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SOMMAIRE 

numéros parus depuis 1990

 

 

Publiés en version "papier" de septembre 1993 à mars 2004, les numéros 074 à 116 de la revue pédagogique LMDP seront progressivement mis en ligne.

Une cinquantaine d'articles parus dans cette série sont déjà sur notre site Internet : voir la page sommaire (titres en couleur rouge) ou la page archives. * Suivre cette mise en ligne

 

Numéro 108 - Mars 2002

Mis en ligne : août 2015

 

Sommaire

1. Chat, alors! Documents bruts

Propositions pour la lecture

2.Etude de Germinal V, 5 (1885)

3. D'un titre à l'autre, la réécriture *

Chronique d'un requiem désannoncé

4. Deux projets autour de la lecture: le Prix Farniente et Livres du monde

5. Un album-souvenir... C'est du français, Madame?

6. La fable, toujours recommencée

 

En guise d'édito

Aimer la langue...

Aimer la langue, c'est aimer dans tous ses états une matière mouvante, son flux, son reflux, son ressac roulant au gré de courants contraires les termes les plus anciens et les emprunts les plus récents, expression communes ou recherchées, savantes, argotiques, familière ou vulgaires, c'est aimer sa rumeur qui ne connaît pas de répit, n'est vivante que par nous - et réversiblement, nous par elle -, que nul n'a pouvoir d'endiguer ou de s'approprier, chacun, jeté dans la mêlée, venant y jouer tant bien que mal sa partie.

Pierre Chappuis, Le biais des mots, José Corti éd., 1999, p. 17-18

 

Chat, alors!

Documents bruts

 

Références des textes :

Chat alors! Publicité TV 1983 pour le savon de marque Chat. ­- Baudelaire: d'après l'éd. critique d'Antoine Adam Garnier éd.

 Charles Cros, Poésie française © 1996-2001 (webnet)* Edmond Rostand, cité in Karl Petit, Dict. des Citations, Marabout, 1978 * Jules Renard, Éd. de la Pléiade * Guillaume Apollinaire, Idem - Illustration: Raoul Dufy * Pierre de Massot, 17.12.1952, cité dans Poésie 1, 23, p. 63.

 

Le Roman de Renart (entre 1171 et 1250)

Echappé de la rencontre des veneurs et du Frère convers, Renart (...) se promettait de prendre une autre fois sa revanche de la Mésange et surtout de Chantecler quand, au détour d'un vieux chemin, il aperçoit Tybert le chat, se déduisant avec lui-même et sans compagnie. Heureux Tybert! sa queue lui suffisait pour exercer son adresse et lui donner carrière: il la guettait de l'œil, la poursuivait, la laissait aller et venir, la saisissait au moment où elle y pensait le moins, l'arrêtait entre ses pattes et la couvrait alors de caresses, comme s'il eût craint de l'avoir un peu trop malmenée. Il venait de prendre la pose la plus abandonnée, tour à tour allongeant les

griffes et les ramenant dans leur fourreau de velours, fermant les yeux et les entr'ouvrant d'un air de béatitude, entonnant ce murmure particulier que notre langue ne sait nommer qu'en l'imitant assez mal, et qui semble montrer que le repos parfait du corps, de l'esprit et du cœur peut conduire à l'état le plus doux et le plus désirable. Tout à coup, le voilà tiré de son voluptueux recueillement par la visite la moins attendue. Renart est à quelques pas de lui: Tybert l'a reconnu à sa robe rousse, et se levant alors autant pour se mettre en garde que par un juste sentiment de déférence: Sire, dit-il, soyez le bienvenu!

Version établie par Jean Dufournet (Garnier-Flammarion)

 La Fontaine, Fables (publiées entre 1668 et 1694) 

Un Chat nommé Rodilardus

Faisait de Rats telle déconfiture

Que l'on n'en voyait presque plus,

Tant il en avait mis dedans la sépulture.

Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou,

Ne trouvait à manger que le quart de son soû ;

Et Rodilard passait, chez la Gent misérable,

Non pour un Chat, mais pour un Diable.

Conseil tenu par les rats 2,2

 

 

J'ai lu chez un conteur de fables,

Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,

L'Attila, le fléau des rats,

Rendait ces derniers misérables;

J'ai lu, dis-je, en certain auteur,

Que ce Chat exterminateur,

Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde:

Il voulait de Souris dépeupler tout le monde.

Les planches qu'on suspend sur un léger appui,

La mort-aux-rats, les souricières,

N'étaient que jeux au prix de lui.

Le chat et un vieux rat 3, 18

[C'est le souriceau qui raconte...]

Sans lui [le cochet ] j'aurais fait connaissance

Avec cet animal qui m'a semblé si doux:

Il est velouté comme nous,

Marqueté, longue queue, une humble contenance,

Un modeste regard, et pourtant l'œil luisant.

Je le crois fort sympathisant

Avec Messieurs les Rats; car il a des oreilles

En figure aux nôtres pareilles.

Le chat, le cochet et le souriceau 6,5

 

*

[La belette a squatté le terrier du lapin... Elle lui propose l'arbitrage de Raminagrobis]

 

Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.

C'était un Chat vivant comme un dévot ermite,

Un Chat faisant la chattemite,

Un saint homme de Chat, bien fourré, gros et gras,

Arbitre expert sur tous les cas.

Le chat, la belette et le petit lapin 7,15

 

   

Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857 et1861)

XXXIV - LE CHAT

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux;

Retiens les griffes de ta patte,

Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux,

Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir

Ta tête et ton dos élastique,

Et que ma main s'enivre du plaisir

De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,

Comme le tien, aimable bête,

Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

 Et, des pieds jusques à la tête,

Un air subtil, un dangereux parfum

Nagent autour de son corps brun.

  LI - LE CHAT

I

 

Dans ma cervelle se promène,

Ainsi qu'en son appartement,

Un beau chat, fort, doux et charmant.

Quand il miaule, on l'entend à peine,

 

Tant son timbre est tendre et discret;

Mais que sa voix s'apaise ou gronde,

Elle est toujours riche et profonde.

C'est là son charme et son secret.

 

Cette voix, qui perle et qui filtre

Dans mon fonds le plus ténébreux,

Me remplit comme un vers nombreux

Et me réjouit comme un philtre.

 

Elle endort les plus cruels maux

Et contient toutes les extases;

Pour dire les plus longues phrases,

Elle n'a pas besoin de mots.

 

Non, il n'est pas d'archet qui morde

Sur mon cœur, parfait instrument,

Et fasse plus royalement

Chanter sa plus vibrante corde,

 

Que ta voix, chat mystérieux,

Chat séraphique, chat étrange,

En qui tout est, comme en un ange,

Aussi subtil qu'harmonieux!

 

II

 

De sa fourrure blonde et brune

Sort un parfum si doux, qu'un soir

J'en fus embaumé, pour l'avoir

Caressée une fois, rien qu'une.

 

C'est l'esprit familier du lieu;

Il juge, il préside, il inspire

Toutes choses dans son empire;

Peut-être est-il fée, est-il dieu?

 

Quand mes yeux, vers ce chat que j'aime

Tirés comme par un aimant,

Se retournent docilement

Et que je regarde en moi-même,

 

Je vois avec étonnement

Le feu de ses prunelles pâles,

Clairs fanaux, vivantes opales,

Qui me contemplent fixement.

 

LXVI - LES CHATS

                                      Les amoureux fervents et les savants austères

Aiment également, dans leur mûre saison,

Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,

Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

 

Amis de la science et de la volupté

Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;

L'Érèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,

S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.         

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes

Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,

Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;

 

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,

Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,

Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

 

 Charles Cros, Le coffret de santal (1873)

 A une chatte

Chatte blanche, chatte sans tache,

Je te demande, dans ces vers,

Quel secret dort dans tes yeux verts,

Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas

Que nos fronts pâles, que nos lèvres

Déteintes en de folles fièvres,

Que nos yeux creux ne valent pas

Ton museau que ton nez termine,

Rose comme un bouton de sein,

Tes oreilles dont le dessin

Couronne fièrement ta mine.

 

Edmond Rostand, Les Musardises (1890)

C'est un petit chat noir, effronté comme un page.

Je le laisse jouer sur ma table, souvent.

Quelquefois il s'assied sans faire de tapage;

On dirait un joli presse-papier vivant.

 

 

 Guillaume Apollinaire, Le Bestiaire ou Cortège d'Orphée (1911)  

 

Je souhaite dans maison:

Une femme ayant sa raison,

Un chat passant parmi les livres,

Des amis en toute saison

Sans lesquels je ne peux pas vivre.

 

Illustration : Raoul Dufy

 Pourquoi cette sérénité?

Aurais-tu la clé des problèmes

        Qui nous font, frissonnants et blêmes,

Passer le printemps et l'été?

Devant la mort qui nous menace,

Chats et gens, ton flair, plus subtil

Que notre savoir, te dit-il

Où va la beauté qui s'efface,

Où va la pensée, où s'en vont

Les défuntes splendeurs charnelles?

Chatte, détourne tes prunelles;

J'y trouve trop de noir au fond.

 Jules Renard, Histoires naturelles (1896)

I

 Le mien ne mange pas les souris; il n'aime pas ça.

Il n'en attrape que pour jouer avec. Quand il a bien joué, il lui fait grâce de la vie, et il va rêver ailleurs, l'innocent, assis dans la boucle de sa queue, la tête bien fermée comme un poing.

Mais à cause des griffes, la souris est morte.

II

 On lui dit: «Prends les souris et laisse les oiseaux!» C'est bien subtil, et le chat le plus fin quelquefois se trompe 

 Pierre de Massot (1952)

Monarque oriental aux yeux pailletés d'or

perché comme un pacha sur un chaud mirador

le cher chat chercheur dort                                                  

Chat alors !...  Propositions pour la lecture

Plutôt que des explorations détaillées, voici quelques amorces, quelques clés pour "entrer en texte", parfois pour déclencher une (ré)écriture. Tout texte étant "transparence et obstacle" (pour reprendre un titre célèbre :- Jean Starobinski, Jean-Jacques Rousseau: la transparence et l'obstacle, Plon éd., 1957) .la lecture peut prendre appui sur ce qui semble transparent, perceptible par l'élève, et se poursuivre par un jeu de questions, d'hypothèses...

 

Le Roman de Renart

Texte original: octosyllabes à rimes suivies. La version établie par Jean Dufournet (Garnier-Flammarion) est la plus fiable. A part les chiens, le bélier, le coq, les poules et l'âne, peu d'animaux domestiques dans ce roman. Il s'agit bien d'un chat sauvage - capable d'étrangler un renard !

D'où l'astuce d'une écriture montrant un chat plutôt... paisible (pose abandonnée, air de béatitude...).

 La Fontaine, Fables

* Un langage qui date: termes et tournures qui ne sont plus guère en usage dans la prose actuelle.

* Intertextualité: jeu d'allusions à Rabelais (Rodilardus, Raminagrobis), à des héros historiques ou mythologiques.

* Construction narrative.

Textes 1 et 2: le portrait du héros au début du récit autorise quelle(s) hypothèse(s) pour la suite, pour le dénouement?

Textes 3 et 4: distinguer les traits proprement animaux, les traits humains. Le rôle de ces portraits dans la progression du récit? Des hypothèses à vérifier, en amont, en aval...

Synthèse possible: apparence et réalité, chez les humains aussi... La sagesse du fabuliste.

Baudelaire

XXXIV - Comparaison entre le chat (indices du proche, du concret, de l'aimable...) et la femme, mise à distance par une perception moins... tactile (subtil): regard, parfum.

 LI - I: Le chat entendu en pensée (dans ma cervelle): miaule, voix, timbre, archet, vibrante... et idéalisé: extase, parfait, royalement, mystérieux, séraphique...

LI - II: Le chat, successivement dans l'espace concret - temps et lieu: v. 2, v. 5 - du poète, puis dans son espace mental (je regarde en moi-même).

LXVI: Ici, pas d'occurrence du "je". Une vue plus générale, générique (emploi du pluriel), visant plus la vie intérieure que l'aspect physique. Une sorte de chiasme, dans v.1 et v.5 (amoureux - savants ; science - volupté) associe ('entrecroise'!) le chat et les humains. Le lexique de la mort proche et de l'au-delà: mûre saison, frileux, silence, ténèbres, l'Érèbe, funèbres, mystiques.

Charles Cros

Langage à la fois précieux, maniéré (vv. 7; 9-10; 22...) et grave, posant à l'animal la question du destin. Le blanc(he) du début, le noir de la fin.

Edmond Rostand

Deux outils syntaxiques de comparaison (adjectif + comme + nom; on dirait + nom) qui pourraient donner des idées de réécriture pour décrire en quatre lignes (versifiées...) des objets ou des animaux familiers.

Jules Renard

Peu de traits descriptifs (boucle de sa queue, tête fermée comme un poing): le jeu d'écriture consiste à dénouer le récit au tout dernier mot. Fausse innocence (il lui fait grâce...), fausse candeur (quelquefois il se trompe)!

Guillaume Apollinaire

Une construction à observer: je souhaite... trois êtres [trait animé]... sans lesquels je ne peux... (verbe + 3 noms compléments + relative). Raison et livres indiquent les qualités escomptées...

Une réécriture possible sur le thème: "Je me définis par un triple souhait" en imitant la construction syntaxique.

Pierre de Massot

Jeu et travail sur le sens:

* champ lexical de l'exotique (oriental, pacha), du pouvoir (monarque, perché, pacha, mirador), de la valeur (or, pailletés, cher/coûteux, cher/ aimé);

* à l'oral, double sens de la dernière syllabe du vers 3.

* mirador  peut rappeler l'univers carcéral, voire concentrationnaire.

* l'objet décrit n'est nommé que vers la fin (effet d'attente, de mise en relief) après une apposition et une épithète détachée.

Jeu et travail sur le son: onze occurrences de [voyelle + R], sept occurrences de [ ch ] ; trois rimes en [ כR ].

J. Bradfer

 

 

 

sommaire & édito 108

Il apparaît normal qu'une pédagogie de la poésie passe par l'écriture de textes poétiques. (...)

La seule manière, peut-être, d'approcher le sens d'un poème consisterait, pour chaque lecteur, à écrire un autre texte avec les matériaux de sa lecture; il n'y épuiserait pas le texte, mais en continuerait le mouvement fondateur.

Jean-Pierre BALPE, Lire la poésie, Colin/Bourrelier, 1980, p. 172 & 215.       

 

 

«Alors, la route sembla charrier du sang

 Etude de Germinal V, 5 (1885)

Récit de Chantal Homel, classe de 6e, ISMA, Arlon

  1.  La genèse du roman

En 1884, a lieu une grève de 56 jours dans une mine du Nord.  Zola s’est rendu sur les lieux et a pu descendre au fond.  Mais son projet est plus ancien.  Il a étudié les grèves du Second Empire (1852-1870).

Commencé le 2 avril 1884, il est achevé le 23 janvier 1885, mais depuis novembre déjà, il paraît en feuilleton dans le Gil Blas.  

2.Son titre

Parmi ceux écartés, La Lézarde, La Maison qui craque, Le Feu qui brûle, L’Orage qui monte, L’Avenir qui souffle, il a trouvé Germinal

C’est un mois du calendrier révolutionnaire: «Je cherchais un titre exprimant la poussée d’hommes nouveaux, l’effort que les travailleurs font, même inconsciemment, pour se dégager des ténèbres si laborieuses où ils s’agitent encore.  Et c’est un jour, par hasard, que le mot «germinal » m’est venu aux lèvres.  Je n’en voulais pas d’abord, le trouvant mystique, trop symbolique, mais il représentait ce que je cherchais, un avril révolutionnaire, une envolée de la société caduque dans le printemps (…).  Il est devenu pour moi un coup de soleil qui éclaire toute l’œuvre.»

 3. Sa trame

Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart, trouve du travail dans une mine du Nord.  La misère y est très grande, le travail, pénible.  La grève couve.  Etienne les y entraîne.  La direction compte sur la faim pour la réduire.  Les mineurs tiennent un temps, mais, affamés, ils échappent au contrôle de Lantier et la grève se termine dans un bain de sang, les gendarmes tirent.  Les mineurs retournent au trou pour ne pas mourir de faim.  Une catastrophe, provoquée par un anarchiste (nihiliste), Souvarine, ensevelit des équipes entières.  Lantier s’en va à Paris défendre la cause et l’émancipation des travailleurs.

4. La technique naturaliste

      (5ème partie, Vème chap. Folio PP. 344-5 - Poche 333)

Cette superbe description, la marche des mineurs, prouve à elle seule le but de Zola.  La description naturaliste a une fonction dramatique : elle participe au drama, à l'action.  Zola veut montrer la déshumanisation de l'homme par le travail, son assujettissement : la mine abrutit et tue.  La grève a transformé les êtres en bêtes sauvages, mais elle menace aussi les bourgeois: les mineurs les "saigneront"! 

Déshumanisation, mort...: c'est ce que tente de mettre en relief le tableau suivant.

 

"hommes et femmes"

 

Les femmes avaient paru.                       

près d'un millier de femmes

cheveux épars dépeignés

guenilles                                                    

peau nue

 

quelques-unes...

 

d'autres

gorges gonflées

vieilles

affreuses (...) hurlaient

cous décharnés

Et les hommes

deux mille furieux

masse compacte

confondue

un seul bloc

culottes déteintes

la même uniformité

bouches noires

 

 

   

visages atroces

le diable... un seul!

ces bandits-là

 

face placide

Alors... le soleil

pourpre sombre...

la route sembla...

les femmes, les hommes

  

Oh! superbe... une belle horreur

"animalité"

 

 

 

 

 

des nudités de femelles lasses d'enfanter...

leur petit...

 

 

 

 

 

 

 

 

 terreuse

en un mugissement confus

 

 

 

 

 

 

 débandade enragée

mâchoires de bêtes fauves

 

 

 

continuaient... galoper

 

"mort"

 

 

 

 

 

 

...des meurt-de-faim

ainsi qu'un drapeau de deuil

vengeance

 

de guerrière

 

 

 

 

 

 une hache passa

hache unique (...) comme l'étendard

(au) profil aigu d'un couperet de guillotine

 

  

ensanglantaient

charrier du sang

 

saignant

comme bouchers

en pleine tuerie

 

 

1.  Pourquoi les femmes en tête de la marche?

Les femmes sont en première ligne parce qu'elles y sont tous les jours, elles doivent assurer la subsistance de toute leur famille, nombreuse car un enfant, c'est un salaire en plus!  Or la mine ne suffit pas et, quand le pain manque, elles sont réduites à la mendicité, voire à la prostitution, à l'infamie.  Les femmes sont aussi aux avant-postes parce que, comme le dit Zola "on verrait bien si les gendarmes oseraient taper sur des femmes" (chap. IV, P. 326).  Beaucoup de guerres ont vu les chefs se servir d'elles! 

2.  Les femmes en tête, c'est le premier effet de surprise.  D'où vient le second? 

Il vient de la multitude, "près d'un millier de femmes". D'abord présentées d'une manière générale, elles sont ensuite individualisées, des jeunes, des vieilles, les mères; ce sont des femelles dont les petits sont voués à la mort.

3.  Comment sont présentés les hommes?

Les différences : ils sont présentés en bloc, confondus dans la multitude, unis dans leur révolte. Les ressemblances, deux mille maintenant, les vêtements en loques, ils mugissent. 

4.  Quelles figures emblématiques (symboliques, emblèmes, mythiques) trouve-t-on dans ce texte?

- l'enfant         ®        drapeau de deuil, de vengeance,

                                   seul espoir du peuple

- la femme       ®        guerrière

®        amazone

- la hache        ®        étendard

                                   couperet de guillotine

®        fin d'une société

- le mineur       ®        boucher  

- le soleil         ®        sang (couchant)

 

Et la puissance menaçante des mineurs s'oppose à l'immobilisme, à l'impuissance des bourgeois réduits au rôle de spectateurs.

Zola aimait tout ce qui était nouveau, novateur, dans les sciences, les idées; il a défendu Gustave Eiffel, il se passionna pour la photographie... 

 Parmi ses fascinations, la peinture impressionniste. Il lui a fait une place dans les Rougon-Macquart avec L’Œuvre;  comme par hasard, c'est Claude Lantier, le frère d'Etienne qui en est le héros.  Zola aime cette peinture et on peut dire que la mise en place de Germinal, le Ier chapitre, participe de sa technique : de petites touches de lumière, de bruits, dans les profondeurs de la nuit. 

Ici aussi apparaît le Zola artiste : la description se transforme en hallucination, en vision fantasmatique, la laideur devient beauté, "oh! superbe", l'horreur devient esthétique, "une belle horreur". C'est aussi le Zola spectateur de sa propre écriture, étonné de ce qu'il écrit, de sa capacité à mettre en scène ce peuple, porteur de valeurs nobles, avide de justice, mais dominé par des forces instinctives, primitives qu'il admire et qui le dégoûtent en même temps. 

 sommaire & édito 108

Chronique d'un requiem désannoncé

D'un titre à l'autre, la réécriture

 2e & 3e degrés * Documentation et propositions : J. Bradfer

Deux exemples, d'abord, pour découvrir un procédé :

 Requiem pour le Te Deum ?

En réalité, le titre complet sur 6 colonnes est : Requiem pour le Te Deum? Pas simple... Le sujet de l'article, publié dans La Libre Belgique, le 15.11.2000, p. 3, et signé Paul VAUTE, est: Faut-il supprimer la cérémonie catholique de la fête du Roi...? - Il est surtitré : Protocole: On ne sait pas encore par quoi remplacer la présence du gouvernement aux liturgies du 15 novembre et du 21 juillet. Sous le titre, photo de la basilique nationale de Koekelberg.

Chronique d'une pagaille annoncée

Titre paru dans La Libre Belgique du 28.08.1999, p. 1: annonce de l'article de Paul PIRET, page 3 sur le GP de Francorchamps.  Surtitré: Pub ou non, à Francorchamps? La loi fédérale contre le décret régional...: affaire pendante devant la Cour d'Arbitrage. (Les cigarettiers renonceront-ils à l'affichage de publicité?)

 

 

A. Analyse du procédé

«Je découvre dans des titres le mécanisme de l'intertextualité.»

1.  Le titre, production de sens

Un élève quelque peu habitué au langage de la presse n'éprouvera sans doute guère de difficulté à saisir la relation de sens entre chacun de ces titres et le sujet qu'ils annoncent et développent.

En effet, pour construire du sens, il dispose et tire parti vraisemblablement d'un nombre suffisant d'informations sur certains domaines:

 

d'une part, les fêtes patriotiques, l'idéologie des partis politiques; peut-être, aussi, le sens de Requiem et de Te Deum...

d'autre part, la sponsorisation du sport automobile, les réglementations européennes en matière de fiscalité, de protection de la santé... 

2.  Le titre, produit d'une réécriture

Il est moins sûr que l'élève comprenne d'emblée que ces titres résultent d'une réécriture - à la fois réemploi et réajustement - de formes antérieures. Deux titres d'œuvres célèbres - toutes deux d'outre-Atlantique - sont ici remis en mémoire, véritablement commémorés.

Requiem pour une nonne

Traduction française, par Albert Camus, de Requiem for a Nun, de William Faulkner (1961), pour l'adaptation du roman à la scène (1966)

Chronique d'une mort annoncée

Roman de l'écrivain colombien Garcia Márquez (1981), prix Nobel de littérature en 1982

 

Du modèle à la contrefaçon..., le travail de réécriture peut être observé à trois niveaux: 

au niveau de la syntaxe

Requiem + POUR + UN(E) + nom

 

Chronique + D'UN(E) + nom + adjectif

au niveau phonétique

assonance (nonne / Te Deum)

 

assonance (annoncée / annoncée)

au niveau sémantique

[deuil, hommage...]

pour un(e)

[être respectable, sacré...]

nonne / Te Deum

 

[histoire, feuilleton, saga...]

d'un(e)

[fait regrettable, triste...]

mort annoncée / faillite annoncée

 

B. Et si nous (ré)écrivions, nous aussi!

 «J'observe les moyens que je mets en œuvre quand j'écris.»

 Une compétence à développer: l'élève doit s'accoutumer à être conscient des moyens (linguistiques ou autres) qu'il utilise quand il écrit, à rendre compte de ses choix dans une pratique qui est à la fois conformité et liberté. [Ce qui explique l'importance de notre "troisième colonne" dans la fiche de travail ci-après!]

Pour cela, parcourons d'abord  rapidement le document brut à la fin de cet article, et observons-y:

*        la surprenante fréquence des réécritures, ce qui prouve à la fois la célébrité d'une œuvre et la séduction du jeu de réemploi.

(Recherche non exhaustive, depuis 1975 pour Requiem, depuis 1984 pour Chronique).

*        le degré de conformité à l'original

       - dans le ton ou le genre des œuvres, parfois fort éloigné de la relative gravité des deux modèles:

frivolité                         San Antonio, Le mari de Léon, chronique d'une amitié avancée

satire ou polémique       Paul-Marie de la Gorce, Requiem pour les révolutions

                                               Jean Cohen, Chronique d'une Algérie révolue 

          fantaisie, poésie                        Hubert Michel, Requiem pour une huître

                                               Jean Leturgie, Requiem pour dingos

- mais surtout dans les libertés prises par rapport aux règles suivies dans le modèle

(ceci est important pour notre passage à l'écriture, où liberté et conformité seront à l'œuvre).

 

Quelques suggestions

*        pour amorcer les pratiques d'écriture, nous pouvons prendre en compte, par exemple:

Des événements du 20e siècle ou u millénaire actuel: guerres 14-18, 39-45, décolonisation, découvertes, mur de Berlin, Union européenne, conflits au Moyen Orient, mondialisation, guerre du Golfe, vache folle, attentat du 11 septembre,  passage à l'euro...

Des faits divers du "petit monde" de notre école, de la localité...

Des personnages imaginaires (héros de romans, de bandes dessinées, de films...).

Ou encore, des faits relatés dans les journaux de cette semaine.

*          pour faciliter la comparaison et l'évaluation

 Des feuilles de format A4, taille "paysage", sont remises aux élèves, et divisées, comme ci-dessous, en trois colonnes.

Pour bien répondre à l'objectif du "commentaire de l'élève sur les moyens qu'il a mis en œuvre", veiller à laisser un espace suffisant pour la colonne de droite. En outre, l'emploi imposé du "je" dans cette colonne pourra impliquer davantage l'élève scripteur...

Fiche remise à l'élève

 

surtitre

fonction référentielle, informative...

titre

fonction poétique, symbolique, ludique...

commentaire des procédés

fonction métalinguistique

(ou activité de métacognition...)

1

 

 

2

 

 

3

 

 

4

 

 

5

 

 

etc.

Fonction référentielle, fonction poétique... Entendez par là: «fonction plus particulièrement à l'œuvre dans ce type d'énoncé...».

[Si nécessaire, on observera préalablement le jeu du surtitre et du titre dans la presse écrite.]

 

Exemple (fictif...) de fiche complétée par un élève 

surtitre

fonction référentielle, informative

titre

fonction poétique, symbolique, ludique

commentaire des procédés

fonction métalinguistique

1    Halloween: ils se font peur pour rire... Et ça rapporte!

Chronique d'une morne cucurbitacée

1. Je choisis un mot un peu ridicule pour dénoncer l'emprise de l'économique sur le folklorique.

2. Je maintiens la rime en [-cée] de l'original

2    La gouvernante du baron retrouvée assassinée

Requiem pour une bonne

Je prends le mot bonne au double sens (plus l'idée de désuet) avec la rime du "modèle".

3    Pollution au cyanure dans le Danube

Chronique d'une flore menacée

1. "chronique" (car ce n'est pas, hélas, la première menace sur l'environnement);

2. "flore, menacée": je reprends les mêmes phonèmes que dans le "modèle".

4    Ma bécane à la ferraille

Requiem pour un clou

1. "requiem": ça personnifie l'objet: le vélo, c'est comme un ami...!

2. "bécane, ferraille, clou": trois mots familiers: ça fait "jeune"... et j'aimais mon vélo!

3. assonance dans le surtitre (5 fois "a").

             

C.  Le corpus, d'un peu plus près...

*    Quelques éclaircissements seront parfois nécessaires, nos élèves ne pouvant tout connaître des trente années écoulées... D'autres professeurs, notamment celui d'histoire, peuvent intervenir.

       tontons macoutes, empire défunt, RDA, pimpf, Nagasaki, muckraker, cerveaux en fugue, maisons astrologiques, années Anquetil...

 *     Ce qui pourrait déboucher  sur un nouveau parcours: découvrir, au travers de titres d'œuvres (ceux du corpus de la page 4, ou d'autres), les idées, les situations, les modes, les goûts artistiques, les attentes d'une époque...

       Propositions

-    Certains titres font allusion à des personnages qui ont marqué leur époque, ou les citent nommément: rechercher des informations complémentaires sur ces témoins de leur temps.

-    Tracer une ligne du temps de 1950 à nos jours, y inscrire côte à côte l'événement (politique, social, artistique...) et l'œuvre qui l'évoque.

Une recherche analogue - esquisser un panorama des événements du 20e siècle - a été proposée, à partir de la chanson de David Mac Neil, Couleurs, dans le numéro 96 Voir

 

D. En guise de prolongement...

 1.    Retrouver le titre inspirateur - Quel titre a pu inspirer les réécritures suivantes?

 

Le pays des musiciens disparus

 

Trois couffins et un homme

 

Le démon de Mehdi

 

Le bonheur est au sixième étage

 

Des clichés et des hommes

 

Des cobayes et des hommes

 

Crise et châtiment

 

Des loups et des policiers

Philippe Grangereau, La Libre Belgique, 25.09.2001, p. 8: la musique est proscrite par les Talibans en Afghanistan; un groupe afghan de musiciens s'est réfugié à Peshawar (Pakistan)

Légende d'un dessin de GUS, Antenne 2, 18.02.1998: sur la politique nataliste du RPR

Frédérique Roussel, in Newsletter de Libération, octobre 2001: sur le livre de Mehdi Belhaj Kacem, Les feux de l'amour, Fayard éd., 2001.

Pierre Nizet, L'Avenir du Luxembourg, 27.10.2001, p. 3. Naissance de la princesse Elisabeth au sixième étage de l'hôpital Erasme, à Bruxelles.

 

Frédérique Tisset, in Newsletter de Libération, 01.10.2001: présentation d'un site Internet avec "photos retrouvées" pour «remonter le fil des vies oubliées».

Laurence Dardenne, La Libre Belgique, cahier La Libre bis, 15.12.2001, p. 29 (page entièrement consacrée aux essais cliniques sur de nouveaux médicaments).

Nicolas Baverez, Le Point, 17.12.2001, p. 45. Article sur l'économie française

Dépêche AFP, La Libre Belgique, 16.01.2002, p. 12 (policiers turcs attaqués par des loups).

 

2.    Inventer un titre reliant un événement (réel ou imaginaire) à un titre de livre lu ou évoqué en classe.

       Variante: avant d'inventer des titres, on pourrait d'abord trouver des titres existants, qui "colleraient" à l'événement choisi (un filon: parcourir un catalogue de bibliothèque ou d'éditeur..).

       Cela peut se faire par groupes de trois ou quatre: chaque groupe propose un ou plusieurs couples "titre(s) - événement(s)" disposés comme dans le tableau ci-dessus. On évalue ensuite les moyens d'expression utilisés dans le(s) titre(s) proposé(s): humour, figures de style, sonorité, rythme...

 

Requiem... Chronique...: Documents bruts

 

Gilbert Tibet, Requiem pour une idole

Michel-Vital Le Bosse, Requiem pour les vivants

Denise Brahimi, Requiem pour Isabelle Eberhardt

Pierre Vital, Requiem pour une Garonne défunte

[Collectif], Requiem pour Tsar du crime

Ingeborg Bachmann, Requiem pour Fanny Goldmann

Michel Soukar, Requiem pour un empire païen [le cauchemar haïtien]

Yann, Requiem pour un pimpf

Gerald Messadie, Requiem pour superman [la crise du mythe américain]

Paul-Marie de La Gorce, Requiem pour les révolutions

Sirius, Requiem pour un pirate

Ramon Sender, Requiem pour un paysan espagnol

Plinio Martini, Requiem pour tante Domenica

Iulius Rosner, Requiem pour la Sécu [peut-on être mieux soigné?]

Jean-Michel Chavazas, Requiem pour les maisons astrologiques

Don Pendleton, Requiem pour les amici

Daniel Salvatore Schiffer, Requiem pour l'Europe [Zagreb, Belgrade, Sarajevo]

Hubert Monteilhet, Requiem pour une noce

François Fejtö, Requiem pour un Empire défunt [Autriche-Hongrie]

Matt Alexander, Requiem pour les artistes

L. Ron Hubbard, Requiem pour une planète

Gérard de Villiers, Requiem pour tontons macoutes

Michel Thevoz, Requiem pour la folie

Lothar de Maizière, Requiem pour la RDA

Benoît Duteurtre, Requiem pour une avant-garde

Hans Enzensberger, Requiem pour une femme romantique [Augusta Bussmann]

Bernadette Richard, Requiem pour la Joconde

Clark, Requiem pour les artistes

Michael Bishop, Requiem pour Philip K. Dick

Paul Glynn, Requiem pour Nagasaki

Bernard Bastable, Requiem pour Mozart

David Lindsey, Requiem pour un cœur de verre

Martin Cruz Smith, Requiem pour un Tzigane

Alexandre Vigne & coll., Requiem pour des étoiles [homélies pour des grands disparus]

Mohamed Hassen Zouzi-Chebbi, Requiem pour une oasis défunte

Jean Leturgie, Requiem pour dingos

Patrick Perez-Secheret, Requiem pour le XXe siècle [hommage à L. Matoub & Y. Sebti]

Jean-Pierre Andrevon, Requiem pour dix cerveaux en fugue

Michael Inness, Requiem pour un poète

Vincent de Swarte, Requiem pour un sauvage

Barnabe Laye, Requiem pour un pays assassiné 

Coll., Requiem pour un muckraker [hommage à H. A. Marvin]

Henry Roth, Requiem pour Harlem

Andreï Makine, Requiem pour l'Est

Monique Ferrero, Requiem pour une sorcière

Michel Torga, Requiem pour moi

Hubert Michel, Requiem pour une huître

Tibet, Duchâteau, Requiem pour une idole (BD)

Jean-Claude Bologne, Requiem pour un ange tombé du nid [fiction autour de langage et culture...], Fayard 2001

G. Ramstein, Requiem pour une puce [polar informatique], Seuil, 2001

Augustin Buzura, Requiem pour salauds et fous

Gilles Buscia, Requiem pour une cause perdue

David Olivier, Requiem pour un bison

 

*

Jean Cohen, Chronique d'une Algérie révolue 

Régis Capponi, Chronique d'une bataille perdue 

Montrevel, Chronique d'une mort accompagnée  

Eric Bédard, Chronique d'une insurrection appréhendée 

Alain Griotteray, Chronique d'une déroute méritée 

Emmanuelle Boulestreau, Chronique d'une catastrophe annoncée 

Jean-Claude Poitou, Chronique d'une révolte annoncée 

Richard Yves, Chronique d'une extinction annoncée 

Marie-Ange Véganzonès, Chronique d'une croissance annoncée 

Jean-Paul Pigasse, Congo - chronique d'une guerre annoncée 

X, Chronique d'une transition inachevée 

Georges Jouin, Chronique d'une révolution téléguidée 

Lucien Ruty, Chronique d'une honte partagée 

George Barbier-Wiesser, Chronique d'une intégration contrastée 

Thierry Hochberg, Chronique d'une jeunesse volée

Tom Drahos, Chronique d'une expérience aboutie 

Michel Boldoduc, Chronique d'une cité engloutie 

San Antonio, Le Mari de Léon - Chronique d'une amitié avancée 

Raphaël Geminiani, Les Années Anquetil - chronique d'une époque bafouée 

Janine Chanteur, Chronique d'une enfance meurtrie 

Francie Deron, Chronique d'une révolution assassinée 

Sara Paretsky, Chronique d'une mort assurée

F. Muriel, Chronique d'un amour interdit

Jacques Sadoul, Chronique des dragons oubliés

Job Le Corre, Chronique d'un désastre annoncé

Coll., Chronique d'un combat inachevé [contre le nazisme]

Dimitri T. Analis, Chronique d'un peuple assiégé

Farreny, Toulouse - Chronique d'un désastre annoncé

Sobtchak Anatoli, Chronique d'une chute annoncée

Rappel: nous citons uniquement des titres de livres. * En gras, une sélection...plutôt subjective (deux romans, et un "document" original pour découvrir quelques stars de la vie publique... * Liste arrêtée fin janvier 2002

Un cordial merci à Fernand Berten (St-Hubert), Christian Schandeler (Arlon), Luc Thomé (Florennes) et quelques autres, qui ont bien voulu vérifier la "faisabilité" du parcours proposé !

sommaire & édito 108
 

Deux projets autour de la lecture:

le Prix Farniente et Livres du monde

 

Classe de troisième, ISJ, Jumet

Récit de Danielle Connerotte

       Il ne s'agira plus seulement de former des lecteurs qui «comprennent» les textes, mais de former des lecteurs capables de réfléchir et de créer. [...] A cette dimension de lecture personnelle, l'école peut ajouter une contribution essentielle, celle de proposer aux élèves de partager leur interprétation du texte. L'apport de l'école sera donc, non seulement d'inciter les élèves à lire, mais surtout de favoriser l'éclosion de communautés de lecteurs qui réagiront aux textes et interagiront. Il est primordial de faire acquérir aux élèves ce sens de la communauté, car il ne peut y avoir de transactions signifiantes avec le texte si les élèves ne se sentent pas membres d'une communauté de lecteurs.

Jocelyne Giasson, professeur à l'Université Laval, Vie pédagogique (revue) n° 100 (septembre-octobre 1996), p. 53.

 A. Le Prix Farniente

 * Donner la parole aux ados (de la 2e à la 4e) "pour le plaisir de lire", leur proposer six livres pour en établir le palmarès, permettre à chaque jeune d'adopter son propre rythme (certains liront toute la sélection, d'autres seulement un ou deux romans, mais chacun aura le droit de donner son avis...).

 * En aucun cas, le plaisir ne devra céder le pas à la contrainte!

 Telle est l'ambition des organisateurs du Prix Farniente, soutenus par la Ligue des Familles, et aussi, cette année 2001, par la Foire du Livre de Farciennes.

 Ce prix porte sur six livres, préalablement sélectionnés par un jeune comité de lectrices. Les voici, cités en ordre décroissant de score au terme d'une consultation effectuée auprès de 360 adolescents:

 1. Marie-Aude Murail, Oh, boy, Ecole des Loisirs, 2000, coll. Medium (où il est question de maladie, de deuil, de placement d'enfants, du fonctionnement de la justice... mais aussi de générosité).

Score: 5,72

2. Carol Ellis, Portrait-robot, éd. J'ai lu, 2000 (un récit de quoi vous faire grande peur).

Score: 5,52

3. Frank Andriat, L'amour à boire, éd. Labor, coll. Espace Nord junior, 1999 (le décor d'un racisme ordinaire).

            Score: 5,47

4. Chloé Ascensio, Bien trop petite, éd. du Rouergue, coll. Do A Do, 2000 (comment éviter le "gros œil" de la sorcière...).

            Score: 4,82

5. Kressmann Taylor, Inconu à cette adresse, éd. Autrement Littératures, original anglais (1938), 1999 (vivre, pour des jeunes, au temps de l'Allemagne nazie).

            Score: 4,38

6. Pierre Coran, L'Éphélide, éd. Labor, coll. Espace Nord, zone J, 2000 (rêve d'ado: devenir artiste).

            Score: 4,10

 Le fil rouge de ces six livres: "La vérité n'est pas où vous croyez!"

 La participation (deux classes de troisième) au Prix Farniente s'est déroulée en quatre étapes, de la rentrée de septembre à la Toussaint:

 a.         Lecture des six livres, avec rotation des livres à l'intérieur du groupe.

 b.         Rédaction d'une fiche individuelle - une fiche par livre lu, selon le plan imposé ci-dessous:

 

Présentation des personnages importants:

leur aspect physique (corps, vêtements...)

leur aspect psychologique

Résumé du récit; observer la construction narrative:

la situation initiale, les transformations, les modifications, les péripéties, la situation finale

Appréciation personnelle:

Elle porte sur

la progression du récit,

le genre narratif (fantastique, poétique, policier...),

le langage (lisibilité, esthétique),

les relations entre les personnages...

j'ai aimé... voici pourquoi;

je n'ai pas aimé... voici pourquoi.

 c.         Le vote, en classe, le 26 octobre: classement des livres, par chacun, en ordre décroissant.

d.         Exercice oral (en plusieurs périodes) autour des six livres, sous forme de débat, organisé de la façon suivante:

le professeur joue le rôle de modérateur (dirige les prises de parole);

les élèves qui n'ont pas participé au Prix Farniente jouent le rôle d'observateurs (ils sont tenus de prendre en compte correctement les "paramètres" sur lesquels porte l'évaluation: voir le tableau ci-dessous).

Remarque: en tout début d'année scolaire - et du deuxième degré... - la pratique du débat est forcément encore assez hésitante... Mais il faut "se lancer"! Professeur et élèves, à la lumière de ces premières expériences, relèveront certaines capacités déjà en place et celles à améliorer.

Pour l'évaluation du débat, nous observons: 

Les interventions:

fréquence

pertinence

Les interactions (relation avec les partenaires du débat):

accueil, ou non,

prise en compte, ou non,

mise à profit, ou non, des propos tenus

Le corps et la voix:

gestes - regards - intensité - articulation - rythme - cohérence et clarté - maîtrise de soi

La connaissance des livres lus:

prise d'appui sur les faits

intérêt porté au style

capacité de "prouver par le texte"

identification correcte des personnages

validité des arguments d'appréciation

 

 Quant aux livres, ils sont nécessaires à un double titre. D'abord, ils nous mettent en relation avec le passé (c'est le «don des morts»), ils nous transmettent en héritage toute l'expérience de l'humanité et en même temps permettent d'inscrire notre petite vie dans la trame de l'histoire mondiale. D'autre part, loin d'être une évasion, ils nous amènent à saisir l'ordre et le projet de la vie, donc à lui découvrir un sens. Les livres de fiction, romans et poésie, sont à cet égard plus efficaces que les autres: pour être compris, le monde vécu doit être doublé d'un monde imaginé.

Tzvetan Todorov, L'Homme dépaysé, Seuil, 1996, p. 169.

 

B.  Livres du Monde

        Aux deux objectifs visés dans Farniente, "faire (aimer) lire" et "partager ses lectures", s'ajoute ici celui de découvrir et comprendre des milieux de vie et des sensibilités culturelles différents, mais aussi des situations problématiques de conflits, de tensions sociales; et promouvoir ainsi l'ouverture, la tolérance, une citoyenneté sans frontière...

       Les livres choisis sont tous de la collection Medium, Ecole des Loisirs, sauf le sixième.

        1. Alice Mead, La croix d'Adem (Vivre au Kosovo...)                                                        

       2. Rafik Schami, Une poignée d'étoiles (A Damas, le fils d'un boulanger tient son journal...)

       3. Xavier-Laurent Petit, Fils de guerre (La guerre dans les Balkans)                               

       4. Christian Lehmann, La nature du mal (Castel Morro, où l'on enferme les opposants) 

       5. Xavier-Laurent Petit, L'oasis (La terreur au quotidien en Algérie)                               

6. Azouz Begag, Quand on est mort, c'est pour la vie, coll. Frontières, Gallimard (Arabe en France...) 

Chaque élève lit trois livres parmi les livres proposés et rédige pour chacun une fiche de lecture.

 Le travail en groupe se fait d'abord par écrit...:

 Décrire deux conflits abondamment évoqués dans les trois livres. Plan à suivre: l'origine d'un conflit, son développement, sa fin ou sa persistance.

 La recherche se fait sur la base du livre de la série proposée et d'autres livres consultés en bibliothèque, de journaux, de témoignages obtenus chez des témoins fiables, de cartes ou de graphiques, de documents de la Ligue des Droits de l'homme.

 La recherche du pourquoi, du comment, de la preuve..., c'est un apprentissage assez difficile pour des élèves de troisième; mais ceux-ci se rendent compte rapidement que c'est à la fois instructif et valorisant: quitter son horizon, apprendre à se documenter, à vérifier des informations, à être objectif.

 ... ensuite oralement:

Chaque groupe présente à la classe les résultats de sa recherche. L'évaluation se fait sur les paramètres de l'exercice oral individuel (voir tableau ci-dessus), à cette différence près que l'on observe une capacité... collective. Autrement dit, on apprécie particulièrement la façon dont un groupe construit son unité de vue, comment les tâches, les prises de parole... sont correctement réparties. Cela aussi, c'est de la citoyenneté!

 

La parole aux élèves...

 1.        Ils ne manquent pas de lucidité en épinglant quelques petits "ratés" de cette expérience: (J'imaginais qu'il y aurait plus d'échanges... Clélia Rinaldi; Certains n'ont jamais donné leur avis. Milva Gambino). Mais pas question de se résigner: ils comptent bien "faire mieux une prochaine fois".

2.         Ils ont découvert dans les situations humaines, fictionnelles ou réelles selon les livres, certains liens avec leur propre vécu (Des histoires qui pourraient arriver à chacun de nous et dont nous serions les acteurs... Clélia Rinaldi. Ce qui est bien, c'est que les questions n'étaient pas uniquement basées sur les livres; elle concernaient aussi ce qui se passe dans la vie de tous les jours. Stéphanie Delaruelle). 

3.         Les élèves sont conscients, mais aussi ravis, de ce qu'il s'agissait vraiment, pour eux, d'un défi à relever, ne fût-ce déjà que de devoir lire plusieurs livres en un temps assez court (C'était presque impossible, mais je me suis lancée! ­Stéphanie Delaruelle; Un choix difficile, mais si j'en ai l'occasion, je recommencerai... Katline Decooman).

4.         Ils apprécient également d'avoir pu s'exprimer, s'affirmer, et donc s'engager (Le débat permettait de nous exprimer, de défendre nos opinions, comme on doit le faire dans la vie de tous les jours. Stéphanie Delaruelle).

 

...et au professeur:

1.         Cette approche du débat fut assez... timide, mais l'important est que les élèves s'en rendent compte et soient décidés à s'améliorer. Voilà un moyen efficace pour mettre une classe en projet, sur des compétences à développer.

 Par parenthèse, je signale que nous exploiterons l'émission Lieu public. Cela plaît aux élèves, car elle est produite tout près de chez eux (RTBF Charleroi.). Un tel document est vivant, proche de l'expérience de leur milieu social, et surtout il permet d'observer les stratégies d'argumentation; ce qui pourra inspirer de futurs débats organisés en classe.

 2.         Certains élèves furent surpris par leur propre performance (de lecteurs ou de débatteurs); plusieurs ont découvert que lire suscite le plaisir et développe l'esprit critique.

 3.         L'ensemble de la classe a apprécié que ce parcours de lecture leur soit présenté comme un contrat  clairement défini, dont ils connaissaient les échéances, et surtout les enjeux. C'est un apprentissage de la responsabilité.

Le professeur qui est "co-lecteur" de l'œuvre "avec" ses élèves quitte le discours "savant", toujours plus ou moins impositif; il renonce à son autorité sur l'interprétation... ce qui a pour effet de libérer les commentaires.

                                  D'après Jeanne-Antide Huynh, Le français aujourd'hui, n. 119 (septembre 1997), p. 70. 

 

 

 

 

Un album-souvenir... C'est du français, Madame?

Article déjà en ligne

 

 

La fable, toujours recommencée

Récit de Jean-Guiot, ISMA, Arlon

 

Une fois de plus, donc, et dans une classe de 3e
 

«Ce matin-là de mars, veille de vacances de Pâques, un agneau se désaltérait tranquillement dans le courant d’une onde pure. La semaine précédente, j’avais appris que tout renard vivait aux dépens du corbeau qui l’écoute. Et la semaine encore antérieure, une tortue avait battu un lièvre à la course…

Vous avez deviné: chaque mardi et chaque jeudi, entre neuf  et onze heures, les animaux les plus divers  envahissaient notre classe, invités par notre professeur. La toute jeune Mademoiselle Laurencin aimait d’amour La Fontaine. Elle nous promenait  de fable en fable, comme dans  le plus clair et mystérieux des jardins.

-Ecoutez ça, les enfants:

Une grenouille vit un bœuf

Qui lui sembla de belle taille.

Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf

Envieuse s’étend, et s’enfle, et se travaille…

Ou ceci:

Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre !

C’est en ces mots que le lion

Parlait au moucheron.

L’autre lui déclara la guerre.

 

Laurencin, en récitant, rougissait, pâlissait: c’était une véritable amoureuse.

-Vous vous rendez compte? en si peu de lignes, dessiner si bien l’histoire…. Vous la voyez, la grenouille envieuse, non? Et le moucheron chétif, vous ne l’entendez pas vrombir?

-Pardon madame, que veut dire « excrément »?

-Mais pardon, c’est de la merde, ma Jeanne.

Car Laurencin, toute blonde et jeune qu’elle était, n’avait pas peur des mots et serait plutôt morte que de ne pas appeler un chat un chat…»

Erik Orsenna, La grammaire est une chanson douce, Stock.

Ce livre d'Orsenna, son dernier roman: une véritable friandise de la langue française ! Un hymne à notre patrimoine littéraire à la façon du Petit Prince. Un must pour tout enseignant. Si vous ne l'avez pas encore dégusté, foncez chez votre libraire.

Erik Orsenna introduit ainsi son livre, sa visite au royaume des mots. Ce n’est sans doute pas par hasard qu’il évoque dès le début la fable. Caricature de notre enseignement, emblème de nos lettres, elle ne laisse personne indifférent. Moralistes et poètes sont ici réconciliés. Sagesse et rêve cohabitent.

Seul notre public, d’un premier abord,  n’est pas convaincu. Il faut dire que nos ados ont de bien amers souvenirs. L’étude, par cœur, d’une banale histoire de corbeau et de renard, on  leur en a fait tout un fromage. Pourtant, miroir de nos habitudes, anatomie de la nature humaine,  ces histoires témoignent d’une extraordinaire jeunesse: il s’agit bien de textes éternels. Céline le reconnaissait: « C’est fin, c’est ça, c’est tout. »

Le genre a atteint sa perfection grâce à La Fontaine. Génial conteur, par sa vivacité,  par la maîtrise totale de la forme, par sa concision acerbe, il a donné les ailes de la poésie à Esope. Il les fait courtes et bonnes! Pour lui, la morale n’est que prétexte. Ses animaux nous parlent (ils ne sont présents que dans le tiers de son oeuvre ). Vouloir faire de lui  un didacticien («Je me sers d’animaux pour instruire les hommes.»), l’attristerait à coup sûr. Même s’il fait le tour des défauts humains, la morale n’est jamais l’essentiel.

Oui, le Bonhomme a réussi un sacré tour de passe-passe, un tour vieux de 300 ans, un tour qui  se métamorphose en une poule aux œufs d’or: en témoignent les dernières publications:

«Les fabuleux»: c-d très «déjanté»: fables version rap, rock, pop. Trop géant!, diraient nos étudiants.

Fables  en dessins animés chez Black Edition

Pierre Perret a lui aussi assaisonné quelques textes célèbres…Croustillant !

*

C’est à cette connivence intellectuelle que nous allons inviter nos élèves. Une séquence rien que pour le plaisir en quelque sorte…L’objectif ultime étant bien de les pousser dans leurs derniers retranchements: leur donner la plume…

 Comment, concrètement, se déroule notre séquence "fable" ?

1.     Introduction:

Cette approche s’étale sur environ 6 périodes et privilégie le travail d’écriture. Les compétences de base sont mises en œuvre. Le début de la séquence se veut particulièrement provocateur. La fable, les élèves connaissent. La lecture du pastiche ci-dessous devrait détendre l’atmosphère…

 

L’élève, ayant glandé

Toute l’année,

Se trouva fort dépourvu

Lorsque juin fut venu

Pas un seul petit espoir

De succès ou de victoire

Il alla se présenter

Chez les profs aux délibés

Leur priant de lui donner

Encore une chance de passer

Jusqu’à la classe supérieure

J’étudierai, dit le brosseur

Au mois d’août, je reviendrai

Et mes cours, je connaîtrai

Le prof n’est pas indulgent

C’est là son moindre défaut

«Que faisiez-vous au temps chaud?

Dit-il à cet imprudent

-Tous les jours, à tout venant

Je séchais, ne vous déplaise

-Vous séchiez, j’en suis fort aise

Et bien !  Doublez maintenant.»

2.     Réactions:

Laissons ensuite les langues se délier. A coup sûr, la situation suscite les réactions. Tous reconnaissent le pastiche et certains montent sur l’estrade pour «réciter» leur fable. C’est le moment de jouer au conteur et de feuilleter de très beaux ouvrages.

On peut aussi proposer certains jeux qui évoquent différentes morales  à remettre  en ordre.

à – courir – de – faut – il – ne – partir – rien – sert

croyait – est – prendre – pris – qui – tel

a – affamé – d’ – n’ – oreilles – point- ventre

chose – considérer – en – faut - fin – il – la – toute

deviendra – Dieu – grand – lui – petit – poisson – pourvu – prête – que – vie –

aide – aidera – ciel - le - t’ – toi

3.     Structurons:

Nous abordons deux récits moins connus. Une lecture comparée permettra  de constituer une grille des «ingrédients» nécessaires à l’écriture d’une fable. Le choix s’est ici porté vers des textes  qui mettent  bien en évidence l’origine orientale:

Le chacal bleu, Panchatantra

Le roi lion et le scarabée de Lobel Arnold.

Exemple de grille d’analyse:

Le chacal bleu                           Le lion et le scarabée

Sa structure: 2 parties

1.      Le récit:

Un événement précis et anodin ( la grenouille enfle…)

Raconté au passé

2 ou 3 personnages typés ( adjectifs)

Des animaux adaptés à la morale ( renard / malice,  âne / ………  paon / ………,

chacal / lâche, oie / …………….,  chien / ……………)

Aux comportements et au caractère humains (peu le physique)

Péripéties exagérées

La force de la comparaison: comme un bœuf…

Les paragraphes

 

2.      La morale:

Brève

Présent ou …………………..

Vérité générale

S’adresse au lecteur

Souvent à la fin

Remarque:

Parcourir ces récits, c’est aussi l’occasion de montrer que la langue vit et évolue. Le style du XVIIè siècle s’avère parfois un obstacle à la compréhension de la fable. Ce qui prouve bien que ce genre littéraire est loin d’être réservé à un public d’école primaire. Excepté les «classiques», la fable s’étudie d’ailleurs en France principalement au Lycée .

 

4.     Réinvestissons: réécriture

Quelques élèves par les fables imposées

suivirent le pari d’en créer un pastiche inédit

Leur professeur par l’idée intéressé

Leur tint à peu près ce langage

« Chers élèves, si vous portez ce projet jusqu’à  sa réalisation finale,

vos publications seront distribuées dans toute la salle

A ces mots, les élèves hyper motivés

Ne cessèrent, plume à la main,

De réécrire les plus belles fables de La Fontaine.  (ID)

 Le pastiche favorise la créativité. Tout en donnant des jalons, il autorise imagination et actualisation. Les versions en verlan récitées par Fabrice Lucchini sont bien connues, celle de Raymond Queneau également:

La cimaise et la fraction

La cimaise ayant chaponné l’éternueur

Se tuba fort dépurative quand la

Bixacée fut verdie:

Pas un sexué pétrographique morio

De mouffette ou de verrat

Ici Raymond Queneau s’est amusé à remplacer chaque adjectif, chaque nom, chaque verbe par le septième de son espèce qui suit dans le dictionnaire, à condition qu’il soit de la même classe grammaticale.  (M+7)

Les consignes se doivent d’être précises afin d’éviter une mise en route trop lente. Paradoxalement, l’écriture collective déclenche une réaction positive chez les plus faibles:

- Choisissez à deux  un recueil de fables. Parcourez-le.

- Inventez votre propre récit selon l’une des 2 méthodes suivantes:

Soit adaptation/ pastiche: vous transformez une fable connue.

(comme précédemment) Vous l’adaptez à de nouveaux personnages.

(connus de tous: star, professeur) 

Gardez des parties du discours: «leur tint à peu près ce langage.»

Soit création:  Partez d’une nouvelle  morale. Utilisez par exemple les  dictons « Qui part à la chasse.» ou transformez-les. «Rien ne sert de trop écrire, il faut gommer à point.»

- La chute se doit d’être inattendue.

- La plupart présentent deux personnages (souvent opposés, choisir un couple habituel).

- Ne vous préoccupez pas des rimes, des pieds. (dans un premier temps!)

- Déformez à souhait les morales et les titres:

Le bœuf décide de suivre un régime

La cigale est devenue une star de la pop music

Le loup et l’agneau s’entendent comme deux larrons

Sans oublier l’actualité, le quotidien...

 Ce qui donne... :

 

Stéphanie ayant dansé

Toute la soirée,

Se trouva fort dépourvue

Quand les slows furent venus:

Pas un seul petit morceau

De chair ou de peau

Elle alla crier envie

Chez Sandra, son amie

La priant de lui prêter

Quelques hommes pour subsister

Jusqu’à la soirée nouvelle.

« Je vous paierai, lui dit-elle,

 

Avant la fin,  foi de femmes,

Intérêt et principal.

Sandra n’est pas prêteuse;

C’est là son moindre défaut:

Que faisiez-vous au temps chaud?

Dit-elle à cette emprunteuse.

Nuit et jour à tout venant

Je dansais, ne vous déplaise.

Vous dansiez !  J’en suis fort aise.

Eh bien !  draguez maintenant.                                                 

 

                                                           Stéphanie et Sandra

Jean-Jacques et l’élève.

Maître Guiot sur sa chaise perché,

Tenait en sa main un bic rouge.

Maître l’élève déçu par sa cote qui bouge,

Lui dit d’un français amélioré:

Hé !  Bonjour Monsieur Guiot,

Que vous êtes grand,

Que vous me semblez intelligent,

A propos,

Si le rouge pouvait se transformer en bleu

 

Je vous donnerais de l’argent et pas un peu.

A ces mots, le prof ne réfléchit point,

Il change la cote et rend le bulletin.

L’élève s’en saisit et dit à son interlocuteur:

Cher professeur,

Apprenez que tout élève réussit grâce au prof qui le cote

Cette leçon vaut bien quelques points, sans doute

Le prof fâché, jura mais un peu tard

Qu’il ne le ferait plus.

                                                           Florence et Mathieu

Les loups et l’agneau

Un agneau quelque peu innocent,

Se fit capturer par un loup assoiffé  de  sang.

Le brigand rapporta sa trouvaille

Pour régaler sa marmaille.

Le doyen de la meute, tint conseil et dit:

Mes chers amis, je crois que le ciel a permis,

Que nos ventres affamés et notre descendance

Ne hurlent plus et connaissent enfin l’abondance.

Un loup que la faim avait rendu capricieux,

Prouva par sa harangue que chacun d’eux,

N’aurait qu’une infime partie,

De ce repas si petit.

L'agneau prit la parole et dit:

Laissez-moi devenir mouton

Que je devienne grand et bon.

Tous les loups approuvèrent

Et brouter à sa faim le laissèrent.

Quelques minutes d’inattention suffirent

A l’animal

Pour déguerpir

Sans trop de mal.

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras,

L’histoire des loups s’arrêta là.

                                                           Catherine et Audrey

 

5.     Présentation:

Durant la dernière période de cours, les étudiants présentent leur création:

* Consignes:

Jouez les scènes avec des habits d’autrefois

Maîtrisez le texte sans réfléchir

Pas trop vite (ponctuation, articulation)

Différenciez les voix (à la Louis de Funès?)

Situez-vous dans l’espace

Grimaces, sourires, gestes…

Zéro, monsieur de La Fontaine !

« La cigale se trouva dépourvue lorsque la bise fut venue.» Voilà bien une erreur zoologique. La cigale adulte ne peut connaître la bise puisqu’elle ne vit que quelques mois sur les branches des arbres ensoleillés du Midi de la France.

sommaire & édito 108

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