Astuce !

Pour toute recherche dans LMDP, ouvrez ALPHABET : accès direct à 700 fichiers

        LMDP

langue maternelle * documents pédagogiques

Ressources pour la classe de français dans l'enseignement secondaire * Revue trimestrielle

 http://docpedagfrancais.be/o:p> *  Écrivez-nous

Échange, recherche, formation

 

 

Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source

 

ACCUEIL
Ouvrir un numéro en ligne

ALPHABET

Index de tous les fichiers LMDP

COIN LECTURE

bibliographie, programmes, sites...

LIBRAIRIE

livres recensés depuis janvier 2001

ARCHIVES:

  86 articles parus dans LMDP

JULIBEL, le français d'aujourd'hui

Base de données initiée à la rédaction de LMDP

Julibel - recherche * Julibel - mode d'emploi

SOMMAIRE 

numéros parus depuis 1990

 

 

Publiés en version "papier" de septembre 1993 à mars 2004, les numéros 074 à 116 de la revue pédagogique LMDP seront progressivement mis en ligne.

Une cinquantaine d'articles parus dans cette série sont déjà sur notre site Internet : voir la page sommaire (titres en couleur rouge) ou la page archives. * Suivre cette mise en ligne

 

Numéro 115 - Décembre 2003

Sommaire

1. Le conte : rechercher, écouter, lire, écrire, mettre en scène et en musique * 1er degré

2. Quand les "frères" sont "ennemis" chez Racine * 3e degré

3. Bienséante, la litote? Pas sûr! * 2e degré

4. Mots croisés : Comment réconcilier l'élève avec l'orthographe, la conjugaison et la syntaxe tout en enrichissant son bagage lexical ?

* 3e degré P

5. Quelques dispositifs pour favoriser la lecture au premier degré

6. Faites entrer les animaux !

Composer et exposer un bestiaire * 2e degré

7. Pierre Coran et Claude Duneton :

comportements de profs au 1er degré

En guise d'édito

Montaigne comme modèle

La liberté intellectuelle, ou Sagesse, c'est le doute. Cela n'est pas bien compris, communément. Mais pourquoi ? Parce que nous prenons comme douteurs des gens qui pensent par jeu, sans ténacité, sans suite ; des paresseux enfin. Il faut bien se garder de cette confusion. Douter, c'est examiner, c'est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation, contre la puissance de croire qui est formidable en chacun de nous. (...)

[Montaigne] est un homme qui pense véritablement, non pour les autres, mais pour lui-même, et qui fait l'inventaire de ses pensées, qui les pèse, qui les étire, qui les passe au feu de la critique, sans égards, sans respect. C'est quand on le suit que l'on saisit bien ce qu'il faut de force humaine pour douter. Douter est un travail de force, comme forger.

Alain, Propos, Pléiade, p. 130-131.
 

 

Contes d’hier pour chanter demain...

Autour du conte

Rechercher – Ecouter - Lire – Ecrire – Mettre en scène et en musique...

Récit de Josiane Incoul, ISJ, Libramont, classes de 2e

 Nous présentons ici une activité correspondant au programme de deuxième année : apprentissage, reconnaissance, manipulation des schémas du récit. Cette séquence, chaque année, est construite avec les élèves, qui se mettent volontiers en piste : depuis la recherche de textes jusqu’à leur représentation scénique. Au fil du temps, l’évaluation du parcours nous permet d’affiner le projet : élargir le choix de contes, creuser quelques données théoriques, articuler avec d’autres domaines du programme...

 

Première étape : Écouter

Les élèves ont été chargés de trouver des contes : dans leurs souvenirs, dans leurs lectures, auprès de certaines personnes (mémoire de la famille, mémoire du village...) ; ils ont apporté différents récits. Influencés par les dessins animés, ils avaient mêlé les genres : une première mise au point s’est donc imposée où a été ébauchée une première grille des caractéristiques du genre.

J’avais accepté que soient présentés en classe les récits trouvés et proposés par l’ensemble des élèves (question d’honorer l’effort de recherche individuelle...). Et cette grille d’identification du conte a donc procuré le moyen de reconnaître à l’audition les vrais contes.

Au cours de Corps Parole, les élèves de deuxième ont appris quelques techniques de respiration, d’utilisation du regard, du travail de la voix. A tour de rôle, respectant ces techniques, ils viennent « conter » certains éléments de récits sélectionnés.

L’idéal serait de disposer d’un local différent de la classe, où l’on puisse s’asseoir sur des tapis de sol et se laisser emporter par les voix... Quand cela n’est pas possible, je fais disposer les chaises en cercle, pour que tous se voient, et le « conteur » se place sur un banc. Chacun peut également apporter l’un ou l’autre objet pour se mettre en condition, pour mieux épouser l’allure du texte : chapeau, cape, livre, petits accessoires, pas trop nombreux.

L’évaluation veille à prendre en compte à la fois l’écoute et le travail de la voix, du geste, de la mimique...

 

Deuxième étape : Lire

Après une première critique positive des conteurs, nous opérons un choix de contes, en lisant tous les éléments concernant cette activité dans le livre De cap en cap 2.

A l’aide de tous ces éléments, de contes de différents continents, nous dégageons les schémas du récit, qu’ils concernent la narration ou les personnages.

Les élèves appliquent ces découvertes en complétant des récits, en ajoutant des personnages, en compliquant les transformations, en variant les temps de conjugaison. A ce moment, on peut glisser des leçons de structuration sur l’emploi des temps : imparfait, passé simple, temps composés (activités dont les élèves, dans ce contexte motivant, admettent le bien fondé).

Les élèves peuvent alors lire un extrait de texte, le situer dans la narration, reconnaître les rôles joués par les différents personnages.

 

Troisième étape : Écrire

Par groupes, les élèves choisissent un récit, de préférence un conte. Les consignes, pour cette nouvelle étape, sont précises et notées si nécessaire, puisque la correction du travail dépendra du respect des exigences fixées au départ.

a.  Rédiger un nouveau conte, au présent.

b.  Respecter le schéma narratif, les personnages et leur rôle, la fin du conte imité.

c.  Actualiser le conte : décor, langage, costumes, métier...

d.  Rédiger d’abord la trame du récit : situation initiale, transformation, situation finale ; quête, opposants, etc.  

e.  Rédiger les dialogues entre les personnages.

f. Rendre un exemplaire complet par groupe, dialogues insérés dans le récit.

Pendant ce travail de rédaction, je circule dans la classe, pour une première correction, pour écouter les difficultés, rappeler les consignes, régler parfois les conflits au sein d’un groupe, sans cesse fixer l’objectif final, mais aussi apprécier l’originalité des trouvailles, les recherches de jeux de langage, les idées liées à l’actualité politique, artistique... Ce que nous pouvons, effectivement, appeler le conte actualisé.

La cote est attribuée pour le travail de rédaction, mais aussi pour la gestion du travail de groupe qui figure dans nos compétences de l’élève ci­toyen.

 

Quatrième étape : Parler

Chaque groupe présente à la classe sa rédaction, qui est mise en scène.

Nous disposons de la caméra de l’école, parfois d’un local approprié. Si ce n’est pas le cas, nous aménageons la classe. Tous les élèves peuvent ainsi manier la caméra : nous obtenons des petits chefs-d’œuvre, mais il arrive aussi que certains films nous montrent surtout... les défauts des plafonds, les chaussures, la nature aperçue par la fenêtre. Certains élèves se découvrent ainsi un véritable talent ; d’autres se rendent compte que toute technique demande un apprentissage.

La présentation du conte actualisé est, elle aussi, très variable. Certains récitent simplement un texte appris par cœur. D’autres jouent vraiment, sont maquillés, costumés, construisent des éléments de décor. Quelques élèves ont même ‘en­gagé’ un condisciple technicien, chargé des bruitages, de l’accompagnement musical.

Les deux classes peuvent ensuite visionner, à l’école, le résultat de leur travail et construire ensemble une critique positive de l’évolution de l’activité, en fonction de nouveaux critères, établis par les élèves.

Un groupe, ayant particulièrement plu aux autres, a présenté son travail au spectacle de fin d’année. Il s’agissait de l’adaptation des Trois petits cochons, jouée dans le château de la Star AC, ponctuée par le refrain « Cassé », chanté en coulisses par d’autres élèves. (Voir encadré)

*

Les élèves ont dû gérer quatre activités, individuellement et en groupes, ponctuées par des temps d’évaluation.

En 3e et en 4e, ils pourront approfondir d’autres genres et apprendre toute la valeur symbolique de ceux-ci, leur valeur éducative.

Pour ma part, j’ai découvert des élèves surpris par la qualité du travail, prêts à se corriger plusieurs fois et parfois émerveillés par le résultat obtenu. Toutes ces activités se déroulent dans le calme lorsque chaque élément du groupe y trouve sa place. Les meilleurs travaux sont – on ne s’en étonnera pas - ceux des groupes les plus soudés, où chacun vise l’objectif final.

 

Petite chronique d’une réécriture

Le groupe, 3 filles, 2 garçons, est rapidement d’accord sur le thème : le château de la Star Ac. Cinq personnages : dans le château, Nolween, longue perruque noire, pantalon blanc, exécute tous les ordres de James, garde du corps, majordome stylé, costume trois pièces, muni d’un immense agenda, ne laissant aucune liberté ni aucun souci à sa protégée : il se charge de tout !

Dans une petite maison simple, vit Annette, amie de Nolween, fille moderne, voix aiguë, visite Nolween chaque jour... car elle est amoureuse de James, l’admire, lui demande protection, s’accroche à son bras. James leur sert du champagne quand on sonne à la porte : c’est Pink, new voisine, habits noirs, jaunes, rouges, perruque rose, un seul meuble dans son cabanon en bois : un fauteuil gonflable, bleu... Aucune éducation ! Venue inviter pour fêter son installation, elle chipe quelques verres au passage, fait la bise à Nolween... qui n’y tient guère. James, qui ne porte pas Pink dans son cœur, accepte l’invitation, la note dans l’agenda. 

Pink ronfle dans son fauteuil. Des coups de feu la réveillent : sa maison est attaquée, elle se réfugie chez Annette, endormie elle aussi, qui doute des dires de Pink, mais l’héberge quand même. Annette se moque de Pink quand elles vont constater les dégâts... puisqu’il y a si peu dans la maison attaquée ! Mais un billet est déposé là : Je reviendrai demain, même heure. Signé Ou sama.

Seconde nuit de Pink chez Annette. Nouvelle attaque, et plus violente ! Elles voient fuir une silhouette noire, cagoulée, armée. Nuit suivante chez Nolween ; James, toujours calme, forme deux patrouilles : les trois filles, et James tout seul (qui ne veut pas d’Annette...).

Nuit suivante : chasse à l’homme victorieuse : Ou Sama a cessé de vivre. Annette saute au cou de James... Retour au château, c’est l’heure de répéter, pour Nolween : CASSE.

 Peu de décors, juste assez pour distinguer les maisons. Les élèves ont choisi les nombreux bruitages et les costumes. Mon intervention se limite à couper quelques temps morts, privilégiant l’action, les dialogues. Une expérience où chaque élève participe à plein, à l’écrit comme à l’oral.

 

 

Quand les « frères » sont « ennemis » chez Jean Racine

 Jean van der Hoeden

         Tire-toi de là...

        Avec sa Thébaïde, Racine a mis en lumière, de façon remarquable, les conséquences le plus souvent dramatiques de ce qu’on pourrait appeler le « Pas de place pour deux ! » ; celui-ci est la situation où, par exemple, loin de l’être encore comme une chance, l’autre n’est finalement plus perçu que comme un ennemi dont il faut à tout prix se défaire sous peine d’avoir à mourir soi-même sous les effets de sa violence, de son joug ou de sa loi. Quand on y regarde de plus près, on comprend assez vite que ce dont il est question dans La Thébaïde comme d’ailleurs dans la plupart des autres œuvres de Racine, ce n’est pas le conflit, simple et momentané, qui naît éventuellement d’un « Tire-toi de là, que je m’y mette » comme on peut en entendre tous les jours sur une aire de jeux de plein air pour enfants ; c’est en effet un conflit bien plus profond et bien plus redoutable : celui, complexe et premier, qu’expriment, chacun à leur manière, le « Si tu restes un instant de plus, même en esprit, sur un trône dont je suis le seul propriétaire, tes heures sont comptées » lancé comme un avertissement sans la moindre ambiguïté, et le « Si tu fais un seul pas, même en pensée, pour me déloger d’une place qui ne revient qu’à moi seul, tu es un homme mort » non moins clair qui lui a toujours déjà répondu.

Essayer d’empêcher quelqu’un de demeurer plus longtemps à la place qu’il occupe depuis un certain temps seulement, légitiment ou non, cela demande tout au plus du savoir-faire, et la panoplie est vaste des armes disponibles pour y réussir, le coup d’état étant devenu aujourd’hui plus que monnaie courante en cette matière ; bien que parfaitement stupide, le corbeau de La Fontaine a fini par comprendre que l’exercice de l’art de flatter est moins coûteux et qu’il peut même faire davantage merveille, surtout lorsqu’il est utilisé avec intelligence. Pour ne pas avoir à chasser quelqu’un, en recourant ou non à la force, de la place qu’on considère comme sa place à soi depuis toujours, il faudrait ni plus ni moins l’avoir toujours occupée soi-même, au moins en droit, avant lui – y être donc, en quelque sorte, de manière originelle ou principielle –, et qu’on puisse se recommander au besoin ici d’une autorité absolue, prête à garantir de façon certaine la légitimité du siège où l’on trône et du pouvoir qu’on exerce éventuellement à partir de lui. La situation qui fait le cœur de La Thébaïde est d’autant plus dramatique que, sans doute frères ennemis se haïssant si bien à mort qu’ils finiront par s’entre-tuer, Étéocle et Polynice sont d’abord des… jumeaux, et donc des êtres pouvant prétendre tous deux aux mêmes droits. Qu’elle soit heureuse ou conflictuelle, une relation suppose au moins deux termes, et la disparition de l’un entraînerait si automatiquement celle de l’autre, qu’à tout prendre, certains semblent parfois préférer l’entretien d’une relation de haine à pas de relation du tout : il est des guerres « froides » comme il est des guerres « chaudes » ; arriver à sortir du délétère qu’engendrent pourtant autant celles-là que celles-ci, voilà qui suppose qu’on ait perçu que là où une relation d’amitié ou de collaboration peut amener chacun des termes qu’elle unit à un plus grand épanouissement de lui-même, une relation de mépris ou de haine les maintient dans l’obligation de faire preuve d’une vigilance constante : tout moment d’inattention, même le plus bref, pourrait avoir des suites dommageables et même irréversibles.

Pas de place pour deux !

Il n’est pas inutile de le rappeler : le « Pas de place pour deux ! », le siècle de Racine et Racine lui-même l’ont vécu jusqu’au bout du déchirement et des souffrances qu’il manque rarement d’entraîner. On le sait : le XVIIème siècle a vu s’affronter avec une extrême violence les conceptions janséniste et jésuitique des rapports entre l’homme et le mal, la première voyant dans ce dernier la  substance même dont l’homme serait fait depuis le « péché originel » (un péché qu’il a en réalité d’autant moins commis que ce péché est un état plus qu’autre chose), la seconde insistant sur l’aspect accidentel de ce péché, en d’autres termes, sur le fait que, attendu que le Bien est « au départ », il peut toujours être retrouvé naturellement ; aucune « place pour deux » donc, vraiment aucune, dans cette lice-là, où l’affrontement porte bien sur une fondamentale question de préséance. On ne le sait peut-être pas aussi bien, mais la chose n’est pas moins importante dans le cas qui nous occupe : la décision que Racine a prise un jour d’écraser Corneille pour occuper seul la scène du théâtre français trouve son origine dans les relations torturées qu’il a entretenues avec sa « mère Port-Royal », [Voir ici par exemple mon livre Jean Racine ou le droit de vivre, Paris, Éd. du Cerf, 2002.]  relations où, si l’on ne veut pas être tué par la « mère castratrice », il faut la tuer soi-même à temps, acte qui fait bien sûr, de l’ « ingrat de naissance » qu’est toujours le fils racinien, un assassin ; là où le Néron de Britannicus se contentera de vitupérer contre Agrippine, et le Titus de Bérénice, de ne régler qu’en mots ses comptes avec sa mère-Rome tout en ayant l’air de se soumettre de plus ou moins plein gré à ses injonctions, le Pyrrhus d’Andromaque a sans doute tourné résolument le dos à « la Grèce qu’il n’a pas vaincue que pour dépendre d’elle » (Andromaque, v. 238) ; mais ce fut pour être assassiné sur son ordre. Dans le rapport du fils racinien à sa mère, l’élément manquant est toujours le père, mort ou absent, sans qu’on sache jamais exactement ce qu’il convient qu’on dise ici de lui, et même s’il y a une différence essentielle et déterminante entre les référents de ces deux termes.

 La mère racinienne...

Omnipotente et seul chef de famille en l’ « absence-mort » de son époux, situation à laquelle elle n’est jamais tout à fait étrangère, la mère racinienne se présente comme à la fois origine et fin, si bien que la guerre sans merci que se livrent Étéocle et Polynice peut sans doute très légitimement être considérée comme une manière de faire le jeu de sa folie en se contentant de s’entredéchirer sous ses yeux, et donc d’y rester. Mais avec ce qu’elle a aussi de façon d’appeler au secours de vies menacées un « père fondateur de sens et de vraie existence » (un père qui, à la différence de la plupart des pères raciniens, ne serait plus ni simplement timide, ni carrément lâche), cette guerre se fonde dans l’espérance de l’instauration d’un règne de justice ; espéré, ce serait celui où « l’ amour de la loi » ne l’emporterait plus sur « la loi de l’amour », où l’ordre n’aurait de signification qu’au service de la vie, et où la « Chambre » se garderait toujours soigneusement de fermer sa porte à la lumière de l’« Extérieur », [ Je reprends ces deux termes au Sur Racine de Roland Barthes, Éd. du Seuil, Paris, 1963, p. 16-17. ] la seule capable d’empêcher le berceau qui s’y trouve de devenir un tombeau ; c’est que ce destin est celui de tout berceau où l’Ordre, alors « ancien », aurait fini par se préférer à la Vie, sa seule raison d’être étant pourtant de la rendre plus vivante et donc plus féconde.

C’est sur l’arrière-fond d’une absence complète de valeurs morales que Polynice et Étéocle s'affrontent, sans que le temps soit encore pour eux à la moindre discussion ou au moindre compromis. Étéocle est enfermé dans un pouvoir devenu vieux à force de s’être coupé de la vie, comme, par ses remparts, Thèbes s’est isolée du reste du monde ; aussi résolument du côté du « jusqu’à la mort, s’il le faut » que Polynice l’est du côté du « au nom de la vie, jusqu’au bout », et prétextant, comme le fait aussi le vil Créon, que le bien de l’État s’accommode mal des remous qu’engendrent les remaniements politiques, il est convaincu que « régner » n’est nullement « partager sa couronne » (v. 79) et que « sortir du trône et couronner son frère » (v. 124) équivaudrait pour lui à mourir. Parce que la mort de Polynice entraînerait immanquablement la leur, Jocaste et Antigone ne peuvent que se résoudre à tenter de le convaincre de renoncer à exercer une autorité qui lui revient pourtant autant de droit qu’à son frère : même si Polynice a des raisons de voir en Étéocle un « fier usurpateur » (v. 460) qui ne se maintient que « par cent lâchetés » (ibid.) au rang « où il a su parvenir par la force » (v. 490), tout ne vaut-il pas mieux qu’une crise politique dont on ignore l’issue, et d’abord que la mort d’une mère et d’une sœur, toutes deux désespérées ? Voilà qui est trop lui demander, déclare le Polynice devinant là un honteux chantage, d’autant que cette « injuste prière » (v. 528) a bien l’air de n’être inspirée que par le seul désir de « favoriser un tyran qui l’outrage » (v. 531), « tyran » chez qui d’ailleurs « quitter un trône » doit d’être « plus pénible que quitter la vie » (v. 732) au seul fait que, « auprès du diadème, il n’est rien qui le touche » (v.112). Et puis, se demande fort justement le même Polynice, pourquoi mourrait-il moins, de ne pas pouvoir exercer à son tour un de ses droits, que son frère mourrait de ne pas pouvoir abuser d’un des siens ? Sa mort à lui peinerait-elle donc moins sa mère et sa sœur que celle d’Étéocle ? Trêve de considérations auxquelles on peut peut-être toujours trouver quelque chose à redire : si Étéocle « a pour lui le peuple » (v. 1166), « j’ai pour moi les Dieux » (v.1166), déclare Polynice. Quels qu’aient pu être leurs arguments, les deux frères finiront par mourir tragiquement en même temps, chacun sous les coups de l’autre, cela sur la toile de fond d’un débat d’autant plus vain à première vue qu’avoir « le peuple » ou avoir « les Dieux » dans son camp n’empêche pas de mourir ; ceci confirmerait qu’à moins que l’« ordre du début » ait toujours été binaire , il est des moments où la question de savoir « qui est premier des deux » pourrait bien n’avoir ni réponse ni même sens.

Le « je » et le « tu » se défient...

Le « Pas de place pour deux ! » qui fait l’univers de Racine, univers où le « je » et le « tu » se défient sans jamais parvenir au moindre vrai « nous », est le signe d’une difficulté essentielle que l’on rencontre partout dans l’existence, et à tous ses niveaux : celle de « faire confiance ». C’est que la stratégie de la méfiance perpétuelle est épuisante : demeurer sur le qui-vive, se préoccuper davantage d’essayer de déchiffrer ce qui se cacherait derrière les « silences qui en disent long » que d’écouter sans plus les « silences », ne jamais baisser la garde par peur d’être touché par l’« adversaire » à ce moment précis, maintenir l’autre sous son regard comme en résidence toujours surveillée, cette attitude conduit un jour à ne plus voir le danger là où il est ou à le voir là où il n’est pas, à moins qu’on ait décidé de le voir partout, ce qui est aussi fou que plus facile. Et puis, si pour obtenir gain de cause, il faut se présenter devant le tribunal du « peuple » ou devant celui des « Dieux », devant quel autre tribunal devront donc se présenter eux-mêmes ces deux tribunaux s’ils veulent être certains, non pas d’être seulement « dans ‘leur’ droit » quand ils tranchent, mais dans « ‘le’ Droit » ? Même question pour cette nouvelle « instance supérieure ». À lire Le Procès de Franz Kafka, la quête du « juge absolument juste » peut être interminable, sinon vouée à l’échec ; il est vrai qu’à relire le Huis-Clos de Jean-Paul Sartre, on pourrait se sentir déjà moins séquestré dans le regard des autres en prenant l’initiative de cesser de les séquestrer soi-même d’abord dans le regard qu’on porte sur eux.

Le Dieu du jansénisme...

Dans le jansénisme le plus rigide qui aurait bien voulu imprégner complètement l’âme de Racine, Dieu n’est aucunement père, il est seulement juge ; à la différence de l’affirmation de soi, de la revendication du droit à la liberté de conscience, et de la volonté de développer une pensée originale, toutes attitudes qu’il condamne sévèrement, le refoulement des désirs même les plus normaux, la soumission et l’obéissance aveugles, et le renoncement à toute forme de personnalité propre sont des attitudes qui lui plaisent, qui « sauvent » et qui protègent de son courroux. Et c’est bien la peur des réactions d’un ordre aussi aveugle qu’impitoyable qui maintient Jocaste dans la lâcheté : aller plus loin que soutenir du bout des lèvres les droits de Polynice contre la tyrannie exercée par Étéocle, seul ce comportement-là de sa part eût été celui d’une mère ayant choisi de se ranger du côté de la vie plutôt que de celui de la mort, comportement dont n’a pas été davantage capable l’Agamemnon d’Iphigénie. Il est vrai que le « Pas de place pour deux ! » chez Racine, c’est d’abord celui où la mort dispute le dernier mot à la vie, conflit qui fut le plus profond de tous ceux qui ont marqué sa propre existence, et dont il a tenté de sortir par un théâtre où la violence manifestée à l’égard de tous les « empêcheurs de vivre » n’a d’égal que le refus de mourir en victime d’un ordre injuste, même si celui-ci se prétend le seul à être mandaté pour régenter la vie. Car la question surgit alors, immédiatement : « Mandaté par quel être lui-même injuste ? » Dans La Thébaïde, Polynice tente de tenir tête à l’agressivité possessive qu’incarne Étéocle, à la mère incestueuse que représente Jocaste et au traficotage de l’autorité politique dont Créon dégage l’odeur nauséabonde ; et s’il est ici aussi intraitable que dur, c’est parce qu’on l’y accule  : « Ah ! si je suis cruel, on me force de l’être ; Et de mes actions je ne suis pas le maître. J’ai honte des horreurs où je me vois contraint » (v.1053) ; son combat est en réalité celui qu’a livré Racine lui-même contre ce que sa « mère Port-Royal » avait fini par avoir de plus détestable : d’être devenue insensiblement, et en même temps, une autorité dévoratrice sans pitié, un giron ne prêchant que la mort à ceux qui auraient songé à s’en écarter, et un pouvoir traitant les âmes comme on traite des sujets. Dans la lutte que se livrent Polynice et son frère, Polynice représenterait assez bien la dimension de Racine correspondant à ce qui a été très vite sa volonté d’émancipation par rapport à Port-Royal, et Étéocle, ce qui est toujours resté secrètement chez lui une sorte de peur de faire aboutir cette même volonté par crainte de représailles. Lorsqu’on analyse de près les grandes œuvres théâtrales de Racine, on sent que leur thème central peut presque se résumer en une seule question, toujours le même : « Naître ou ne pas naître ? » ; cette question indique que ce qui est aux prises dans ces mêmes œuvres, ce sont des forces antagonistes enfermées dans un même lieu asphyxiant : d’une part, des forces d’audace, de révolte et de sécession rageuse, d’autre part, des forces de timidité, d’abdication, et de conformisme prudent ; Polynice incarne les premières, Étéocle, les secondes ; chez Racine, elles s’affrontent dans l’«Antichambre » [ Barthes, op. cit.] lieu où la parole tourne en rond, se gonflant, jusqu’à presque éclater, de tout ce qu’elle porte en elle de refoulé, et se dégonflant aussi vite de tout ce qu’elle renvoie dans un silence qui n’en continue pas moins à la ronger comme un cancer. La vraie violence dans l’œuvre de Racine est celle de ce « mouvement intransitif » où le « je vais dire et faire ceci » et le « non, soyons prudent, il vaut mieux ne rien dire et ne rien faire » passent leur temps à se relayer sans que rien ne bouge jamais vraiment, chacun des deux cherchant à prendre la parole pour la perdre au moment même d’y parvenir (dans La Thébaïde, c’est un même personnage qui serait, tour à tour, Étéocle et Polynice, l’« enfant soumis » et l’« enfant rétif »). C’est dans ses Cantiques spirituels de 1694 que Racine a livré la clé secrète de ce mécanisme infernal, où le jour se bat pour voir le jour au moins un instant avant que la nuit ne soit déjà revenue pour n’avoir en réalité jamais été quittée : cette clé secrète, c’est la « guerre cruelle » que n’ont jamais cessé de se livrer en lui les « deux hommes » qu’il y a toujours trouvés, celui qui, « plein d’amour pour Dieu, veut que son cœur lui soit toujours fidèle », et celui qui, « à ses volontés rebelles, le révolte contre sa loi ». * Il ne faudrait pas l’oublier : ce que Racine entend par « volontés rebelles contre la loi de Dieu », c’est d’abord tout ce que la « mère Port-Royal » a condamné chez son « fils insoumis » comme autant d’atteintes à ce qu’elle représentait elle-même ou croyait représenter ; Racine ne faisait pourtant que dénoncer les manœuvres d’infanticide auxquelles Port-Royal n’hésitait pas à se livrer sur lui pour qu’il lui demeure obéissant. Mourir de désespoir de demeurer dans la « Chambre », mourir de culpabilité d’avoir gagné l’« Extérieur » ou mourir fou d’un éternel va-et-vient dans l’« Antichambre » (la démence est-elle parfois autre chose qu’ « être tout à fait là sans y être du tout » ?), Racine a refusé ces trois impasses, et il l’a fait en écrivant ; la « douloureuse passion » que fut souvent sa vie en a été le prix.

* Voir ici par exemple François Mauriac, La vie de Jean Racine, Saint-Amand-Montrond, Librairie Académique Perrin, 1999, p. 194.

 


NDLR - Les frères ennemis…, propositions de lecture :

 *             Frédéric Boyer, Comme des frères, Calmann-Lévy, Petite bibliothèque des idées, 1998, 100 pages, 10,60€

                [Caïn et Abel, une histoire toujours revécue ; le frère : celui que je me refuse d’éliminer...]

*            Figures bibliques, figures mythiques, ambiguïtés et réécritures, textes édités par Cécile Hussherr & Emmanuel Reibel, éd. Rue d’Ulm, oct. 2002, 144 p., 18€ * Diffusion : Ophrys

[Parmi ces figures, celle de Caïn]

*    Véronique Léonard-Roques, Caïn, figure de la modernité (Conrad, Unamuno, Hesse, Steinbeck, Butor, Tournier) Paris, H. Champion, coll. Littérature générale et comparée, vol. 35, 376 pages, 62€. 

*    Texte complet de La Thébaïde de Jean Racine sur http://gallica.bnf.fr/Fonds_Textes/T0101481.htm  

 

 

Bienséante, la litote? Pas sûr!

Article déjà en ligne

 

Mots croisés : Comment réconcilier l'élève...

... avec l'orthographe, la conjugaison et la syntaxe tout en enrichissant son bagage lexical ?

6e P Récit : René-Marie Jadot

 Cruciverbiste de cœur depuis des années, il m’est venu à l’idée de faire partager cette passion à mes élèves de 6e afin de les réconcilier avec leur langue maternelle.

La séquence de cours se compose de deux parties principales : 

La première partie

La deuxième partie

Concerne les mots croisés proprement dits et se divise elle-même en deux parties :

Celle des définitions classiques

Celle des définitions originales (jeu sur le sens, sur le son)

Avec grille d’introduction chaque fois résolue en classe (recherche individuelle puis mise en commun.)

En fin de partie, un petit lexique comprenant une série de petits mots se retrouvant fréquemment dans les mots croisés aidera les élèves à la réso­lution ou encore à la composition de grilles, cette dernière clôturera en « apothéose » ce premier volet. (Un exemplaire réalisé cette année par un élève de mécanique y est repris.)

Les activités ont pour objectifs : d’enrichir le bagage lexical des élèves, d’améliorer leur orthographe (« Monsieur ! il y a une case trop peu » - « Réfléchis ! ») et ce, d’une façon ludi­que, enfin de leur faire prendre conscience qu’un dictionnaire ne doit pas être un ramasse-poussière mais un livre de chevet.

Concerne le chassé croisé qui est, dirons-nous, l’enfant métissé d’une grille classique de mots croisés et de l’extrait d’une œuvre d’un écrivain, l’élève faisant appel tantôt à la mère, tantôt au père pour résoudre l’exercice.

L’objectif principal de cette seconde partie est de ré­concilier l’élève avec la syntaxe en lui faisant découvrir, toujours ludiquement, qu’il est capable de reconstituer un extrait d’une œuvre et ce en laissant jouer parfois (et même souvent chez certains) son intuition (n’y a-t-il pas un écrivain qui sommeille en chacun de nous, quelle que soit l’orientation des études prise ?).

N.B. :Je ne me suis pas encore aventuré à faire faire par mes élèves un tel exercice (comme pour la première partie), mais cela n’est pas exclu quand je constate le plaisir que certains prennent à résoudre ces chassés croisés.

Cette séquence dure, en règle générale, jusqu’au congé de Toussaint, l’essentiel des exercices étant réalisé en classe. (Individuellement ou par équipe de deux.)

Rem. :Pour certains exercices il est souhaitable d’avoir deux périodes groupées.

 

Nous ne présentons ici que la première partie : Les mots croisés

1.   Introduction :

A) Tentez de résoudre cette grille classique de mots croisés :

 

Horizontalement 1. Lorsque l’on est en plein dedans, on est profondément troublé.-2. Qualifie une communauté communiste aux U.S.A.-3.Base surélevant une statue.-Oiseau aux belles couleurs.-4.Pronom personnel.-Obtenu.-Eau-de-vie de grains.-5.Avoir un résultat heureux.-6.Prénom féminin.-Légumineuse.-7.Point cardinal.-8.Derrière la glace.-Troublé.-9.L’iridium.-Citas.-10.C’était une auge de maçon.-Négation.-11.Qui commence à paraître.

Verticalement 1.Divertissement.-2.Chef-lieu de canton de France.-Un air, une mélodie.-3.Le vider, c’est dire tout ce qu’on a sur le cœur.-Débute une Longue série.-Note de musique.-4.Elles habitent une ville sur le Rhône.-5.Elles sont de la famille des mouettes.-Sigle d’un mouvement clandestin.-6.Terme musical.-Changea de peau.-7.C’était une catapulte.-Sigle d’un groupe d’officiers.-8.Initiales inscrites sur une croix.- Manœuvrant l’aviron.-9.Homme d’Etat portugais.-Banale.

 

B) Tentez de résoudre cette grille de mots croisés à définitions originales:

Horizontalement - 1.N’est jamais suivi.- 2.Têtes sans cervelle.- 3.Entrée.-Surface de réparation.-4.Menue monnaie.- On pouvait le voir à l’Arsenal.-5.Marque une direction.- Sur les petits écrans.-6.Vague de chaleur.-Ça vaut le coup !- 7.Petite cité alsacienne.-Note à l’envers.-8.Relèvent le goût.- 9.Fait obstacle.-Mouvement de la littérature.-10.Telles qu’on le dit.

Verticalement - 1.Qui ont donc retrouvé la forme.- 2.Travaille pour la forme.-Symbole.- 3. Est sujet à de multiples interprétations.-Se fit cadet.- 4.Vraiment pas brillant.-Valait bien quelques pintes.- 5. Le chant du cygne de Voltaire.-A disparu sur un char de feu.- 6. Pas claire du tout.-7.Terminaison d’infinitif.-Tambour ou trompette.- 8.  Mathématicien écossais.-Etoffe retournée.- 9. Cours de Français.- Ajoute du gras.- 10.Roi des Perses.- D’un auxiliaire.

2.   Les définitions :

La difficulté des mots croisés réside essentiellement dans la formulation des définitions qu’on peut classer en deux catégories : les classiques et les originales.

a.         Les définitions classiques

Pour celles-ci, un simple recours au dictionnaire (si nécessaire) suffit généralement car il s’agit :

*          Soit d’une simple synonymie * Exemple : BRILLE (4 lettres) à LUIT

Attention : à un nom correspond un nom (singulier ou pluriel), à un adjectif correspond un adjectif (singulier ou pluriel, masculin ou féminin), à un verbe correspond un verbe (même mode, même temps, même personne). Etc.

*   Soit d’une expression, d’une périphrase dont l’un des mots cherché au dictionnaire peut amener à trouver le mot-solution. * Exemple : il abrite la couvée (3 lettres)  COUVEE = NICHEEà  NID

     Applications :       
Cherchons ensemble - Souvent avant les autres (3 : U ) * Pas une seule (6 : A) * Rendis conforme aux prescriptions légales (7 : V) * Qui ne manque de rien (5 : N) * Repas (4 : C) * Un peu folles (7 : T) * Fabriquèrent du textile (9 : T) * Sérieux (5 : R) * Ce n’est qu’un ragoût grossier (11 : R) * Cruauté (10 : I).

Cherchez seul

Facile Blanc (10 : E) * C’est une plainte sans fin qui importune (9 : J) * Machin (4 : T) * Formule (4 : E) * Sacré (10 : I) * Elles sont mises à la poubelle (7 : O) * Vantera les mérites de quelqu’un (6 : L) * Peut être un bureau de Maître (5 : E) * Causera du tort (5 : N) * Agacés (7 : E).

Un peu plus difficile Mis sur la paille (6 : R) * Travail de naturaliste (10 : E) * Ils détectent les obstacles même la nuit et à distance (10 : R) * On le bat quand il est chaud (3 : F) * Elément de la ligne d’attaque (6 : A) * Ils précèdent les repas (7 : A) * De telles idées sont tristes (6 : N) * La passoire en est un (9 : U) * Donner ses dernières volontés (6 : T) * Suivis à la trace (6 : P)

 

b.   Les définitions originales

      Les définitions sortent de l’ordinaire car elles sont basées sur :

            *          Des jeux de mots (paronymie, polysémie, sens propre ou sens figuré, etc…)

Exemple : Il en impose beaucoup avec ses avertissements (10) ¢          Percepteur

En impose à :                     en fait accroire à quelqu’un mais aussi : assujettir à l’impôt.

Avertissement :    réprimande, mais aussi : avis adressé au contribuable lui faisant connaître le montant de ses impôts.

*          Ou alors elles font appel à une culture générale 

            Géographie : Sur la Ruhr (5) è ESSEN * Arrose Sisteron (7) è DURANCE

            Histoire ou légende : Roland y mourut  (9) è RONCEVAUX * El caudillo (6) è FRANCO

            Littérature ou art : Elle sourit (7) è JOCONDE * Médite devant un crâne (6) è  HAMLET

Actualité : Jaune rouge (3) è Mao (communiste chinois) *  Bleus belges (2) è MR

Il faut bien penser à tous les sens que les mots de la définition peuvent avoir. Exemples :

cadavre : dépouille mortelle ou bouteille vide.     ‘Morceau de cadavre’ (6)   ¢       TESSON

bleu : salopette ou débutant.        ‘Bleu de travail’ (8)     ¢ APPRENTI

air : atmosphère ou mélodie.       ‘Composants de l’air’ (5)       ¢         NOTES

boîte : contenant... ou école, usine...   ‘Boîte de crème anglaise (4)    ¢ ETON

crème : matière grasse ou élite           [Eton : ville d’Angleterre où se trouve un collège renommé]

Viennois : habitant de Vienne en France ou de Vienne en Autriche  ‘Les Viennois y sont chez eux’ (5)      ¢     Isère

cœur : organe ou centre   ‘Cœur de Paris            ¢         ARI

couronne : signe de royauté,

ou partie supérieure de la dent    Couvre la couronne’ (5)     ¢ ÉMAIL

            chambre    pièce où l’on dort ou chambre à air  ‘Garde la chambre’ (4)      ¢ PNEU

           

Applications :

Cherchons ensemble et relevons l’ambiguïté de la définition

Augmente la valeur d’un portefeuille (9 : C) * Blanchi par le temps (7 : E) * Demande d’avancement (3 : H) * Il est pris en filature avant d’être dans de beaux draps (3 : L) * Chaque mode a son heure (6 : G) * Jusqu’à lui, c’est complètement (2) * L’homme de la résistance (3) * Cubain privé de Cubas (2) * Pressés par une dame (6 : T) * Opération de soutien (10 : P)

            Cherchez seul

            Facile : (Evaluation formative)

     Où le pavé fait beaucoup de bruit (4 * M) * A donc un certain penchant (8 : A) * Pour le faire, il faut vraiment être chien (6 : A) * Ses clients ne sont pas en bonne santé (11 : A) * Refroidir (6 : B) *        Sa fièvre est contagieuse (2) * Gros gnon (6 : M) *        Ses rejetons sont des chatons (5 : M) * Il faut les agiter avant de s’en servir (3)      

Un peu plus difficile : (Par équipe de deux : évaluation formative)

Une femme exceptionnelle à son époque (3) * Etre ou pas d’êtres du tout (8 : P) * Inscrit au bilan des pertes (3) * Travaille sur les cimes (5 : E) * Liquide pour en avoir (4 : V) * Va de la table au lit (6 : O) * Débouche dans un mouchoir de poche (6 : N) * Ne manque donc pas de franchise (6 : O) * Suite de bonnes notes (3) * On ne fait qu’y passer (3)

             Trouvez une définition classique et une originale pour les mots ci-dessous : (évaluation formative)

 

 

Définition classique

Définition originale

1.

BEURRE

 

 

2.

CHAMP

 

 

3.

DESSEIN

 

 

4.

DELUGE

 

 

5.

EFFORT

 

 

6.

FILET

 

 

7.

MARITORNE

 

 

8.

NOYAU

 

 

9.

PIED

 

 

10.

REMEDE

 

 

 [Dans le document de travail des élèves, se trouve également un répertoire, établi par eux, des mots de deux lettres – de AA à VA, de trois lettres – de ANA à YEN, de quatre lettres – de ANTE à USSE, de cinq lettres – de ELEIS à XÉRÈS ; avec une ou plusieurs définitions pour chacun.]

 *

Une activité de synthèse : Constitution d’une grille avec définitions (évaluation qualificative)

 Consignes :

Placez les deux mots que je vous propose dans la grille (10/10) .Complétez cette dernière avec d’autres mots pour lesquels vous trouverez au minimum dix définitions originales. N.B. : Il ne peut y avoir plus de quinze cases noires.

 Voici la grille de mots croisés construite par Jonathan Babista, élève de 6e Pa - 6 octobre 2003. 

orizontalement –

1. Mauvais garçons . - 2.Filles aimantes. - 3. Négation. - Manqués. - 4. Note. - Posta en désordre. - 5. Fond de certains objets. - Pronom. - Danse de rues. - 6. Elimer. - Partie de la dent. - 7. Matière principale du condom. - Organisme protecteur. - Voyelle. - 8. Equivalent. - Risque. - 9. Personnes âgées. - Pronom personnel. - 10.  Reptiles

Verticalement –

1. Etés chauds. - 2. Copain. - Coutume. - 3. Drame lyrique japonais. - Poissons. - 4. Obtiendra. - Rejoint. - 5. Se rendra. - Métal précieux. - 6. Peut entraîner la mort. - Professionnel inversé. - 7. Parcourues. - Gros marteau. - 8. Action d’essorer. - 9. Symbole du sélénium.- Temps atomique international. Symbole du stère. - 10. Tortures.

 Les deux mots à insérer obligatoirement dans la grille étaient : CANAILLE(S) et CANICULE(S)

 

Quelques dispositifs

 pour favoriser la lecture au premier degré 

 Article déjà en ligne

Faites entrer les animaux! Composer et exposer un bestiaire

Article déjà en ligne

Pierre Coran et Claude Duneton:

comportements de profs au 1er degré
 

Mais, m’sieur ! On nous a toujours appris à décrire l’automne comme ça !...

 Une anecdote. L’automne 70 a été particulièrement beau. Tout le mois d’octobre a été d’une chaleur remarquable jusqu’à la Toussaint ; un soleil formidable qui a même, je crois, mordu un peu sur novembre. Dans ma classe, le premier sujet de rédaction était – oh ! à pleurer de banalité : « Décrivez la venue de l’automne cette année ». Eh bien, des trente mômes, pas un ne parlait du soleil. Ce n’était que feuilles tourbillonnantes, brumes, vents glacés, arbres dénudés qui dressaient leurs squelettes vers le ciel pâle. On était là, dans la classe, à transpirer sous les verrières, en bras de chemise, les arbres maigrichons de la cour avaient à peine viré de teinte, toutes feuilles encore bien accrochées, qu’ils parlaient des premiers flocons tourbillonnants. Le mot frimas (qui ne s’emploie plus que dans les écoles) revenait dans la moitié des copies, le sol dur et glacé, toute la panoplie y passait.

Seulement il y avait un os. Comme chaque élève lisait sa rédaction à tour de rôle et à haute voix aux copains, ça faisait un curieux décalage. Il faisait ce jour-là un soleil de plomb. On regardait par la fenêtre ouverte :

- Excuse-moi de t’interrompre, mais... Où tu les vois tes flocons ? Et les feuilles tourbillonnantes ?

Le môme faisait le nez long. Les autres rigolaient – pas trop fort, parce qu’ils avaient tous les mêmes gelées blanches sur les feuilles.

- La bise, si tu veux... Si tu la sens vraiment. Mais ça m’étonne. Et les arbres, tu les trouves décharnés ? Regarde bien...

Ah quelle gêne ! Je tâchais de m’étonner avec franchise, de n’être surtout pas ironique et vexant dans le ton. Le sarcasme est particulièrement des­tructeur.

- Tu es sûr que tu n’es pas trompé ?

Au bout du troisième interprète, Sylvie, forte en langue, voyant que rien n’allait plus, s’est levée toute raide :

- Mais m’sieur ! On nous a toujours appris à décrire l’automne comme ça !...

Elle s’étranglait d’indignation, et la classe a fait chorus, ils défendaient leur morceau :

- Oui m’sieur ! Tous les ans !

On ne se connaissait pas encore très bien, ils me faisaient un œil torve. Quel drôle d’hurluberlu ils avaient hérité là ! Gâcheur de métier !

- L’année dernière, m’sieur, j’ai écrit tout pareil et j’ai eu une bonne note !

Il a fallu bien des sourires, et de la patience, pour qu’ils acceptent de recommencer. Qu’ils acceptent de voir que cette année il faisait beau temps. On a discuté un peu. On a trouvé des tas de choses. Y avait même des violettes qu’une gamine avait cueillies la veille, sur un talus. Elle l’a dit. Tout le monde était émerveillé. On réfléchit sur ça... Il a fallu tout revoir, la façon de penser. Et c’est pas commode de décrire des arbres encore fringants fin octobre, avec, pourtant une lumière qui n’est plus la lumière d’été.

                Claude DUNETON, Je suis comme une truie qui doute, Seuil, 1976, pp. 104-106.  

 

Bizarre, ce titre ? Au pays de la truffe, la truie, experte pour flairer cette denrée précieuse, peut avec l’âge se mettre à... douter. L’enseignant aussi, dit Claude Duneton, peut en venir avec l’âge à remettre en cause ses certitudes ; mais lui, à la différence de l’animal, est capable de redynamiser ses pratiques...

 

Fallait-il le chasser du paradis de l’écriture ?

Je me souviens d’un garçon qui n’était pas très heureux. A quatorze ans, il fréquentait encore une cinquième année primaire. En classe, Raymond essayait de comprendre, mais il ne comprenait pas du tout. Par contre, durant les moments de poésie, un sourire éclairait son visage. Lui qui n’avait pas d’orthographe et dont la réputation de mauvais élève était établie, écrivait, écrivait...

Un matin, Raymond me tendit une poésie qu’il venait de composer. La voici telle que je la reçus :

UNE GITARE ET LA MER
Il été une foi

Un pauvre monssieu

Qui navet que deux amis :

Une gitare et la mer

               Mes un jour

La mer en furrie

Emporta pour la vie

La gitare du monssieu

Alors, abendé                   [abandonné]

Le vieux monssieu

Pleura, pleura

Puis se noia

Fallait-il réprimander le garçon pour l’orthographe défaillante du texte ? Lui corriger d’abord les erreurs ?

Raymond n’aurait plus écrit, car il aurait eu peur d’écrire. J’ai le lu le poème devant toute la classe. Les élèves ont applaudi. L’auteur a souri, un peu plus encore que d’habitude.

Le lendemain, Raymond et moi avons corrigé l’orthographe de la poésie qui allait être publiée par la revue de l’école.

Peut-être, aujourd’hui, Raymond devenu homme a-t-il conservé ce poème qui était pour lui, à l’époque, un petit morceau de bonheur ?

            Pierre CORAN, Poésie vivante à l’école, Casterman, 1980, pp. 107-109.

langue maternelle * documents pédagogiques

Ressources pour la classe de français dans l'enseignement secondaire * Revue trimestrielle

 http://docpedagfrancais.be/ *  Écrivez-nous

Échange, recherche, formation

 

 

Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source

 

 

ACCUEIL
Ouvrir un numéro en ligne

ALPHABET

Index de tous les fichiers LMDP

COIN LECTURE

bibliographie, programmes, sites...

LIBRAIRIE

livres recensés depuis janvier 2001

ARCHIVES:

  86 articles parus dans LMDP

JULIBEL, le français d'aujourd'hui

Base de données initiée à la rédaction de LMDP

Julibel - recherche * Julibel - mode d'emploi

SOMMAIRE 

numéros parus depuis 1990