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SOMMAIRE 

numéros parus depuis 1990

 

 

Publiés en version "papier" de septembre 1993 à mars 2004, les numéros 074 à 116 de la revue pédagogique LMDP seront progressivement mis en ligne.

Une cinquantaine d'articles parus dans cette série sont déjà sur notre site Internet : voir la page sommaire (titres en couleur rouge) ou la page archives. * Suivre cette mise en ligne

 

Numéro 093 - Juin 1998

Mis en ligne : mars 2015

 

Sommaire

 

 

1. « Aujourd'hui, le Mont-Blanc ne sera pas très prolixe. »  La créativité lexicale 1997: comme chaque année, un grand cru - 1er & 2e degrés degrés ►                          

  

2. Pot-pourri pour La Fontaine - 1er degré

 

3.  Types-top... des textes de toutes sortes (seconde partie) - 2e & 3e degrés                                

 

4. Oeuvres d'art en proie(s) à la parodie

    Propos au 2e degré pour classes du 3e degré ou Haricots à écosser...                                       

 

 

En guise d'édito

 

Quand l'enseignant déclare le sens avant que l'élève ne le construise...

 

L'élève, comme tout lecteur, et particulièrement dans le cas du récit, construit le sens par une lecture prospective: à partir des indices du texte, il émet au fur et à mesure des hypothèses confirmées - ou infirmées - par la suite.

Mais les lecteurs ne construisent pas le sens au même rythme, ni de la même façon, ni en émettant exactement les mêmes hypothèses. Que se passe-t-il si le professeur ne reconnaît pas, ne respecte pas cette diversité, s'il déclare le sens avant que l'élève ne le construise...:

«Le "droit à la différence" disparaît en même temps que le plaisir premier de la lecture, lié à la projection vers la suite du texte... Au pire, on casse les processus fondamentaux de l'anticipation; au mieux, on encourage une certaine passivité face au texte. N'y aurait-il pas dans ces blocages et ces limitations un début d'explication à la désaffection croissante des élèves de collège pour la lecture au fil des années de collège?»

D'après Katherine Weinland, L'enseignement du français au collège, coll. Parcours didactiques, Bertrand-Lacoste, éd., 1997

 

 

Aujourd'hui, le Mont-Blanc ne sera pas très prolixe

La créativité lexicale 1997: comme chaque année, un grand millésime...

Propositions pour l'inventaire: J. Bradfer

Premier et deuxième degrés

 Article déjà en ligne

 

POT-POURRI POUR LA FONTAINE

 

Classe de 2e, Collège Saint-Michel Gosselies

Récit de Maria Arcuri

 

          Point de départ de l'expérience.

    

     Comment envisager un cours de français sur les Fables en respectant l'esprit du programme et susciter un maximum d'intérêt dans une classe de deuxième?

Le souvenir d'un spectacle m'est alors venu à l'esprit.

     Durant la saison théâtrale 95-96, le Centre Culturel Régional de Charleroi a proposé la représentation de Chantefables, associant la lecture des Fables de Jean de la Fontaine et leur mise en scène chantée et dansée. A l'époque, j'avais beaucoup apprécié cette interprétation modernisée.

     J'ai fait part de mes réflexions à José Henriet, collègue de seconde, qui m'a parlé du pot- pourri de Numa Magnin: Histoire de La Bique... sans se douter qu'il serait le point de départ de l'expérience que la classe de 2C du Collège Saint-Michel de Gosselies se préparait à vivre en ce mois de mars 1997.

 

          Avis d'une élève

     Lorsque j'ai compris que je devais rédiger un pot-pourri de fables, je n'ai pas sauté au plafond, loin de là!

     Mais contrainte de réaliser ce travail, j'ai commencé à réunir des Fables. Dès que mon pot-pourri a commencé à prendre forme, j'ai ressenti une immense fierté à l'idée qu'il serait relié dans un recueil!

     Je me souviens de Lenka, Cédric, Joffrey ou encore de Mathieu se vantant du leur, mais au fond, je pensais: "Mon œuvre est la meilleure."

Halida                   

 Remerciements

 

      Je terminerai en remerciant Jacques Roussaux, collègue de première, sans qui cet article ne vous serait jamais parvenu.

Bravo pour son excellente idée et ses judicieux conseils!


POT-POURRI DE NUMA MAGNIN

Pot-Pourri

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom).
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés(...)
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie.
Nul mets n'excitait leur envie,
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Le renard s'en saisit et dit:
"Mes chers amis,
Je crois que le ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune."
A l'heure dite, il courut au logis
De la cigogne son hôtesse:
"Je me dévouerai donc s'il le faut, mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi.
Car on doit souhaiter selon toute justice,
Que le plus coupable périsse
-Sire, dit le renard, vous êtes le phénix
Des hôtes de ces bois.
Vos scrupules font voir trop de délicatesse;
Eh bien dansez maintenant.
Et quant au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux."
En cette occasion, le roi des animaux
Montra ce qu'il était et lui donna la vie.
Nul mets n'excitait leur envie.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins
Au dire de chacun étaient de petits chiens.
L'âne vint à son tour et dit: "J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Qui s'était fourvoyé par mégarde,
Tant les chiens faisaient bonne garde,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net."
A ces mots l'on cria haro sur le baudet .
Un loup qui n'avait que la peau sur les os
Etrangla le baudet sans remède
Je conclus qu'il faut qu'on s'entraide.
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte, et puis le mange
Sans autre forme de procès.
Selon que vous serez puissant ou misérable
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Numa Magnin, Histoire de La Bique

 

Déroulement de la séquence d'apprentissage dans l'ordre chronologique

début pot-pourri * sommaire & édito 093

    

LIRE 

1) Lecture d'une série de fables: lecture thématique

* L'âne et ses maîtres: (Jean de la Fontaine).                                     

* Le corbeau et le renard: (Jean de la Fontaine).           

* L'âne et le jardinier: (Esope).

* Le corbeau et le renard: (Phèdre).

* Le singe et le léopard: (Jean de la Fontaine).

* Le corbeau et le renard: (Esope).

* Le renard et la panthère: (Esope).

* Le chêne et le roseau: (Jean de la Fontaine).                

* Le petit poisson et le pêcheur: (Jean de la Fontaine).

* Le chêne et le roseau: (Esope).

* Le pêcheur et le picarel: (Esope).

* Le chêne et le roseau: (Jean Anouilh).

 

* L'enterrement: (Jean Anouilh).

a)            Biographie des auteurs.

b)  Le Corbeau et le Renard et Le Loup et l'Agneau sont deux fables connues et étudiées dès l'école primaire. Comparaison entre les différents auteurs et les différentes versions.

c)            Vérification du vocabulaire.

d)            Compréhension du texte.

e)            Actualisation des morales.

ECOUTER

2) Ecoute de la lecture des fables

a)    Apprécier et évaluer la prestation des condisciples.

LIRE 

3) Lecture du pot-pourri de NUMA MAGNIN, Histoire de La Bique

a)  Reconnaître les fables qui composent le pot-pourri.

PARLER      

4) Lecture expressive d'une fable parmi toutes les fables vues en classe

Le Chêne et le Roseau de J. de la Fontaine

a)            Lecture expressive afin d'accrocher  l'attention du public.

b)            Lire avec une articulation suffisante.

c)            Adapter son débit.

d)            Veiller à la prononciation.

ECRIRE

 5) Rédiger son propre pot-pourri.

a)            Orienter son écrit en tenant compte du public visé.

b)            Choisir une fable pilote (lacunaire)

c)            Elaborer une liste de cinq fables qui s'y inséreront

d)            Environ 30 vers, respect des rimes

e)            Imiter le pot-pourri de NUMA MAGNIN

f)             Respecter les constructions grammaticales et la pronominalisation: exercices de structuration

      sur la pronominalisation pour remédier aux erreurs d'utilisation des substituts.

g)            Veiller au sens du texte obtenu.

h)            Soin.

i)             Présentation correcte.

 

PARLER 

 6) Lecture de son propre pot-pourri. Interprétations.

a)            Lecture expressive afin de faciliter l'écoute, l'évaluation par les condisciples.

b)            Bien articuler, bien prononcer.

c)            Adapter son débit.

d)            Permettre une écoute attentive et une compréhension complète.

e)            Adopter une attitude corporelle adéquate.

f)             Entrer en contact par le regard. 

ECOUTER  

7) Ecoute des pots-pourris écrits et mémorisés individuellement

a)            Reconnaître les fables qui composent le pot-pourri.

b)            Est-ce bien un pot-pourri de fables?

c)            Les consignes sont-elles respectées? (Fable pilote, extraits de min. six autres fables).

d)            L'histoire est-elle cohérente?

e)            Les reprises sont-elles correctes?

f)             La morale correspond-elle à l'ensemble du texte?

g)              Observer comment le débit, la prononciation, le volume, l'intonation... favorisent ou

                perturbent l'écoute.

h)            Observer comment la posture, les gestes, le regard... favorisent ou perturbent l'écoute.

ECRIRE 

 8) Confection du recueil.

a)            Mise en valeur: publication d'un recueil de pots-pourris de la classe.

                Exercices sur l'accord du verbe avec le sujet (erreurs s'ils ne sont pas dans le même vers).

  

 Pot-Pourri

Un carpeau qui n'était encore que fretin,
Fut pris par un pêcheur au bord d'une rivière.
Tout fait nombre, dit l'homme en voyant son butin
Voilà commencement de chère et de festin:
Mettons-le en notre gibecière.
Le pauvre carpillon lui dit en sa manière:
"Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute."
"Que ferez-vous de moi? Je ne saurais fournir
Au plus qu'une demi bouchée
Laissez-moi carpe devenir.
Je serai par vous repêchée;
Quelque gros partisan m'achètera bien cher:
Au lieu qu'il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de taille
Rien qui vaille! Hé bien soit, répartit le pêcheur.
Vous irez dans la poêle; et vous aurez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire.
Le sort, de sa plainte touché,
J'ai regret, disait-il,(...)
Petit poisson fait rider la face de l'eau,
Brave l'effort de la tempête.
Le pêcheur honteux et confus,
Jura, mais un peu tard qu'on ne l'y prendrait plus.

Composé par Nicolas Mangon

       Basé sur les Fables suivantes:
         Le petit poisson et le pêcheur.
         Le corbeau et le renard.
         Le chêne et le roseau.
         L'âne et ses maîtres
.

début pot-pourri * sommaire & édito 093

 

 

"Types top" (deuxième)

... des textes de toutes sortes

 

De la 5e électromécanique TQ à la 5e G, et applicable au 2e degré

 

Présentation: Benoît Javaux, formateur ICAFOC ...

avec la complicité de ses collègues en formation continuée

 

 

 

      Voici la suite du compte-rendu d'une activité jouant autour des types de textes . Le début de cet article est paru dans LMDP de juin 1997 (numéro 089)

            Dans cette première partie, après avoir très rapidement brossé un cadre théorique, j'y ai décrit premièrement une activité de lecture et deuxièmement une activité d'écriture (et d'écoute), tout cela dans le but de saisir et de mettre en œuvre la diversité des textes. 

 

 

3. Évaluer

 

      Quand j'ai remis les feuilles corrigées aux élèves, plusieurs problèmes restaient en suspens. Quelles consignes fallait-il leur donner afin d'avancer premièrement au niveau de l'écriture, deuxièmement au niveau de la discrimination textuelle ?

            Cinq consignes m'ont semblé importantes à rappeler aux élèves avant de passer à l'étape suivante:

         1) la notion de phrase

         2) le respect des temps

         3) l'emploi de synonymes ou de pronoms

         4) le respect du type de texte

         5) le respect de l'orthographe (recours au dictionnaire).

            Pour chacune des quatre premières consignes, des notions élémentaires ont été rappelées très rapi­dement au tableau à partir des connaissances des élèves (ils en savent, des choses!)  et tout cela a été inscrit dans les notes de cours: phrase nominale, phrase verbale, phrase simple, phrase subordonnée, coordination, subordination; temps du discours, temps du récit; différents types de synonymes et de pronoms; les types de textes. Toutes ces notes servent de références (et de consignes) pour l'activité suivante.

            En ce qui concerne les différents types de textes, rappelons que la typologie utilisée ici est tirée du programme du premier degré (annexe 1, p. 63-65) et qu'aucune typologie n'est entièrement satisfai­sante. Pour chaque type de texte, sont notées à la fois les caractéristiques linguistiques les plus fréquen­tes ou les plus remarquables qui permettent aux élèves de construire ou de retrouver concrètement les types de textes et ce que j'ai appelé l'intention générale de chaque type de texte, qu'on peut résumer à un verbe dont on explique clairement le sens: le narratif, c'est raconter une histoire.

 

4.  Des phrases typiques

            A partir des phrases non utilisées de l'activité 2 d'écriture (voilà la raison pour laquelle il ne faut pas communiquer toutes les phrases du document 3 1 aux élèves), un nouvel exercice d'écriture est proposé aux élèves. Le professeur donne donc à chaque élève une phrase différente et nouvelle.  En voici les consignes:

"En te servant du document 1, repère le type de texte utilisé dans la phrase que tu as reçue.

 

Document 1: types de textes utilisés pour types-top.

1. Texte narratif, genre policier

2. Texte narratif, genre fantastique

3. Texte descriptif du décor

4. Texte descriptif de la personne

5. Texte dialogué, genre de l'interview

6. Texte dialogué, genre théâtral

7. Texte poétique

8. Texte injonctif

9. Texte argumentatif

10.Texte explicatif

 

Rédige trois autres phrases qui accompagneront la phrase que tu as reçue pour former un texte ou un fragment de texte et qui garderont le même type de texte .  Elles peuvent se situer avant la phrase que tu as reçue, ou après, ou l'encadrer. Quand tu liras ton petit texte de quatre phrases (les trois que tu as écrites plus celle que tu as reçue), les autres élèves devront retrouver le type de texte et tenter de découvrir la phrase "typique" de départ. Pour bien répondre à la consigne, tu dois donc créer trois phrases qui répondent pleinement au type de texte demandé et qui en possèdent au moins une caractéristique visible."

            Comme on le voit, cette activité n'est pas très différente de l'activité 2.  Elle impose simplement une attention plus grande aux conditions linguistiques concrètes qui réalisent effectivement les différences entre les types de textes. En effet, dans un texte beaucoup de phrases peuvent paraître atypiques, c'est-à-dire ne pas porter en elles les signes caractéristiques du type de texte que d'autres phrases dans leur entourage manifestent. En classe, les élèves mettent un peu  plus de temps à réaliser cette consigne, l'intégration des différences entre les types de textes se produisant dans l'effort d'écriture.

 

            "1. Un homme maigre, au visage atroce et repoussant, sortit d'une cabane délabrée. 2. L'inconnu leva ses immenses bras au ciel, dans un geste terrible d'invocation. 3. Là, les morts sortirent de terre avec une envie de vengeance. 4. Et la lune se mit à briller sur leur corps, à moitié pourri, à peine décomposé."

                                                                                              Ludovic D.

 

            "1. Et comme il levait le pied droit pour prendre place dans la voiture, il reçut un coup violent sur la tête.  2. Simultanément, il s'effondra sur le siège arrière et les agresseurs montèrent à l'avant puis démarrèrent en trombe.  3. Un témoin les vit partir hors de la ville en direction de l'usine abandonnée.  4. Trois jours plus tard, on y retrouva l'otage avec une balle dans la tête."

                                                                                              David Go.

 

            Les textes narratifs sont ceux qui ont été réalisés, me semble-t-il, avec le plus de bonheur. Est-ce la présence d'un élément thématique (le policier ou le fantastique) qui stimule l'écriture ou l'imagination? Toujours est-il que les textes argumentatifs et informatifs sont plus ardus à réaliser, un flottement entre les deux types paraissant, aux yeux des élèves, inévitable comme en témoigne le texte suivant.

 

"1. Il y a sur terre des phénomènes très intrigants qui nécessitent des études très poussées.  2. La présence d'un volcan, même éteint, imprime toujours au paysage quelque chose d'étonnant et de tragique.  3. Les immenses montagnes volcaniques par leur puissance ont tué beaucoup de gens dans le passé et risquent d'en tuer dans le futur. 4. Les cratères et leurs longues coulées de lave bouillante ont permis d'étudier les entrailles de la terre."

                                                                                              David Gr.

            L'élément le plus intéressant, dont on ne peut qu'imparfaitement rendre compte, est l'activité de parole et d'écoute auxquelles donne lieu la lecture par les élèves de leur texte. La recherche du type de texte, de la phrase de départ, la découverte des phrases "atypiques" ou "hors types" ont amené des discussions et des remarques intéressantes et souvent pertinentes. Plusieurs rappels ou mises au point ont été faites concernant aussi bien les types de textes que les améliorations possibles ou souhaitables...

 

5.  Un type peut en cacher un autre

 

      Une variante, ou un prolongement, de l'activité précédente me semble utile dans la mesure où l'on veut conduire les élèves à réaliser  des écrits proches des textes réels qu'ils rencontrent et qui compor­tent souvent des marques de types de textes différents (hétérogénéité des textes).

            Il s'agit ici de demander aux élèves de combiner deux types de textes différents. Ce prolongement n'a pas été réalisé dans la même classe, car c'est en réfléchissant après coup, que cette idée m'est ve­nue. Et comme les élèves de 6e technique (électromécanique de qualification)  terminaient un parcours sur l'argumentation, je leur ai d'abord donné l'activité de lecture (activité 1). Ensuite, ils ont reçu chacun une phrase du document 2 (de tout type sauf argumentatif) avec la consigne suivante.

 

" En te servant du document 1, repère le type de texte utilisé dans cette phrase.

Voir tableau 1

 Rédige trois autres phrases qui accompagneront la phrase que tu as reçue pour former un texte ou un fragment de texte qui s'achèvera sur une phrase (ou deux) de type argumentatif. Quand tu liras ton petit texte de quatre phrases (les trois que tu as écrites plus celle que tu as reçue), les autres élèves devront retrouver le type de texte initial, percevoir le type argumentatif final et comprendre le passage entre les deux types de textes."

            Les élèves ont tous produit un texte respectant les consignes.

            "1. Les deux fenêtres s'en allèrent, la main dans la main comme des orphelines blanches.  2. Je venais de les congédier après plus de cinquante ans de bons et loyaux services. 3. Elles n'ont pas demandé leur reste et sont parties. 4. Mais je pense que ces bonnes vieilles fenêtres fabriquées à l'ancienne sont plus résistantes que les fenêtres modernes que je vais devoir engager."

                                                                                                          Christophe R.

           

Dans ce texte réalisé à partir d'une phrase poétique, les élèves ont remarqué le passage par le type explicatif (phrase 2) et la persistance d'un élément poétique dans la personnification de la phrase 3 et du verbe engager de la phrase 4.

           

"1. Je courais à perdre haleine derrière lui, mais je sentais qu'il m'échappait. 2. Tout d'un coup, il sauta du quai, courut par-dessus les voies et monta dans le train en marche pour me semer. 3. Malheureuse­ment pour lui, le train était sur le point de s'arrêter, et je pus le cueillir sur le quai quatre. 4. Pour moi, les trains sont les meilleurs amis des hommes de loi."         

                                                                                                                      Damien D.

            Ici aussi, les élèves ont relevé des éléments explicatifs dans la première  phrase .

 sommaire & édito 093 * début typ-top

6.                    Et dans la réalité...

 

            Les textes qu'on donne aux élèves ou qu'ils lisent habituellement marient souvent plusieurs types de textes.  Pour cerner au plus près cette notion, j'ai fait distinguer deux niveaux: un niveau global, lié à l'intention généra            le du texte et qui souvent est lié au genre: le roman est narratif, la publicité argumentative...; et un niveau linguistique lié au type de texte réellement repéré dans la phrase  (ou partie de phrase).

            A partir de textes publicitaires, il est possible d'illustrer la cohabitation de plusieurs types de textes, soulignée dans ce genre d'écrit par la disposition spatiale. Il n'est pas rare de voir dans des magazines une illustration publicitaire accompagnée de plusieurs petits textes à la disposition, aux caractères, aux tons et aux types de textes différents. Voici par exemple les trois petits textes d'une publicité pour un dentifrice (en dessous d'une photo montrant un homme jeune en train de croquer une pomme).

 

Les gencives ,c'est très important pour les dents: c'est entre la dent et la gencive que les bactéries attaquent.

Un brossage régulier avec xxx chasse les bactéries et donne des gencives plus résistantes.

"Moi, mes gencives, c'est du béton."

 

 

XXX, parce qu'il faut aussi de bonnes gencives pour avoir de bonnes dents.

 

 

      Découvrir dans cette publicité les types dialogué, informatif et argumentatif est assez simple pour les élèves puisqu'ils correspondent aux trois moments du message, même si la deuxième partie du texte central glisse déjà, jouant de manière insidieuse entre la publicité et l'information, dans l'argumentatif (et l'injonctif).

            Après avoir analysé cette publicité avec les élèves, je leur demande d'apporter au cours suivant une image ou une photo publicitaire tirée d'un magazine, photo sur laquelle n'apparaît aucun texte, ni aucune référence à une firme: elle doit être assez grande et  collée sur une feuille blanche. Je redistribue ces images et je demande aux élèves d'imiter la publicité vue au cours précédent, c'est-à-dire de réaliser trois petits textes de types différents vantant les mérites d'un produit suggéré par l'image qu'ils ont reçue.

            Cette activité très ouverte (qui peut servir de clôture à cette séquence) montre assez clairement aux élèves le choix textuel et iconographique dont procède chaque publicité. Une image peut en effet suggérer une autre intention ou un autre type de produit que celui initialement présenté; l'utilisation de différents types de textes exprime différentes intentions ou approches du produit.

                                                           *

Dès qu'on aborde un texte plus long, et singulièrement le genre romanesque, les difficultés sont plus nombreuses. Dans les deux textes repris ci-dessous, on verra la difficulté d'y voir clair à travers la complexité des faits linguistiques. Voilà sans doute une des leçons de cette séquence sur les types de textes: apprendre à reconnaître  la richesse et la subtilité textuelles, le jeu toujours possible entre les types de textes.

Texte 1

            Quand il pleuvait à verse, ce qui ne constitue pas une anomalie au bord de l'Atlantique, la 2 CV ballottée par la bourrasque, ahanant contre le vent, prenant l'eau de toutes parts, tenait du caboteur délabré embarqué contre l'avis météo sur une mer trop grosse. La pluie s'affalait sur la capote dont on éprouvait avec inquiétude la précarité, tonnerre roulant, menaçant, qui résonnait dans le petit habitacle comme un appel des grands fonds.  Par un puis plusieurs trous microscopiques de la toile se formaient à l'intérieur des lentilles d'eau qui bientôt grossissaient, s'étiraient, tremblotaient, se scindaient et tombaient à la verticale sur une tête, un bras, un genou, ou, si la place était libre, au creux d'un siège, jusqu'à former par une addition de rigoles une petite mare conséquente qu'il ne fallait pas oublier d'éponger avant de s'asseoir. Ce système de clepsydre se changeait très vite en supplice, car à l'exaspérante régularité du goutte-à-goutte s'ajoutaient les arrivées d'eau latérales, impromptues et à contretemps. La pluie giclait par les joints à demi arrachés des portières - cet air de ne pas y toucher du crachin qui, sur la distance, trempe aussi sûrement qu'une averse. Au début, on s'essayait à tenir sur le modèle de grand-père imperturbable dans la tourmente, comme s'il s'agissait de franchir le mur du mystère, de vérifier avec lui que "tout ça" (son expression parfois, évasive et lasse) n'était au fond qu'une suite de préjugés, et la pluie une idée, juste un avatar, un miroitement de l'illusion universelle.  C'était peut-être le cas au plus haut degré de l'esprit, quand le corps s'extrait de la matière pour s'élever dans les air - ou dans des voitures confortables, silencieuses et étanches, qui donnent la sensation de voyager au coeur d'un nuage - mais ce pétillement léger qui se chargeait au passage de la rouille des portières et traçait des micro-tavelures sur les sièges imposait au fil des kilomètres sa manière têtue, et, après quelques minutes d'un yoga humide, convaincu par les mœurs brutales du réel, on se résignait à sortir un mouchoir de sa poche et à s'essuyer le visage. C'est en subissant la loi de tels petits faits obtus que l'enfance bascule, morceau par morceau, dans la lente décomposition du vivant.

]Jean Rouaud, les Champs d'honneur, éd. de Minuit, 1990, p. 11.

Texte 2

            Comme il raccrochait, l'un des policiers se tourna vers lui:

            - Vite, Herr Thomas!

            Leamas se précipita à la fenêtre de guet.

            - Un homme, Herr Thomas, murmura le jeune policier. Un homme à vélo.

            Leamas prit ses jumelles.

            Karl. Pas d'erreur possible, même à pareille distance. C'était bien sa silhouette, couverte d'un vieil imperméable de la wehrmacht, poussant une bicyclette. "Il a réussi, se dit-il, c'est sûr, maintenant.  Il a passé la vérification d'identité.  Plus que les devises et la douane." Il le regarda adosser son vélo à la barrière et se diriger d'une manière désinvolte vers le poste de douane. "N'en remets pas trop" souffla Leamas, angoissé. Karl sortit enfin, salua gaiement le garde-barrière, et le poteau strié de rouge et blanc s'éleva lentement dans les airs.  Il était passé, il venait vers eux, il avait réussi.  Plus que le Vopo, au milieu de la route, la ligne à traverser et il serait à l'abri.

 

John Le Carré, l'Espion qui venait du froid,  trad. M. Duhamel et H. Robillot, Folio, 1964, p.15.

 

Ces deux extraits de romans sont fort différents. Le premier s'amuse à décrire au lieu de raconter, parle d'un véhicule pour tenter de cerner son conducteur; le second met en jeu les techniques du dialo­gue et du monologue intérieur de manière implicite et explicite. De nombreuses remarques peuvent être formulées pour montrer ces différences, mais nous nous contenterons de rester dans le domaine qui nous occupe à savoir les types de textes.  Deux questions sont posées aux élèves.

1) Quel est le type de texte général qui organise cet extrait?

2) Repère deux autres types de textes utilisés de manière plus fugitive dans l'extrait et explique leur pré­sence?

*

            Il était intéressant de vouloir classer les textes et de tenter de saisir au plus près quelques-unes de leurs différences. Mais ce retour à la réalité textuelle et romanesque peut paraître difficile, voire trop complexe;  pouvait-il en être autrement? Comme le disait Goethe 'la clarté, c'est une juste répartition d'ombres et de lumières"! Espérons tout de même avoir apporté un peu plus de clarté que d'ombre.

Benoît Javaux

 

     Aux 50 phrases citées en annexe 3 de la première partie de TYP-TOP parue dans LMDP 89, p. 18-19), nous ajoutons 30 autres phrases.

51.  L'adjudant se promenait dans la ruelle quand il découvrit à ses pieds un cadavre.

52. Cet appareil est équipé d'un petit curseur, placé à droite d'une petite lampe témoin orange.

53. Il entra brusquement et pointa son arme vers moi.

54. Il portait des lunettes noires, une casquette bleue et était mal rasé.

55. Mais enfin, tu sais que notre fils est parti à Paris.

56. La créature visqueuse derrière lui attrapa son pied: il se retrouva à terre.

57. Il y avait une fontaine au milieu de ce parc, entouré d'arbres verts et touffus.

58. Est-il vrai que l'on peut trouver de l'eau dans les cactus?

59. Nous nous promenions dans l'allée, soudain un cri atroce glaça notre sang.

60. L'homme qui se promenait dans la rue paraissait assez massif et portait un manteau gris beige.

61.Mais qui es-tu, toi, qui viens d'attirer sur nous le malheur?

62. Pourquoi êtes-vous parti en Afrique chasser le lion?

63. A partir d'une simple feuille de papier, l'enfant a créé un jeu qui l'a occupé toute la matinée.

64. Je trouve que tu ferais mieux de travailler que de jouer.

65. L'inspecteur chargé de l'enquête se mit au travail tout de suite.

66. Ses cheveux blonds, sa silhouette élancée et ses yeux globuleux faisaient de lui un  grand sportif  épuisé.

67. Deux fauteuils ornaient cette pièce gigantesque entièrement peinte en bleu.

68. Cette maison était noire, sinistre, le jardin pareil à un cimetière

69.  Si vous me cherchez, vous me trouverez, Monsieur!

70. Il faut profiter de la vie car on ne vit qu'une fois.

71. L'eau était si bleue qu'on voyait les poissons multicolores.

72. Je pense que les voitures sont de plus en plus performantes et sécurisantes à notre époque.

73. Ah! C'est lui! Plutôt amusant: je ne le reconnaissais pas.

74. Une folle poursuite commence à travers les rues de New York.

75. Ton regard agile vole et te dérobe à l'enfer des villes.

76. Je regarde inlassablement la lutte éternelle de la rivière noire et du ciel assassin.

77. On se mit à le cuisiner à plusieurs et il passa rapidement à table.

78. De plus, ils n'ont plus assez de temps libre pour travailler.

79. La récolte des fruits ne s'effectue pas avant le mois d'octobre et exige beaucoup de soin.

80. Le fonctionnement d'un ordinateur s'accompagne souvent d'un léger bruissement, fatigant à la longue.

 

1. Texte narratif, genre policier: 51-53-65-74-77

6. Texte dialogué, genre théâtral: 55-61-69-73

2. Texte narratif, genre fantastique: 56-59

7. Texte poétique: 75-76

3. Texte descriptif du décor: 57-67-68-71

8. Texte injonctif:

4. Texte descriptif de la personne: 54-60-66

9. Texte argumentatif: 64-70-72-78

5. Texte dialogué, genre de l'interview: 58-62

10.Texte explicatif: 52-63-79-80

 

 sommaire & édito 093 * début typ-top

.

Œuvres d'art en "proies" à la parodie...:

hommage ou saccage?

Propos au 2e degré pour classes du 3e degré ou Haricots à écosser...

par Richard Jusseret,

Département de pédagogie de la Haute Ecole Blaise Pascal du Luxembourg * ILES, Bastogne

 NDLR -

Début 98. Le rédac'chef de LMDP envoie à R. Jusseret, citoyen de Hatrival, quelques réemplois parodiques d'œuvres d'art (copies ci-dessous)... Envoi non désintéressé, puisque assorti d'une requête: proposer aux collègues de français une réflexion sur l'esthétique de la parodie et des pistes d'exploitation pédagogique. Et voilà le travail ! Un chaleureux merci pour ce devoir exemplaire.

 

 

 

Georges de la Tour, Le tricheur

Georges de la Tour, La bonne aventure

   

Le canard enchaîné, 08.10.1997, p. 7

La conférence sur l'emploi * La recomposition du RPR

 

 

Léonard de Vinci (1452-1519), La Cène,

couvent Sainte-Marie-des-Grâces, Milan

Lupa capitolina, Sale dei conservatori, Roma, art étrusque,

début du 5e s A.C. - Coll. Attraverso l'Italia, vol. 9, Roma, p. 47.

Constantin Ciosu (Roumanie), Cartoons, 1998,

 

Paru dans La Vie, début des années 1990

Eisenstein, Le cuirassé Potemkine, 1925 (Odessa, Les marches de la colère)

La Libre Belgique, 22.10.1997, p. 3, dessin de Clou,

 

sommaire & édito 093 * début parodie d'oeuvres

1997.

Lowell, Massachusetts. Après avoir taché d'encre bleue le visage de la mère de Whistler 1, Dr. Bean 2 débouche la bouteille de dissolvant, en imbibe un chiffon et frotte le tableau. Peu à peu les taches s'effacent. Bean se recule et constate l'effet avec horreur: non seulement les taches disparaissent, mais tout le visage de la femme se dissout. Bean est pris de panique: le tableau qui avait quitté à grands frais le musée d'Orsay à Paris pour être exposé aux États-Unis est à présent définitivement abîmé. Lui vient alors l'idée de redessiner le visage de la mère... Les spectateurs de la salle éclatent de rire. Pourtant, il y a un coincé qui rit jaune: «Malheur, c'est la fin d'une œuvre, c'est la fin des haricots. Scandale! Comment peut-on rire d'une telle catastrophe culturelle?» Et quand, plus tard, Bean remplace l'œuvre authentique par une photographie en couleurs et que le commissaire de l'exposition n'y voit que du feu, le jaune a son rire qui se coince! «Comment est-ce possible que l'on ne distingue pas une copie de l'original? Ne sait-on plus regarder? Peut-on tout dupliquer en toute impunité? Est-ce la fin de l'un au profit du multiple?»

1997.

Paris. Avec un même acharnement sur la même œuvre, Mr. Gotlib 3 transforme la mère du peintre en clown coiffé d'un chapeau, d'un gros nez rouge et d'une trompette, arrosée d'une averse de confettis multicolores. Non content de cette agression, le dessinateur attribue un nouveau titre à l'œuvre: La joyeuse mère de l'artiste dit Arrangement en multicolore et gai.

J'en connais qui voient rouge!

1998. Bruxelles. Des carriers lancent Enostyl, la première dalle en pierre bleue patinée qui laisse Laurent de Médicis pensif et plus tout à fait de marbre (il est séduit), dans un living moderne 4. Il y a de quoi devenir vert de rage.

 Lecteur, si tu empruntes les couloirs du temps, ces émotions multicolores vont tourner à l'arc-en-ciel.

1916. Zurich. Tristan, Francis, Marcel, Max et les autres manifestent Dada. Gros dégâts. Pour longtemps. Trois valses distinguées du précieux dégoûté (E. Satie). Une Joconde moustachue (M. Duchamp), LHOOQ). Un cortège funèbre en course-poursuite derrière un corbillard (R. Clair, F. Picabia, E. Satie, Entracte, film, 1924). Une représentation de machine impossible (F. Picabia, Voilà la femme). Les poilus sont rhabillés pour l'hiver. Les pisse-froid sont échaudés. L'art repart au degré zéro. Créativité en ébullition. L'imagination à toute vapeur. Il y en a même qui disent qu'ils l'ont vue voler.

Retour vers le futur.

1998. Hatrival. Joints serrés aux coins des lèvres. Quatre illustrations transmises par courrier express. Fayot, il faut que tu trouves des idées pour cet article: de fins gourmets de la pédagogie vont t'écosser! Eh, je ne suis pas un héraut! Trouver un fil conducteur, trouver le joint, voilà, c'est ça... Et puis non, jetons des réflexions en vrac. Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir, me dit Léo.

 

 

Qu'est-ce qui est à l'œuvre dans ces quatre parodies (le mot est lâché)?

L'humour et les grincements de dents... Quelle est la recette?

Prenez un projet: dire avec humour des choses graves ou futiles pour tourner en dérision ou magnifier, amuser et faire prendre distance. L'humour relie, rallie, c'est connu. Pour cela, vous détruirez l'œuvre d'un autre pour reconstruire quelque chose de personnel. «Vous n'en avez pas le droit!» diront les coincés jaunes, rouges et verts. «Ils ne savent pas ce qu'ils perdent, tous ces foutus...», vous direz-vous.

Choisissez bien vos destinataires: le public des lecteurs ou des spectateurs doit reconnaître l'œuvre détournée et évaluer la critique qui est faite: il faut installer entre eux et vous un courant de sympathie. Cherchez le contexte dans lequel vous allez vous exprimer: se saisir de faits, généralement d'actualité, de valeurs sociétales ou d'objets sans importance. Convenir de l'endroit où vous allez publier et de la place que l'on vous réserve (loi du cadre).

Trouvez le produit: détourner une œuvre d'art reconnue comme telle par une élite. Le produit doit imiter en tout ou en partie (Gotlib: l'œuvre entière est reprise telle quelle) ou transformer par effacement (au propre comme au figuré: Bean, dessins inspirés de La Tour), addition (Laurent le Magnifique dans un living-room, la Dernière Cène dans un resto: l'œuvre est insérée dans un autre contexte), substitution (Laurent le Magnifique n'est plus pensif, il est séduit; la louve du Capitole est une vache à lait; la portée symbolique de la poussette d'Eisenstein est détournée dans un sens plus terre à terre: changement de sens) 5. La technique utilisée doit s'apparenter à la caricature (charger, forcer le trait). Vous pouvez multiplier le produit mais avant tout il vous faut le signer et lui donner un titre. Attention, un titre inconsidéré peut empêcher de comprendre!

N'oubliez pas de vous soumettre à l'évaluation: se cacher derrière le lecteur ou le spectateur pour voir si le rire se déclenche (observation). Si celui-ci est secoué par des spasmes, ça ne veut pas dire qu'il rit (émission d'hypothèses): peut-être meurt-il de rire? peut-être a-t-il mal digéré? peut-être pleure-t-il (de rire)? Vous devez donc lui demander ce qui se passe (vérification). S'il rit vraiment, riez avec lui. Si l'écart est grand entre l'effet attendu et l'effet observé (le destinataire ne réagit pas du tout), vous devrez revoir votre copie (alternance théorie-pratique): à vous de voir si le destinataire est un idiot (il ne sait pas lire ou regarder avec attention, il ne connaît rien aux règles de l'art, il ne partage pas les mêmes valeurs que vous) ou si vous avez mal conçu votre projet (l'œuvre est mal choisie et mal détournée pour rendre compte de votre idée de départ; votre humour est lourd, il faut dès lors interroger Henri ou Sigmund 6).

Est-ce que c'est bon?

Pour que l'effet soit garanti, il faut non seulement que l'œuvre visitée soit reconnue mais que l'œuvre visiteuse soit comprise et l'aire de jeu reconnue 7! Il est universellement admis que l'on a du plaisir à retrouver ce que l'on connaît. A ce jeu-là, nos sympathiques têtes blondes sont hors-jeu, me direz-vous. «Ils ne connaissent de La Tour que Pise et de Léonard que les relances approximatives d'un arrière droit monégasque. Quant à Eisenstein, c'est très relatif et la louve, c'est louf... Ô tempora, ô mores (il a éternué ? ?), ils n'ont plus de culture 8!». C'est justement l'occasion pour leur en donner et à peu de frais!

Paradoxalement, le gag révèle bien plus ce qu'il détruit que ce qu'il construit (S. Du Pasquier, 1970). Par un processus de désacralisation / sacralisation, la parodie est l'occasion de retrouver l'œuvre originale et de sensibiliser aux «choses» de l'art, aux courants culturels 9. De plus, le détournement actualisé apporte à l'œuvre une valeur signifiante ajoutée, une valeur spatio-temporelle universelle, et magnifie la liberté d'expression. N'est-ce pas le sens de l'art? La parodie devient ainsi instrument de connaissance et de libération. Elle est aussi rire et surprise, facteurs d'émotion esthétique.

«Ils ne connaissent rien à l'actualité, comment voulez-vous qu'ils reconnaissent Robert Hue, Nicolas Sarkosy ou Antoine Blondel? 10 ».

Si le rire n'est pas direct, on pourrait l'envisager en différé, même s'il est réchauffé. Prenons le temps d'identifier, d'expliquer, d'entreprendre des lectures de l'œuvre parodiante. Dans ce cas-ci, attachons-nous au titre et au contexte de la production, il n'est pas besoin d'en dire plus: la conférence sur l'emploi = la diseuse de bonne aventure; la recomposition du RPR = le tricheur; les réductions budgétaires dans les crèches = la poussette folle du Cuirassé Potemkine.

L'importance du titre dans la compréhension d'une œuvre est soulignée par un Dada polymorphe: Dans mon travail, l'expression subjective, c'est le titre, la peinture est l'objet. Mais cet objet est cependant quelque peu subjectif, parce qu'il est la pantomime - l'apparence du titre; il fournit jusqu'à un certain point le moyen de comprendre la potentialité - le cœur même de l'homme (Fr. Picabia) 11. Plus tard, s'essayant à la lecture des mots dans la peinture, un nouveau romancier confirme: Ce n'est pas seulement la situation culturelle de l'œuvre, mais tout le contexte dans lequel elle se présente à nous qui est transformé par le titre: la signification de cette organisation de formes et couleurs change tout au long de la compréhension parfois fort progressive de ces quelques mots (M. Butor) 12... La composition la plus «abstraite» peut exiger que nous lisions son titre pour nous déployer toutes ses saveurs, toutes ses vertus (M. Butor) 13.

«Et puis quoi encore?!?». En vrac, disions-nous...

- langue maternelle: parodier des textes, des images; jouer sur l'image et l'étiquette (voir les titres d'œuvres dadaïstes ou surréalistes; profiter de l'exposition Magritte pour entreprendre une recherche sur les rapports entre les mots et la peinture); chercher les mots pour rire, proposer d'écrire un article pour une revue s'inspirant de quatre exemples de parodie; (psych)analyser l'article que vous lisez présentement (humour noir).

- histoire: balayage des tendances et des mouvements dans les expressions culturelles du XXe siècle, reflets de l'évolution politique, économique et sociale (question approfondie). Enquête sur les fondements historiques d'un système qui permet d'expliquer ce type de créations.

- arts plastiques: reproduire la démarche des auteurs sur le thème de la vie de l'école (ça va faire mal) et monter une exposition (idée originale et excellente pour une fête de l'école); faire une approche diachronique et synchronique sur les formes d'humour dans l'art: Bosch, Breughel (les gravures), Arcimboldo, Daumier, Dada, Surréalisme, Pop Art, Post-modernisme, l'humour asiatique (le fameux rire jaune), l'humour africain (le non moins célèbre humour noir), l'humour sud-américain (le rire argentin); faire un voyage à Venise (pour se gondoler); rassembler plusieurs reproductions d'une même peinture, comparer (dimensions, couleurs,...), aller voir l'œuvre (le rire à l'œuvre)...

- biologie: classes de mer (pour se marrer),...

- sciences sociales: analyser la place de l'image, du dessin d'humour dans la presse; réfléchir sur ce type de société qui tolère de tels «délires»; analyser le langage de l'image publicitaire et mettre en évidence l'importance du référent dans la communication; dresser le portrait-robot du public-cible de divers dessins d'humour rencontrés dans la presse écrite; écouter l'humour du corps médical (le rire sur ordonnances); faire une enquête sur l'humour de la population (gens qui rient, gens qui pleurent); réaliser une analyse sociométrique du sens de l'humour des élèves de la classe (thérapie de groupe),...

- religion: sujets de débat - Jésus a-t-il ri? 14 Peut-on rire de tout? 15 La mort et le rire (mourir de rire).

- soins du visage: rire pour se dérider.

- éducation physique: faire une course de rire (rira bien qui rira le dernier).

- chimie: faire l'expérience d'une explosion de rire.

- approche interdisciplinaire: mélanger le tout, et surtout aller au musée.

 

Je remercie ceux et celles qui m'ont aidé à commettre cet article 16. Je remercie le rédacteur en chef de m'avoir accordé ces quelques pages de son excellente revue. Je remercie l'ensemble de la profession de prendre le temps de me lire et d'en rire. Je remercie ma femme et mes enfants de m'accorder du temps pour délirer.

Je suis très ému. Je me trouve très sympathique 17. Standing ovation.

sommaire & édito 093 * début parodie d'oeuvres

 

 

Lupa capitolina, Sale dei conservatori, Roma, art étrusque,

début du 5e s A.C. - Coll. Attraverso l'Italia, vol. 9, Roma, p. 47.

 

Léonard de Vinci (1452-1519), La Cène,

couvent Sainte-Marie-des-Grâces, Milan

Encyclopédie Alpha, vol. 15.

 

Eisenstein, le Cuirassé «Potemkine», 1925

L'avant-scène, n° 11 - janvier 1962, p. 16.

 

Constantin Ciosu, Roumanie, [sans titre]

Cartoons 1996, p. 21, éd. Davidsfonds.

 

Georges de La Tour, Le Tricheur, Paris, coll. P. Landry

Chefs-d'œuvre de l'art - Grands peintres, La Tour, Hachette, p. II.

 

Idem, La Bonne Aventure,

New York, Metropolitan Museum of Arts

Ibidem, p. III.

 

La conférence sur l'emploi, les

salaires et la réduction de travail

Le canard enchaîné, 8 octobre 1997, p. 7 (original: 87x83 mm)

 

La recomposition du R.P.R.

Ibidem (original: 102x83 mm)

 

Dessin paru dans la revue La vie

vers le début des années 90

(original 95x75 mm)

 

Dessin de Clou, illustration de l'article

Le mercredi noir de la petite enfance:

journée portes closes dans les crèches,

La Libre Belgique, 22 octobre 1997, p. 3 (original 142x95 mm)


 

1 James Mc Neill Whistler, La Mère de l'artiste dit Arrangement en gris et noir, 1871. Musée d'Orsay, Paris.

2 Dr Bean, film de et avec Rowan Atkinson, 1997.

3 GOTLIB Marcel. - Rubrique-à-brac gallery. - Paris: Dargaud, 1997, p. 55-57.

4 Michel-Ange, Laurent de Médicis, marbre, 1526-1532. Nouvelle Sacristie de Saint-Laurent, Florence.

5 BOUCHARENC M. et FELLER M. - Littérature et types de textes. Bac professionnel / Première. Tome 1. - Laval: Techniplus, 1991, p. 40-52.

6 BERGSON Henri. - Le rire. - Paris: PUF / Quadrige, 1983; FREUD Sigmund. - Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient, Gallimard, 1930.

7 Pour ceux qui n'entendent rien au football: remplacer «œuvre visitée» par «œuvre parodiée», «œuvre visiteuse» par «œuvre parodiante» et «aire de jeu» par «contexte».

8 Refrain connu.

9 Dans le monde du spectacle, être imité par des artistes aussi talentueux que L. Gerra ou A. Ph. Gagnon est un honneur plutôt qu'une vexation. Être imité, c'est être reconnu comme star. De même pour une œuvre d'art...

10 Refrain connu (bis).

11 Picabia, 1916, cité par MARCEL Jean. - Histoire de la peinture surréaliste.- Paris, 1959,.p. 20.

12 M. BUTOR.- Les mots dans la peinture.- Paris: Flammarion/Champs, 1980, p. 13.

13 Idem, p. 17.

14 LE GOFF Jacques. -Jésus a-t-il ri?, dans L'Histoire, n° 158, septembre 1992, p. 72-74. Le rire est également au cœur de l'intrigue du roman d'Umberto Eco et de son adaptation cinématographique de J.-J. Annaud, Le nom de la Rose.

15 Monty Python, La vie de Brian, film récemment diffusé sur diverses chaînes francophones.

16 Outre les ressources déjà citées, on peut ajouter:

Collectif.- Flashes sur le comique d'images dans le film et dans la B.D..- Louvain-la-Neuve: Cabay/Questions de communication, 1983.

JARDON Denise.- Du comique dans le texte littéraire.- Bruxelles: De Boeck, 1988.

DUMOULIN M. et MALOENS D. .- Racines du futur. Tome IV: de 1918 à nos jours. - Bruxelles: Didier Hatier, 1993.

17 TZARA Tristan. - Sept manifestes Dada. Lampisteries.- Paris: Pauvert, 1978, p. 53.

sommaire & édito 093 * début parodie d'oeuvres

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