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SOMMAIRE 

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Numéro 118, septembre 2004 

 
Copie autorisée pour usage   pédagogique non lucratif et avec mention de la source  

Au sommaire: 
Marguerite Yourcenar, Une femme "unis vers elle" - 2e & 3e degrés * Ci-dessous
Regards croisés sur le coquelicot: le peintre, le poète, la chanson populaire - 1er et 2e degrés * Ouvrir
Classes hors-les-murs: flagrants délits d'évasion! - 1er degré * Ouvrir

Rappel: En Belgique - Scolarité obligatoire de six à dix-huit ans.
            Primaire, 6 années. * Secondaire, 6 années comptées de 1 à 6, réparties en 3 degrés de 2 années chacun.

 

Marguerite Yourcenar, Une femme Unis vers elle

Professeurs, élèves et... beaucoup d'autres, complices d'un même projet

Récit de Cécile Jancart, IND, Bertrix - 2e et 3e degrés

 

Annexes de l'article: 
notes de lecture sur M. Yourcenar
* bibliographie * spectacle

* questions pour un travail de groupe  

* Michèle Goslar au Centre culturel de Bertrix

 

Origine du projet

 

L’année 2003 célébra le centenaire de la naissance de Marguerite Yourcenar. En juin 2003, Jeannine Dumont, bibliothécaire à Bertrix, me parla du projet de mettre à l’honneur l’auteure en invitant Madame Michèle Goslar, directrice du CIDMY et biographe de Marguerite Yourcenar, à venir parler de l’écrivaine dans le cadre de la Fureur de lire en octobre. Jeannine Dumont me demanda de préparer les élèves à cette rencontre.

CIDMY:  Centre International de Documentation. Marguerite Yourcenar
65 rue des Tanneurs, 1000 Bruxelles, Belgique. http://users.skynet.be/yourcenar/ 

Panique à bord ! Yourcenar, ce n’est pas l’auteur de mes livres de chevet ; plutôt un bon somnifère! Jusqu’ici, je n’avais lu qu’un seul de ses romans : Le coup de grâce , que je fais parfois lire à mes élèves dans le cadre du cours sur la littérature européenne en tant qu’auteur français. Roman assez facile et qui envisage un des thèmes récurrents de l’auteure, celui de l’homosexualité.

A mon avis, Jeannine a eu peur que je m’ennuie pendant les deux longs mois de vacances ! Grâce à elle, Marguerite m’a accompagnée partout et ne m’a plus lâchée d’une semelle ! J’ai donc lu et découvert une écrivaine qui petit à petit m’a séduite. J’ai commencé par lire plusieurs de ses romans et ensuite, je me suis attachée à en découvrir la personnalité à travers des biographies et des essais.

Sensibilisation des élèves à l’auteure

Dès juin, bien sûr, j’ai relayé la demande de Jeannine Dumont auprès de mes collègues et nous avons décidé de sensibiliser tous les élèves du cycle supérieur à l’écrivaine. Les élèves du Général en 5e et en 6e et les élèves de 4e technique rencontreront Madame Michèle Goslar. 

Magali Adam, ma collègue, qui a presque toutes les classes (Je n’ai qu’une classe de 6e) a demandé aux 4e du Général de lire Les nouvelles orientales  puis, en classe, ils ont comparé une des nouvelles Comment Wang-Fô fut sauvé avec la même nouvelle écrite par Marguerite Yourcenar mais pour un public de jeunes. (Edition cadet). Recherche au niveau des thèmes et du vocabulaire. 
Les 5e ont eu le choix entre  Le coup de grâce  ou  Alexis ou le traité du vain combat, dont les élèves ont rédigé une critique littéraire. Voir deux travaux d'élèves: Benjamin Pajot et Maud Piquard - Ouvrir

Il s'agit ici d'un des genres d'écrit recommandés par les programmes [belges] du 3e degré. Ceux-ci sont téléchargeables sur: http://www.restode.cfwb.be/download/programmes/60-2000-240.pdf  (ens. officiel Communauté française de Belgique) 
Secteur français ens. catholique Cté fse de Belgique: cliquer sur 'programmes').


Christian Kellen, professeur de français en 4e Technique de qualification, a fait lire à ses élèves Une belle matinée : beau petit roman qui envisage le monde du Théâtre. Le professeur a fait référence à la pièce évoquée dans le roman :  Comme il vous plaira  de Shakespeare  et a étudié le vocabulaire relatif au théâtre. Il aurait voulu mettre en scène des parties du roman mais cette initiative aurait pris trop de temps au détriment d’autres nécessités. 

Les 6e ont lu Les yeux ouverts de Matthieu Galey, entretiens avec M. Yourcenar. Synthèse des réponses: ouvrir

Immersion dans l’univers de Marguerite Yourcenar

 

1° En septembre, les élèves de 6e devaient donc lire le livre  Les yeux ouverts  de Matthieu Galey et rédiger un commentaire. (Correction des commentaires sous forme de plan, reprenant les différentes idées des élèves. But de cette correction : montrer aux élèves que l’on peut entrer dans un ouvrage par des portes différentes et permettre à des élèves plus faibles de mieux comprendre le sens du commentaire, exercice difficile car tendance fréquente à la paraphrase. )

2° En même temps, diffusion de deux cassettes vidéo pour connaître la vie et l’œuvre de l’auteure. Exercice demandé : prise de notes et sa mise en commun en fin de cours sous forme de synthèse orale. (2 périodes de cours sans interruption)
L’île du Mont Désert.
Chez Marguerite Yourcenar. Par Philippe Dasnoy. Réalisation : J. Antoine, 1975. (40 minutes)
Marguerite Yourcenar.
Scénario de R. Michelens. Réalisation : J. Raynaud Produit par la RTBF en 1988 (20 minutes)
(ces documents peuvent être obtenus au CIDMY au prix de 15 euros. )
Un siècle d’écrivains : Marguerite Yourcenar
. Présenté par Bernard. Rapp, France 3, 1995. ( pas vu en classe)

Les élèves de 5e ont aussi visionné les deux cassettes a et b .
retour début de l'article

 

Analyse de l’œuvre de Marguerite Yourcenar (10 périodes de cours)

 

Travail de groupe :

Elaboration par Magali Adam et moi-même de 7 questions à propos des principaux romans de l’auteure avec des extraits significatifs  
Objectif:
Approche de Marguerite Yourcenar

 

 Questions pour le travail de groupe  

Les références des livres sont relevées dans l’édition Folio

 

Groupe 1. Etudier dans les extraits suivants le caractère marginal d’Alexis. Montrer que l’écriture de M. Yourcenar contribue à faire transparaître ce caractère marginal. 
Extrait 1 : « Alexis » : dire la vérité  sans la nommer (PP. 32 à 35)
Extrait 2. « Alexis » : confession (PP. 58 à 61)
Extrait 3 « Alexis » : résistance au vice (PP. 76 à 79)
Extrait 5 « Alexis » : les mains (PP. 120 à 121)
 

Groupe 2. Etudier la personnalité du personnage de Sophie et les actes d’un être amoureux. Donner quelques renseignements sur le contexte historique. 
Extrait b : « Coup de grâce » : préface
Extrait 6 : « Coup de grâce » : amour de Sophie (PP. 168 à 171)

Extrait 7 : « Coup de grâce » : mort de Sophie (PP. 246 à 247)

 Groupe 3. Analyser la vision du corps et de ses désordres. Relever des procédés d’écriture caractéristiques de l’écrivain.
Extrait F. « L’œuvre au noir » : désirs (pp. 223à 226)
Extrait E : « Alexis » : début et extraits
Extrait 8. et Extrait 8’: « Anna soror… » : découverte de l’amour incestueux entre les deux enfants et refus de le vivre. (PP. 52 à 59)

 Groupe 4. Montrer que M. Yourcenar sait abolir les limites du temps. Relever l’importance des références culturelles dans l’œuvre de M. Yourcenar.
Extrait C : « Rendre à césar » : préface
Extrait D. « L’œuvre au noir » : révolte face aux autorités (PP. 250 à 264
Extrait 10 : « Mémoires d’Hadrien » : mort d’Antinoüs (PP. 219 à 221)
Extrait 11 : « Mémoires d’Hadrien » : sensualité, bonheur (PP. 178 à 181)
Extrait 13 : « Mémoires d’Hadrien » : lois (PP. 126 à 129)

Groupe 5. Analyser la personnalité de Nathanaël et les liens qui relient l’homme à   la nature
Extrait 15 : « Un homme obscur » : Nathanaël face aux évènements (PP. 92 à 95)
Extrait 16 : « Un homme obscur » : l’île de Plaisance (les indiens) (PP. 20 à 21 ; 32 à 33)
Extrait 17 : « Un homme obscur » : l’île de Plaisance (écologie)( PP. 150 à 153)
Extrait 18 : « Un homme obscur » : mort de Nathanaël (PP. 172 à 175)
Extrait 19 : « Un homme obscur » : bonté de Nathanaël ( PP. 58 ; 163 à 165)

 Groupe 6. Analyser la vision de la mort chez M. Yourcenar et le thème du plaisir lié à la mort.
Extrait A. « L’œuvre au noir » : dégoût de la mort  (PP. 80 à 98) 
Extrait 20 et 20’: « L’œuvre au noir » : mort de Zénon et mort en général (PP. 439 à 443 ; 152 à 154)

Extrait 21 : « L’œuvre au noir » : magie (376 à 379)
Extrait 22 : « l’œuvre au noir » : punition des plaisirs de la chair (PP. 294 à 295)

Groupe 7.  Quelle est l’image de la femme véhiculée par M. Yourcenar dans ces extraits ? Relever quelques remarques à propos de son écriture.
Extrait 4. « Alexis » : Monique (PP. 94 à 95 ; 104 à 105)
Extrait 9 « Anna soror » : Valentine (PP. 10 à 13)
Extrait 14 : « mémoires d’Hadrien » : Plotine (PP 186 à 187) 
Extrait 22 : « l’œuvre au noir » : la dame de Frösö (PP.229)

Réalisation du travail de groupes par les élèves (4 périodes). 
Rédaction d’une synthèse pour les autres élèves.
Présentation des travaux aux autres élèves (6 périodes).
A l'occasion de cet échange, sont données quelques informations supplémentaires concernant l’univers de Marguerite Yourcenar. (A partir de mes notes personnelles)
retour début de l'article

 

Rencontre avec Madame Goslar

Le vendredi 17 octobre, dans le cadre de « La fureur de lire », rencontre avec Madame Goslar en présence des élèves de l’IND et des élèves de l’Athénée de Bertrix. Présentation de l’auteure puis questions- réponses. Travail demandé : un compte rendu de la rencontre. Compte-rendu de Delphine Nannan.

 

Prolongement de la rencontre avec Madame Goslar

Le même jour, au soir, Madame Goslar rencontre les Bertrigeois dans le cadre d’un  « Bouillon de culture ». Elle présente Marguerite Yourcenar et ses œuvres. Frustration de certaines personnes de n’avoir pas entendu la lecture de textes de cette auteure, peu connu , il faut bien le reconnaître, du grand public. D’où en discutant avec Jeannine Dumont, l’idée de prolonger la rencontre avec Marguerite Yourcenar, par un spectacle qui serait mis en place par les élèves de complément de français de 6ème année. Spectacle qui serait basé sur des lectures publiques, de la danse, du théâtre, du chant… Essayer de cerner l’univers particulier de cette auteure par des expressions différentes. Bref du stress en perspective pour le professeur ! Etant donné que l’image véhiculée par l’écrivaine est souvent celle d’une femme austère et érudite, j’ai voulu montrer qu’elle était aussi une femme très sensuelle et donc j’ai surtout recherché des extraits de romans et de pièces de théâtre qui mettaient en lumière sa très grande sensualité ainsi que les thèmes universels qu’elle envisage. D’où le titre du spectacle. Marguerite Yourcenar : une femme « Unis Vers Elle ». Les élèves acceptent de relever ce défi (toujours « peu facile » le défi !) ! J’ai la chance d’avoir des élèves motivés et qui font confiance à leur professeur. Car la crainte de mes élèves tout au long de la préparation fut celle de ne pas intéresser le public !!

 

Travail écrit

En complément de français, le cours est basé essentiellement sur de l’oral, mais je demande quand même un travail écrit annuel. En 5e , il s’agit de faire une critique littéraire et de réaliser l’interview d’un comédien d’une pièce de théâtre qui se joue à Bertrix. Je rassemble tous les textes sous forme de syllabus et j’en donne un exemplaire au directeur du centre culturel qui est content d’avoir ainsi une trace des spectacles qui se jouent à Bertrix et qui est toujours intéressé par les interviews . Une manière aussi de motiver un peu plus les élèves dans le soin apporté à la rédaction car ils savent qu’ils seront lus au moins par une personne. Ce qui manque dans l’enseignement, c’est de pouvoir réaliser des travaux qui peuvent être lus par quelqu’un d’autre que le prof !!!

Pour les 6e, les autres années, je demande un commentaire à propos d’un livre se rapportant au projet oral. Certaines années, il s’agit de lire un ouvrage d’un metteur en scène sur la conception du théâtre( Peter Brook, Dario Fo , Jean Vilar ; Antonin Artaud….). L’année dernière, puisque le projet portait sur les Juifs, ils ont lu un roman écrit par un auteur juif ou sur les juifs. Cette année, le choix était facile. Les élèves ont lu un roman de Marguerite Yourcenar. Un roman était lu par deux élèves. L’un devait rédiger une critique littéraire ; l’autre un commentaire sur un des aspects du roman. Le travail n’était pas très lourd , je ne voulais pas les « abrutir » avec Marguerite Yourcenar mais je voulais qu’il y ait quand même une réflexion sur une lecture de l’auteure. J’ai motivé la troupe en disant que j’enverrais leurs travaux reliés ,encore une fois sous forme de syllabus, à Madame Goslar. Mission accomplie.

 

Le spectacle... * Plaisir et nécessité de la collaboration

Le spectacle n’aurait pu aboutir sans la contribution et la collaboration de plusieurs personnes. Le soutien dans ce genre de projet est important. Je ne suis pas une professionnelle de théâtre et malgré les différentes formations que j’ai suivies, il est nécessaire d’être entouré et soutenu. Depuis trois ans, nous faisions partie de « L’Ecole en scène », ce qui veut dire que pendant trois ans, j’ai eu la chance inouïe d’avoir des comédiens professionnels à l’école pour encadrer et soutenir les projets théâtraux. C’est pourquoi, bien sûr, nous avions cette année encore envoyé un dossier avec la proposition de ce spectacle . Hélas cette année (restriction de budgets, élections….) 40 écoles furent retenues contre 50 l’année dernière. Grande déception que le projet ne soit pas retenu cette année ! (désir de satisfaire des demandes d’écoles qui voulaient participer pour une première fois, on peut le comprendre). Dommage que les initiatives de la Communauté française soient chaque fois tributaires des élections et des nouveaux ministres. En trois ans d’expérience de « L’Ecole en scène » j’ai connu une belle valse de ministres ! Toutefois grâce à la compréhension de mon Directeur , un comédien est venu une journée, pendant les vacances de Pâques, donner un regard et une touche professionnelle au spectacle que nous avions préparé.

De même, au mois de mars, Madame Goslar était venue se rendre compte de l’avancement du spectacle. Sa présence a motivé la troupe et elle a pu donner de judicieux conseils pour aller plus loin dans le travail. Pendant ce temps, Etienne Bauvir, notre éducateur mais aussi artiste en photographies, faisait des recherches de documents photographiques de l’écrivaine afin de mettre au point l’introduction du spectacle : un diaporama de trois minutes pour introduire Marguerite Yourcenar. N’oublions pas les techniciens du centre culturel car sans effets de lumière, point de féerie ! Quant à Jeannine Dumont, elle fut d’un grand soutien par son enthousiasme vis-à-vis du projet et elle s’occupa de la conception de l’affiche et de la publicité.

Présentation du spectacle le vendredi 30 avril au public et le mardi 4 mai aux élèves du cycle supérieur qui « connaissaient » donc tous un peu l’écrivaine. Et d’après les sondages, les élèves ont vraiment pour la plupart apprécié le spectacle. Mes élèves étaient nerveux et sceptiques car ils avaient peur que les 4e s’ennuient. Ils m’ont dit leur étonnement d’avoir entendu des critiques très positives. Et plusieurs élèves de 4e, qui suivent mon cours d’expression orale, m’ont demandé si je referais ce genre de spectacle en complément de français l’année prochaine car ils aimeraient faire la même chose ! J’étais franchement étonnée d’une telle demande. Bref le spectacle est passé.

 

Méthodologie

Au départ, il n’était pas question de dire le texte mais de le lire. Mais petit à petit, à force de donner le texte avec les mécanismes de base de la Technesthésie (regard, silence, groupes de mots, alternance du rythme…), les élèves se sont détachés de plus en plus du texte. D’autant que lors de sa visite, en mars, Madame Goslar a souligné que l’on pouvait mieux donner un texte, mettre en en évidence certains sentiments en connaissant le texte. Professeur bien ennuyé car je n’aurais pas osé demander cette démarche contraignante, et qui plus est, pour certains extraits fort longs ! Surprise : à ce moment, certains élèves ont dit qu’ils connaissaient leur texte à force de le dire , ce qui a motivé les autres à connaître le leur ! Bref : lors du spectacle, la majorité des textes étaient dits. C’est une belle réussite car la démarche est tout à fait différente : au lieu d’apprendre un texte, la connaissance du texte est venue de l’intérieur, sans effort de mémorisation. L’élève s’est vraiment approprié le texte de Marguerite Yourcenar. Madame Goslar l’a mis en évidence quand elle a vu le spectacle final.

 

Evaluation du projet

A la fin du dernier cours de français, j’ai demandé aux élèves de manière anonyme de m’écrire quelques lignes sur ce qu’ils pensaient de l’ensemble et pour certains du spectacle (tous les élèves de ma classe ne sont pas en complément de français). 
Par exemple, ceci:

La mise en spectacle fait mieux comprendre le texte:
"... des livres un peu durs à comprendre. J'ai bien aimé de connaître un peu mieux l'auteur à travers le spectacle"
"... des textes difficiles, mais mieux compris grâce à leur mise en scène"
"Le jeu m'a permis de ressentir toute la sensibilité et l'amour de Marguerite Yourcenar" 

Connaître l'écrivain, mais aussi son vécu personnel:
"L'étude des textes, la lecture du livre Les yeux ouverts nous ont permis de découvrir l'auteur, mais aussi la femme, de mettre en évidence le lien entre la vie personnelle et l'écrivain"
Enrichissement personnel, connaissance de soi:
"Le spectacle n'était pas des plus faciles, mais le résultat est positif: nous avons acquis une certaine maturité"
"J'ai découvert en moi une sensibilité dont j'ignorais l'existence"


Jeannine Dumont, bibliothécaire de la Bibliothèque publique de Bertrix, a aussi écrit une lettre de remerciement aux élèves et à Etienne Bauvir dans laquelle elle parle de l’appréciation du spectacle par le public de Bertrix. En voici un extrait:
Un tout grand bravo pour la représentation magnifique que vous avez donnée des textes de Marguerite Yourcenar. Par la parole, la danse, la gestuelle, la musique, vous avez merveilleusement contribué à mieux faire connaître cette grande Dame des Lettres, grande Dame d'Esprit et de Coeur. (...)
Je suis heureuse et fière que la Bibliothèque ait participé à cette aventure qui, je l'espère et le pense, restera gravée en vous. (...)

Pour ma part, je ne regrette en rien cette expérience qui m’a permis d’abord de découvrir une écrivaine que je connaissais peu. J’ai eu ensuite la chance de rencontrer et de discuter avec Madame Michèle Goslar, personne très intéressante et « habitée » par Marguerite Yourcenar. Mais surtout ce fut l’occasion vraiment de mieux connaître Jeannine Dumont à travers ce projet qui nous a amenées l’une et l’autre à nous rencontrer plus d’une fois pour parler de l’auteure et mettre au point des éléments pratiques. Nous sommes allées à Bruxelles, le 11 novembre, à l’Académie Royale de Belgique écouter différents spécialistes qui ont présenté dans le cadre du centenaire de la naissance de Marguerite Yourcenar leurs travaux de recherches. Enfin Marguerite Yourcenar est un auteur qui envisage tellement de thèmes existentiels qu’elle fut pour les élèves plus d’une fois au cours de l’année une référence quand nous parlions d’auteurs à travers la littérature du XXe et de la littérature européenne. Et donc je crois qu’elle peut vraiment être une porte d’entrée à la littérature mais aussi donner une possibilité d’ouvrir les élèves à la culture générale tant ses œuvres abordent les thèmes universels depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.
Sur la littérature européenne, voir mon article: http://docpedagfrancais.be/Sitelmdp/ceja.pdf 

 

Marguerite Yourcenar: notes de lecture 

retour début récit / C. Jancart

© Cécile Jancart & Jules Bradfer

Biographie

Vie amoureuse

Oeuvres

Alexis ou le Traité du vain combat

Denier du rêve

Feux

Le coup de Grâce

Mémoires d'Hadrien

L'oeuvre au noir

Un homme obscur

Le labyrinthe du monde

Thèmes

Mort

Amour et sexualité

Ecologie

Temps

Rêve

Religion

Personnages

Ecriture

Sources consultées

         

Repères biographiques

 

Naissance de Marguerite de Crayencour le 8 juin 1903, Avenue Louise à Bruxelles (immeuble détruit).

Sa mère, Fernande de Cartier de Marchienne (1872-1903) est originaire de Suarlée (elle y est enterrée). La mère de Fernande, Mathilde Troye, épouse son cousin Arthur de Cartier. Ce mariage consanguin aura pour conséquence la naissance de deux enfants infirmes. Gaston (simple d’esprit) et Jeanne qui sera infirme. Marguerite reverra plusieurs fois Jeanne.  Fernande épouse à 28 ans Michel de Crayencour qui a 40 ans. Elle est cultivée, elle connaît le latin, apprécie la lecture, fait preuve d’indépendance ce qui est mal vu à l’époque pour une femme. Elle se lie d’amitié avec Jeanne Bricou au collège des Dames du Sacré Cœur de Jette. Mais elle est rappelée   au chevet de son père car la famille n’apprécie pas cette relation suspecte avec une protestante. Cette Jeanne Bricou  qui épousera Conrad de Vietinghoff aura une grande influence sur Marguerite Yourcenar. Fernande est orpheline de mère à 14 mois (elle est la 11°), elle est élevée par une Allemande Marguerite Moehn qui impose aux enfants l’Allemand comme seconde langue maternelle. Marguerite Yourcenar reçoit son prénom en l’honneur de cette gouvernante. Fernande, à 31 ans,  meurt 11 jours après la naissance de sa fille  d’une péritonite et de la fièvre puerpérale.  Marguerite avouera tout au long de sa vie n’avoir pas souffert de la mort de sa mère (or plusieurs personnes dans sa famille sont mortes en couches ou suite à des couches : La grande mère maternelle meurt à 21 ans, la mère de Fernande, Mathilde,  à 40 ans, et Fernande.  La mère du  père de Fernande, Arthur,  meurt 7 jours après la naissance de son fils.)

 

Son père Michel Cleeneweck de Crayencour (1853-1929) est originaire des Flandres françaises). Il n’a guère été aimé par sa mère Noémi. Il a perdu deux sœurs. Personnage très marginal pour l’époque. Il n’aime pas l’école mais les jeux et les voyages. Il est très cultivé. Il désertera deux fois l’armée ce qui l’obligera à quitter un bon moment la France. Il épouse en première noce Berthe Lagrange dont il aura un  fils Michel (il a 13 ans de plus que Marguerite). Ce fils prendra la nationalité belge à 21ans. Berthe  meurt en 1899 suite à une légère intervention chirurgicale. Il épouse ensuite Fernande, mal accueillie par le fils qui reproche à son père de s’être remarié rapidement et par Noémi.  

1903-1910 :

Marguerite et son père vivent dans leur propriété « Le Mont Noir » au nord de la France. Marguerite Yourcenar est élevée parmi des adultes. Peu de contact pour cette petite fille aristocrate avec les gens du village. C’est son père qui lui enseigne la lecture, le latin et le grec. Il a l’âge d’être un grand -père plus que d’un père et il sera dès lors fort indulgent et disponible pour Marguerite Yourcenar. Il aura une grande ouverture d’esprit dans l’éducation de sa fille. Elle a aussi beaucoup de contact avec la nature « Le sacré était du côté de la forêt, des bois du Mont Noir plus que de l’église Saint Jans » (Goslar). Ils partagent leur temps entre le Mont Noir, Paris, Bruxelles et la côte belge. Il lui donne le goût du voyage et du nomadisme « On n’est bien qu’ailleurs » dira-t-il souvent.

Sa gouvernante, Barbe Aerts, restera avec elle jusqu’à 7 ans. Elle sera renvoyée en 1911 sans que Marguerite soit avertie et ce sera un premier grand choc affectif pour elle car elle aimait tendrement cette personne. Le château est vendu en 1912. Il sera détruit pendant la guerre.

 

1912-1922 :

Marguerite Yourcenar vit à Paris où elle découvre les musées, la lecture et le latin. Elle a 9 ans. 1914 la guerre éclate et Marguerite et son père partent un an en Angleterre où elle peut découvrir de nouveaux champs culturels. C’est là qu’elle verra pour la première fois une statue d’Hadrien, âgé de 40 ans, repêchée dans la Tamise au XIX° siècle. Découvre les premiers émois amoureux avec un cousin et les premières sensations homosexuelles. En 1915 retour à Paris. Sa culture est déjà grande, a lu à 12 ans de nombreux auteurs français et latins. Découvre Phèdre à 8 ans ! Commence alors les voyages avec son père au sud de la France. Elle passe une partie du bac à 16 ans à Aix-Marseille en 1919. Elle prend alors un pseudonyme car elle commence déjà à écrire. Elle compose l’anagramme de son nom.  Crayencour devient Yourcenar. Ce désir de changer de nom vient du fait qu’elle veut couper les ponts avec sa famille belge et notamment avec son demi-frère Michel.

 

1922-1929:

Voyages en Italie où elle assiste à la montée du fascisme. « Denier du rêve » en est inspiré. Elle visite pour la première fois la villa d’Hadrien. Première rencontre amoureuse avec un homosexuel, Alexis de Géra, rencontré à Antibes. Le père de Marguerite épouse en troisième noce, Christine Brown-Hovelt, en 1926, il a 73 ans. Il décède en 1929. Marguerite a 25 ans et vient de publier son premier roman « Alexis ou le vain combat »  que son père a lu et trouvé limpide.  

1929-1937 :

Début de sa carrière littéraire. Voyage en Belgique, en Suisse. Fait une recherche sur Jeanne qu’elle a perdu de vue. Jeanne et son mari Egon deviendront des personnages de romans qui révèleront le plus une partie d’elle-même.
retour récit / C. Jancart * retour début notes de lectures

 Marguerite Yourcenar rencontre en 1931 André Fraigneau, lecteur chez Grasset. Il a 25 ans, elle 27. Elle tombe amoureuse de cet homme qui est homosexuel. Ce sera son premier grand chagrin d’amour pour un homme. Elle part en Grèce avec Andréas Embiricos, un grec, qui lui fait découvrir les richesses de la Grèce et oublier un peu André Fraigneau.

 

1938-1939 :

Marguerite Yourcenar rencontre Grace Frick en 1937. Rapidement et sans vraiment la connaître elle accepte de faire un voyage avec elle. Commence alors une longue amitié. Puis retour de Grace Frick aux Etats Unis où Marguerite Yourcenar devrait la rejoindre plus tard. 

Séjour à Capri où Marguerite Yourcenar écrit « Coup de grâce » qui clôturera la première partie de sa vie.

1939, la guerre est éclate. Marguerite Yourcenar décide de partir pour les Etats-Unis. Elle a 36 ans et ne reviendra en Europe que 12 ans plus tard.

 

1939-1971 :

Grace et Marguerite s’installent en 1942  aux Monts Déserts et elles achètent  en 1950  une petite maison de bois « Petite Plaisance ». (Samuel de Champlain découvre en 1604 un paysage de « Sept ou  huit montagnes dont les sommets sont pour la plupart nus » il l’appela « L’île des Monts-Déserts ». L’île deviendra américaine en 1783 à la signature du traité de Versailles. C’est un ancien territoire d’été des indiens Abenakis et Passamaquodolys.)

En 1947 Marguerite prend la nationalité américaine et officialise son nom d’écrivain mettant fin à la partie d’elle-même Marguerite de Crayencour.

 

Au début Marguerite Yourcenar abandonne toute ambition littéraire.  L’horreur de la guerre 40-45 l’a beaucoup touchée. L’Europe est muette et dévastée. Son pessimisme sur l’avenir humain date de cette fracture là. Il faut attendre 1949 pour qu’elle se remette à écrire. C’est en recevant une malle avec des souvenirs qu’elle redécouvre des notes anciennes et notamment un début des « Mémoires d’Hadrien ». Il sera publié en 1951.

 

1951 premier retour à Paris. Début d’une longue série d’aller-retour entre les Etats-unis et l’Europe qu’elle visite en donnant des conférences pour payer ses voyages. Elle donne aussi des cours aux Etats-Unis car son héritage ne suffit plus pour vivre. En 1955 lors d’un retour en Belgique, Marguerite Yourcenar va sur la tombe de sa mère à Suarlée.

Marguerite Yourcenar commence à écrire « L’œuvre au noir » et des articles de sensibilisation contre les massacres d’animaux et contre le port des fourrures. Pour Marguerite Yourcenar, le crime contre la bête prépare celui contre l’homme (ulcérée devant les meurtres des camps de concentration.).

 

Elle écrit  « Denier de rêve », attentat contre Mussolini le 8 avril 1926 par l’Irlandaise Violet Albina Gibson. Mussolini sortait de l’inauguration d’un congrès de chirurgie. Il fut sauvé de justesse, le projectile qui visait la tempe ne toucha que le nez.  

1958 Grace apprend qu’elle a un cancer du sein (mourra en 1978).

1968 parution de « L’œuvre au noir »  chez Gallimard qui remporte à l’unanimité le prix Fémina. Zénon, le héros, refuse un monde de consommation. L’œuvre qui est publiée pendant les évènements de mai 68 est un succès car répond aux questions d’actualité. Les jeunes de mai 68 voient que tout s’effondre autour d’eux mais ils ne sentent pas encore que c’est la condition humaine elle-même qui est en cause.retour récit / C. Jancart * retour début notes de lectures

 

1979-1987 :

Mort de Grace Frick en 1978 après dix ans de souffrance. Marguerite Yourcenar est restée cloîtrée  pendant ce temps pour la soigner.

Entre à l’académie belge en 1979.

Entre à l’Académie française en 1981. Elle est la première académicienne et sans avoir posé sa candidature.

Rencontre en 1977Jerry Wilson, photographe pour la télévision. Rencontre lors d’une émission à son sujet à « Petite Plaisance » sa résidence aux Monts Déserts. Après la mort de Grace Frick elle fait plusieurs voyages avec lui : en Egypte, aux Indes…   Il est homosexuel. Il rencontre Daniel, l’ange noir,  qui lui communiquera le sida. Les tensions sont nombreuses, Daniel pousse Jerry à extorquer de l’argent à Marguerite Yourcenar pour se procurer de la drogue. Jerry mourra à Paris en se suicidant dans une baignoire au Ritz en 1985.

Marguerite Yourcenar continuera à voyager seule et mourra en 1987 alors qu’elle se préparait pour un nouveau voyage en Europe.  

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                                                            Ses grandes amours

A. Féminines

Barbe Aerts 

Premier abandon pour Marguerite Yourcenar. Elle aime tendrement sa première gouvernante qui vivra à ses côtés depuis sa naissance jusqu’à 7 ans. Elle sera renvoyée en 1911 sans avoir pu dire au revoir à Marguerite. Pourquoi ? pas encore de vérité à ce sujet. Peut-être serait-elle enceinte de Michel de Crayencour. Ce départ causera une des grandes blessures dans la vie de Marguerite. 

Jeanne Bricou épouse de Conrad de  Vietinghoff (morte en 1927)

Deuxième abandon sans savoir pourquoi. Amour platonique de Marguerite pour celle femme douce qui sera longtemps présente au côté de son père après la mort de sa mère. Elle incarnera plusieurs personnages  dans ses romans. Elle retrouvera furtivement Jeanne lors d’une soirée à l’âge de 15 ans. Plus tard fera des recherches pour la retrouver mais apprendra qu’elle est morte. 

Jeanne fut d’abord l’amie de sa mère Fernande. Elle est sa demoiselle d’honneur à son mariage et Michel, le mari, est immédiatement séduit par cette femme. Après la mort de Fernande, son père aurait eu une relation avec elle. Jeanne en plus est délaissée par son mari qui est attiré par les hommes. Plusieurs rencontres ont lieu notamment à la mer avec son père,  Jeanne et ses deux enfants. Jeanne disparaît un jour. On croit qu’elle n’a pas voulu abandonner son mari pour Michel de Crayencour. Jeanne deviendra dans ses romans la femme idéale : Valentine dans « Anna Soror », Monique dans « Alexis », Plotine dans « Mémoires d’Hadrien ». Elle imaginera l’histoire de cette femme dans « La nouvelle Eurydice » en 1931. Son mari, Conrad, deviendra Alexis dans « Alexis ou le vain combat ». Elle meurt en 1927.

Lucia

Peu connue. Rencontrée après sa rencontre avec Grâce quand celle-ci était retournée aux Etats-Unis. Meurt pendant la guerre alors qu’elle soignait des soldats.

Grace Frick (1903-1979)

Rencontre avec Marguerite Yourcenar en 1937. Elle est traductrice et traduira les romans de Marguerite Yourcenar. Elle sera sa compagne pendant 40 ans.  Elle l’accompagnera dans tous ses voyages et subviendra aussi à ses besoins. Atteinte d’un cancer du sein en 1958 elle sera soignée jusqu’à la fin par Marguerite Yourcenar. Leur relation sera faite de passions mais aussi de tensions comme dans tous les couples.

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B. Amours masculines.

Alexis de Géra 

Premier amour rencontré aux Antibes en 1923 mais Alexis est homosexuel.

André Fraigneau 

Lecteur chez Grasset. Il admire le talent de Marguerite Yourcenar mais n’aime pas la femme car d’abord il est homosexuel et ensuite il trouve Marguerite Yourcenar laide. Marguerite aimait beaucoup André Fraigneau et était amoureuse de ses mains. (Mains d’ailleurs décrites dans le portrait d’Alexis  quand il regarde ses mains d’artiste). De cette douloureuse expérience naîtront deux écrits. « Coup de grâce », seul roman où la part biographique est importante. Marguerite apparaît sous les traits de Sophie. Et « Feux » nouvelles poétiques dans lesquelles  elle fera part de sa déception à travers la bouche de héros antiques. 

André Embiricos

Andréas Embiricos, poète, psychanalyste et armateur grec. Pour oublier André Fraigneau, il emmène Marguerite en voyage sur le Bosphore et récolte les légendes qui alimenteront « Les Nouvelles Orientales ».  Il a sauvé Marguerite du suicide, de la mort et du silence. Mais il est aussi homosexuel.

Jerry Wilson (1949-1986)

Photographe pour la télévision. Il rencontre en 1977 Marguerite Yourcenar lors d’un reportage sur l’écrivain, il a 28 ans, Marguerite 77ans.  Après la mort de Grace ils voyageront plusieurs fois en Egypte, aux Indes….hélas il se laissera séduire par l’ange de la mort, Daniel, qui lui donnera le sida et le rendra dépendant des drogues. Il voudra se suicider plusieurs fois et mourra dans une baignoire du Ritz. Marguerite Yourcenar ne comprendra pas ce geste de cet amoureux de la nature. Il aurait pu choisir un endroit naturel comme Nathanaël dans « Un homme obscur ».  Quand on lui reprochera de  s’être amourachée de ce garçon elle répondra qu’elle ne voulait pas rester seule, qu’il lui apportait de l’affection. 

  

Les œuvres  

Marguerite Yourcenar  a accordé peu d’interviews. Elle est silencieuse en ce qui concerne sa vie privée. Elle a imposé au public l’image d’une femme austère. Pourtant le « moi » de l’auteure  se trahit à travers la plupart de ses romans. Dans ceux-ci on sent la femme qui a aimé, tremblé, souffert.

 

Alexis ou le Traité du vain combat (Ed. Au Sans Pareil, Paris, 1929)

Le premier d’une série de « portraits d’une voix » . Alexis de Gera a existé selon Marguerite Yourcenar. Rencontre de cet homme dans les Antibes entre 1923 et 1926. Ce  premier roman est révélateur de ce moi secret que Marguerite Yourcenar ne parvient pas à occulter. Le sujet traite de l’homosexualité.

L’écrivain précise que le sujet ( une femme délaissée par un mari qui aime les hommes) est dans la trame de (sa) vie. Or on sait que les dates et le lieu de rédaction (Lausanne et août 1927-septembre 1928) sont en rapport avec une certaine Jeanne de Vietinghoff née Bricou, amie intime de la mère de Marguerite, de son père et pour qui Marguerite a eu beaucoup d’affection. C’est à cette époque aussi que Marguerite fait des recherches sur cette femme et apprend qu’elle est morte peu de temps avant.

Il s’agit d’une lettre : un homme avoue à sa femme avec qui il a eu un fils qu’il la quitte car il aime les hommes. Artiste, il joue du piano. La musique c’est sa vie. La technique  de la lettre permet le contact direct avec le lecteur et se prête à la confidence. Genre qui sera repris dans « Les Mémoires d’Hadrien ». Utilisation du « je ». Il s’adresse à Monique, sa femme, certainement Jeanne.

Le thème du plaisir est présent dans cette œuvre et dans d’autres. Alexis veut être compris. Homosexuel : entouré de femmes pendant son enfance maladive, il respecte trop les femmes pour les désirer. Ne peut pas associer l’image féminine à la brutalité du plaisir.  Dès l’origine on trouve la structure érotique dans les  récits et romans. La femme est sacrifiée à un amour pédérastique. La composante sadique absente chez Alexis se retrouvera plus tard : la femme ou le mignon sont les victimes. L’homosexualité et l’aristocratie d’Alexis confirment l’attitude anti-existentialiste de l’auteure. L’homosexuel préfère « être la victime » d’une nature plutôt que celle d’une éducation. D’où on serait homosexuel par substance et non par accident.

Le père de Marguerite lira le roman de sa fille et le trouvera limpide. Grande admiration du père pour sa fille. Il s’efface quand elle devient écrivain.

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Denier du rêve ( Ed. Grasset, Paris, 1934)

Lors de son voyage en Italie Marguerite assiste à la montée du fascisme et participera exceptionnellement à une marche en 1922 contre Mussolini. Le roman raconte l’attentat manqué de Mussolini par une anarchiste très probablement inspirée par une femme rencontrée lors d’un séjour au sud de l’Italie. Le roman sera revu en pièce de théâtre sous le nom « Rendre à César » en 1961. Tous les personnages sont tragiques depuis la jeune femme atteinte d’un cancer du sein ( cas de Grace Frick) en passant par l’écrivain engagé incarcéré et traître, et la jeune anarchiste qui va vers l’attentat comme vers sa mort. Le roman qui sent la désespérance, a le goût de la mort et témoigne de la vie difficile de Marguerite Yourcenar durant ces années grecques.

Le roman annonce déjà le rôle qu’auront les rêves. Marguerite Yourcenar est convaincue que les rêves d’une intensité particulière sont en quelque sorte une émanation du destin « le sort », qu’il est une forme particulière de celui-ci.

C’est « l’histoire » qui est mise en scène dans ce roman. Le fascisme vu à travers des consciences individuelles ; à travers des facettes différentes mais l’écrivain derrière condamne. Ce qui intéresse l’auteure c’est le passé offrant des analogies avec le présent, poussant ses conséquences jusqu’à aujourd’hui. C’est une réflexion sur notre temps. 

Une pièce de 10 lires qui passe de l’un à l’autre des personnages sans que s’établissent chez eux d’autres liens que celui de la monnaie. Abondance de dialogues et de monologues qu’on ne trouve que dans ce livre. L’action rassemble autour de l’attentat, elle se passe en un jour et en un lieu. Influence du théâtre car le livre est écrit en même temps que « Le Minotaure » (pièce de théâtre). Personnages qui manquent d’épaisseur et de réalité car plus près du théâtre que de la vie. Personnages choisis pour leur exemplarité. 

 

Feux (Ed. Grasset, Paris, 1936)

Produit d’une crise personnelle au même moment que « Coup de Grâce ». Même si les sujets sont antiques les rapprochements avec l’histoire contemporaine sont fréquents. Ainsi La guerre de Troie permet à Marguerite Yourcenar de parler indirectement de la guerre 14-18 et des tranchées. Elle se livrera notamment aussi à travers le personnage de Marie-Madeleine prête à suivre son dieu jusqu’aux enfers. Marguerite Yourcenar se persuade que seule la souffrance vaut la peine d’être vécue, que son destin est de vivre inlassablement l’épreuve du malheur, seule part inépuisable de l’amour. « Qu’il eût été fade d’être heureux » écrit-elle dans le recueil « Feux ». A travers ces figures mythiques et bibliques Marguerite Yourcenar met en évidence les grands aspects de l’être humain et notamment le caractère éternel et multiforme de la passion qui trouve son expression dans les longs monologues des personnages.

Courts récits qui rendent compte d’une crise intérieure avec une objectivité passionnée. Car s’il n’est pas d’écrits ni de paroles sans objectivité pour se soumettre aux lois de la communication c’est pousser très loin que de  raconter son mal d’amour, déchirant, par le relais des mythes et des légendes (Phèdre, Antigone…) qui constituent le fond de la psyché occidentale ou mieux sa mémoire.

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Le coup de Grâce (Ed. Gallimard, Paris 1939)

Ce roman marque la fin de sa première période de vie avant son départ pour les Etats-Unis.

Le roman raconte la tragique aventure de Marguerite Yourcenar pour André Fraigneau. C’est la famille de Vietinghoff qui fournit le contexte historique dans cette tragédie racinienne. Mais c’est avant tout un roman de passion et de personnages avant d’être un roman historique. Il se termine par le sacrifice de l’amante repoussée.   Le roman se situe entre 1918 et 1919 pendant la guerre civile entre partisans de l’ancien régime allemand et les communistes dans un coin des pays Baltes. Une jeune femme, Sophie de Reval, est passionnément amoureuse de Eric Van Lhomond, homosexuel, « ami » du frère de Sophie Conrad. Par dépit et par désespoir elle se rallie à l’ennemi. Eric (André) recherche à la fin du roman Sophie (Marguerite) et la reconnaît dans un soldat bolchevique. C’est Eric, à la demande de Sophie de Réval qui l’exécutera. Sophie est affublée de qualités : fougueuse et généreuse. Tandis qu’Eric est cynique, prend plaisir à faire souffrir, orgueilleux et finalement vaincu à la fin. Marguerite Yourcenar a voulu montrer les méandres de l’entremêlement des passions et des haines ; des attirances et des rejets. Marguerite Yourcenar se sert d’un cadre historique qui lui permet de prendre des distances pour ces aveux car ceux -ci auraient été impudiques livrés tels quels. L’histoire se passe vingt temps après les évènements historiques (1918).

Le héros raconte, se raconte, fait son récit mais en même temps il plaide sa cause et fonde sa morale.

 

Mémoire d’Hadrien (Ed. Plon, Paris, 1951)

Commencé en 1937 puis abandonné. C’est en récupérant une malle de souvenirs que des notes resurgiront et lui donneront l’envie de reprendre l’histoire.

A déjà rencontré Hadrien lors de son premier voyage à Londres en 1914. Découvre sa statue alors qu’il est âgé de 40 ans. A visité sa villa en Italie en 1922.

Il s’agit d’un lettre, celle d’Hadrien à Marc-Aurèle, le successeur qu’il s’est choisi. Trois ans après l’avoir commencée il arrive à la fin de sa vie. Lien entre le lecteur (aujourd’hui) Marc Aurèle et Hadrien (hier).

A travers ce livre Marguerite Yourcenar  essaye de comprendre et d’accepter sa différence. C’est son essentielle  préoccupation même si elle étudie surtout la psychologie du personnage et amenuise la part sensuelle de la version définitive du roman. A travers Hadrien elle essaye de déchiffrer ses propres intérêts passionnels et d’ accéder à la sérénité par l’acceptation de son propre moi. Pour Marguerite le personnage d’une œuvre doit apporter quelque chose, l’intelligence d’Hadrien a modifié l’écrivain.

Sa technique : faire revivre les faits à partir de documents pétrifiés, leur rendre la fluidité de la vie, refuser le subjectivisme, abandonner totalement sa personnalité  propre, choisir des personnages éloignés de soi afin d’exprimer à partir de la substance indifférenciée qu’on est devenu, le jet authentique de l’être. Elle appelle cette faculté de se transporter en pensée à l’intérieur de quelqu’un : la magie sympathique.

L’histoire ne l’intéresse pas dans le vécu mais dans ce qui est figé et est devenu substance, valeur, archétype.

L’imagination  historique fonctionne elle-même de trois façons :  1° narcissique : dans le passé je découvre mon visage. Les autres époques sont belles qui ne sont pas celles d’aujourd’hui. Démarche romantique et la fuite dans l’autrefois à laquelle on donne le nom de « reconstitution historique » ;  2° critique ;   3° historique apologétique ou culturelle.

L’apologie de l’ici-bas (Yourcenar refuse toute métaphysique) commence par l’apologie du corps mais si le corps doit être dur, solide c’est pour mieux accueillir les fruits de l’esprit : « mes premières patries ont été les livres ». les deux cultures physiques et intellectuelles ont pour but de faire accéder à l’âge d’homme.

L’homosexuel aimera d’abord sa jeunesse : la vie érotique d’Hadrien est dominée par l’amour qu’il porte à deux éphèbes : Lucius et Antinoüs . Tendresse paternelle et brutalité sensuelle se concilient. Antinoüs demeure un objet, un animal jamais homme. Il est sacrifié pour que sa force et sa jeunesse passent mystérieusement à son maître Hadrien. 

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L’œuvre au Noir (Ed.Gallimard, Paris, 1968)

En 1968 elle publie ce roman qui raconte l’histoire de Zénon, médecin, philosophe et alchimiste depuis sa naissance à Bruges en 1510 jusqu’à sa mort dans la même ville 60 ans plus tard. Le lecteur traverse le siècle tourmenté par les guerres de religion et de féroces répressions sociales et religieuses. Attiré par tous les savoirs humains, Zénon se livre à de nombreuses expériences, cherchant sans relâche à percer ou à comprendre le mystère de la nature ; esprit audacieux, victime de l’incompréhension et de l’imbécillité des autorités civiles et ecclésiastiques. Il se donne la mort parce qu’il ne veut pas se renier. Zénon cumule en lui la science, l’intelligence et la philosophie des meilleurs esprits de son temps mail il meurt victime d’un retournement de manivelle : l’esprit médiéval persiste dans la Renaissance et le fera trébucher et condamner. Zénon fait cependant reculer les limites du monde. Ses recherches, ses méditations inaugurent un nouveau style de confrontation de l’homme avec le monde. Il meurt d’être en avance sur son temps. Zénon meurt de l’obscurantisme et surtout son choix de mourir (s’ouvre les veines) est l’affirmation péremptoire qu’au-dessus des dogmes, des états et des contraintes de toute sorte demeure la conscience de la dignité. Zénon  et quelques autres sont exceptionnels mais l’humanité n’a jamais été sauvée que par quelques uns. L’œuvre obtient à l’unanimité le Prix Fémina.

Marguerite Yourcenar a dit qu’Hadrien était plus optimiste que Zénon car au 3°siècle après J.C. on pouvait encore croire au maître esprit qui s’efforce de recomposer l’univers. Hadrien est solaire, il représente la totale plénitude d’une vie d’homme. « L’humain me satisfait, j’y trouve tout jusqu’à l’éternel »(Mémoires d’Hadrien). Cette déclaration d’Hadrien correspond à la première vision de l’auteure vis-à-vis de l’humain.

Zénon, en perpétuelle recherche ne trouve de parfait et d’ordonné que le monde qui l’entoure, la création en quelque sorte. Il sait qu’à l’harmonie extérieure devrait correspondre l’harmonie intérieure mais il ne la rencontre que rarement et ne cesse de s’étonner de la sottise et de la vanité de la plupart des êtres qu’il côtoie. Zénon  croit qu’il suffit de vouloir pour accomplir une destinée digne de respect mais il est entraîné irrésistiblement dans des cercles infernaux de l’ignorance, de la sauvagerie et des rivalités imbéciles dont on ne peut sortir. Marguerite Yourcenar perd foi en l’homme. Elle a un regard critique et sceptique sur l’homme et ses erreurs.  Mais malgré tout elle n’a pas perdu son admiration pour le corps humain « chef-d’œuvre plastique et autonome où s’accomplissent toutes les fonctions de la vie avec précision, c’est le support de l’intelligence ordonnatrice et de l’extase irréfléchie » (Didier Hatier)

(Zénon inspiré de Dürer)

Zénon et Hadrien sont des archétypes de la psyché occidentale. L’archétype : mythe châtré ou mythe d’une époque religieuse ou rationnelle. Archétype de l’alchimiste.

L’œuvre au noir se passe à la Renaissance, époque anarchique où l’irrationnel s’est incarné .

L’œuvre au noir : formule par laquelle les alchimistes désignaient : « la phase de séparation et de dissolution de la substance ». L’unité du récit vole en éclats : séries d’histoires et de destins qui se nouent, se séparent et reproduisent la dissolution des mœurs.

Zénon lutte pour sauver une vérité durable. Cette vérité réside peut-être dans le corps de l’homme qu’il étudie en savant et soigne en médecin et l’aime en amant. Pour parler de ce corps Yourcenar a un accent d’une rare qualité peut-être parce que femme.

L’écriture est différente dans « L’œuvre au noir » car Marguerite Yourcenar  a eu accès à plus de documents que pour Hadrien ce qui permet de mieux rendre compte de la manière de parler à la Renaissance. Elle a eu accès à des lettres intimes, à des dossiers de procès de l’époque, le français était déjà la langue pratiquée d’où utilisation des différents registres de langage, des expressions de l’époque. Elle a ainsi introduit plus de dialogues de style direct ce qui rend l’œuvre davantage réaliste. 

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Un homme obscur (Ed. Gallimard, Paris, 1982)

Nathanaël croyant avoir tué un homme s’enfuit en Amérique. C’est l’île des Monts Déserts qui a servi de cadre au roman et notamment à l’un des épisodes du roman. Evoquant le massacre de 1621 d’un groupe de Jésuites français par des flibustiers anglais auxquels s’est joint Nathanaël. Marguerite décrit la prairie toute proche de sa demeure où a eu lieu le drame. C’est aussi le lieu où Nathanaël à la fin de sa vie comme un animal blessé, cherche un creux, asile  pour mourir.

Tout l’amour pour la nature transparaît dans cette oeuvre. On voit que l’écrivain à la fin de sa vie fait plus confiance à la nature qu’à l’homme.

Nathanaël par rapport aux autres personnages de Marguerite Yourcenar est passif. Il se laisse porter par les évènements qui le feront beaucoup voyager et changer de fonction au cours de sa courte vie. Cet homme est bon et s’adapte aux différentes situations qu’il rencontre.

Roman écrit pendant la maladie de Grace (entre 1978 et 1981) . Rapport entre Nathanaël et l’agonie de Grace ?  

 

Le Labyrinthe du monde I : Souvenirs pieux (Edition Gallimard 1974) ;  II : Archives du nord (Edition Gallimard 1977) et III : Quoi ? L’éternité (Edition Gallimard 1988)

Ces trois essais retracent la vie de sa famille maternelle et paternelle. Marguerite Yourcenar s’est attelée très tard à rechercher des informations sur sa famille. Elle n’est guère attachée à la Belgique. Elle dira pourtant avoir trouvé du plaisir à reconstituer son histoire familiale « car les gens les plus indifférents deviennent intéressants quand on s’occupe d’eux ». Point de départ de cette recherche les souvenirs pieux (faire- part religieux), qu’elle avait conservés,  glissés dans les livres et une image taoïste  « Quel était votre visage avant votre conception  » (témoignage dans la cassette vidéo). « Nos ancêtres sont nous ; Ils sont ce que vous serez ; Vous êtes ce qu’ils furent. ». Pour ses romans,  l’auteure choisit des personnages représentatifs à ses yeux, des personnages dans lesquels elle se reconnaît. Par contre on ne choisit pas sa famille ! D’où moins de points communs avec ses ancêtres. 

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                                                            Les thèmes

La mort

La mort est très présente dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar. Tout d’abord elle est née de la mort de sa mère. Elle a toujours reconnu n’avoir pas souffert de la mort de sa mère. La mort liée à l’accouchement est pourtant un drame familial qui s’est reproduit plusieurs fois.

La présence de la mère est insignifiante dans plusieurs romans et le père est souvent absent. Zénon n’a pas connu son père et sa mère (Hilzonde) disparaît dans une rixe obscure. Hadrien a 12 ans quand il perd son père et sa mère s’installe dans un austère veuvage. Dans « Anna Soror» la mère meurt dans le silence et le père se perd dans le travail.

  Les héros de Marguerite Yourcenar côtoient la mort. Hadrien perd Antinoüs qui se suicide dans le Nil. A partir de cette mort Hadrien  perd la joie de vivre et toute ambition. Zénon perd Aleï. Nathanaël affronte sa propre mort.                           

La mort est toujours présente dans les oeuvres de l’auteure, elle personnifie l’angoisse humaine, elle est symbole de la précarité et de l’insignifiance du destin de l’homme. «Il faut aimer quelqu’un dit Zénon pour se rendre compte qu’il est scandaleux que la créature meure.». « Devant la mort tout s’effondre, l’équilibre fragile est rompu, tout est vain (Mémoires d’Hadrien). Pour Marguerite Yourcenar toute vie est un échec car on ne peut arriver à combler toutes les misères humaines, la maladie.

Marguerite Yourcenar est souvent elle aussi confrontée à la mort, celle de son père à l’âge de 25 ans alors qu’il fut un compagnon essentiel pendant toute sa jeunesse, celle de Grace qu’elle a soignée pendant dix ans, Jerry Wilson atteint du sida qui se suicidera et la mort de ses chiens dont la mort du premier alors qu’elle était enfant lui causera une grande blessure.

Manifestations physiques de la mort plus que dans les retentissements affectifs (description de la mort de sa mère au début de «Souvenirs pieux »). Le titre du livre de M. Galey «Les yeux ouverts» tiré d’une phrase de Marguerite Yourcenar « Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts». Ce sera l’attitude de Zénon qui mourra lucidement regardant les veines s’ouvrir. Face à l’incertitude du supplice, ignorant  ses réactions, il choisit de se donner la mort s’affinant du même coup maître de sa vie. Zénon a échappé à ses bourreaux « Toute angoisse avait cessé, il était libre ». Hadrien soliloque sur la mort, mélange la vie et la mort, va de l’élan à l’apaisement. Nathanaël dans « Un homme obscur » choisit de mourir en symbiose avec la nature dans la sérénité. II choisit un creux dans la dune et s’endort. D’autres connaissent des morts plus brutales. Sophie dans «le coup de Grâce » qui meurt exécutée par la main de son amant. Marcella dans « Denier de rêve » assassinée par la police après avoir tiré sur le Duce.

La mort est donc au centre de l’œuvre de Marguerite Yourcenar. Les héros assument leur mort. Hadrien accepte son lent naufrage, Sophie est contente de mourir de la main de celui qu’elle aime car par le remords au moins elle continuera de vivre dans le cœur de celui qui l’a rejetée. Nathanaël y consent sachant qu’on l’a relégué dans cette île pour qu’il meure, pour qu’il retourne à la terre comme le font certains indigènes d’Afrique ou les animaux. La mort est dans l’ordre des choses. Mais pas la mort infligée par le pouvoir ou au nom de la religion, d’un parti ou d’une race comme on peut le lire dans «L’œuvre au Noir».

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L’amour et la sexualité

Tout d’abord Marguerite Yourcenar a toujours dissocié le plaisir physique et l’amour. L’amour en tant que sentiment n’a rien à voir avec le plaisir qui est charnel et ponctuel. L’homme doit participer à la vie organique du monde. Par l’Eros il atteint l’être. Marguerite Yourcenar ne croit pas à l’amour durable. Ceci est peut-être dû à l’instabilité sentimentale de son père qui a couru beaucoup les femmes. Il s’est marié trois fois et a eu de nombreuses aventures.

Marguerite Yourcenar a aimé des hommes mais ils étaient homosexuels. Elle-même a été attirée par les femmes dès son plus jeune âge. A aimé tendrement sa gouvernante Barbe Aerts, Jeanne, l’amie de sa mère (déjà là une relation confuse) puis l’amie de son père. Lucia qu’elle a rencontrée peu de temps mais qu’elle a aimée et enfin Grace avec qui elle a vécu 40 ans. Mais elle n’a jamais voulu parler de sa vie privée ni surtout de Grace.

Ses personnages dit-elle sont bisexuels plus qu’homosexuels. Ils ont tous des aventures avec des femmes et parfois sont mariés (Hadrien et Alexis). Peu importe le sexe dit-elle pourvu qu’on accède au plaisir. Dans « Coup de grâce » et dans « Alexis ou le traité du vain combat» les oeuvres sont plus personnelles tandis que dans « Mémoires d’Hadrien» elle a résolu ses problèmes personnels, elle a accepté sa différence et elle s’occupe davantage de la place de l’homme dans les affaires du monde et de l’esprit.

 Il n’y a pas d’amour sans douleur dit-elle encore et l’amour partagé est lui-même un feu, un tourment ou un brasier. Mais il y a plus grave pour elle c’est l’amour non partagé ou l’amour perdu. Sophie est rejetée par Eric. Alexis renonce à sa femme. Hadrien délaisse son épouse Sabine dont il fait un portrait peu flatteur. Zénon se refuse à une servante qui avait fait de beaux projets d’avenir avec lui.  

L’image du couple n’est pas très structurée dans l’esprit de Marguerite Yourcenar et l’autre dans le couple est souvent apparu comme une entrave à la liberté. Ici encore le vécu de Marguerite Yourcenar peut expliquer son pessimisme vis-à-vis de l’amour. Malgré le fait qu’elle affirme le contraire Marguerite Yourcenar a souffert de la mort de sa mère qu’elle n’a pas connue. Elle a souffert aussi des absences de son père attiré par des idylles. Son père était volage et elle n’a jamais eu sous les yeux un modèle de couple stable. Cette absence alliée au comportement du père pourrait expliquer une psychologie trouble, volontairement détournée en affirmation de totale liberté sexuelle. Elle a une idée très pessimiste du couple vieillissant et elle-même dira à propos de sa vie avec Grace qu’elle n’a connu que dix ans de vrai bonheur. Marguerite Yourcenar s’oppose à la stylisation culturelle de l’amour et à sa sublimation elle préfère ce qu’elle appelle « amour de sympathie » tendresse qui naît entre deux personnes se reconnaissant le même destin et de la même condition.  

Mais il ne faut pas croire que Marguerite Yourcenar ne recherche que le plaisir. Parfois comme Zénon la chasteté est recherchée. Elle voudrait même trouver les clefs d’une spiritualité de l’amour, cela passe par la maîtrise de soi donc éventuellement par le refus d’aimer. Influence du Tantrisme et de la doctrine d’Hadrien.  

Ecologie

Très tôt Marguerite Yourcenar sera sensible à la protection de la nature. Déjà au Mont Noir elle a l’habitude de se promener dans les bois, elle s’occupe des animaux. Plus tard en Amérique elle recherchera un endroit privilégié. Elle s’installe dans l’île des Monts Déserts au large du Maine où sa passion pour le milieu naturel se développera. Elle écrira plusieurs articles pour la défense de la nature et des animaux. Elle dénonce la rupture de l’équilibre de la nature. Elle devient végétarienne ne voulant pas digérer des agonies dit-elle . Elle aura des contacts avec Brigitte Bardot pour la protection des phoques. Les animaux sont victimes de la convoitise des hommes selon elle.

L’écrivain se définit comme appartenant à la catégorie des hommes qui ont une conscience de la communauté, de la société où ils vivent, de ses vices et de ses maux. L’idéal est d’être utile, d’améliorer la condition faite à l’homme, de servir la justice. La principale source d’inquiétude : l’état du monde or dans ses romans cette volonté d’être utile n’apparaît pas, on n’a pas du tout affaire à une littérature engagée. La fidélité à soi, au monde, à sa nature (homosexualité d’Alexis) paraît être la morale de l’auteure qui dit ne pas s’intéresser à elle. Jeu de contradiction dans lequel l’œuvre a trouvé son essor.

Elle fut sensibilisée aussi par l’écologie en retournant à Flemalle (lieu d’origine de sa famille maternelle) où elle constata le désastre des conséquences de la révolution industrielle (pollution, défiguration du paysage). « La terre est tuée par l’industrie ».    

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Le temps

Marguerite Yourcenar est avant tout une humaniste. Elle est plus inspirée par le XIX° siècle et par l’antiquité que par le XX°siècle. Sans doute parce qu’elle a été influencée par son père qui était érudit dans les lettres anciennes et qui lui a appris la lecture et les langues anciennes dans le texte des grands auteurs antiques. Ils étaient isolés des grands courants littéraires de leur temps. D’où un certain décalage entre la vie de Marguerite Yourcenar et ce qu’elle écrit.

Le temps donne lieu à des réflexions et à des rêveries. Le passé constitue le lieu privilégié pour mettre en scène des problèmes qui sont fondamentaux et universels. Le passé, immuable, échappe ainsi aux ambitions de l’immédiateté contrairement au présent dont le trop grande proximité et le caractère fluctuant aveuglent. Par manque de recul « les vrais éléments » du drame échappent aux acteurs. Le passé le plus proche est étranger, trop peu visible. Par exemple, dit Marguerite Yourcenar, une femme avec une robe du 17°siècle nous paraît belle, élégante ; une femme avec une robe de 1930 nous semble ridicule. Mais Marguerite Yourcenar est persuadée que le passé et le présent sont liés par une infinité de liens plus ou moins perceptibles ce qui permet de traiter des problèmes contemporains dans un cadre ancien (Hadrien 3°siècle après J.C. Zénon 16° siècle). Elle jette des ponts entre le passé et le présent. Ainsi elle traite de problèmes contemporains comme  la circulation, la distribution des richesses entre tous, la libération de la condition féminine, la peur du machinisme, la condition des ouvriers. . . dans «Mémoires d’Hadrien » et dans « L’œuvre au noir ». Ce jeu de miroir est enrichi par des réflexions faisant apparaître l’humanisme dont elle est porteuse. Elle ne veut pas théoriser mais en tant qu’humaniste elle veut mettre en évidence le respect des êtres, des races et des classes. Exemple Hadrien veut donner aux femmes plus de justice, de liberté de choix pour se marier et de gestion de leurs biens or ce sont encore des problèmes contemporains surtout à l’époque de l’écrivain et surtout dans sa classe sociale où les mariages étaient encore arrangés pour des questions d’héritage et de biens.  

La position de l’humaniste s’affine avec son goût de l’indépendance et surtout son mépris de l’exploitation physique et morale. Le passé lui a donné des exemples dans tous les domaines où sa réflexion s’est déployée. Le passé donne des leçons au présent. La plupart de ses romans se passent donc dans le temps car l’homme a besoin de recul pour juger le monde. Même « le coup de Grâce » qui se passe au XX° siècle et qui la concerne le plus se situe pendant la guerre 14-18 alors que les évènements vécus par Marguerite Yourcenar se passent dans les années 30.

Marguerite Yourcenar éprouve le sentiment vif de notre fragilité. Tout passe, tout s’efface ou se transforme dit-elle. Elle parle des grandes civilisations qui sont tombées dans l’oubli malgré leur grandeur. Elle fait une vaste méditation sur la place de l’homme dans l’univers. L’optimisme de l’écrivain ne naît pas de l’action des hommes, il s’installe qu’au prix d’un effort de la raison. D’ailleurs comme on l’a déjà vu son optimisme vis-à-vis des hommes diminue avec le temps. « Mémoires d’Hadrien » est plus optimiste que « L’œuvre au noir ». Zénon est l’anti-Hadrien. A l’un les certitudes, à l’autre les interrogations. L’œuvre de Marguerite Yourcenar n’est pas exaltante pour le moral mais elle est stimulante pour l’esprit. Une peinture réaliste donne envie d’affronter la vie et ses problèmes mais tout le monde n’a pas envie d’avoir ce point de vue, II y a peu de fidèles de Marguerite Yourcenar.  

Mais attention Marguerite Yourcenar ne fait pas une pâle copie du passé. C’est en romancière qu’elle se comporte; le passé lui offre des matériaux, son esprit les organise, les interprète voire les complète. En plus il y a énormément d’elle qui passe à travers ses romans.  

Pas d’écrit sur le 17°, 18° et 19° siècles alors qu’il y a eu de grandes cassures, de grands changements mais Marguerite Yourcenar ne s’intéresse pas aux grands mouvements de foules.  

Elle a écrit « Denier de rêve » qui se passe à un moment précis de l’histoire: la montée du fascisme mais ce qui l’intéresse ce sont les réactions de l’individu face à cette montée. Que ce soit l’indifférence ou l’accommodement, l’applaudissement ou la révolte. Mais « Coup de Grâce » et « Denier de rêve »se situent à des moments clés de l’histoire. «Coup de grâce»: après la guerre civile viendra pour la Russie et les pays Baltes «la paix» communiste. Et le fascisme de « Denier de rêve » même s’il disparaît fut un moment aigu de la conscience italienne qui concerne toute l’Europe. Mais comme dans « Mémoires d’Hadrien » et «L’œuvre au noir » ce sont des consciences qui réagissent (pas les foules, les partis...). Ce n’est pas l’événement massif d’une révolution en train de se faire qui retient l’attention de l’écrivain.  

Pour l’écrivain, écrire est un engagement de soi.  D’ailleurs Marguerite Yourcenar n’écrit pas pour gagner de l’argent et la plupart de ses oeuvres ont été retravaillées plusieurs années après la première édition. Si philosophie il y a dans les oeuvres de Marguerite Yourcenar elle se dégage du comportement de ses héros, elle reflète la conception du monde et de l’homme qui est celle de l’écrivain et qu’elle a décidé d’intégrer dans ses oeuvres. On a souvent d’ailleurs dit de Marguerite Yourcenar qu’elle était moraliste. Sa démarche humaniste nous rappelle que malgré les découvertes et les machines l’esprit est premier et l’homme la mesure de tout chose.  

Marguerite Yourcenar porte un regard sur le monde en prenant appui sur le temps et l’espace. Elle écrit d’abord pour elle-même.
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L’homme vit ici et maintenant, son action peut engager l’avenir, il convient donc de dénoncer les erreurs du passé, de réclamer la justice, le droit de lutter contre l’étroitesse et les limites des classes sociales.  

La méditation sur l’histoire, c’est la méditation sur le temps. Marguerite Yourcenar abolit les limites du temps. Les domaines géographiques s’inscrivent sous  le même ciel simultanément mais avec des caractéristiques différentes. Pour elle « il y a permanence de la substance humaine ce sont les modalités seules qui changent » (cassette vidéo) (image du brouillard qui peut envelopper le rocher mais malgré ce brouillard le rocher reste ferme).  

 Les rêves

Très présents dans les romans de Marguerite Yourcenar. Il y a une connotation onirique dans plusieurs romans. Hadrien donne une signification considérable à ses derniers rêves. Zénon s’interroge en prison sur la matière dont ils sont faits. Marguerite Yourcenar en ce qui la concerne s’intéressait beaucoup aux rêves et les retranscrivait souvent au réveil. Marguerite Yourcenar était convaincue que les rêves d’une grande intensité sont en quelque sorte une émanation du destin « le sort » et une forme particulière de celui-ci.

Le rêve se nourrit bien plus que de la mémoire. Mais c’est bien des rêves que nous gardons les plus beaux souvenirs. Il n’est pas pire trahison que leur récit.

 La religion

Le sacré était du côté de la forêt, des bois du Mont Noir plus que dans l’église de Saint Jans. La religion elle la trouve dans ce que l’univers nous cache, dans le sentiment de l’invisible, qui relie tout et tous. Dans tout ce qui questionne l’humain et le rend à sa réelle mesure.  

Lors d’un procession à 4 ans dédiée à Elisabeth de Hongrie, Marguerite Yourcenar ressentit pour la première fois l’étonnante force des groupes humains dont le regard et la voix se tendent vers un même point. Une force émouvante qui relie au-delà de l’âge, du sexe, du rang et des idées elle-mêmes.  

Marguerite Yourcenar est athée et la religion est peu présente dans ses livres. Marguerite Yourcenar croit en l’homme et plus encore à la nature. Elle était en quête d’une spiritualité mais au-delà des religions trop dogmatiques.  

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Les personnages de Marguerite Yourcenar

 

Types de personnages  

Les personnages, parfois nombreux, condensent en eux à des degrés divers une seule et unique expérience de vie faite de désespoir, de révolte, de recherche. Ils connaissent chacun des instants de bonheur fugace, des moments de doute profond ou de sagesse sereine.  

A côté des grandes figures sont décrites des silhouettes lourdes, épaisses celles par exemple des bourgeois flamands (L’œuvre au noir) ou des héros qui restent prisonniers de leur conformisme ou de leur ambition (Denier de rêve). D’autres comme Eric von Lhomond (Coup de Grâce) qui blessées par la vie deviennent rigides, figés dans un rôle négatif empreint de refus et de lâcheté. D’autres encore ont des visages innocents: Antinoüs (Mémoires d’Hadrien), Conrad de Reval (Coup de Grâce), Henri Maximilien (L’œuvre au Noir) ces personnages traversent la vie de façon insouciante et épicurienne. Peut-être leur angoisse est-elle plus difficile à saisir.  

Quant aux personnages féminins, on a reproché à Marguerite Yourcenar d’être très misogyne dans la manière dont elle présente les héroïnes de ses romans. Elle n’est pas tendre vis-à-vis des courtisanes frivoles, écervelées (Chez Hadrien), pas tendre non plus avec Martha ou Hilzonde trop sèches (dans L’œuvre au noir). Mais on trouve Plotine pleine d’intelligence et de sagesse dans Hadrien, la douce Valentine dans Auna Soror, la tendre Monique dans Alexis et la dame de frösö dont Zénon fait la connaissance. Ces personnages, plus proches de Marguerite Yourcenar, contrastent avec des personnes plus tourmentées. Marguerite Yourcenar s’intéresse surtout aux êtres lucides, en recherche, désireux d’accomplir pleinement leur destinée (Hadrien ou Zénon).

 

Le milieu social des personnages

Marguerite Yourcenar est issue de la grande bourgeoisie par rapport à laquelle elle a pris ses distances mais dont elle garde une certaine manière d’être (éducation, vocabulaire, manière de parler...). Elle a rompu avec sa classe d’origine parce qu’elle rejetait les inconvénients et les défauts plus qu’elle n’en appréciait les avantages. Demeurer en Amérique lui a permis de rencontrer d’autres mentalités plus ouvertes qu’en Europe. Ses personnages d’ailleurs sont tous issus d’un certain milieu social: Alexis, Eric von Lhomond, Auna, Hadrien sont aristocrates comme elle. Et si certains personnages sont issus d’une classe inférieure (Zénon, Naffianaë1...) ils reçoivent une éducation, une culture. Zénon quoique bâtard reçoit une éducation soignée. Certains s’opposent à leur milieu comme Sophie (Coup de Grâce) ou Marcella (Rendre à César) mais on ressent leur milieu d’origine.  

Les personnages de Marguerite Yourcenar tout comme elle ont une grande soif de savoir. Ils sont souvent autodidactes comme elle. (Nathanaël, Zénon).  

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Le Voyage

Enfin comme elle ses personnages sont souvent en voyage. Le thème du voyage est présent dans tous ses romans. Le voyage est un dynamiseur de l’activité cérébrale. Le dépaysement agit comme un stimulant de l’esprit, le choc des paysages et la rencontre des êtres portent l’écrivain et ses personnages. Le voyage révèle l’homme à lui-même. Marguerite Yourcenar voyage « pour » quelque chose. Le décor d’un paysage passe après la pensée et la réflexion. Le voyage a une fonction: éclairer ses personnages. 

Dès son plus jeune âge Marguerite Yourcenar a voyagé avec son père. Elle a visité avec lui l’Angleterre, le sud de la France, l’Italie, la Suisse. Plus tard avec ses compagnons et sa compagne elle a visité le monde entier avec une prédilection pour la Grèce où elle aurait voulu s’installer (d’ailleurs rapprochement entre le mot Grèce et Grace !). Elle a visité la Turquie, l’Inde, L’Egypte. . . Tous ces pays ont alimenté les descriptions des paysages où évoluent ses héros. Elle a eu le besoin plusieurs fois de fouler le sol qu’avait foulé Zénon ou Hadrien pour s’imprégner de leur sensations.

Ces séjours étaient propices à l’écriture. Marguerite Yourcenar n’a pas besoin de confort pour écrire au contraire elle tire avantage de la précarité, de l’aventure, des difficultés d’un séjour en Grèce en Italie ou ailleurs pour écrire. Peu de choses lui suffisent pour se sentir à l’aise. Ce presque dénuement, cette sorte d’ascèse pousse à l’action et définit bien le véritable voyageur.  

En plus Marguerite Yourcenar avait l’avantage d’être libre. Elle n’avait pas d’attache familiale, pas de métier stable d’où elle pouvait à tout moment partir. Elle a eu aussi peu de problèmes financiers même si elle a dû à un moment donner des cours à l’université et donner des conférences pour payer une partie de ses voyages. Grace aussi intervenait dans les frais pour Marguerite Yourcenar. Ce côté aristocrate qui permet à Marguerite de vivre en partie de ses rentes fait partie de cette liberté que tout le monde ne peut se permettre.

Ses personnages voyagent donc beaucoup pour des raisons différentes:  Hadrien visite l’Est de son empire pour rencontrer les gens et essayer d’améliorer ainsi les relations entre les hommes?  

Zénon voyage beaucoup dans la première partie du livre( vie errante: titre ). Dès le premier chapitre il part ( après avoir inventé les métiers à tisser) de Bruges vers la France, l’Allemagne, les pays scandinaves...)  

Nathanaël voyage pour échapper à une peine de mort croyant avoir tué un homme qui attaquait son amie. Il part pour les Etats-Unis.  

L’espace peut-être aussi un signe de fuite (Nouvelles Orientales), de crise (Coup de Grâce) ou de libération (Alexis).  

Les personnages sont fidèles à eux-mêmes. L’homme même s’il ne fait pas le bien sait qu’il devrait le faire. Le hiatus entre la conduite et l’idéal explique la misère humaine. «On ne souffre pas de ses vices, on souffre seulement de ne pas pouvoir s’y résigner » Alexis.  

 

Le mythe (Electre ou la chute du masque)  

Le mythe a une place centrale. Il est lié aux divinités( différent des légendes : pas de divinités) . Le mythe exprime et polarise la peur primitive de l’espèce et de l’individu. On peut servir de repères à l’exploration de l’inconscient.    

                                                                                                L’écriture  

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Les livres de Marguerite Yourcenar ont fait l’attention de son auteure. Marguerite Yourcenar n’écrivait pas pour gagner sa vie comme on l’a déjà dit mais d’abord pour elle-même. Elle consacrait de nombreuses années à la rédaction de ses livres, les abandonnant pendant parfois plusieurs années (Hadrien), les remaniant sans cesse à chaque nouvelle édition, jetant le matin le nombreuses pages écrites la nuit. Ces pages étaient parfois nécessaires pour cerner une situation du personnage, un lieu...  

Marguerite Yourcenar prenait beaucoup de temps à rédiger les préfaces de ses livres mais aussi les commentaires à la fin du récit sur les circonstances qui l’avaient amenée à rédiger le récit. Elle préfère dit-elle faire elle-même les analyses pour empêcher les inepties ou les erreurs d’interprétation. Elle estimait souvent que ses romans ou ses écrits en général n’étaient pas compris par les analystes ou les lecteurs.  

Marguerite Yourcenar écrit aussi toutes les sources d’information. Désir de rendre à chacun son dû: ce qui est de l’histoire; ce qui est d’elle. Car comme on l’a déjà dit Marguerite Yourcenar ne faisait pas que recopier des éléments du passé, elle y intégrait ses propres convictions.  

Le style, la forme sont très importants. Le décor est important mais sert toujours les personnages. Le décor n’est pas gratuit. A travaillé énormément le style: rythme de la phrase en prose mais aussi la prose poétique (Les yeux ouverts).  

C’est Grace qui fut sa traductrice en anglais car ainsi elle pouvait superviser, elle savait par expérience que les traductions ne sont jamais parfaites.

Le vocabulaire de l’auteure est précis, parfois difficile (le dictionnaire est nécessaire).  

L’auteure aime aussi introduire des phrases complètes en latin, qui ne sont pas traduites, dans le texte ce qui renforce la difficulté pour le lecteur qui n’a pas étudié le latin ou qui l’a étudié mais dans sa jeunesse !!!  

Lire Marguerite Yourcenar, c’est avoir accès à de multiples références culturelles; or, si le lecteur ne connaît pas ces allusions, il peut passer à côté du sens du roman et trouver le roman ennuyeux. Lire Marguerite Yourcenar nécessite donc une bonne culture générale. L’intertextualité est omniprésente.  

Lire des romans de Marguerite Yourcenar c’est l’occasion de revoir les subjonctifs présents, passés, imparfaits et plus-que-parfaits ! «Qu’il eût été fade d’être heureux ».  

Utilisation de l’ellipse. Pour passer de la vie à la mort par exemple. Phrases courtes pour marquer la mort en elle-même. A une ellipse correspond un long développement qui la précède. D’où sensation pour le lecteur d’un déplacement. La conclusion brève d’une phrase ample fait couperet ou coup de sabre. L’ellipse supprime l’agonie. Ex. La mère d’Anna meurt paisiblement «  sa mort sans agonie fut presque sans paroles. La vie de valentine n’avait été qu’un long glissement vers le silence » (Anna soror). « Eric van Lhomond tremble au premier coup de revolver il lui arrache une partie du visage. Au second coup tout fut accompli. » Au lecteur de concevoir ce que l’ellipse enferme de fermeté et d’amour dans ce cas (Coup de Grâce). L’ellipse est aussi l’indice d’une retenue morale, d’un refus de céder à la fascination de l’horreur sans pour autant négliger la grandeur de celui qui commet des gestes extrêmes . L’ellipse va de paire avec la litote.

Utilisation aussi de la métaphore . « j’ai tenu ce cœur entre mes mains » au moment de l’embaumement du corps d’Antinoüs(Mémoires d’Hadrien). Le cœur physique devient le cœur symbolique, celui de l’amour.(notes à partir d’un article de Jean Roudaut dans la NRF)

 

                   Sources des notes rédigées

1. D. Barette et C. Papeians, Auteurs contemporains - Marguerite Yourcenar, Edition Hatier, Bruxelles, 1985  

2. M. Goslar, Paroles d’Aube « Le visage secret de Marguerite Yourcenar », Edition La renaissance du livre, Tournai, 2001

3. G. Jacquemin, Marguerite Yourcenar Qui êtes-vous?, Edition La manufacture, Lyon, 1989

4. M. Goslar, Yourcenar « Qu’il eût été fade d’être heureux », Edition Racine, Bruxelles, 1998  

5. M. Galey, Les Yeux ouverts , Edition du centurion, Paris, 1980; rééd. Bayard, 1997.

6. J. Blot, Marguerite Yourcenar, Edition Seghers, Paris 1971 

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Michèle Goslar, du CIDMY, au Centre culturel de Bertrix

Compte rendu de Delphine Nannan, élève de 6e à l'IND de Bertrix

 

Ce vendredi 17 octobre, les élèves de 5e et 6e rénové de l’Institut Notre-Dame de Bertrix ainsi que quelques élèves de L’Athénée Royale, se rendaient dans l’après-midi au Centre Culturel de Bertrix, dans le but de rencontrer Michèle Goslar. Avec son talent de biographe, cette ancienne professeur de français raconte de façon structurée le parcours de la vie de Marguerite Yourcenar, écrivaine renommée à qui Michèle Goslar consacre désormais son temps depuis plus de quinze ans. Après la mort de la romancière, elle a fondé le Centre Yourcenar à Bruxelles, qui conserve non seulement des documents précieux sur les œuvres de Marguerite Yourcenar, mais aussi sur sa vie. Ce centre offre une guidance aux étudiants et aux chercheurs, grâce à une large bibliothèque des livres de l’auteur, ainsi que plus de 6000  documents.

Dans un cadre décoré d’anciennes photos de famille, d’objets et de portraits de Marguerite Yourcenar, Michèle Goslar disserte sur les œuvres déterminantes de la romancière, alternant entre détails, anecdotes et influences des livres.

Elle parle tout d’abord d’Alexis, premier livre de Yourcenar, dans lequel le héros campe un homosexuel avouant sa différence à sa femme par une longue lettre. La biographe varie fond et forme, et admet l’étonnement d’un tel livre écrit par une jeune femme, mais pourtant ajoute que celui-ci fut bien accueilli par la critique à l’époque.

Ensuite, c’est au tour de Coup de grâce, livre qu’elle dit autobiographique. Elle attire notre attention sur ce roman qui clôt une période d’écriture chez la romancière.

Parallèlement à Feux, Nouvelles Orientales et Les Songes et les Sorts qu’elle nous recommande, elle aborde également les mauvais romans de Yourcenar, qu’elle qualifie de romans à la mode, par laquelle l’écrivaine s’est laissée tenter. Ensuite, elle lit quelques extraits de Feux qu’elle cite souvent dans ses conférences : « Je ne tuerai point, on oublie vite les morts », « Qu’il eût été fade d’être heureux », « fou de joie, sage de douleur » par exemples.

Par ailleurs, Michèle Goslar traite une anecdote de la vie de Marguerite Yourcenar, qui montre bien que la romancière s’est laissée bercer par le hasard. En 1939, au commencement de la guerre, Yourcenar quitte l’Europe pour l’Amérique, ce qui provoque une rupture totale dans son écriture et dans sa vie. A l’âge de 20 ans, elle débute Mémoires d’Hadrien, mais non satisfaite, elle brûle tout. C’est seulement en 1949 qu’elle achèvera son œuvre suite à la découverte du début du roman qu’elle retrouve par hasard dans une malle qui lui fût envoyée aux Etats-Unis. L’auteur utilisera la technique de la lettre pour rédiger ce roman. Mémoires d’Hadrien est en effet une longue lettre sur sa vie que le personnage principal écrit à Marc-Aurèle. C’est après la publication de ce roman en Europe que Yourcenar deviendra célèbre.

Mais l’œuvre déterminante, qui rendra célèbre l’auteur dans le monde entier, est l’Oeuvre au Noir, qui lui coûte 27 ans de travail. Et pourtant, c’est grâce à lui qu’elle commence à vivre de sa plume. Elle considère même le héros du livre, Zénon, comme un frère. Elle voit ce roman comme le symbole de sa propre existence. La biographe contextualise les évènements de Mai 68 en parallèle avec ce livre. 

Pour en terminer avec ses œuvres, la conférencière aborde les trois livres que Yourcenar a écrits à la fin de sa vie et qui parlent de nouveau d’elle. Souvenirs Pieux raconte l’histoire de sa famille, Archives du Nord, que Michèle Goslar dit « très joli », parle de son père, et Quoi ? l’éternité  relate les évènements de la guerre 14-18, mais malheureusement, l’écrivaine nous quitte laissant son œuvre inachevée.

Pour notre curiosité, Michèle Goslar nous informe des quelques autres talents de Marguerite Yourcenar, tels que des pièces de théâtre, essais, poésies, correspondances et traductions. De plus, elle ajoute qu’à la fin de sa vie, la romancière se préoccupait beaucoup de l’écologie, la pollution, et autres problèmes mondiaux.

La rencontre se termine par quelques questions des étudiants, auxquelles Michèle Goslar répond avec sympathie et franchise.

retour: début article * sensibilisation à l'auteure

 

Deux travaux d'élèves: 'critique littéraire' de deux oeuvres de Marguerite Yourcenar, 
Le coup de grâce et Alexis ou le Traité du vain combat 

Benjamin Pajot : Yourcenar nous donne son coup de grâce

Marguerite YOURCENAR, Le coup de grâce, Coll. Folio, Gallimard, 1971, 123 pages.

Marguerite Yourcenar nous invite à un voyage psychologique à travers le destin tragique de trois jeunes gens confrontés à la même réalité. Magnifique, émouvant et passionnant.

Sur fond de première guerre mondiale et de la première révolution russe, l'histoire se situe dans un recoin des pays baltes. La vie y est rude, pénible, difficile. L'atmosphère est tendue. C'est dans ce décor meurtri qu'évoluent les trois personnages principaux, chacun essayant à sa façon de cacher le Malaise qui l'habite, et qui les rend tous plus durs de jour en jour, mais qui va aussi irrémédiablement les rapprocher et sceller leur destinée. Le premier pilier et personnage principal de ce roman est Eric vont Lhomond, un beau jeune homme élancé, blond aux yeux bleus, sans doute hérités de sa triple origine, française, balte et prussienne. A peine sortie de l'adolescence quand débute cette histoire, il part faire son service militaire en Allemagne et en revient soldat, ainsi que son meilleur ami Conrad de Reval resté au pays. I ls sont semblables physiquement à tel point qu'on les prend pour des frères. Même au niveau de la personnalité! Car ils ont tous les deux la faculté de ne tenir à rien, de goûter et de mépriser. Conrad a cependant un caractère plus doux et délicat. Le troisième personnage est Sophie, la soeur de Conrad,  C'est un petit bout de femme têtue, forte et espiègle. Ce garçon manqué, pourtant d'une grande beauté, est follement « éprise » d'Eric qui ne cesse de repousser ses avances. Commence alors une relation extrêmement constructrice et dévastatrice à la fois entre les deux jeunes gens, et qui va les pousser à aller jusqu'à l'inévitable.

L'histoire est écrite à la première personne et racontée à travers Eric. Il y expose ses doutes, ses craintes, ses sentiments, nous offrant sa façon de voir la vie et le monde qui l'entoure. Sa fierté et sa dureté - qui n'est qu'une façade pour se protéger - l'empêche de montrer objectivement ses émotions et ses faiblesses. Le lecteur doit essayer de voir au-delà de ce qu'il nous montre, pour saisir la vraie signification du récit. Eric donne peu d'informations sur Conrad, qui est pourtant son ami le plus cher et la personne qui compte le plus pour lui. Certainement à cause d'un mélange de pudeur et de tristesse. Par contre, il brosse largement le portrait de Sophie, dont il affirme ne pas être amoureux: sans doute minimise-t-il son attachement à la jeune fille. Au delà d'une histoire d'amour, on peut considérer que l'objet du livre est de décrire la solidarité et les liens étroits entre les trois personnages.

Marguerite Yourcenar s'est illustrée dans de nombreux genres littéraires; mais tous ont en commun une forte exigence éthique et spirituelle qui lui est chère. Son style est pur et d'un extrême classicisme, toujours minutieusement travaillé. Ses textes sont d'une grande richesse, tant par le vocabulaire et la grammaire que par le contenu. Le Coup de grâce est un récit tragique, court, mais assez long pour voir naître, vivre et mourir une histoire. Sans superflu, avec juste assez de détails pour émouvoir le lecteur et toucher juste. Complet, sensible et vrai: en un mot, parfait.

 

 

(...) Si jamais j'avais pu aimer Sophie en toute simplicité des sens et du coeur, c'est bien à cette minute où nous avions tous deux une innocence de ressuscités... (p. 193)

(...) Je craignais que le courage ne lui manquât subitement pour ce mauvais quart d'heure le plus long de ma vie, ce même courage qui naît souvent tout à coup chez ceux qui ont tremblé jusque là (...) p. 231

 


Maud Piquard, Confession

Marguerite Yourcenar, Alexis ou le Traité du vain combat, coll. Folio, Gallimard, 1971, 123 pages.


Mieux vaut tard que jamais...

C'est sans doute ce que pense Alexis lorsqu'il rédige, à l'intention de sa femme, une confession sous la forme d'une lettre autobiographique. 

 

 

Toujours sur un ton neutre et même troublant, l'auteur nous plonge dans le passé douloureux qu'est celui d'Alexis. Elle survole toute son existence, nous dévoilant sa pauvre enfance passée dans une famille exclusivement féminine, sa passion soudaine pour la musique, ses expériences: la mort de sa mère, son parcours de ville en ville pour en arriver à un tel point.
Cette atmosphère sombre grise et clame qui règne tout au long du roman reflète à merveille l'état d'esprit de notre héros. En effet, nous constatons qu'Alexis est continuellement en lutte avec lui-même: il ne peut s'accepter tel qu'il est, il se remet sans cesse en question et tente de faire le bilan de sa vie. C'est un être torturé par ses états d'âme, la plupart du temps déçu par la vie et par ses instincts qui ne lui permettent pas d'acquérir le bonheur. Tout ceci lui ôte régulièreme nt l'envie de poursuivre son vain combat. 

Le début du XXe siècle, au cours duquel semble se dérouler l'histoire, est une époque intolérante, coincée et pieuse, ce qui ne lui facilite par la tâche et est même cause de son mal-être, car il ne peut ni se confier, ni se dévoiler; aussi doit-il, tout seul, tout supporter. 
Et
c'est bien parce qu'il est arrivé à un point crucial de sa vie qu'Alexis témoigne ainsi de son existence à sa femme, Monique, qu'il respecte plus que tout. Il ne veut en aucun cas la blesser, mais seulement lui expliquer la cause de l'échec de leur mariage, dont il se sent seul responsable, afin qu'elle ne se culpabilise pas.
Le style de Marguerite Yourcenar est classique : des phrases amples, bien rythmées, qui suscitent la réflexion du lecteur dans une intrigue relativement aisée à suivre. 

 

 Début de l'article * "Conférence M. Goslar" * notes de lecture * retour 'sensibilisation à l'auteure'   

 

Recherches (él. de 6e) sur le livre de Mathieu Galey, Les yeux ouverts. Synthèse: Cécile Jancart
Voir aussi "thèmes" dans les notes de lecture sur M. Yourcenar 

Méthode d’écriture bien définie (A. Quevrin) 

  1. Forme impersonnelle même si emploi du « je » (utilisation du subjonctif )

  2. Fusion avec ses personnages pour les faire vivre le plus réellement possible et projection d’une partie d’elle-même dans ses personnages

  3. Rigueur renforcée par une recherche de documentation pour cerner au maximum ses personnages (utilisation d’un vocabulaire précis, reprise de phrases latines..)

Anticonformisme de Yourcenar par rapport à son appartenance « aristocratique » (E. Deffoin) 

1.    Pas de distinction entre les êtres humains : sociale ou raciale

2.    Dépouillement matériel : ascèse au niveau du quotidien, refus du profit et de l’enrichissement personnel

3.    Se détache des conventions : accepte sa différence affective, sa bisexualité

 Marguerite Yourcenar pose un regard sur la relation entre les gens (I. Goffin) 

1.    En ce qui concerne l’amour : différence entre amour et passion

2.    En ce qui concerne le racisme : Indiens, Noirs tous égaux

3.    En ce qui concerne le féminisme : des droits à acquérir (contraception, avortement…) mais des différences à maintenir.

 La vie influence l’écriture (J. Lepère ) et d’autres élèves 

1. L’influence des parents : mort de la mère (thème de la mort ), les richesses du père (références culturelles par les livres et les voyages)

2. L’influence de la classe sociale : niveau culturel grâce à l’argent , vocabulaire, expression, construction des phrases, utilisation du subjonctif

3. Education religieuse.  Marguerite Yourcenar s’oppose au dogmatisme pour davantage faire confiance à l’homme et à son corps. Prise de position face à des comportements de l’église (L’œuvre au noir). Exalte l’homme plus que le spirituel.

 Perception du temps passé, présent et futur par Marguerite Yourcenar (L. Balfroid) 

1. passé : les œuvres, (Hadrien , Zénon)
2. présent : le plaisir, l’amour
3. futur : écologie (protection de la nature)

but de l'article * Conférence M. Goslar * notes de lecture * retour 'sensibilisation à l'auteure * sommaire n° 118

 

Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source

 

LMDP* Langue maternelle * Documents pédagogiques 
Activités de langue française dans l'enseignement secondaire 


Ceux-là qui n'échangent rien ne deviennent rien. (Saint-Exupéry, Citadelle)
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