est bien de saper par avance l’autorité trouvée en soi-même. De faire douter de nos propre lumières en les opposant à la foi.

    Question donc, avec Frédéric Lenoir : « Faut-il abandonner l’idée de Dieu, renoncer à toute quête de l’absolu puisque les religions en donnent souvent un visage si cruellement humain ? Non. Car si la religion est culturelle et collective, la foi et la recherche de sens sont éminemment universelles et individuelles. Un mot permet de bien distinguer la religion communautaire de cette quête personnelle : la spiritualité. Croyant ou non, religieux ou non, nous sommes tous plus ou moins touchés par la spiritualité, dès lors que nous nous demandons si l’existence à un sens, s’il existe d’autres niveaux de réalité ou si nous sommes engagés dans un authentique travail sur nous-mêmes ».

    Ce texte n’est pas original. Il est l’expression d’une prise de conscience très largement partagée. On pourrait en exhiber des centaines du même genre dans les parutions récentes. Je cite encore un passage du même auteur : « La religion est le langage symbolique d’un groupe social, la quête spirituelle naît de la confrontation de chacun d’entre nous à l’énigme de l’existence. La religion dit à tous ce qu’il faut croire et ce qu’il faut faire, la spiritualité est un chemin où l’on s’engage seul, sans connaître le terme du voyage ». Religion et spiritualité peuvent très bien se croiser sans se rencontrer. Il existent des personnes allergiques à la religion et dont la trempe spirituelle est indéniable. Voyez en ce sens l’œuvre de Satprem. Lisez les Lettres d’un Insoumis. Inversement, il existe des croyants qui n’ont guère de vigueur spirituelle, aucun engagement sérieux et dont la religion consiste seulement dans une morale appuyée sur l’argument d’autorité de textes sacrés. Enfin, il existe bien des personnes que l’on pourrait définir comme areligieuses qui pourtant effectuent très sérieusement un travail spirituel sur elles-mêmes. Ce que les sociologues ne semblent pas bien comprendre, c’est justement que le sérieux impliqué dans la spiritualité n’a rien à voir avec ce narcissisme conformiste de la société de consommation qu’ils qualifient de « postmoderne ». Il en est bien plutôt la subversion systématique. Pratiquer l’amalgame entre spiritualité et religion est donc une aberration. Comme de mettre dans le même sac, l’intégrisme, le fondamentalisme pur et dur, le repli sectaire, le littéralisme fanatique de certains groupes religieux et la spiritualité vivante, dans son cheminement dans l’inconnu. La plupart des religions organisées ne voient pas d’un bon œil la spiritualité. C’est pour elles une concurrence directe, une incursion sauvage sur leur territoire. Elles ont tendance systématiquement à diaboliser toute recherche spirituelle sortant de leur contexte. La méditation, le yoga, les médecines traditionnelles, la pratique du zen, etc. sont directement ou indirectement diabolisés par les religieux.  (...)

    La pierre d’achoppement la plus difficile, c’est évidemment la prétention des plus grandes religions à incarner la seule voie d’accès possible vers le spirituel ; la prétention à incarner à elle seule la Vérité, tandis que tout autre chemin serait erreur ou hérésie. On a pu voir encore tout récemment des soldats américains en Irak déclarer que la seule voie d’accès à Dieu passait par Jésus Christ ! A quoi l’Islam rétorque que la guerre sainte doit continuer tant que le monde entier ne sera pas converti à la parole du Prophète ! L’occident s’est donné pour justification dans les colonisations, d’apporter aux mécréants, même au prix du sang, la « vraie religion ». Les croisés étaient absous par avance de leurs tueries par le Pape, qui leur promettait qu’ils iraient au ciel. Les fidèles d’Allah ont appris de leur religion que lorsqu’ils tuent un infidèle, ils l’envoient au paradis. S’ils sont des martyrs de la guerre sainte, c’est pour aller rejoindre Allah et s’asseoir parmi les justes. Nous vivons dans un monde dans lequel la seule appartenance religieuse suffit à vous identifier comme un ennemi. La religion semble raisonner dans une dualité : à tort/à raison, les torts sont pour le mécréant et le païen et la raison est pour le fidèle et le croyant. Jamais il ne semble venir à l’esprit du religieux qu’une part de ses croyances peut être erronée ou tout simplement non-fonctionnelle dans le monde actuel. Jamais il ne lui vient à l’esprit que l’Absolu, par définition peut accueillir toutes les voies. Que du point de vue de l’Absolu, aucune voie n’est supérieure à une autre. Que la notion même de supériorité est très humaine, trop humaine. Les religieux continuent d’entretenir une idée de Dieu qui est tellement à la ressemblance de l’homme (c’est l’homme qui a fait Dieu à son image) qu’elle fait injure à tout homme de bon sens et discrédite par avance la religion. Rien d’étonnant à ce compte à ce que le dialogue intra-religieux soit à l’heure actuelle un dialogue de sourds. Aux U.S.A. le seul fait de prier aux côtés des adeptes d’une autre religion est déjà passible de sanction de l’autorité religieuse! Alors comment imaginer un dialogue ? Comment pourrait-il y avoir une « convergence » réelle des religions ? A quoi se réduirait donc le « spirituel » en pareil cas ? Le plus petit dénominateur commun des religions ? Il doit être bien petit. Pour le croyant, reconnaître la possibilité d’une religion différente, c’est déjà remettre en cause la sienne. En bref, être religieux, c’est être intolérant. C’est n’admettre qu’une foi et qu’un salut. Celui de la religion de son élection. Et encore, pas vraiment religion de son « élection », mais avant tout religion de ses ancêtres. La conversion religieuse est interprétée par le croyant traditionaliste comme un retour, après bien des errances païennes, des brebis au bercail. Il ne peut pas y avoir de religion nouvelle. Il n’y a que de nouvelles sectes. La religion est forcément ancienne. Aussi vieille que la révélation. Ce qui est neuf est hérésie ou parole du démon ! La religion est celle du sol et de la nation, voire celle de l’Etat.  

22. Le Scarabée Bombardier fait sauter le mythe de l'Évolution 

 

Ce texte a été proposé à la réflexion des élèves de terminale préparant leur baccalauréat en philosophie sur le site «cyberpapy». Cette anecdote a été écrite par le Dr Duane T.Gish, biochimiste de la CREATION RESEARCH SOCIETY à SAN DIEGO. Le Dr Gish a obtenu son doctorat en biochimie à l'université de BERKELEY en Californie. Il est notamment réputé pour ses conférences et débats sur la Création et l'Évolution. La traduction est de Gérald Leroy, étudiant en anglais à l'université de Dijon. Le texte a été révisé par Philippe Michaut, professeur de biologie à l'université de Dijon"

 

La réponse sur la manipulation scientifique peut être trouvée sur

Le scarabée Bombardier et l'argument du Design

Par Mark Isaak, Copyright © 1997-2003, [Posté originellement en: 1997][Liens et Références Updatés: Mai 30, 2003]-- Traduction L. Penet

Une réponse apportée à "l'argument" du scarabée bombardier utilisé par les créationistes depuis l'aube du 20eme siècle...

Autres liens: The Bombardier Beetle: * Evolutionary Accident or Everlasting Architect?

En 1961, le professeur Schildknecht, chimiste allemand, fit des recherches sur le Scarabée Bombardier (Brachinus). Il découvrit que cet animal possède deux glandes sécrétant un mélange liquide, deux chambres de stockage communicantes, deux chambres de combustion et deux conduits externes pouvant être dirigés comme des canons orientables à l'arrière d'un bombardier.

  Lorsqu'on analysa le liquide emmagasiné, on découvrit qu'il contenait 10% d'hydroquinone et 23% de peroxyde d'hydrogène. Dès lors, nous avons un mélange explosif. Si vous et moi nous nous rendions au laboratoire pour mélanger ces deux produits chimiques, le mélange nous exploserait en pleine figure. Mais le Scarabée Bombardier ajoute un inhibiteur qui empêche l'explosion. Et ensuite, lorsqu'un ennemi s'approche de lui, il envoie une giclée de cette solution dans les tubes de combustion jumelés et, juste au bon moment, il ajoute un anti-inhibiteur et... Boum ! Cela explose au visage de l'ennemi.

Essayons maintenant d'imaginer comment le Scarabée Bombardier est arrivé à cela par évolution. Réfléchissons un peu. Supposons que ce petit scarabée vivait il y a des millions d'années. Un beau jour, sa Maman et son Papa lui offrirent un coffret de chimie pour son anniversaire. Et c'est ainsi que, dans son laboratoire souterrain, il se livra à des expériences. Il mélangea une solution d'hydroquinone avec du peroxyde d'hydrogène et... Boum ! Il se fit exploser et son corps fut éparpillé sur tous les murs de son laboratoire ; voilà comment notre scarabée mit fin à ses jours.

Donc, pendant des centaines, des milliers de générations, pendant des dizaines de milliers d'années, ces petits scarabées mélangèrent du peroxyde d'hydrogène et de l'hydroquinone et se firent exploser. Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! Pendant des milliers de générations.

Puis, pour une raison bizarre, l'un d'entre eux inventa l'inhibiteur. Voyez-vous, il n'avait besoin de l'inhibiteur que lorsqu'il mélangeait les produits chimiques. A chaque fois qu'il les mélangeait, il se faisait exploser. Si bien qu'il ne pouvait transmettre l'information à sa descendance puisqu'il n'en avait pas... Il n'y avait donc aucun moyen de faire passer cette information. Mais admettons qu'il ait inventé l'inhibiteur.

  N'est-ce pas un formidable succès de l'évolution ? Un triomphe ! Non. Pas tout à fait. Parce que maintenant, il n'a que les deux produits chimiques et l'inhibiteur. Et il les emmagasine. Il lui faut également une chambre de stockage. Et j'ignore comment cela est apparu. Mais de toute façon, admettons que cela s'est produit. Il a ce qu'il faut ; il mélange ses produits chimiques et que se passe-t-il ? Absolument rien. Tout simplement, le mélange reste là et ronge ses entrailles. D'ailleurs, pendant des milliers et des milliers de générations, les scarabées mélangèrent ces produits chimiques avec l'inhibiteur et les emmagasinèrent, rongeant ainsi leurs entrailles. Et ceci continua pendant des milliers de générations.

  Il n'avait donc pas besoin d'un anti-inhibiteur tant qu'il n'avait pas d'inhibiteur. Et il ne lui fallait un inhibiteur que lorsqu'il avait les produits chimiques. Mais admettons que l'un de ces petits scarabées ait inventé un anti-inhibiteur. Formidable succès de l'évolution ? Non, c'est l'échec complet. Vous voyez, il ne possède en tout et pour tout que les chambres de stockage. Il mélange les produits chimiques, ajoute l'inhibiteur, puis l'anti-inhibiteur et... Boum ! Et c'est reparti ! Boum ! Boum ! Boum ! Boum ! pendant des milliers de générations, ce fut à nouveau l'auto-destruction.

 Vous voyez bien qu'il faut des chambres de combustion. Mais celles-ci ne lui sont utiles que s'il est en possession des deux produits chimiques, de l'inhibiteur et de l'anti-inhibiteur. Alors comment aurait-il inventé la chambre de combustion sans en avoir la prescience ?

  Bon, d'une manière ou d'une autre et pour je ne sais quelle raison, disons que cela a fini par se faire. Maintenant nous y sommes. Tout est prêt. Nous avons les deux produits chimiques, les chambres de stockage, l'inhibiteur, l'anti-inhibiteur et les chambres de combustion. Tout est en place.  

Non, pas tout à fait. Voyez-vous, il a fallu que le scarabée soit réglé en toute chose. Il devait avoir le bon réseau de communication.  

Pouvez-vous imaginer combien cela devait être embarrassant ? Il possède ce produit chimique, en envoie une giclée dans les chambres de combustion, puis son ami débarque en lui donnant une tape sur le dos et en disant : "Salut, Joe, comment ça va ?" Et Boum ! Cela lui explose à la figure !  

Non, il était obligé de connaître le moment précis où il enverrait le signal. Il lui fallait un réseau de communication. Il devait savoir quand il était menacé et s'il avait affaire à un ennemi ou pas. Il devait posséder toute cette panoplie dès le départ - oui, dès le départ.  

Le Docteur Duane Gish raconta cette anecdote lors de nombreuse conférences qu'il fit dans les établissements universitaires, au cours de sa visite en Grande-Bretagne, à l'automne 1977.  

La non-évolution du Scarabée Bombardier représente bien plus qu'un exemple classique de satire. Elle est réellement la preuve que le Scarabée Bombardier n'a pas pu évoluer par le fait du hasard et de processus naturels s'étalant dur des générations innombrables et sur des milliers d'années. Il a fallu qu'il soit créé avec ce système de défense remarquable, car, comme nous l'avons vu, il est impossible qu'un système aussi complexe ait pu évoluer. C'est pourquoi le Scarabée Bombardier déboulonne le mythe de l'évolution.

 

Le Scarabée Bombardier ne s'est pas fait tout seul (c'est-à-dire par évolution) comme le Docteur Gish l'a démontré sans l'ombre d'un doute. Du simple fait qu'il existe, ce petit Scarabée nécessite un Créateur. De par son système de défense hautement sophistiqué et son réglage parfait, le Scarabée Bombardier rend gloire à Dieu qui le créa.

 

Peut-être faut-il de l'humilité pour dire : "Gloire à Dieu pour de telles merveilles". Il semble qu'une telle louange soit tout à fait naturelle devant les multiples exemples de la Création que proclame le comportement instinctif des animaux, agissant malgré tout comme s'ils "savaient" et rendant ainsi témoignage à l'intelligence infinie de leur Créateur.

 

" Louez l'Éternel depuis la terre,

Animaux et tout le bétail

Vous, reptiles et oiseaux ailés,

Qu'ils louent le nom du Seigneur,

Car son Nom seul est élevé. "

Psaume 148.10  

 

Autres articles de Christian Thys sur LMDP:

* Ethique et argumentation, à partir de La controverse de Valladolid, (téléfilm de J.-D. Verhaeghe sur un scénario de J.-C. Carrière, 1992), 3e degré http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/127.0612.html#Ethique

* Explorer/exploiter l'image en classe de français, de la 1re à la 6e L'image: dix pour cent devant l'oeil. Et pour le reste...!

http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/132.0803.html#Explorer 

* La Secte des Égoïstes: Pour lire E.-E. Schmitt: à quelles sources philosophiques remonter? http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/121.0506.html#égoïstes 

* Romulus et Rémus, Caïn et Abel... et les autres: rivalités et médiations * Lecture d'oeuvres classiques au 3e degré http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/123.0512.html#médiations 

  sommaire 138 * début créationnisme 

 

Analyse sémique et recherche d’isotopie : un chemin trop ardu ?

Marc Devresse, Centre scolaire Saint-Martin, Seraing (Belgique)

1. Décomposition en sèmes. * 2. Classèmes & isotopies  * 3. Exemple d’analyse fondé sur la notion d’isotopie. *

4. Retour sur Tabagie de R. Rosi. * 5. Conclusion

 

A la suite d’un précédent article * à propos du champ et du réseau lexicaux, je me propose ici de livrer quelques pistes permettant d’aller un peu plus loin grâce à l’analyse sémique.  

* « Des mots que (se) font signe », in LMDP, numéro 132, mars 2008.

Il est assez rare de trouver trace d’analyse sémique dans les manuels que nous, professeurs de français, consultons ou utilisons. Sans doute pense-t-on qu’il y a là une expertise linguistique nécessaire à la démarche et que cette expertise est hors de propos pour des élèves du secondaire. Cependant, sans entrer dans trop de détails, il doit au moins être possible de montrer aux élèves un exemple pertinent (comme celui de La Bruyère développé ci-après). L’intérêt que j’y vois est de rendre les élèves plus sensibles au texte pris dans son ensemble comme une organisation d’éléments interagissant.  

Dans « Les enjeux de la sémiotique » **, Anne Hénault aborde d’abord des notions générales comme celle de la variabilité culturelle, conceptuelle ou lexicalo-syntaxique. Un autre chapitre présente des notions propres à la sémiotique, comme celles de sème, classème, et isotopie. Enfin et surtout, l’ouvrage présente des exemples d’analyse très éclairants. Voici quelques points essentiels que je résume et qui mériteraient une place dans une séquence pédagogique.  

** Anne Hénault, Les enjeux de la sémiotique, Paris, PUF, 1979.

1. La décomposition en sèmes.

  début analyse sémique * sommaire & édito 138

Il serait d’abord utile d’expliquer aux élèves la notion de double articulation du langage humain parlé. Les unités de première articulation, les monèmes, et les unités de deuxième articulation, les phonèmes, constituent la caractéristique essentielle du langage humain parlé, comparé à d’autres systèmes de communication humains.

Les monèmes se décomposent en phonèmes, comme on le sait. Parallèlement à cette décomposition en unités linguistiques qui ont une forme, mais pas de sens (un signifiant, mais pas de signifié), il est possible d’imaginer une décomposition qui concernerait cette fois le sens. Un monème serait alors aussi la somme de plusieurs sens, des sens minimaux en quelque sorte, et qu’on appelle « sèmes ».

 Exemple : jument = elle + cheval (2 sèmes)

  Certains chercheurs pensent qu’on pourrait trouver un nombre limité de sèmes qui suffiraient pour définir/décrire tous les mots (ou plutôt monèmes). Anne Hénault reprend notamment l’exemple bien connu du champ lexical de « siège » mis en évidence par B. Pottier :

Soit le signifié « chaise ». On constate que la définition correcte de ce signifié repose sur un certain nombre de traits communs à toutes les chaises. En d’autres termes, sur un certain nombre de sèmes. On appellera « sémème » le groupe de sèmes qui définit un signifié.

 

 

S1

S2

S3

S4

S5

S6

chaise

+

+

+

_

+

+

fauteuil

+

+

+

+

+

+

tabouret

-

+

+

-

+

+

canapé

+

-

+

+

+

+

pouf

-

+

+

-

-

+

 

S1 : avec dossier                     S2 : pour une personne                        S3 : pour s’asseoir

S4 : avec bras                          S5 : avec matériau rigide                      S6 : sur pied

  On remarquera qu’il y a un certain nombre de sèmes communs à tous les signifiés (S3 et S6). Ce sémème d’une plus grande généralité reçoit le nom d’  « archisémème ». On peut par ailleurs remarquer que dans l’exemple développé, un mot correspond à cet archisémème ; c’est le mot « siège » (S3+S6).

 

2. Classèmes et isotopies  

début analyse sémique * sommaire & édito 138

Les classèmes sont définis comme des sèmes contextuels.

On appelle « isotopie » la résultante de la répétition d’éléments de signification de même catégorie.

Exemple :

« Le chat griffe ».

/griffe/ implique                                 sujet

                                                           singulier

                                                           animé

                                                           animal ou humain

Ici, le sujet animal « chat » sélectionne la première possibilité.

On conclura donc à la présence de l’isotopie /animalité/ dans cet exemple (du fait de la présence du classème /animalité/)

 

3. Un exemple d’analyse de texte fondé sur la notion d’isotopie.

début analyse sémique * sommaire & édito 138 

Parmi les textes analysés par Anne Hénaut, j’ai choisi celui de La Bruyère pour son exemplarité.  

L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une  face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu’ils ont semé.

  Les Caractères, XI : De l’homme, fragment 128. La Bruyère.

 

A première lecture, on pourrait ramener le texte à : « Des animaux ? Non, des hommes ».  Il y a là un jeu évident sur les deux isotopies /animalité/ et humanité/.

  a. On peut d’abord proposer aux élèves de relever les termes indiquant que La Bruyère décrit des animaux (ou, autrement dit: quels sont les termes porteurs du classème /animalité/ ?).

 

Dans un premier temps, les élèves repèreront facilement les mots suivants :

animaux, mâles, femelles, tanière

En insistant, on leur demande quelles autres expressions pourraient aussi s’appliquer à des animaux. On relève :

- attachés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent

- se retirent la nuit

- vivent d’eau et de racines

 

De la première série, on dira que le classème /animalité/ est « non équivoque » (termes ne s’appliquant qu’à des animaux), de la deuxième série qu’il est « équivoque » (termes faisant plutôt penser à des animaux).

 

b. Dans un deuxième temps, on demande aux élèves de relever les termes contredisant ceux relevés en a., c’est-à-dire décrivant ces mêmes « animaux » comme des hommes (ou, autrement dit : quels sont les termes porteurs du classème /humanité/ ?).

Ici aussi, on travaillera la distinction « non équivoque » vs « équivoque » et on obtiendra la liste suivante :

 

Termes non équivoques                                   Termes équivoques

- livides                                                          - farouches

- tout brûlés du soleil                                     - opiniâtreté invincible

- voix articulée                                              - comme une voix articulée

- pieds                                                            - face

- face humaine

- hommes

- pain noir

- autres hommes

- semer, labourer, recueillir

- pain qu’ils ont semé

 

On conclura donc à la présence dans ce texte de deux isotopies successives :/animalité/ et /humanité/. Plus précisément, on fera constater que l’isotopie /animalité/ est progressivement refusée par une sélection graduelle de termes porteurs du classème /humanité/, termes équivoques d’abord, termes univoques ensuite.

Ainsi se trouve confirmée (« démontrée » aussi en quelque sorte) notre perception de départ d’un texte conduisant d’abord le lecteur vers une fausse piste (« des animaux ? ») pour l’orienter ensuite vers la révélation de la vérité (« non, des hommes »).

 

c. On ne manquera pas enfin de relever l’isotopie  /misère/ :

-         «ils vivent de pain noir, d’eau et de racines » (= nourriture misérable)

-         - « tanières » pour maison (= habitat misérable)

-         « méritent de ne pas manquer de ce pain » : implique qu’il leur arrive de manquer totalement de pain (selon le principe qu ‘il n’y a pas d’affirmation non nécessaire).

 

Il peut être utile de présenter aux élèves (ou de leur faire réaliser) une présentation du texte qui permette de visualiser les isotopies relevées.

 

L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes. Ils se retirent la nuit dans des tanières, où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé.

 

/animalité non équivoque/ : caractères gras

/animalité équivoque/ : caractères soulignés

/humanité non équivoque/ : caractères petites majuscules

/humanité équivoque/ : petites majuscules + encadré

/misère/ : souligné en pointillés

 


4. Retour sur « Tabagie » de R. Rosi.

début analyse sémique * sommaire & édito 138

Dans mon article (mars 2008) sur les champs lexicaux, je m’essayais à analyser ce poème du jeune auteur belge. L’analyse sémique peut nous aider ajouter un nouvel éclairage.

Tabagie, extrait de Approximativement   (éd. Le Fram, 2001)

 

 

Par exemple, il apparaît vite à la lecture que le texte fonctionne un peu comme le zoom d’une caméra ne nous donnant à voir que des gros plans. Ainsi, la future ex-fumeuse (nous imaginons une femme à cause du v. 6) est-elle surtout désignée par quelques parties de son corps. Ce qui nous amène à relever la présence de l’isotopie « partie » (classèmes /partie/ vs /tout/) :

-         index

-         majeur

-         main

-         bras

-         doigts

Ce sont ces doigts, cette main qui deviennent le véritable acteur du texte. On le voit aussi à travers quelques actions ou caractéristiques qu’on attendrait plutôt de la personne prise dans son intégralité :

-         doigts vertueusement vides

-         fuiront

-         il leur faudra feindre l’indifférence

-         prétextant

 

A noter aussi que la scène de la fête des 4° et 5° strophes n’est donnée à voir qu’à travers des « parties » : reliefs de repas (fanes de radis, miette de chips), pieds de verres, qui composent le sourire témoignant du bonheur de cette fête.

 

 

Tabagie

Lorsque tu me diras "J'arrête de fumer"

et qu'il n'y aura plus entre index et majeur

de ta main presque encore adolescente d'heur

eux bâtonnet de mort âcrement parfumée

 

qui en se consumant brûle l'air de ta vie

et orne tes bras de bleus bracelets fantômes,

alors je me dirai que le dernier arôme

de l'insouciance appartient, que tu le nies

 

ou non, au passé. Tes doigts vertueusement

vides désormais fuiront tous ces chers cylindres

nuisant à la santé. Or il leur faudra feindre

l'indifférence pour résister à l'aimant

 

de l'envie, prétextant je ne sais quoi au fond

d'une poche dès que le bruit du cellophane

se fera entendre autour d'une table où fanes

de radis et miettes de chips traceront

 

entre les pieds des verres le sourire d'une fête:

et nos feues tabagies ne seront plus très vite

qu'un souvenir de l'âge où la mort, comme un mythe,

fit doucement tousser le sourire d'une fête.

   

5. Conclusion

L’analyse sémique est un exercice difficile, et pour ma part je la réserverais aux classes les plus avancées. Pour l’avoir déjà expérimenté, je peux cependant dire que l’exemple de La Bruyère passe plutôt bien.

  début analyse sémique * sommaire & édito 138

Autres articles de Marc Devresse parus dans LMDP:

* Des mots qui (se) font signe: utiliser la notion de champ lexical, 3e degré Former des lecteurs experts, attentifs aux choix lexicaux http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/132.0803.html#poids 

* Un scénario pour maîtriser l'accord du participe passé, de la 1re à la 6e http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/124.0603.html#Marc 

* Pour un autoportrait * Travailler l’expression personnelle * Une proposition d’écriture à dimension poétique http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/135.0812.html#autoportrait 

* De l'écrivain en classe à Wikipedia, http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/130.0709.html#classe  

 

 

 

Lecteur en liberté « A l’encontre du lecteur passif »  

André MIGUEL, L’oiseau vespasien (éd. Le Cri, 1961)

Philippe MATHIEU – 3ème rénovée 

   André Miguel: voir  http://www.maisondelapoesie.com/index.php?page=adorer-albertine---andre-miguel

A. Préambule :

 

    Beaucoup d’élèves sont d’un premier abord réticents à la lecture spontanée. Ils lisent souvent ce qui leur est imposé. Par l’exercice suivant, j’ai essayé de leur montrer qu’il était  totalement possible de pénétrer un texte apparemment revêche pour le commun des lecteurs.

    Les élèves se doivent d’être acteurs du sens qu’ils peuvent donner à un extrait ou à un texte entier. Il ne faut pas qu’ils soient les simples spectateurs de leur lecture.

    L’extrait proposé a pour but d’être investigué, d’être déclencheur de sens. Les mots qui le composent ouvrent à l’élève une pluralité de termes imbriqués. Ai-je vraiment saisi le sens du texte ? Ai-je les mêmes réponses que mes condisciples ? Cela n’a pas une importance vitale, puisque j’ai donné mon sens au texte en l’appuyant sur mon investigation.

 

B. Extrait d’André MIGUEL : « L’oiseau vespasien » :  

    {…} Toutes les sorofleurs prirent une embellaison prodilégante  et pétalisoeillèrent d’une miraflore pantaltétique si extraordinaire et corymbombellifèrent d’une manière si involucristille et si étaminopistille que nous poussâmes des oh, des hi, des himinces, des haaaa exaltilares , des merveilîiiiiéééé, des excentricochouettes, des vivapanpimpanpans, des hurrarahrahs, des turlupifolages, des pâmoisurlesques avec éclats de bruitanasardes et de pouffomériques… C’était drôloumourire et du plus haut désosapil… Oui, c’était tout à fait dans le gingenre à l’esclafonbécile… soûlataratatouf… trempleuve de paniquéjoie… Vous voyez le climatafol… que c’étérire … vous voyez… vous vidisoyez un peu… ce que ça plouvions nicanon et nocard, vous voyez le brimarcane, vous voyez… rigolinbinette que ça floufrusait de partout…  

 

C. Premières impressions :

  A la suite d’une première lecture ardue, ce texte apparaît incompréhensible même pour des lecteurs avertis.

     D’autres lectures à haute voix sont nécessaires pour deux raisons principales :

-        faire lire à haute voix par des élèves qui lisent régulièrement permet aux lecteurs moins assidus de s’assurer que la difficulté est identique pour tous.

-        elles permettent de créer une dynamique basée sur le rire : on rit de sa lecture, cela rend celle-ci moins pénible.

      Le premier devoir de l’enseignant est d’enlever au texte ce côté déstabilisant, c’est-à-dire rendre plus simple ce qui est compliqué. Pour cela, l’élève-lecteur devra accepter d’être acteur du sens du texte.

      La difficulté vient également du fait que les mots créés par l’auteur apparaissent très (trop) nombreux.

 

 D. Combien de mots créés par André MIGUEL ?  

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      {…} Toutes les sorofleurs prirent une embellaison prodilégante  et pétalisoeillèrent d’une  miraflore pantaltétique si extraordinaire et corymbombellifèrent d’une manière si involucristille et si étaminopistille que nous poussâmes des oh, des hi, des himinces, des haaaa exaltilares, des merveilîiiiiéééé, des excentricochouettes, des vivapanpimpanpans, des hurrarahrahs, des turlupifolages, des pâmoisurlesques avec éclats de bruitanasardes et de pouffomériques… C’était drôloumourire et du plus haut désosapil… Oui, c’était tout à fait dans le gingenre à l’esclafonbécilesoûlataratatouftrempleuve de paniquéjoie… Vous voyez le climatafol… que c’étérire … vous voyez… vous vidisoyez un peu… ce que ça plouvions nicanon et nocard, vous voyez le brimarcane, vous voyez… rigolinbinette que ça floufrusait de partout… 

 

    Le texte en lui-même compte presque 110 mots, si l’on subdivise au maximum. Pourtant, les termes créés, mis en rouge afin de les visualiser, ne sont qu’au nombre de 35 ; donc, ils ne constituent qu’approximativement 32% de la totalité textuelle.

    L’impression de domination de ces termes surréalistes sur l’ensemble  est bien sûr visible. Elle est renforcée par la longueur de ces mots ; les termes usuels sont plus courts.

 

 

E. Est-ce aussi incompréhensible que cela ne paraît ?

 

    Proposons aux élèves qui n’aiment pas vivre sur la défensive vis-à-vis d’un texte de les rassurer. Partons de leurs connaissances ; ne gardons de l’extrait proposé que le vocabulaire connu. Cela risque de donner ceci :

 

   {…} Toutes les prirent une   et d’une … si extraordinaire et  d’une manière si et  si que nous poussâmes des oh, des hi, des , des haaaa , des , des , des , des, des , des avec éclats de et de … C’était et du plus haut … Oui, c’était tout à fait dans le à l’ de … Vous voyez le … que c’… vous voyez… vous   un peu … ce que ça et , vous voyez le , vous voyez… que ça de partout …

 

    Il faut savoir que les points de suspension noirs (…) font partie intégrante du texte et ceux en rouge () remplacent les termes créés par André MIGUEL.

   

    On peut remarquer que l’auteur, s’il a pris de larges libertés lexicales, a respecté la logique de construction grammaticale des phrases.

    Un exercice possible serait de demander aux élèves de combler les pointillés rouges pourarriver à un texte totalement compréhensible qui tiendrait la route morphologiquement. Ce petit travail d’observation et de création (en restant dans le carcan du connu) permet de sécuriser les moins audacieux. D’autres, plus aventuriers, pourront déjà faire montre de leur    côté inventif.

  début "lecteur en liberté" * sommaire & édito 138

 

F. Partons à l’assaut de l’imbroglio lexical :

 

    A cette étape de la recherche, il est parfois indispensable que l’enseignant montre la voie à suivre. Il est aussi important de signaler que tous les termes créés par MIGUEL ne doivent pas absolument être expliqués ; certains élèves vont être à l’aise pour lever une vingtaine de difficultés.

    Vont apparaître à ce niveau des interprétations de mots diverses suivant les élèves. Je pense qu’il ne faut en réfuter catégoriquement aucune, tout en sachant que quelques-unes vont se révéler plus appropriées au fur et à mesure des propositions émises.

    Donnons à chaque « néologisme » (j’ai plutôt l’impression que les mots de MIGUEL n’ont pas la prétention de chercher la gloire du dictionnaire ; le lecteur doit les déguster sur le temps de la lecture ou de l’analyse) le sens qui nous vient à l’esprit.

   

1)     Un exemple de cheminement  suivant les propositions :

-        sorofleurs : sœur / fleur

-        embellaison : embellie / saison-floraison

-        prodilégante : prodige-prodigieux / élégant

-        pétalisoeillèrent : pétale / œillet-œil (voir)

-        miraflore : miracle-mirage / flore

-        corymbombellifèrent : corymbe (botanique) / belle / proliférer

-        involucristille : involontaire / cristille (alcool à base de 60 plantes)

-        étaminopistille : étamine / pistil

-        exaltilares : exalter-exaltant / hilare

-        merveilîiiiiéééé : merveille-merveilleux-émerveiller

-        excentricochouettes : excentrique / chouette

-        vivapanpimpanpans : vie-vivace / onomatopées (bruits)

-        turlupifolages : turlupiner (faire une basse plaisanterie-tracasser)  / fou-folie-volage

-        pâmoisurlesques : se pâmer-pâmoison / burlesque

-        bruitanasardes : bruit-bruitage / nez

-        pouffomériques : pouffer (de rire) / homérique (légendaire)

-        drôlomourire : drôle / à mourir

-        gingenre : gingembre / genre

-        esclafonbécile : s’esclaffer / imbécile

-        paniquéjoie : panique / joie

-        climatafol : climat / fol-fou-folie

-        c’étérire : et ceteri / rire ; c’était rire

 

2)     Regroupons les sens possibles de ces termes :

Si nous recourons aux champs lexicaux, nous pouvons en créer deux :

-        un aurait trait à la végétation ;

-        l’autre relève de la joie : bruit, la folie, le rire avec ses exagérations.

 

3)     Tentons une interprétation :

L’auteur, à sa manière très déstabilisante, nous entretient de l’arrivée du printemps accompagnée de la floraison (éclat des couleurs), de ses bruits, de sa joie, de ses excès.

Il semble saoulé par cette renaissance de la nature ; il est tellement enivré, subjugué qu’il assemble des mots inachevés pour en créer d’autres, à la limite de l’incompréhensible.

 

 

G. Un prolongement à cette activité :  

début "lecteur en liberté" * sommaire & édito 138

 

     D’abord méfiants, la plupart se prennent au jeu et veulent imiter à leur niveau André MIGUEL.

     Pour répondre à leur attente, il est loisible de proposer des textes à trous en évitant les exemples qui sont soit trop simples, soit trop orientés (champ lexical évident). Personnellement, je privilégie des extraits retirés de la poésie en prose (Prévert).

     On peut aussi leur enlever le carcan des mots pré-placés en leur imposant seulement un thème (les autres saisons – la ville – la différence de couleurs - …) et un nombre de termes à inventer et à savoir expliquer.

   

 

H. Qu’en retirer ?

 

     Il est surprenant de constater que les exercices d’écriture (expliqués au point G) révèlent  des talents chez les élèves souvent catalogués « faibles » en français.

     A quoi est-ce dû ? Sans avoir une réponse ferme et absolue, j’ai remarqué que ces exercices, où les normes orthographiques pouvaient être égratignées, permettaient à certains de laisser libre cours à l’imagination pure. Pour d’autres, catalogués plus forts, l’absence de  contraintes fortes a perturbé leur acte d’écriture ; leurs créations étaient fort « scolaires ».

 

     Chez les élèves d’option artistique, ce genre d’activités peut être perçu en concertation avec le professeur de cette option pour qu’il intègre dans son cours la notion de surréalisme.

     L’interdisciplinarité prend alors tout son sens.      

début "lecteur en liberté" * sommaire & édito 138

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