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JULIBEL, le français d'aujourd'hui

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SOMMAIRE 

numéros parus depuis 1990

 

 

Publiés en version "papier" de septembre 1993 à mars 2004, les numéros 074 à 116 de la revue pédagogique LMDP seront progressivement mis en ligne.

Une cinquantaine d'articles parus dans cette série sont déjà sur notre site Internet : voir la page sommaire (titres en couleur rouge) ou la page archives. * Suivre cette mise en ligne

 

Numéro 094 - Septembre 1998

Mis en ligne : mars 2015

 

Sommaire

1. La région des Hautes Fagnes, hier et aujourd’hui * Décrire un «milieu de vie» à travers les cours d’EDM, de sciences et de français

2. Trois écrivains à l'épreuve...: dix mots  pour un récit * France-Culture, émission Les Décraqués (19 octobre 1997, 13h30)

3. Approche de la littérature européenne

4. Variations sur l'air du "projet de classe"

5. Une minute de récré *  Tout ce qui n'est pas clair n'est pas français (Rivarol)

6.Le Grand Meaulnes, d'Alain-Fournier * Classe de 3e À partir de deux extraits, inciter les élèves à lire l'ouvrage *  Les exercer à condenser le contenu d'un paragraphe (titre, résumé

 

 

En guise d'édito

Imaginer des ateliers d'écriture

Jean-Charles Chabanne (IUFM de Montpellier) distingue la lecture (où s'investit et se construit un sujet) de la "lecture" (activité scolaire, savante).

«Avant la lecture, écrit-il, il y a la lecture

Selon lui, pour aller de l'une à l'autre, il faut un cheminement qui démarre le plus tôt possible et qu'on ne peut écourter. Et dans cette initiation, des activités en atelier de lecture seraient décisives:

«Il reste, poursuit-il, à imaginer une pratique beaucoup plus précoce et beaucoup plus régulière d'ateliers de lecture (...) pour toutes sortes de tripotages des textes, la paraphrase, la transformation, le collage, la parodie... Au cœur de l'atelier de lecture, le commentaire personnel, dans ses premières formes qui sont bien loin du commentaire composé. Paraphrase, glose, voire écho digressif (qu'est-ce que j'ai envie d'écrire personnellement après telle lecture, même si ce n'est pas pour en parler?) nous paraissent devoir être expérimentés plus librement et surtout plus précocement, dès l'école [primaire].»

Voir Le français aujourd'hui, n° 121 (mars 1998), pp. 28 & suiv.

 

 

La région des Hautes Fagnes, hier et aujourd’hui 

Article déjà en ligne

Trois écrivains à l'épreuve...: dix mots  pour un récit

Article déjà en ligne

Approche de la littérature européenne

Article déjà en ligne

sommaire & édito 094

Variations sur l'air du "projet de classe"

 

1. Une journée littérature à l'ISJ à Saint-Hubert

 

Récit de Chantal Al Charif, qui précise: «Les retours sont très favorables et les profs non attirés par la littérature de jeunesse étonnés de tout ce qu'on peut faire comme activités ludiques ET apprenantes, à partir d'un livre.»

Mon rêve s'est réalisé cette année: faire venir un auteur dans ma classe! L'écrivaine Marie Desplechin est venue de Paris... et cela ne s'improvise pas: les élèves ont été mis en appétit de lecture. Vie quotidienne, mystère, quête de soi: trois thèmes à découvrir chez cet auteur et chez d'autres. La contrainte - devenue plaisir: lire au 2e trimestre 4 livres, dont 2 moins de M. Desplechin, ce qui fera de la journée du 30 mars une rencontre motivée, riche, pleine de sens. Ce fut «le jour L», ainsi baptisé parce que Lire, ça donne des ailes...

Cette journée, organisée avec le Département pédagogique de l'HENAC (Malonne), concernait les 160 élèves de 1re rénové. Au lieu de leur horaire habituel, ils participaient par demi-classe à 6 ateliers en rapport avec la littérature de jeunesse.

Si les noms des ateliers étaient évocateurs - savourer un moka, sortir de sa bulle, prendre le temps de lire... - leur contenu n'a pas déçu. Les élèves ont pu travailler par exemple avec des futurs illustrateurs (de l'E.R.G. de Bruxelles), questionner un libraire (P. Bodson, de Libramont­), se documenter à la Bibliothèque publique de Saint-Hubert, découvrir des revues faites pour eux, comme I.D., Je bouquine ou Okapi, mettre en scène des extraits de livres, apprendre à connaître différents titres de littérature de jeunesse...

Le moment fort de la journée fut la rencontre avec l'écrivaine Marie Desplechin, auteure de nombreux romans pour ados publiés à l'École des Loisirs. Elle a été accueillie l'après-midi par 3 classes et à 17 heures au Palais Abbatial par un public de bibliothécaires, de parents, de profs et d'étudiants. A la suite de cette rencontre, terminant en beauté cette inoubliable journée, les participants pouvaient faire leur cette phrase: «L'écrivain est un oiseleur, et les mots sont en cage avec des ouvertures sur l'infini.»

  

2. A la fête de l'Isma (Arlon) : un cabaret littéraire

 

 

Mai 98. - Des élèves de 5e ont proposé leur premier cabaret littéraire. Parmi les auteurs choisis: Arthur Rimbaud (Le bateau ivre...), Alfred Jarry (le prologue d'Ubu-Roi), Queneau (Exercices de style...), Jacques Prévert (Je suis comme je suis...) et aussi des textes dits dans leur langue maternelle par un Rwandais et par un Libanais.

Violence, sensualité, burlesque ou évasion...: les poèmes sont dits ou chantés, et même dansés, comme ces premières strophes du Bateau ivre, où tout le corps s'exprime.

Mise en scène: Michèle Bruyère-Majérus, leur professeur de français.

Un public nombreux et ravi! Des élèves heureux d'avoir découvert, aimé et fait aimer la poésie, fiers d'avoir mené à son terme un projet ambitieux! C'est ainsi qu'une classe, quand elle est mise "hors d'elle-même", découvre encore mieux la raison d'être d'un cours de français, sa fonction à la fois sociale et esthétique.

Diable! C'est vous change des hot dogs et des merguez...

 

 

3. Anagramme ou acrostiche... pour dire qui je suis. - Jumet, ISJ

 

 Proposé par Damien Avet, un parcours d'environ 8 périodes sur la poésie: surtout par l'écriture (rime, rythme, acrostiche, anagramme...),  initier à la poésie pour en découvrir à la fois les contraintes et les espaces de liberté et de gratuité.

Ça ne compte pas pour le bulletin! Et pourtant (ou pour cette raison-là!), on se donne à fond.

Par exemple, partir de la célèbre anagramme des Templiers, O mater Dei, memento mei - Amo Demeter, enim timeo, procédé qui dissimule en même temps qu'il identifie...

[ Voir Gérard de SEDE: Les Templiers sont parmi nous, collection J'ai lu.]

Chaque élève prend son nom ou son prénom comme matériau d'anagramme ou d'acrostiche. Il pourra encore dévoiler davantage le sens de son écrit, par une mise en contexte, un jeu de rime, de rythme, de métaphore. L'enjeu est évidemment moins de s'exercer que d'aboutir..., de découvrir le côté "travail" de l'écriture que de se prendre pour Victor Hugo.

Et cela donne, par exemple:

Anagrammes:

 

FABIEN BRAEKEVELT

FABRE TECKEL VA BIEN

AUDREY GADOMSKY

SKI D'AMOUR GAY

 

Acrostiches:

Le jour où ma mère

A donné la vie

Une créature a

Ravi ma famille

Et pourtant, déjà,

La nuit suivante

Irrités par cette chose hurlante,

N'y tenant plus, ils voulaient m'

Envoyer sur une autre planète

 

Laetitia est mon prénom

Attachante pour certains

Et moins pour d'autres

Triste, je le suis rarement;

Irresponsable, je ne crois pas.

Tout cela est incomplet:

Il y a encore beaucoup à dire...

Apprenez à me connaître, vous verrez

 

 

A la lecture en public, on est surpris de  dévoiler, par ces noms nouveaux,  une identité nouvelle ou "confirmée", ce qui suscite dans le groupe des commentaires du genre: «C'est bien lui, c'est bien elle.» ou au contraire: «On n'aurait pas imaginé ça!»

Ceci pourra amorcer une nouvelle étape: activités et réflexion sur "signifié et signifiant", "dénotation et connotation"... Et puis d'autres étapes encore! Chaque fois, avec des activités d'expression écrite ou orale.

Comme quoi, en français, comme dans d'autres disciplines, on va de pratique en pratique, de découverte en découverte: satisfaction continuelle pour des têtes chercheuses !

La page blanche, c'était peut-être un mur de plus à ma prison, mais qu'on pouvait percer par l'écriture.

Franz HELLENS, Le naïf, coll. Espace Nord, Labor, éd., p. 25

*

sommaire & édito 094 * début "projet de classe"

Vous aussi, avez sans doute mis en route des projets pour animer vos cours de français - avec la complicité de vos élèves et peut-être avec celle de collègues d'autres disciplines. Pourquoi ne pas nous raconter ça? Notre revue - votre revue - n'est-elle pas une tribune, un lieu d'échange? Merci d'avance!

 


Une minute de récré...

 

Tout ce qui n'est pas clair n'est pas français ! (Rivarol)

 

Dans la chronique Écrits et chuchotements du Canard enchaîné  (20 mai 1998), page 6:

 

CERISY (Centre culturel de - )) :

célèbre pour ses colloques... il en organise un du 1er au 11 août, dont le titre est: "Textique : l'écrit à la loupe"

Colloque dirigé par Jean Ricardou, qui explique :

«La textique? Une discipline nouvelle visant à établir une "théorie unifiée" des structures de l'écrit, classique et moderne, dans ses diverses modalités (schémique, grammique, iconique, symbolique).

(...) Sa méthode? Explorer par niveaux l'ensemble des structures loisibles, leurs problèmes et leurs effets, selon des "matrices exhaustives" à la stipulation croissante, réfutables à mesure, le cas échéant, par tout contre-exemple analysé comme tel.»

 

[Et le Canard ajoute, en guise de commentaire:]

 

Et surtout ne pas confondre textique et jargonique !

N'est-ce pas !


sommaire & édito 094

 

Le Grand Meaulnes, d'Alain-Fournier

Classe de 3e

 

Objectifs :

                                               À partir de deux extraits, inciter les élèves à lire l'ouvrage

                                      Les exercer à condenser le contenu d'un paragraphe (titre, résumé)

Récit de Jean-Marie PIERRE, Isma, Arlon

 

A.   Activité d'écriture du titre et du résumé de chaque paragraphe

     Elle se déroule devant et avec toute la classe: les propositions de chacun sont écrites au tableau, discutées et amendées ensemble, en tirant parti (surtout pour les résumés):

-    de la "panoplie" des structures syntaxiques observées par ailleurs systématiquement en grammaire (l'élève découvre l'utilité d'une exploration des outils grammaticaux et de leur valeur expressive...); c'est l'occasion de saisir le lien étroit entre structure grammaticale et signification.

-    de l'inventaire des mots ou locutions qui dessinent différents champs lexicaux (surtout celui de la fascination, de l'école, de la famille...); un inventaire qui permet de cerner le contenu d'un paragraphe.

 

 

Extrait 1: Mais quelqu'un est venu... (coll. LP, pp. 14-15).

Lorsqu'il faisait noir, que les chiens de la ferme voisine commençaient à hurler et que le carreau de notre petite cuisine s'illuminait, je rentrais enfin. Ma mère avait commencé à préparer le repas. Je montais trois marches de l'escalier du grenier; je m'asseyais sans rien dire et, la tête appuyée aux barreaux froids de la rampe, je la regardais allumer son feu dans l'étroite cuisine où vacillait la flamme d'une bougie.

Mais quelqu'un est venu qui m'a enlevé à ces plaisirs d'enfant paisible. Quelqu'un a soufflé la bougie qui éclairait pour moi le doux visage maternel penché sur le repas du soir. Quelqu'un a éteint la lampe autour de laquelle nous étions une famille heureuse, à la nuit, lorsque mon père avait accroché les volets de bois aux portes vitrées. Et celui-là, ce fut Augustin Meaulnes, que les autres élèves appelèrent bientôt le grand Meaulnes.

Dès qu'il fut pensionnaire chez nous, c'est-à-dire dès les premiers jours de décembre, l'école cessa d'être désertée le soir, après quatre heures. Malgré le froid de la porte battante, les cris des balayeurs et leurs seaux d'eau, il y avait toujours, après le cours, dans la classe, une vingtaine de grands élèves, tant de la campagne que du bourg, serrés autour de Meaulnes. Et c'étaient de longues discussions, des disputes interminables, au milieu desquelles je me glis­sais avec inquiétude et plaisir.

Meaulnes ne disait rien; mais c'était pour lui qu'à chaque instant l'un des plus bavards s'avançait au milieu du groupe, et, prenant à témoin tour à tour chacun de ses compagnons, qui l'approuvaient bruyamment, racontait quelque longue histoire de maraude, que tous les autres suivaient, le bec ouvert, en riant silencieusement.

Assis sur un pupitre, en balançant les jambes, Meaulnes réfléchissait. Aux bons moments, il riait aussi, mais doucement, comme s'il eût réservé ses éclats de rire pour quelque meilleure histoire, connue de lui seul. Puis, à la nuit tombante, lorsque la lueur des carreaux de la classe n'éclairait plus le groupe confus des- jeunes gens, Meaulnes se levait soudain et, traversant le cercle pressé:

«Allons, en route!» criait-il.

Alors tous le suivaient et l'on entendait leurs cris jusqu'à la nuit noire, dans le haut du bourg...

 

 

Titre

 

La solitude

 

 

 

 

 

L'arrivée du Grand Meaulnes

 

 

 

Le renouveau

 

 

 

 

 

 

La fascination

 

 

 

Le chef

 

 

 

 

 

Le guide

 


 

 

Résumé

 

Le soir, seul sur l'escalier, François regarde sa mère dans la pénombre.

(inversion du complément et épith. dét. du sujet...: lieu et moment significatifs...)

 

 

Quelqu'un vient, qui rompt cette solitude familiale et monotone, en éteignant les lumières d'une vie calme.

(idée de rupture  dans la relative et dans le gérondif)

 

 

Augustin exerce un attrait mystérieux sur les grands, qui se bousculent pour l'entendre.

(expansions du nom - épith. . et relative: idée de "fascination")

 

 

 

Subjugués par le nouveau, les vantards racontent leurs exploits pour se rendre intéressants.

(épith. dét. du sujet, c. de but: idée de "rivalité")

 

Meaulnes s'impose: il écoute, réfléchit, sourit, puis décide sans demander l'avis des autres.

(suite de verbes et complément de manière: idée de "prise de pouvoir"...)

 

 

 

Tout le monde suit, sans réfléchir.

(sujet "indéfini", c. de manière: idée de "soumission")

 

 

sommaire & édito 094 * début GrandMeaulnes

Extrait 2: Une espèce de tournoi (coll. LP, pp. 115-117)

[Le "mince chevalier à la tête bandée", surnommé le bohémien, est le nouvel élève, qui, la nuit précédente, a surpris la bande du Grand Meaulnes dans un guet-apens.

Le narrateur est le fils de Monsieur Seurel, l'instituteur.]

De tous les plaisirs nouveaux que le bohémien, dès ce matin-là, introduisit chez nous, je ne me rappelle que le plus sanglant: c'était une espèce de tournoi où les chevaux étaient les grands élèves chargés des plus jeunes grimpés sur leurs épaules.

Partagés en deux groupes qui partaient des deux bouts de la cour, ils fondaient les uns sur les autres, cherchant à terrasser l'adversaire par la violence du choc, et les cavaliers, usant de cache-nez comme de lassos, ou de leurs bras tendus comme de lances, s'efforçaient de désarçonner leurs rivaux. Il y en eut dont on esquivait le choc et qui, perdant l'équilibre, allaient s'étaler dans la boue, le cavalier roulant sous sa monture. Il y eut des écoliers à moitié désarçonnés que le cheval rattrapait par les jambes et qui, de nouveau acharnés à la lutte, regrimpaient sur ses épaules. Monté sur le grand Delage qui avait des membres démesurés, le poil roux et les oreilles décollées, le mince chevalier excitait les deux troupes rivales et dirigeait malignement sa monture en riant aux éclats.

Augustin, debout sur le seuil de la classe, regardait d'abord avec mauvaise humeur s'organiser ces jeux. Et j'étais auprès de lui, indécis.

«C'est un malin, dit-il entre ses dents, les mains dans les poches. Venir ici, dès ce matin, c'était le seul moyen de n'être pas soupçonné. Et M. Seurel s'y est laissé prendre!»

Il resta là un long moment, sa tête rase au vent, à maugréer contre ce comédien qui allait faire assommer tous ces gars dont il avait été peu de temps auparavant le capitaine. Et, enfant paisible que j'étais, je ne manquais pas de l'approuver.

Partout, dans tous les coins, en l'absence du maître se poursuivait la lutte: les plus petits avaient fini par grimper les uns sur les autres; ils couraient et culbutaient avant même d'avoir reçu le choc de l'adversaire... Bientôt il ne resta plus debout, au milieu de la cour, qu'un groupe acharné et tourbillonnant d'où surgissait par moments le bandeau blanc du nouveau chef.

Alors, le grand Meaulnes ne sut plus résister. Il baissa la tête, mit ses mains sur ses cuisses et me cria:

«Allons-y, François!»

Surpris par cette décision soudaine, je sautai pourtant sans hésiter sur ses épaules et en une seconde nous étions au fort de la mêlée, tandis que la plupart des combattants, éperdus, fuyaient en criant::

«Voilà Meaulnes! Voilà le grand Meaulnes!»

Au milieu de ceux qui restaient, il se mit à tourner sur lui-même en me disant:

«Étends les bras: empoigne-les comme j'ai fait cette nuit.»

Et moi, grisé par la bataille, certain du triomphe, j'agrippais au passage les gamins qui se débattaient, oscillaient un instant sur les épaules des grands et tombaient dans la boue. En moins de rien, il ne resta debout que le nouveau venu monté sur Delage; mais celui-ci, peu désireux d'engager la lutte avec Augustin, d'un violent coup de reins en arrière se redressa et fit descendre le cavalier blanc.

La main à l'épaule de sa monture, comme un capitaine tient le mors de son cheval, le jeune garçon debout par terre regarda le Grand Meaulnes avec un peu de saisissement et une immense admiration:

«A la bonne heure!» dit-il.

 

Titre

 

 

 

 

Un nouveau plaisir

 

 

La bataille rangée

 

 

 

 

 

 

 

 

Meaulnes observe.

 

 

  La lutte entre les grands

 

 

 

 

Entrée en lice de Meaulnes et de François

  

La mêlée

 

 

Le duel

 

 

 

 

 

La fin du combat
 

 

Résumé

 

 

 

Les écoliers jouent au tournoi de chevaliers.

 

 

Deux groupes s'affrontent, excités par le bohémien.

(le responsable: indiqué par l'épith. dét.)

 

 

 

 

 

 Taciturne et solitaire, il réfléchit et maugrée.

(coordination d'adjectifs et de verbes pour dépeindre une attitude)

 

 

 

 

 

Seuls, les plus forts et les plus malins résistent.

(lien de causalité entre le sujet et le verbe...)

 

 

 

L'arrivée du duo jette la panique.

(même observation)

 

 

 

 

 

 

Restent deux adversaires: Delage, Augustin, face à face!

 

 

 

 

 

Meaulnes est vainqueur par abandon.

 

 

  

sommaire & édito 094 * début GrandMeaulnes


 B.       Inciter les élèves à lire l'ensemble de l'ouvrage...

     Le travail d'écriture présenté ci-dessus a pu y contribuer dans la mesure où l'initiative a été laissée à l'élève de sélectionner des informations, d'émettre des hypothèses sur l'action, sur les temps et les lieux, sur les personnages. Comment vérifier ces hypothèses, sinon en allant voir "en amont" et "en aval" des deux extraits? Curiosité d'autant plus prévisible, de la part de l'élève, que celui-ci s'est senti autonome dans son observation du texte et dans ses essais d'écriture, et valorisé dans une recherche partagée (travail "devant la classe"): il est disposé à poursuivre la recherche.

            Extrait 1: Une transformation... (coll. LP, pp. 14-15)

     Le travail collectif a permis de relever des indices textuels (des informations), par exemple:

 

§ 1       -          D'une existence  recluse et solitaire

                                                       

                                                       

                                                  silencieuse

apparemment stable

quoique assez fragile

"notre petite cuisine", "l'étroite cuisine"

(fréquence de je, presque absent dans la suite de l'extrait)

"sans rien dire"

Quel temps verbal est fréquent dans ce §?

"(la) cuisine où vacillait la flamme d'une bougie"

§§ 3 & suiv.     A une nouvelle existence:

 en groupe 

 

 

                                                                                                 bruyante

 

tournée vers l'aventure collective

 

"une vingtaine de grands élèves serrés autour de Meaulnes" (3)

"tous les autres suivaient" (4)

"le groupe confus des jeunes gens (...) longues discussions" (5)

"tous le suivaient (...)dans le haut du bourg" (7)

"approuvaient bruyamment" (4)

"on entendait leurs cris"

"quelque longue histoire de maraude" (...)

"les autres suivaient, le bec ouvert" (4)

            provoquée par l'apparition du héros

Annoncée dès la première ligne du récit, p. 5:

 

 

 

"Il arriva chez nous un dimanche de novembre 189..."

Ce il (cataphore) crée l'attente, suscite des questions: Qui sera ce personnage? Quel rôle jouera-t-il?

racontée dans le § 2:

Nous y observons:

-    le passage de l'imparfait (§ 1) au passé composé (de la stabilité au changement)

-    le choix des verbes souligne cette rupture:

-    les amorces identiques des 3 premières phrases "énervent" l'attente du lecteur:

-    l'emphase du sujet dans la 4e phrase met en relief ce héros qui apparaît et dont le "titre" est dévoilé à la fin.

 

 

"m'a enlevé à tous ces plaisirs d'enfant paisible"

"a soufflé la bougie"

"a éteint la lampe"

 

"Quelqu'un...", "Quelqu'un...", "Quelqu'un..."

 

"Et celui-là, ce fut (...) le grand Meaulnes."

 

                                  

 Extrait 2: La qualification du héros (coll. LP, pp. 115-117).

 

 

*       L'extrait 1 se terminait par la qualification du Grand Meaulnes, reconnu comme meneur.

     L'extrait 2 se termine en confirmant cette qualification par la victoire sur le bohémien.

     En vérité, c'est Delage, la "monture", qui, "peu désireux d'engager la lutte avec Augustin", a fait tomber à terre "le cavalier blanc"... Et la suite immédiate de cet extrait précise en effet que le Grand Meaulnes est "dépité de n'avoir pu jeter à terre son ennemi" et déclare que "ce sera pour une autre fois"... Il reste donc à confirmer tout à fait cette supériorité....

     Le bohémien, cependant, n'est pas pour autant disqualifié:

    

Il se valorise, au contraire, en reconnaissant avec élégance et fair-play la victoire du rival, apprécie cette victoire en connaisseur.

Sa tenue, dans la défaite, est digne et chevaleresque.

 "saisissement", "admiration"

 

 

"main à l'épaule de sa monture", "comme un capitaine", "debout", "à la bonne heure"...

 

 

Le travail collectif suscite des questions, des hypothèses, et le désir de les vérifier...; par exemple:       

 

**                    Recherches "en amont" et "en aval":

          Dans le chapitre précédent:

          Les circonstances de l'apparition du bohémien, héros nocturne, rival mystérieux.

          Dans les chapitres suivants:

          La rivalité entre le bohémien et le Grand Meaulnes va-t-elle subsister?

          Quelles hypothèses - à vérifier! - sur l'issue de cet affrontement?

          Certains élèves ont pu penser à d'éventuelles connotations xénophobes!

 Tout cela demandera vérification!

***     Autres questions, autres hypothèses:

          Quelles indications sur le lieu, sur l'époque, sur le milieu social, sur les coutumes, peut-on relever dans nos deux extraits?

          L'obscurité de la nuit, le lieu clos de l'école... et d'autres éléments du décor créent une ambiance (mystère, émotion, secret, conspiration, rêverie, ...) que l'on retrouvera sans doute dans l'ensemble du roman.

 

****   Où l'on passe du français à l'histoire du moyen âge...

          Le second extrait, parlant de "bataille rangée", "entrée en lice", "mêlée", "duel"..., a amené un élève à poser la question "Comment se déroulait un tournoi médiéval?".

          Une occasion en or pour une brève étape interdisciplinaire! Réponse en deux temps:

§       Lecture d'un extrait de La chanson de Roland (Le châtiment de Ganelon): LAGARDE & MICHARD, Moyen Age, éd. de 1962, pp. 31-32.

§§    Analyse et description d'une miniature, Un tournoi, (manuel d'histoire Hachette 5e), coll. Isaac, éd. de 1971, p. 88. (Par chance, la classe dispose d'un manuel pour deux élèves.)

          Et cela s'est prolongé par des échanges sur le traitement à l'écran (cinéma, TV, jeux vidéo...) des joutes médiévales.

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